Zoleka Mandela

Ecrivaine et militante

Il n’existe aucune excuse à la violence envers les enfants

Il n’existe aucune excuse à la violence envers les enfants

Le 18 juillet 2019 à 15:14

Modifié le 18 juillet 2019 à 15:41

Lors de l’Assemblée mondiale de la santé de cette année, nous avons expliqué les raisons pour lesquelles les gouvernements et les agences des Nations unies doivent investir davantage dans les mesures de prévention des maladies non transmissibles, des traumatismes et des violences que peuvent subir les enfants. L’une d’entre nous, Zoleka Mandela, a parlé de la mort de sa fille de 13 ans, tuée par un conducteur ivre, et des sévices sexuels qui lui ont été infligés étant enfant par des adultes qui étaient censés prendre soin d’elle.  "C’était un abus de pouvoir et une violation de la confiance que je plaçais en eux", a-t-elle dit à l’Assemblée. "J’ai été marquée mentalement et émotionnellement. Cela m’a conduit à m’automutiler et à faire plusieurs tentatives de suicide et à devenir alcoolique et toxicomane".

GENÈVE – Nous espérons que cet exposé personnel d’événements traumatiques rappellera aux dirigeants du monde entier à quel point la violence, les traumatismes mentaux et sexuels et la toxicomanie sont des questions étroitement liées qui peuvent avoir une incidence durable et profonde sur la vie des enfants. Les nombreuses études sur les conséquences de ces mauvais traitements sont étayées par des preuves accablantes. Il est estimé qu’au cours de l’année passée, un milliard d’enfants ont fait l’objet de violences physiques, psychologiques ou sexuelles, dans leur foyer, à l’école, en ligne et au sein de leurs communautés. Un enfant sur quatre subit des violences physiques et près d’une fille sur cinq des violences sexuelles au moins une fois dans sa vie.

Des histoires traumatisantes 

La violence à l’encontre des enfants est un fléau persistant et répandu, quel que soit le genre et le lieu géographique. Si nous prenons la peine d’y prêter attention, les histoires des victimes sont légion. Elles viennent de tous les horizons et milieux, d’une jeune fille en Inde qui raconte avoir été vendue par sa famille à des trafiquants pour servir d’esclave domestique et sexuelle, à l’acteur français Thierry Beccaro, qui a révélé avoir été brutalement battu par son père durant toute son enfance.

Ce que démontrent ces histoires de traumatismes et d’innombrables autres cas est que les effets de la violence perdurent bien après l’acte lui-même. Les victimes souffrent souvent, tout au long de leur vie, de séquelles sociales, émotionnelles et cognitives.  Elles présentent non seulement un risque plus élevé de souffrir de dépression et d’anxiété chronique et de recourir au suicide, mais également d’être obèses et de contracter des maladies cardiovasculaires et le VIH/sida. Et ces conséquences sont généralement transmises à la génération suivante, parce que les enfants qui grandissent dans un environnement de maltraitance sont plus susceptibles de commettre à leur tour des actes de violence et d’entretenir des relations de violence à l’âge adulte. 

La prévention n’en reste pas moins possible et les services de prise en charge des victimes peuvent être développés, à une époque où la volonté politique de résoudre ce problème est plus forte que jamais. En 2015, les dirigeants mondiaux se sont engagés à "mettre un terme à la maltraitance, à l’exploitation et à la traite, et à toutes les formes de violence et de torture dont sont victimes les enfants" d’ici 2030, dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD). Afin de défendre le droit de chaque enfant à vivre à l’abri de la peur, de la négligence, de la violence et de l’exploitation, Le Partenariat mondial pour mettre fin à  la violence à l’encontre des enfants et le Fonds qui lui est associé ont été établis en 2016. La même année, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié le rapport Inspire, qui définit sept stratégies qui ont fait leurs preuves pour réduire la violence à l’encontre des enfants.  

Des stratégies nationales 

La politique de santé est un élément crucial des progrès éventuels et des signes encourageants peuvent être enregistrés sur ce front. In 2017, par exemple, la Politique de santé nationale de l’Inde a identifié la violence sexiste comme étant l’un des sept principaux sujets de préoccupation sanitaire du pays. De même, la stratégie nationale de santé génésique du Rwanda donne à présent une forte priorité à la prévention et au traitement de la violence sexuelle.      

En sus de ces exemples spécifiques, des efforts plus vastes sont déployés pour promouvoir une couverture sanitaire universelle pour les enfants et pour coordonner les politiques et les actions entre les ministères de la Santé et les services de protection de l’enfance. Davantage de gouvernements et d’organismes de santé publique reconnaissent le lien entre la violence et la santé mentale et prennent des mesures appropriées pour fournir un soutien psychosocial aux victimes de mauvais traitements.     

La bataille n’est pas gagnée pour autant. Des mesures de prévention de la violence et les services de lutte et d’appui aux victimes font défaut dans de nombreuses régions; lorsque ces services existent, les enfants sont trop souvent pris en charge sans protocoles de traitement fondés sur des preuves. Qu’il s’agisse des soins médicaux, de l’aide psychologique ou de la justice pénale, de larges pans du secteur public manquent de professionnels formés pour venir en aide aux enfants ayant survécu à la violence.   

La communauté sanitaire mondiale a déjà du relever des défis similaires. D’immenses progrès ont été réalisés pour limiter la mortalité infantile liée à des maladies évitables, dont le paludisme, et la tuberculose. Ces avancées sont dues à des engagements politiques et financiers et à une attention et une action soutenues de la part des gouvernements et des institutions multilatérales. Le même niveau d’engagement et d’action est nécessaire pour mettre un terme au fléau qu’est la violence à l’encontre des enfants.  

Les investissements à cette fin permettront également de faire progresser d’autres objectifs de développement durable. Mais à défaut de ces investissements, les progrès obtenus au prix d’efforts constants en vue d’une couverture sanitaire universelle, d’une éducation de qualité et de la réalisation d’autres ODD risquent d’être neutralisés, ou pire, réduits à néant.

Nelson Mandela a un jour remarqué qu’il "ne peut y avoir plus vive révélation de l’âme d’une société que la manière dont elle traite ses enfants". Afin de préserver la dynamique de la 72e Assemblée mondiale de la santé, nous devons garder en mémoire les histoires personnelles et les statistiques choquantes relatives à la calamité qu’est la violence à l’encontre des enfants. S’inspirant des progrès réalisés jusqu’aujourd’hui, les dirigeants mondiaux doivent redoubler leurs efforts pour s’assurer que tous les enfants bénéficient de la sécurité et des opportunités qu’ils méritent.

Howard Taylor est directeur exécutif du Partenariat mondial pour mettre fin à la violence à l'encontre des enfants (GPEVAC).

© Project Syndicate 1995–2019
Zoleka Mandela

Ecrivaine et militante

Il n’existe aucune excuse à la violence envers les enfants

Le 18 juillet 2019 à15:34

Modifié le 18 juillet 2019 à 15:41

Lors de l’Assemblée mondiale de la santé de cette année, nous avons expliqué les raisons pour lesquelles les gouvernements et les agences des Nations unies doivent investir davantage dans les mesures de prévention des maladies non transmissibles, des traumatismes et des violences que peuvent subir les enfants. L’une d’entre nous, Zoleka Mandela, a parlé de la mort de sa fille de 13 ans, tuée par un conducteur ivre, et des sévices sexuels qui lui ont été infligés étant enfant par des adultes qui étaient censés prendre soin d’elle.  "C’était un abus de pouvoir et une violation de la confiance que je plaçais en eux", a-t-elle dit à l’Assemblée. "J’ai été marquée mentalement et émotionnellement. Cela m’a conduit à m’automutiler et à faire plusieurs tentatives de suicide et à devenir alcoolique et toxicomane".

GENÈVE – Nous espérons que cet exposé personnel d’événements traumatiques rappellera aux dirigeants du monde entier à quel point la violence, les traumatismes mentaux et sexuels et la toxicomanie sont des questions étroitement liées qui peuvent avoir une incidence durable et profonde sur la vie des enfants. Les nombreuses études sur les conséquences de ces mauvais traitements sont étayées par des preuves accablantes. Il est estimé qu’au cours de l’année passée, un milliard d’enfants ont fait l’objet de violences physiques, psychologiques ou sexuelles, dans leur foyer, à l’école, en ligne et au sein de leurs communautés. Un enfant sur quatre subit des violences physiques et près d’une fille sur cinq des violences sexuelles au moins une fois dans sa vie.

Des histoires traumatisantes 

La violence à l’encontre des enfants est un fléau persistant et répandu, quel que soit le genre et le lieu géographique. Si nous prenons la peine d’y prêter attention, les histoires des victimes sont légion. Elles viennent de tous les horizons et milieux, d’une jeune fille en Inde qui raconte avoir été vendue par sa famille à des trafiquants pour servir d’esclave domestique et sexuelle, à l’acteur français Thierry Beccaro, qui a révélé avoir été brutalement battu par son père durant toute son enfance.

Ce que démontrent ces histoires de traumatismes et d’innombrables autres cas est que les effets de la violence perdurent bien après l’acte lui-même. Les victimes souffrent souvent, tout au long de leur vie, de séquelles sociales, émotionnelles et cognitives.  Elles présentent non seulement un risque plus élevé de souffrir de dépression et d’anxiété chronique et de recourir au suicide, mais également d’être obèses et de contracter des maladies cardiovasculaires et le VIH/sida. Et ces conséquences sont généralement transmises à la génération suivante, parce que les enfants qui grandissent dans un environnement de maltraitance sont plus susceptibles de commettre à leur tour des actes de violence et d’entretenir des relations de violence à l’âge adulte. 

La prévention n’en reste pas moins possible et les services de prise en charge des victimes peuvent être développés, à une époque où la volonté politique de résoudre ce problème est plus forte que jamais. En 2015, les dirigeants mondiaux se sont engagés à "mettre un terme à la maltraitance, à l’exploitation et à la traite, et à toutes les formes de violence et de torture dont sont victimes les enfants" d’ici 2030, dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD). Afin de défendre le droit de chaque enfant à vivre à l’abri de la peur, de la négligence, de la violence et de l’exploitation, Le Partenariat mondial pour mettre fin à  la violence à l’encontre des enfants et le Fonds qui lui est associé ont été établis en 2016. La même année, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié le rapport Inspire, qui définit sept stratégies qui ont fait leurs preuves pour réduire la violence à l’encontre des enfants.  

Des stratégies nationales 

La politique de santé est un élément crucial des progrès éventuels et des signes encourageants peuvent être enregistrés sur ce front. In 2017, par exemple, la Politique de santé nationale de l’Inde a identifié la violence sexiste comme étant l’un des sept principaux sujets de préoccupation sanitaire du pays. De même, la stratégie nationale de santé génésique du Rwanda donne à présent une forte priorité à la prévention et au traitement de la violence sexuelle.      

En sus de ces exemples spécifiques, des efforts plus vastes sont déployés pour promouvoir une couverture sanitaire universelle pour les enfants et pour coordonner les politiques et les actions entre les ministères de la Santé et les services de protection de l’enfance. Davantage de gouvernements et d’organismes de santé publique reconnaissent le lien entre la violence et la santé mentale et prennent des mesures appropriées pour fournir un soutien psychosocial aux victimes de mauvais traitements.     

La bataille n’est pas gagnée pour autant. Des mesures de prévention de la violence et les services de lutte et d’appui aux victimes font défaut dans de nombreuses régions; lorsque ces services existent, les enfants sont trop souvent pris en charge sans protocoles de traitement fondés sur des preuves. Qu’il s’agisse des soins médicaux, de l’aide psychologique ou de la justice pénale, de larges pans du secteur public manquent de professionnels formés pour venir en aide aux enfants ayant survécu à la violence.   

La communauté sanitaire mondiale a déjà du relever des défis similaires. D’immenses progrès ont été réalisés pour limiter la mortalité infantile liée à des maladies évitables, dont le paludisme, et la tuberculose. Ces avancées sont dues à des engagements politiques et financiers et à une attention et une action soutenues de la part des gouvernements et des institutions multilatérales. Le même niveau d’engagement et d’action est nécessaire pour mettre un terme au fléau qu’est la violence à l’encontre des enfants.  

Les investissements à cette fin permettront également de faire progresser d’autres objectifs de développement durable. Mais à défaut de ces investissements, les progrès obtenus au prix d’efforts constants en vue d’une couverture sanitaire universelle, d’une éducation de qualité et de la réalisation d’autres ODD risquent d’être neutralisés, ou pire, réduits à néant.

Nelson Mandela a un jour remarqué qu’il "ne peut y avoir plus vive révélation de l’âme d’une société que la manière dont elle traite ses enfants". Afin de préserver la dynamique de la 72e Assemblée mondiale de la santé, nous devons garder en mémoire les histoires personnelles et les statistiques choquantes relatives à la calamité qu’est la violence à l’encontre des enfants. S’inspirant des progrès réalisés jusqu’aujourd’hui, les dirigeants mondiaux doivent redoubler leurs efforts pour s’assurer que tous les enfants bénéficient de la sécurité et des opportunités qu’ils méritent.

Howard Taylor est directeur exécutif du Partenariat mondial pour mettre fin à la violence à l'encontre des enfants (GPEVAC).

© Project Syndicate 1995–2019

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