L'Algérie entame une délicate transition

L’Algérie entame une période délicate de transition avec comme objectifs une nouvelle constitution et un changement de système, suivis d’une élection présidentielle.

L'Algérie entame une délicate transition

Le 11 mars 2019 à 20:33

Modifié le 11 mars 2019 à 21:39

Bouteflika a fait ce que beaucoup supputaient comme la solution la plus probable : report des élections et renoncement à sa propre candidature.

Dans son adresse à la nation, diffusée par l’agence officielle APS, il a fixé les prochaines étapes. Mais juste après, il a nommé le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui au poste de premier ministre. Et l’a flanqué d’un vice-premier ministre moins sécuritaire et plus politique, Ramtane Lamamra.

Il a reçu également le chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, le général Gaïd Salah.

Il a donc lancé le message d’un pays tenu, et d’un soutien de l’armée à ses décisions. Inutile de spéculer pour savoir s’il les a prises lui-mêmes ou si elles lui ont été inspirées, par exemple par l’armée.

Il a enfin reçu l'une des personnalités les plus respectées du pays, l'ex diplomate et ministre des Affaires étrangères Lakhdar Brahimi. Le nom de ce dernier fait l'objet de spéculations en tant que futur président de la conférence nationale.

L’échéancier fixé par Boueflika n’est pas précis. La conférence nationale “s’efforcera d’achever ses travaux d’ici fin 2019“.

Les prochaines étapes sont le changement de gouvernement, la désignation des membres de la conférence nationale et de son (sa) président-e.

Ensuite, cette conférence nationale, censée représenter tout le spectre politique et social, adoptera toutes les réformes qu’elle jugera nécessaire, donc elle va légiférer. Et également élaborera un projet de réforme de la constitution qui sera soumis à référendum. Tout ceci d’ici la fin de l’année si possible.

Ensuite, et ensuite seulement, il y aura un processus électoral présidentiel sous l’autorité d’une commission indépendante.

La transition durera donc entre un et deux ans, dans les meilleurs des cas.

En quête d’une lecture factuelle du retournement de situation ayant pris de court l’ensemble des analystes, Médias24 a sollicité le géopoliticien El Moussaoui El Ajlaoui qui nous a livré ses commentaires à chaud.

"Le maintien de la candidature de Bouteflika pouvait conduire à une guerre civile"

Selon lui, la donne a changé depuis le 22 février dernier, avec la contestation surprenante du peuple algérien qui s’est étendue à l’ensemble du pays.

"Si le groupe présidentiel avait maintenu la candidature du président sortant sans prendre en considération le refus du peuple, l’Algérie se serait dirigée vers une guerre civile".

Selon El Ajlaoui, le choix qui a été fait était la meilleure option qui s’offrait aux Algériens, la seule permettant de mettre en œuvre une transition démocratique et calme.

"Pendant cette période de transition, sera institué un gouvernement d’union nationale avec l’intégration de quelques éléments de l’opposition comme Ali Benflis, Abderazzak Makri … avant la réunion d’une conférence nationale pour préparer une Constituante et l’avènement d’une nouvelle république", prédit El Ajlaoui qui pense que cela signerait un nouveau départ pour le pays.

"Si les vrais détenteurs du pouvoir le décident, ça sera la fin d’une époque et la mise à la retraite de plusieurs membres du système actuel qui dure depuis l’indépendance. Pour faire simple, ce sera la fin du parti historique du FLN, du plus grand syndicat UGTA, du patronat et de tous les soutiens affichés du régime".

"Le report du scrutin mettra-t-il fin aux manifestations ?", s’interroge notre interlocuteur. "C’est probable". Mais les différentes étapes de la transition seront délicates et chaque décision, petite ou grande, pourra donner lieu à des contestations populaires. Cela va de la composition de la conférence nationale au choix de la personnalité qui va la présider, en passant par la durée des travaux ou la nature des réformes, ou encore les articles du projet de nouvelle constitution.

Pendant cette période, l’Algérie sera dans un entre-deux, avec un affaiblissement de la légitimité du pouvoir politique. Qui conduira la transition et qui tiendra le pays pendant ce temps ? Et la conférence nationale aura-t-elle totalement les mains libres ou travaillera-t-elle sous le regard tutélaire de l’armée ?

Tags : algérie

L'Algérie entame une délicate transition

Le 11 mars 2019 à20:47

Modifié le 11 mars 2019 à 21:39

L’Algérie entame une période délicate de transition avec comme objectifs une nouvelle constitution et un changement de système, suivis d’une élection présidentielle.

Bouteflika a fait ce que beaucoup supputaient comme la solution la plus probable : report des élections et renoncement à sa propre candidature.

Dans son adresse à la nation, diffusée par l’agence officielle APS, il a fixé les prochaines étapes. Mais juste après, il a nommé le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui au poste de premier ministre. Et l’a flanqué d’un vice-premier ministre moins sécuritaire et plus politique, Ramtane Lamamra.

Il a reçu également le chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, le général Gaïd Salah.

Il a donc lancé le message d’un pays tenu, et d’un soutien de l’armée à ses décisions. Inutile de spéculer pour savoir s’il les a prises lui-mêmes ou si elles lui ont été inspirées, par exemple par l’armée.

Il a enfin reçu l'une des personnalités les plus respectées du pays, l'ex diplomate et ministre des Affaires étrangères Lakhdar Brahimi. Le nom de ce dernier fait l'objet de spéculations en tant que futur président de la conférence nationale.

L’échéancier fixé par Boueflika n’est pas précis. La conférence nationale “s’efforcera d’achever ses travaux d’ici fin 2019“.

Les prochaines étapes sont le changement de gouvernement, la désignation des membres de la conférence nationale et de son (sa) président-e.

Ensuite, cette conférence nationale, censée représenter tout le spectre politique et social, adoptera toutes les réformes qu’elle jugera nécessaire, donc elle va légiférer. Et également élaborera un projet de réforme de la constitution qui sera soumis à référendum. Tout ceci d’ici la fin de l’année si possible.

Ensuite, et ensuite seulement, il y aura un processus électoral présidentiel sous l’autorité d’une commission indépendante.

La transition durera donc entre un et deux ans, dans les meilleurs des cas.

En quête d’une lecture factuelle du retournement de situation ayant pris de court l’ensemble des analystes, Médias24 a sollicité le géopoliticien El Moussaoui El Ajlaoui qui nous a livré ses commentaires à chaud.

"Le maintien de la candidature de Bouteflika pouvait conduire à une guerre civile"

Selon lui, la donne a changé depuis le 22 février dernier, avec la contestation surprenante du peuple algérien qui s’est étendue à l’ensemble du pays.

"Si le groupe présidentiel avait maintenu la candidature du président sortant sans prendre en considération le refus du peuple, l’Algérie se serait dirigée vers une guerre civile".

Selon El Ajlaoui, le choix qui a été fait était la meilleure option qui s’offrait aux Algériens, la seule permettant de mettre en œuvre une transition démocratique et calme.

"Pendant cette période de transition, sera institué un gouvernement d’union nationale avec l’intégration de quelques éléments de l’opposition comme Ali Benflis, Abderazzak Makri … avant la réunion d’une conférence nationale pour préparer une Constituante et l’avènement d’une nouvelle république", prédit El Ajlaoui qui pense que cela signerait un nouveau départ pour le pays.

"Si les vrais détenteurs du pouvoir le décident, ça sera la fin d’une époque et la mise à la retraite de plusieurs membres du système actuel qui dure depuis l’indépendance. Pour faire simple, ce sera la fin du parti historique du FLN, du plus grand syndicat UGTA, du patronat et de tous les soutiens affichés du régime".

"Le report du scrutin mettra-t-il fin aux manifestations ?", s’interroge notre interlocuteur. "C’est probable". Mais les différentes étapes de la transition seront délicates et chaque décision, petite ou grande, pourra donner lieu à des contestations populaires. Cela va de la composition de la conférence nationale au choix de la personnalité qui va la présider, en passant par la durée des travaux ou la nature des réformes, ou encore les articles du projet de nouvelle constitution.

Pendant cette période, l’Algérie sera dans un entre-deux, avec un affaiblissement de la légitimité du pouvoir politique. Qui conduira la transition et qui tiendra le pays pendant ce temps ? Et la conférence nationale aura-t-elle totalement les mains libres ou travaillera-t-elle sous le regard tutélaire de l’armée ?

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