Au Maroc, l’année 2020 sera très difficile sur le plan économique

Sécheresse et épidémie mondiale du coronavirus devraient peser lourdement sur la croissance. Lahlimi s’attend au plus faible taux de progression du PIB des 20 dernières années. Des mesures d’urgence s’imposent.

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L’année 2020 sera très difficile sur le plan économique

Le 11 mars 2020 à 13:36

Modifié le 12 mars 2020 à 08:03

Les prévisions de croissance économique au Maroc en 2020, annoncées ces derniers mois par différentes institutions, ne sont plus d'actualité. La sécheresse et la propagation mondiale du nouveau coronavirus ont balayé toutes les hypothèses.

Déjà, les prévisions annoncées étaient très disparates : 4,6% pour le Centre Marocain de Conjoncture, 3,8% pour Bank Al-Maghrib, 3,7% pour le gouvernement et le Fonds monétaire international, 3,5% pour le Haut-commissariat au plan et… 2% pour l’assureur crédit mondial Euler Hermes.

Compte tenu de l’évolution de la situation au Maroc et au niveau mondial, même la prévision la plus pessimiste parait aujourd’hui difficile à atteindre.

Dans une déclaration à Bloomberg, Ahmed Lahlimi a révélé que le HCP prévoit de réduire sa prévision de croissance d’un tiers, à 2,2% ou 2,3%. « Nous continuons à évaluer une situation en évolution rapide (…) Les conditions actuelles suggèrent que nous nous acheminons vers la plus faible croissance des 20 dernières années », a-t-il alerté.

Il est difficile, à l’heure actuelle, de mesurer l’impact des crises actuelles sur l’économie. Au niveau mondial, la directrice du FMI a déclaré que la croissance sera inférieure en 2020 à celle de 2019 à cause de l'impact de l'épidémie du nouveau coronavirus, mais qu’il est difficile de prédire de combien.

Mais ce qui est sûr, c’est que les effets seront indéniables sur plusieurs secteurs et indicateurs macroéconomiques au Maroc, et ce, malgré certaines évolutions qui pourraient lui être favorables (baisse des cours du pétrole, évolution favorable de la parité euro-dollar…).

La sécheresse, un coup dur pour le secteur primaire et la consommation des ménages

Sur le plan interne, la sécheresse actuelle qui intervient après une campagne agricole 2018-2019 moyenne à faible, portera un coup à la valeur ajoutée du secteur primaire. Les 6,4% de croissance agricole auxquels s’attendait le HCP risquent de tomber à 0%, voire en territoire négatif comme en 2019 (-4,3%) à cause du déficit pluviométrique qui a impacté les principales cultures (céréales, légumineuses…) et poussé un grand nombre des petits agriculteurs des régions bour (qui représentent l’essentiel des régions agricoles) à se débarrasser de leur bétail faute d’aliments à prix accessibles.

Cette situation aura non seulement un impact sur la production du secteur primaire, mais également sur la demande intérieure de façon générale. L’effondrement des revenus dans le monde rural tirera à la baisse la consommation des ménages et l’investissement en équipements divers (domestiques et agricoles).

Pour l’instant, le ministère de l’Agriculture n’a annoncé aucun plan d’urgence pour limiter l’impact de la sécheresse, comme la distribution d’aliments de bétail subventionnés. Au moment de la mise en ligne de cet article, Aziz Akhannouch passait devant les députés de la Commission des secteurs productifs à la première Chambre pour parler, entre autres, de la situation actuelle secteur agricole.

Cela dit, même si des mesures peuvent atténuer les difficultés de certains agriculteurs, elles ne pourront jamais rétablir la situation sur le plan macroéconomique.

Les échanges extérieurs n'échapperont pas au coronavirus

A cette difficulté interne s’ajoute le contexte mondial marqué par l’épidémie du coronavirus. Quarantaines, arrêts d’usines, suspensions de lignes aériennes…, des mesures drastiques ont été prises par plusieurs pays, dont la Chine et l’Italie, pour lutter contre la propagation.

Le Maroc est directement impacté par la situation sur le plan de ses échanges extérieurs. Le secteur du tourisme prévoit au moins 1 million de touristes en moins cette année, le transport aérien souffre des mesures de précaution et de la baisse de la demande, les importateurs et producteurs locaux font face à des problèmes d’approvisionnement en produits finis et matières premières (thé, composants électroniques…), et les exportateurs souffrent, en plus de ce problème d’approvisionnement, d’une baisse de la demande étrangère adressée au Maroc (textile, automobile…).

Ceci sans parler des transferts des MRE et des investissements directs étrangers qui peuvent également pâtir de la situation.

Celle-ci aura donc un impact certain sur la balance commerciale et le compte courant du Maroc, ses réserves en devises sachant qu'il vient d'élargir la bande de fluctuation du dirham, et in fine sur la croissance globale. Même le budget de l’Etat pourrait en pâtir en cas de baisse des recettes fiscales.

A quand la réaction du gouvernement

Et ceci sans parler des risques que fait peser le coronavirus en interne. Aujourd’hui, le nombre de cas infectés au Maroc se limite à 5, tous en provenance de l’étranger. En cas de propagation locale ou de transmission communautaire, le pays, qui en est toujours à la première phase de son plan de riposte, pourrait prendre des mesures encore plus drastiques que l’interdiction des rassemblements, ce qui pourrait paralyser le pays.

En 2009, le Maroc avait mis en place un comité de veille stratégique pour suivre les répercussions de la crise financière et économique mondiale. En fera-t-il de même en 2020 ?

Selon une source bien informée, la séance de travail organisée vendredi dernier par le gouvernement et la CGEM avait, entre autres objectifs, de mettre en place un comité stratégique pour plancher sur toutes les questions urgentes qui concernent l'économie nationale.

Le ministère de l'Economie et des Finances vient de confirmer cette information en annonçant la création d'un comité de veille économique pour suivre l'évolution de la situation du coronavirus et identifier les mesures d'accompagnement.

Au Maroc, l’année 2020 sera très difficile sur le plan économique

Le 11 mars 2020 à13:42

Modifié le 12 mars 2020 à 08:03

Sécheresse et épidémie mondiale du coronavirus devraient peser lourdement sur la croissance. Lahlimi s’attend au plus faible taux de progression du PIB des 20 dernières années. Des mesures d’urgence s’imposent.

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Les prévisions de croissance économique au Maroc en 2020, annoncées ces derniers mois par différentes institutions, ne sont plus d'actualité. La sécheresse et la propagation mondiale du nouveau coronavirus ont balayé toutes les hypothèses.

Déjà, les prévisions annoncées étaient très disparates : 4,6% pour le Centre Marocain de Conjoncture, 3,8% pour Bank Al-Maghrib, 3,7% pour le gouvernement et le Fonds monétaire international, 3,5% pour le Haut-commissariat au plan et… 2% pour l’assureur crédit mondial Euler Hermes.

Compte tenu de l’évolution de la situation au Maroc et au niveau mondial, même la prévision la plus pessimiste parait aujourd’hui difficile à atteindre.

Dans une déclaration à Bloomberg, Ahmed Lahlimi a révélé que le HCP prévoit de réduire sa prévision de croissance d’un tiers, à 2,2% ou 2,3%. « Nous continuons à évaluer une situation en évolution rapide (…) Les conditions actuelles suggèrent que nous nous acheminons vers la plus faible croissance des 20 dernières années », a-t-il alerté.

Il est difficile, à l’heure actuelle, de mesurer l’impact des crises actuelles sur l’économie. Au niveau mondial, la directrice du FMI a déclaré que la croissance sera inférieure en 2020 à celle de 2019 à cause de l'impact de l'épidémie du nouveau coronavirus, mais qu’il est difficile de prédire de combien.

Mais ce qui est sûr, c’est que les effets seront indéniables sur plusieurs secteurs et indicateurs macroéconomiques au Maroc, et ce, malgré certaines évolutions qui pourraient lui être favorables (baisse des cours du pétrole, évolution favorable de la parité euro-dollar…).

La sécheresse, un coup dur pour le secteur primaire et la consommation des ménages

Sur le plan interne, la sécheresse actuelle qui intervient après une campagne agricole 2018-2019 moyenne à faible, portera un coup à la valeur ajoutée du secteur primaire. Les 6,4% de croissance agricole auxquels s’attendait le HCP risquent de tomber à 0%, voire en territoire négatif comme en 2019 (-4,3%) à cause du déficit pluviométrique qui a impacté les principales cultures (céréales, légumineuses…) et poussé un grand nombre des petits agriculteurs des régions bour (qui représentent l’essentiel des régions agricoles) à se débarrasser de leur bétail faute d’aliments à prix accessibles.

Cette situation aura non seulement un impact sur la production du secteur primaire, mais également sur la demande intérieure de façon générale. L’effondrement des revenus dans le monde rural tirera à la baisse la consommation des ménages et l’investissement en équipements divers (domestiques et agricoles).

Pour l’instant, le ministère de l’Agriculture n’a annoncé aucun plan d’urgence pour limiter l’impact de la sécheresse, comme la distribution d’aliments de bétail subventionnés. Au moment de la mise en ligne de cet article, Aziz Akhannouch passait devant les députés de la Commission des secteurs productifs à la première Chambre pour parler, entre autres, de la situation actuelle secteur agricole.

Cela dit, même si des mesures peuvent atténuer les difficultés de certains agriculteurs, elles ne pourront jamais rétablir la situation sur le plan macroéconomique.

Les échanges extérieurs n'échapperont pas au coronavirus

A cette difficulté interne s’ajoute le contexte mondial marqué par l’épidémie du coronavirus. Quarantaines, arrêts d’usines, suspensions de lignes aériennes…, des mesures drastiques ont été prises par plusieurs pays, dont la Chine et l’Italie, pour lutter contre la propagation.

Le Maroc est directement impacté par la situation sur le plan de ses échanges extérieurs. Le secteur du tourisme prévoit au moins 1 million de touristes en moins cette année, le transport aérien souffre des mesures de précaution et de la baisse de la demande, les importateurs et producteurs locaux font face à des problèmes d’approvisionnement en produits finis et matières premières (thé, composants électroniques…), et les exportateurs souffrent, en plus de ce problème d’approvisionnement, d’une baisse de la demande étrangère adressée au Maroc (textile, automobile…).

Ceci sans parler des transferts des MRE et des investissements directs étrangers qui peuvent également pâtir de la situation.

Celle-ci aura donc un impact certain sur la balance commerciale et le compte courant du Maroc, ses réserves en devises sachant qu'il vient d'élargir la bande de fluctuation du dirham, et in fine sur la croissance globale. Même le budget de l’Etat pourrait en pâtir en cas de baisse des recettes fiscales.

A quand la réaction du gouvernement

Et ceci sans parler des risques que fait peser le coronavirus en interne. Aujourd’hui, le nombre de cas infectés au Maroc se limite à 5, tous en provenance de l’étranger. En cas de propagation locale ou de transmission communautaire, le pays, qui en est toujours à la première phase de son plan de riposte, pourrait prendre des mesures encore plus drastiques que l’interdiction des rassemblements, ce qui pourrait paralyser le pays.

En 2009, le Maroc avait mis en place un comité de veille stratégique pour suivre les répercussions de la crise financière et économique mondiale. En fera-t-il de même en 2020 ?

Selon une source bien informée, la séance de travail organisée vendredi dernier par le gouvernement et la CGEM avait, entre autres objectifs, de mettre en place un comité stratégique pour plancher sur toutes les questions urgentes qui concernent l'économie nationale.

Le ministère de l'Economie et des Finances vient de confirmer cette information en annonçant la création d'un comité de veille économique pour suivre l'évolution de la situation du coronavirus et identifier les mesures d'accompagnement.

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