Jean-Yves Le Goff, l’homme qui promet d’en finir avec la pénurie d’eau au Maroc

Entrepreneur français, Jean-Yves Le Goff affirme avoir trouvé une solution technique pour résoudre l’épineux problème d’approvisionnement du Maroc en eau. Breveté à l’international, son procédé consiste en l’exploitation des résurgences d’eau douce en mer, technique qui permettrait de couvrir, selon lui, jusqu’à 80% des besoins du pays en eau potable et d’irrigation.

Jean-Yves Le Goff, l’homme qui promet d’en finir avec la pénurie d’eau au Maroc

Le 27 janvier 2020 à 14:17

Modifié le 27 janvier 2020 à 15:55

Ancien chirurgien à Bordeaux, Jean-Yves Le Goff s’est installé au Maroc au début des années 2000, au moment de sa retraite. Passionné d’hydraulique, il s’est alors intéressé à la question de l’eau dans le Royaume. Au fil de ses recherches, il découvre, avec l’aide d’ingénieurs et d’experts dans ce domaine, une possibilité d’approvisionnement en eau qui permettrait de venir à bout du risque de pénurie qui plane sur le Maroc.

L’idée est à la fois simple et ingénieuse: exploiter les résurgences d’eau douce en mer.

"Il existe sous la surface de la mer des cavités développées en réseaux issues de l’érosion naturelle des roches calcaires. Ces cavités (réservoirs karstiques) connues depuis l’antiquité, contiennent des milliards de m3 d’eau douce, provenant essentiellement de précipitations terrestres. Ces gigantesques réseaux trouvent leur origine il y a près de 120 millions d’années avant notre ère", explique-t-il dans la note de synthèse de son projet.

Ce procédé est utilisé en Grèce depuis 1969, au barrage d’Anavalos, qui produit 900.000 m3 d’eau douce par jour.

Le Goff s’est inspiré de cette expérience pour mettre au point cette technique. Cependant, il a également résolu au passage plusieurs problèmes qui peuvent entraver la réalisation de tels projets. Il s’agit notamment de l’effet "Venturi", qui empêche l’extraction de l’eau douce à partir des fonds marins. "Il y a une espèce de tourbillon qui se crée au fond de la mer qui fait que l’eau salée et l’eau douce se mélangent au moment de l’extraction. Lorsque vous pompez à la surface, vous obtenez le même résultat que l’eau qui entre dans le circuit des usines de dessalement: 1 à 2 gramme de sel par litre, ce qui rend l’eau inexploitable. Il fallait donc trouver une solution technique pour cerner cet effet Venturi", souligne-t-il.

Après plusieurs recherches et tests, il parvient avec ses équipes à isoler ce tourbillon marin et à pomper une eau avec un degré de salinité compris entre 0,45 et 0,70 le gramme par litre. "C’est le niveau normal. C’est une eau pure", dit-il. C’est ce nouveau procédé technique qu’il a breveté à l’INPI (l’Ompic français).

Huit barrages flottants pour assurer 80% des besoins du pays

Pour exploiter cette eau douce, M. Le Goff projette de construire 8 barrages flottants (des tourelles de captation) sur les cotes méditerranéennes du Maroc. "Sur la partie méditerranéenne du Maroc, nous avons répertorié 8 résurgences, avec des débits variables, allant de 200.000 m3/jour à plus d’un million". De quoi arroser tout le pays, et de manière durable, promet-il.

Agadir est également dans les plans de M. Le Goff. Une résurgence y a été répertoriée, couvrant un potentiel de 1 million de m3/jour.

"L’ensemble de ces projets pourront à terme assurer jusqu’à 80% des besoins du Maroc en eau potable et d’irrigation", assure-t-il.

Son projet pilote, il veut le réaliser à Al Hoceima, où il a pu identifier une résurgence d’une capacité de 375.000 m3/jour. "C’est l’équivalent des besoins en eau d’une ville de la taille de Mohammedia", précise-t-il.

Les résurgences, une alternative au dessalement?

L’eau produite en offshore sera acheminée vers les côtes par des pipelines pour être distribuée ensuite dans tout le territoire marocain. "On peut même envisager d’apporter l’eau des résurgences jusqu’au Sahara, aussi bien pour les besoins de l’agriculture que pour l’approvisionnement des populations en eau potable", insiste-t-il.

Son projet représente, comme il l’explique, une alternative au dessalement de l’eau de mer. Un procédé qu’il qualifie de "trop coûteux" et "trop polluant". "Une usine de dessalement comme celle d’Agadir nécessite un investissement de plus de 90 millions d’euros pour une capacité maximale de 200.000 m3/jour. L’investissement dans une tourelle de captation pour l’exploitation des résurgences en eau de mer est compris entre 8 à 12 millions d’euros. C’est dix fois moins", explique l’entrepreneur.

Autre donnée qu’il met en avant: le prix de l’eau. "L’eau livrée par les usines de dessalement est facturée à 3,45 euros minimum le m3. L’exploitation des résurgences permettra de livrer le même m3 à 0,50 centimes d’euros". C’est trop beau, "mais vrai", assure M. Le Goff.

Pourquoi donc le Maroc? "Parce que c’est mon pays d’adoption. Et parce que le potentiel sur les cotes méditerranéennes du Maroc est extraordinaire. Dans les autres mers, il est presque impossible d’exploiter les résurgences. Le Maroc fait en plus face à un grand stress hydrique. Et ce procédé peut vraiment aider à résoudre ce problème".

"Le blocage marocain"

L’homme nous déclare avoir rencontré depuis 2005 plusieurs responsables marocains pour présenter son projet: l’ancien secrétaire d’Etat à l’eau, Abdelkébir Zahoud, l’ex-patron de l’ONEE, Ali Fassi Fihri, l’ancien maire d’Agadir, Tariq Kabbage, jusqu’à l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane. Ils l’auraient écouté attentivement, selon ses dires, mais sans jamais donner de suite concrète au projet.

"Ils étaient tous emballés au départ. Sauf que les choses ne se concrétisaient jamais. La dernière réponse que j’ai eue est celle de Madame Charafate Afilal (ex-secrétaire d’Etat à l’eau), qui m’a écrit en 2016 pour me dire que son département allait étudier la question. Depuis, je n’ai aucun retour", raconte-t-il.

Dans son montage financier, l’homme proposait à l’Etat marocain d’acheter son brevet à hauteur de 40% et de créer une société d’exploitation des résurgences où l’Etat serait actionnaire à hauteur de 50%. L’autre moitié serait détenue par lui et ses associés. Le tout assorti d’un contrat d’achat par l’ONEE de l’eau produite, un peu sur le modèle des contrats d’achat passés avec les exploitants privés de centrales électriques.

Dépité par ce qu’il appelle "le blocage marocain", l’entrepreneur a présenté tout récemment son projet à l’Algérie et à la Tunisie. Et compte aussi le proposer à l’Arabie saoudite.

Néanmoins, il souhaite toujours que le Maroc lui donne au moins l’occasion de concrétiser son projet pilote d’Al Hoceima, dont la mission sera comme il le décrit, de promouvoir l’étude scientifique et empirique de ce procédé nouveau. Et de démontrer qu’on est capable de résoudre le problème de pénurie en eau dans la région, à moindre coût et sans grand impact sur l’environnement.

Tags : eau

Jean-Yves Le Goff, l’homme qui promet d’en finir avec la pénurie d’eau au Maroc

Le 27 janvier 2020 à14:31

Modifié le 27 janvier 2020 à 15:55

Entrepreneur français, Jean-Yves Le Goff affirme avoir trouvé une solution technique pour résoudre l’épineux problème d’approvisionnement du Maroc en eau. Breveté à l’international, son procédé consiste en l’exploitation des résurgences d’eau douce en mer, technique qui permettrait de couvrir, selon lui, jusqu’à 80% des besoins du pays en eau potable et d’irrigation.

Ancien chirurgien à Bordeaux, Jean-Yves Le Goff s’est installé au Maroc au début des années 2000, au moment de sa retraite. Passionné d’hydraulique, il s’est alors intéressé à la question de l’eau dans le Royaume. Au fil de ses recherches, il découvre, avec l’aide d’ingénieurs et d’experts dans ce domaine, une possibilité d’approvisionnement en eau qui permettrait de venir à bout du risque de pénurie qui plane sur le Maroc.

L’idée est à la fois simple et ingénieuse: exploiter les résurgences d’eau douce en mer.

"Il existe sous la surface de la mer des cavités développées en réseaux issues de l’érosion naturelle des roches calcaires. Ces cavités (réservoirs karstiques) connues depuis l’antiquité, contiennent des milliards de m3 d’eau douce, provenant essentiellement de précipitations terrestres. Ces gigantesques réseaux trouvent leur origine il y a près de 120 millions d’années avant notre ère", explique-t-il dans la note de synthèse de son projet.

Ce procédé est utilisé en Grèce depuis 1969, au barrage d’Anavalos, qui produit 900.000 m3 d’eau douce par jour.

Le Goff s’est inspiré de cette expérience pour mettre au point cette technique. Cependant, il a également résolu au passage plusieurs problèmes qui peuvent entraver la réalisation de tels projets. Il s’agit notamment de l’effet "Venturi", qui empêche l’extraction de l’eau douce à partir des fonds marins. "Il y a une espèce de tourbillon qui se crée au fond de la mer qui fait que l’eau salée et l’eau douce se mélangent au moment de l’extraction. Lorsque vous pompez à la surface, vous obtenez le même résultat que l’eau qui entre dans le circuit des usines de dessalement: 1 à 2 gramme de sel par litre, ce qui rend l’eau inexploitable. Il fallait donc trouver une solution technique pour cerner cet effet Venturi", souligne-t-il.

Après plusieurs recherches et tests, il parvient avec ses équipes à isoler ce tourbillon marin et à pomper une eau avec un degré de salinité compris entre 0,45 et 0,70 le gramme par litre. "C’est le niveau normal. C’est une eau pure", dit-il. C’est ce nouveau procédé technique qu’il a breveté à l’INPI (l’Ompic français).

Huit barrages flottants pour assurer 80% des besoins du pays

Pour exploiter cette eau douce, M. Le Goff projette de construire 8 barrages flottants (des tourelles de captation) sur les cotes méditerranéennes du Maroc. "Sur la partie méditerranéenne du Maroc, nous avons répertorié 8 résurgences, avec des débits variables, allant de 200.000 m3/jour à plus d’un million". De quoi arroser tout le pays, et de manière durable, promet-il.

Agadir est également dans les plans de M. Le Goff. Une résurgence y a été répertoriée, couvrant un potentiel de 1 million de m3/jour.

"L’ensemble de ces projets pourront à terme assurer jusqu’à 80% des besoins du Maroc en eau potable et d’irrigation", assure-t-il.

Son projet pilote, il veut le réaliser à Al Hoceima, où il a pu identifier une résurgence d’une capacité de 375.000 m3/jour. "C’est l’équivalent des besoins en eau d’une ville de la taille de Mohammedia", précise-t-il.

Les résurgences, une alternative au dessalement?

L’eau produite en offshore sera acheminée vers les côtes par des pipelines pour être distribuée ensuite dans tout le territoire marocain. "On peut même envisager d’apporter l’eau des résurgences jusqu’au Sahara, aussi bien pour les besoins de l’agriculture que pour l’approvisionnement des populations en eau potable", insiste-t-il.

Son projet représente, comme il l’explique, une alternative au dessalement de l’eau de mer. Un procédé qu’il qualifie de "trop coûteux" et "trop polluant". "Une usine de dessalement comme celle d’Agadir nécessite un investissement de plus de 90 millions d’euros pour une capacité maximale de 200.000 m3/jour. L’investissement dans une tourelle de captation pour l’exploitation des résurgences en eau de mer est compris entre 8 à 12 millions d’euros. C’est dix fois moins", explique l’entrepreneur.

Autre donnée qu’il met en avant: le prix de l’eau. "L’eau livrée par les usines de dessalement est facturée à 3,45 euros minimum le m3. L’exploitation des résurgences permettra de livrer le même m3 à 0,50 centimes d’euros". C’est trop beau, "mais vrai", assure M. Le Goff.

Pourquoi donc le Maroc? "Parce que c’est mon pays d’adoption. Et parce que le potentiel sur les cotes méditerranéennes du Maroc est extraordinaire. Dans les autres mers, il est presque impossible d’exploiter les résurgences. Le Maroc fait en plus face à un grand stress hydrique. Et ce procédé peut vraiment aider à résoudre ce problème".

"Le blocage marocain"

L’homme nous déclare avoir rencontré depuis 2005 plusieurs responsables marocains pour présenter son projet: l’ancien secrétaire d’Etat à l’eau, Abdelkébir Zahoud, l’ex-patron de l’ONEE, Ali Fassi Fihri, l’ancien maire d’Agadir, Tariq Kabbage, jusqu’à l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane. Ils l’auraient écouté attentivement, selon ses dires, mais sans jamais donner de suite concrète au projet.

"Ils étaient tous emballés au départ. Sauf que les choses ne se concrétisaient jamais. La dernière réponse que j’ai eue est celle de Madame Charafate Afilal (ex-secrétaire d’Etat à l’eau), qui m’a écrit en 2016 pour me dire que son département allait étudier la question. Depuis, je n’ai aucun retour", raconte-t-il.

Dans son montage financier, l’homme proposait à l’Etat marocain d’acheter son brevet à hauteur de 40% et de créer une société d’exploitation des résurgences où l’Etat serait actionnaire à hauteur de 50%. L’autre moitié serait détenue par lui et ses associés. Le tout assorti d’un contrat d’achat par l’ONEE de l’eau produite, un peu sur le modèle des contrats d’achat passés avec les exploitants privés de centrales électriques.

Dépité par ce qu’il appelle "le blocage marocain", l’entrepreneur a présenté tout récemment son projet à l’Algérie et à la Tunisie. Et compte aussi le proposer à l’Arabie saoudite.

Néanmoins, il souhaite toujours que le Maroc lui donne au moins l’occasion de concrétiser son projet pilote d’Al Hoceima, dont la mission sera comme il le décrit, de promouvoir l’étude scientifique et empirique de ce procédé nouveau. Et de démontrer qu’on est capable de résoudre le problème de pénurie en eau dans la région, à moindre coût et sans grand impact sur l’environnement.

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