Karim El Aynaoui: "Ecouter les jeunes au lieu de penser à leur place"

VERBATIM. Karim El Aynaoui, directeur du think tank Policy Center for the New South affirme que le Maroc est considéré comme un pays crédible et résilient par les instances internationales au vu de son développement économique lors de ces 20 dernières années. Il soutient, toutefois, qu’il est aujourd’hui primordial d’aborder les projets d’avenir en resserrant les rangs de la société.

Le 23 juillet 2019 à 17:15

Modifié le 23 juillet 2019 à 18:24

Lors de la conférence organisée, mercredi 17 juillet à Rabat, par le RNI à l’occasion des 20 ans de règne du Roi Mohammed VI, Karim El Aynaoui a estimé qu’il est nécessaire de s’unir autour des mêmes choix d’avenir du pays lorsqu’il s’agit d’opter pour une réforme plutôt qu’une autre. Pour cet économiste, les pistes de développement sont légion, mais il faut considérer les pistes qui sont compatibles avec les attentes de toute la société et les spécificités marocaines.

Médias24 a précédemment publié les interventions, lors de cet événement, de Nadia Bernoussi, professeur de droit constitutionnel et membre de la commission de révision de la Constitution en 2011, Youssef Saâdani, directeur des études économiques à la CDG et Ali Bouabid, délégué général de la fondation Abderrahim Bouabid.

Ci-après, des extraits de l’intervention de Karim El Aynaoui lors de cette conférence.

"Il faut entamer en urgence une réflexion profonde sur les choix d’avenir"

S’exprimant sur l’évolution économique du Maroc au cours des 20 dernières années, Karim El Aynaoui explique que le pays affiche, sur une très longue période, une croissance annuelle moyenne de 3 points de PIB par tête d’habitant.

"Si vous comparez le Maroc à d’autres pays, il y a eu d’excellents résultats depuis 20 ans, notamment grâce à la vision de Sa Majesté, le dynamisme, le renouveau, l’entrée dans une nouvelle phase d’expansion du pays et son encrage à l’international. D’ailleurs, c’est comme ça que le Maroc est perçu par les institutions internationales que je fréquente de manière assez régulière depuis 20 ans. On a le sentiment que le Maroc est un pays crédible qui respecte ses engagements et qui est prédictible. C’est important".

Une fois ce constat établi, le directeur du think tank Policy Center for the New South soutient que le Maroc peut mieux faire, même si cela peut être compliqué.

"Il faut choisir où on veut aller. Et savoir ce que l'on veut perdre pour gagner. On est à un moment où on doit décider. Je pense que c’est une invitation qui nous est adressée pour entamer une réflexion profonde. Et c’est une chance. Nous avons des pays voisins qui essaient de faire une transition avec beaucoup de difficultés. Alors que nous, nous avons la chance d’avancer dans un climat de confiance mutuelle. Mais on ne doit pas attendre très longtemps.

"Le Maroc a en gros 300.000 personnes qui arrivent sur le marché du travail chaque année (ce chiffre peut atteindre 600.000 dans les 10 prochaines années). 100.000 partent à l’étranger, 100.000 travaillent et 100.000 finissent au chômage. Cela nous attriste. Si on donne des opportunités aux jeunes, ils peuvent créer quelque chose. Il faut se mettre ensemble et se rapprocher pour essayer de bâtir quelque chose qui soit ce que nous voulons, nous, Marocains, et non pas importer des visions étrangères pour notre pays".

Ecouter les jeunes au lieu de penser à leur place

Pour Karim El Aynaoui, l’union autour d'un projet d’avenir est l’élément essentiel pour assurer sa réussite. Pour démontrer cette proposition, l’économiste donne l’exemple de la France.

"Si on me demande mon avis en tant qu’économiste sur la politique économique proposée par le Chef d’État français, Emmanuel Macron, je vais lui donner une note de 10/10. En matière de réformes, les meilleurs économistes en France le félicitent. Mais les Français ne sont pas contents de la situation actuelle. Il faut mettre en place ce que les citoyens demandent.

"Il faut resserrer les rangs pour avancer vers un cap qui me semble être fixé. Je ne pense pas que les Marocains ont besoin d’entrer dans une introspection profonde presque déprimante et mélancolique. On sait où on veut aller plus ou moins. On veut éduquer nos enfants, embarquer tout le monde, que tous les Marocains soient avec nous et qu’ils s’enrichissent".

L’ex-directeur des études et des relations internationales à Bank Al-Maghrib préconise "qu’on doit reprendre la main en tant que nation organisée avec la vision et la bienveillance de Sa Majesté. Je pense qu’on peut faire des choses. Il faut écouter les jeunes. C’est une source d’énergie. Les jeunes peuvent aussi donner beaucoup de leçons qu’il faut écouter attentivement et non pas essayer de penser à leur place".

Sortir de la trappe des pays à revenus intermédiaires

"Il y a des nations qui ont réussi à des moments de cristallisation à être rassemblées et elles sont passées à un cap supérieur. Pour un pays comme le Maroc, ce cap supérieur est de sortir de la trappe des pays à revenus intermédiaires. Très peu de pays ont fait ça. Je cite la Corée et le Japon.  

"D’autres pays n’y arrivent pas depuis des décennies : le Brésil et la Turquie qui sont au-dessus de nous, mais qui ne réussissent pas. Cela suppose qu’on peut parler de réforme tant qu’on veut, mais au-delà, il est important d’être ensemble. C’est comme une équipe de foot, on peut avoir plusieurs individualités, mais si on n’est pas ensemble, on ne gagne pas. C’est une nation et il faut qu’on y vive tous ensemble, même si on ne partage pas les mêmes idées. Et c’est ça aussi notre spécificité et notre valeur. C’est qu’on arrive à vivre ensemble. Ce qui n’est pas évident dans beaucoup de pays aujourd’hui", estime Karim El Aynaoui.

Pour ce qui est de la thèse de polarisation développée par Youssef Saâdani, par ailleurs directeur des études économiques à la CDG lors de cette conférence, et qui selon lui représente le frein majeur à la croissance, Karim El Aynaoui estime que l'orsqu'on parle de polarisation, on peut citer le Brésil qui est deux fois et demi plus riche que le Maroc et qui reste très polarisé. C’est le cas des États-Unis aussi.

"On peut choisir par exemple s’il faut investir plus dans l’éducation ou s’il faut dévaluer le taux de change… Si on le veut ensemble, on le fera!".

Karim El Aynaoui: "Ecouter les jeunes au lieu de penser à leur place"

Le 23 juillet 2019 à18:16

Modifié le 23 juillet 2019 à 18:24

VERBATIM. Karim El Aynaoui, directeur du think tank Policy Center for the New South affirme que le Maroc est considéré comme un pays crédible et résilient par les instances internationales au vu de son développement économique lors de ces 20 dernières années. Il soutient, toutefois, qu’il est aujourd’hui primordial d’aborder les projets d’avenir en resserrant les rangs de la société.

Lors de la conférence organisée, mercredi 17 juillet à Rabat, par le RNI à l’occasion des 20 ans de règne du Roi Mohammed VI, Karim El Aynaoui a estimé qu’il est nécessaire de s’unir autour des mêmes choix d’avenir du pays lorsqu’il s’agit d’opter pour une réforme plutôt qu’une autre. Pour cet économiste, les pistes de développement sont légion, mais il faut considérer les pistes qui sont compatibles avec les attentes de toute la société et les spécificités marocaines.

Médias24 a précédemment publié les interventions, lors de cet événement, de Nadia Bernoussi, professeur de droit constitutionnel et membre de la commission de révision de la Constitution en 2011, Youssef Saâdani, directeur des études économiques à la CDG et Ali Bouabid, délégué général de la fondation Abderrahim Bouabid.

Ci-après, des extraits de l’intervention de Karim El Aynaoui lors de cette conférence.

"Il faut entamer en urgence une réflexion profonde sur les choix d’avenir"

S’exprimant sur l’évolution économique du Maroc au cours des 20 dernières années, Karim El Aynaoui explique que le pays affiche, sur une très longue période, une croissance annuelle moyenne de 3 points de PIB par tête d’habitant.

"Si vous comparez le Maroc à d’autres pays, il y a eu d’excellents résultats depuis 20 ans, notamment grâce à la vision de Sa Majesté, le dynamisme, le renouveau, l’entrée dans une nouvelle phase d’expansion du pays et son encrage à l’international. D’ailleurs, c’est comme ça que le Maroc est perçu par les institutions internationales que je fréquente de manière assez régulière depuis 20 ans. On a le sentiment que le Maroc est un pays crédible qui respecte ses engagements et qui est prédictible. C’est important".

Une fois ce constat établi, le directeur du think tank Policy Center for the New South soutient que le Maroc peut mieux faire, même si cela peut être compliqué.

"Il faut choisir où on veut aller. Et savoir ce que l'on veut perdre pour gagner. On est à un moment où on doit décider. Je pense que c’est une invitation qui nous est adressée pour entamer une réflexion profonde. Et c’est une chance. Nous avons des pays voisins qui essaient de faire une transition avec beaucoup de difficultés. Alors que nous, nous avons la chance d’avancer dans un climat de confiance mutuelle. Mais on ne doit pas attendre très longtemps.

"Le Maroc a en gros 300.000 personnes qui arrivent sur le marché du travail chaque année (ce chiffre peut atteindre 600.000 dans les 10 prochaines années). 100.000 partent à l’étranger, 100.000 travaillent et 100.000 finissent au chômage. Cela nous attriste. Si on donne des opportunités aux jeunes, ils peuvent créer quelque chose. Il faut se mettre ensemble et se rapprocher pour essayer de bâtir quelque chose qui soit ce que nous voulons, nous, Marocains, et non pas importer des visions étrangères pour notre pays".

Ecouter les jeunes au lieu de penser à leur place

Pour Karim El Aynaoui, l’union autour d'un projet d’avenir est l’élément essentiel pour assurer sa réussite. Pour démontrer cette proposition, l’économiste donne l’exemple de la France.

"Si on me demande mon avis en tant qu’économiste sur la politique économique proposée par le Chef d’État français, Emmanuel Macron, je vais lui donner une note de 10/10. En matière de réformes, les meilleurs économistes en France le félicitent. Mais les Français ne sont pas contents de la situation actuelle. Il faut mettre en place ce que les citoyens demandent.

"Il faut resserrer les rangs pour avancer vers un cap qui me semble être fixé. Je ne pense pas que les Marocains ont besoin d’entrer dans une introspection profonde presque déprimante et mélancolique. On sait où on veut aller plus ou moins. On veut éduquer nos enfants, embarquer tout le monde, que tous les Marocains soient avec nous et qu’ils s’enrichissent".

L’ex-directeur des études et des relations internationales à Bank Al-Maghrib préconise "qu’on doit reprendre la main en tant que nation organisée avec la vision et la bienveillance de Sa Majesté. Je pense qu’on peut faire des choses. Il faut écouter les jeunes. C’est une source d’énergie. Les jeunes peuvent aussi donner beaucoup de leçons qu’il faut écouter attentivement et non pas essayer de penser à leur place".

Sortir de la trappe des pays à revenus intermédiaires

"Il y a des nations qui ont réussi à des moments de cristallisation à être rassemblées et elles sont passées à un cap supérieur. Pour un pays comme le Maroc, ce cap supérieur est de sortir de la trappe des pays à revenus intermédiaires. Très peu de pays ont fait ça. Je cite la Corée et le Japon.  

"D’autres pays n’y arrivent pas depuis des décennies : le Brésil et la Turquie qui sont au-dessus de nous, mais qui ne réussissent pas. Cela suppose qu’on peut parler de réforme tant qu’on veut, mais au-delà, il est important d’être ensemble. C’est comme une équipe de foot, on peut avoir plusieurs individualités, mais si on n’est pas ensemble, on ne gagne pas. C’est une nation et il faut qu’on y vive tous ensemble, même si on ne partage pas les mêmes idées. Et c’est ça aussi notre spécificité et notre valeur. C’est qu’on arrive à vivre ensemble. Ce qui n’est pas évident dans beaucoup de pays aujourd’hui", estime Karim El Aynaoui.

Pour ce qui est de la thèse de polarisation développée par Youssef Saâdani, par ailleurs directeur des études économiques à la CDG lors de cette conférence, et qui selon lui représente le frein majeur à la croissance, Karim El Aynaoui estime que l'orsqu'on parle de polarisation, on peut citer le Brésil qui est deux fois et demi plus riche que le Maroc et qui reste très polarisé. C’est le cas des États-Unis aussi.

"On peut choisir par exemple s’il faut investir plus dans l’éducation ou s’il faut dévaluer le taux de change… Si on le veut ensemble, on le fera!".

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