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L'aquaculture, seul horizon des petits pêcheurs marocains en Mediterranée (Photo AFP)

L'aquaculture, seul horizon des petits pêcheurs marocains en Mediterranée (AFP)

Le 31 octobre 2019 à 11:11

Modifié le 31 octobre 2019 à 11:21

"On ne gagne plus rien avec la mer", soupire Mohamed Bouajra. Avec la raréfaction du poisson en Méditerranée, ce pêcheur marocain considère l'aquaculture comme une "lueur d'espoir pour sortir de la pauvreté".

A Ras Kebdana, dans la région de Saïdia, la coopérative de pêche artisanale "Al Amal" table sur le développement d'un parc à moules offshore pour assurer l'avenir. Plus à l'ouest, dans la lagune de Marchica, une autre coopérative a misé sur une ferme d'algues rouges pour l'industrie pharmaceutique et cosmétique.

Ces deux projets pilotes, qui s'inscrivent dans le cadre d'un ambitieux plan national lancé en 2009, ont pour but d'augmenter les revenus en baisse des petits pêcheurs et à préserver les stocks halieutiques grâce à l'élevage.

Le nombre de barques de pêche a triplé depuis les années 1990 à Ras Kebdana, mais "il n'y a plus de poissons", déplore Mohamed Bouajra.

Aujourd'hui, le sexagénaire ne gagne "même pas 40 DH par jour" (3,7 euros) avec son canot traditionnel en bois. "On ne peut pas vivre avec ça, autrefois on gagnait bien notre vie, avec 400 DH par jour", soupire-t-il.

Les chiffres du département marocain de la pêche maritime le confirment: les quantités pêchées ont baissé de près de moitié dans la région de l'Oriental entre 2013 et 2017, passant de 14.721 à 7.475 tonnes. Sur le reste de la rive méditerranéenne du Maroc, la baisse est de l'ordre de 30%.

 "Alternatives pour vivre" 

L'enjeu est de taille car la pêche représente une importante source de revenus pour le Royaume: les exportations de produits de la mer ont atteint 22 milliards de DH en 2017 (deux milliards d'euros), soit environ la moitié des exportations agro-alimentaires et 10% des exportations totales du pays.

"Avec le changement climatique, l'environnement se dégrade et le poisson se raréfie: il faut trouver des alternatives pour vivre", affirme Mimoune Bouasu, un pêcheur de 47 ans.

Il préside la coopérative de pêche artisanale de Marchica qui cultive sur 11 hectares des algues rouges achetées 6 DH le kilo (0,56 euros) par une société marocaine qui a investi dans les installations.

"Ce qui nous manque dans la pêche, les algues le complètent", se félicite-t-il, tout en souhaitant que le projet se développe. La coopérative qui emploie 8 personnes recrute de la main d'œuvre saisonnière au moment de la plantation et de la récolte.

Ancien pêcheur, Abdelaziz Benhamou est lui devenu responsable de la filière de production de la ferme "Aqua M'diq", dans la région de Tétouan.

Cette société de 24 salariés qui produit des bars d'élevage dans des bassins offshore est considérée comme un "modèle" par l'Agence nationale pour le développement de l'aquaculture (ANDA) qui espère dupliquer l'expérience ailleurs, en Méditerranée ou sur la côte Atlantique.

"Les ressources (halieutiques) ont diminué parce que les pêcheurs ne respectaient pas le repos biologique pour la plupart des espèces", estime Abdelaziz Benhamou. "Ca commence à se faire, mais tout le monde est d'accord pour dire que rien n'est plus comme avant".

Dans un récent rapport, la Cour des comptes s'est inquiétée de la surexploitation de plusieurs espèces, pointant le non-respect des quotas et "des restrictions relatives aux engins de pêche et au repos biologique".

Retards

La Cour des comptes a aussi épinglé les retards du développement de la filière aquacole, notant que "certains objectifs stratégiques n'ont pas été atteints".

Le plan lancé en 2009 prévoyait de produire 200.000 tonnes dans les fermes aquacoles d'ici 2020, mais la production a atteint 700 tonnes en 2018, selon l'ANDA.

Après plusieurs années d'études techniques, quelques 150 projets de fermes aquacoles dont 15 en Méditerranée sont "en cours de démarrage", avec des investissements privés et un objectif de production de 150.000 tonnes, insiste cependant Mustafa Amzough, un responsable de l'ANDA.

A Ras Kebdana, des filets sous-marins ont été déployés sur seulement cinq des 15 hectares dévolus à la mytiliculture et les grappes de moules de corde qui s'y développent ne sont pas encore commercialisées, même si le projet a été lancé il y a cinq ans.

En attendant, les 35 membres de la coopérative s'occupent de l'entretien des filets et espèrent commencer à vendre des moules l'an prochain.

Mohamed Bouajra se félicite que le projet mytilicole, même s'il n'a encore eu aucun impact économique, ait "changé les mentalités".

"Avant, il n'y avait aucun respect pour l'environnement mais aujourd'hui l'eau est propre", grâce à des analyses hebdomadaires pour surveiller l'état sanitaire du parc à moules, dit le pêcheur de Ras Kebdana.

(Avec AFP)

(Photo AFP)

L'aquaculture, seul horizon des petits pêcheurs marocains en Mediterranée (AFP)

Le 31 octobre 2019 à11:11

Modifié le 31 octobre 2019 à 11:21

"On ne gagne plus rien avec la mer", soupire Mohamed Bouajra. Avec la raréfaction du poisson en Méditerranée, ce pêcheur marocain considère l'aquaculture comme une "lueur d'espoir pour sortir de la pauvreté".

A Ras Kebdana, dans la région de Saïdia, la coopérative de pêche artisanale "Al Amal" table sur le développement d'un parc à moules offshore pour assurer l'avenir. Plus à l'ouest, dans la lagune de Marchica, une autre coopérative a misé sur une ferme d'algues rouges pour l'industrie pharmaceutique et cosmétique.

Ces deux projets pilotes, qui s'inscrivent dans le cadre d'un ambitieux plan national lancé en 2009, ont pour but d'augmenter les revenus en baisse des petits pêcheurs et à préserver les stocks halieutiques grâce à l'élevage.

Le nombre de barques de pêche a triplé depuis les années 1990 à Ras Kebdana, mais "il n'y a plus de poissons", déplore Mohamed Bouajra.

Aujourd'hui, le sexagénaire ne gagne "même pas 40 DH par jour" (3,7 euros) avec son canot traditionnel en bois. "On ne peut pas vivre avec ça, autrefois on gagnait bien notre vie, avec 400 DH par jour", soupire-t-il.

Les chiffres du département marocain de la pêche maritime le confirment: les quantités pêchées ont baissé de près de moitié dans la région de l'Oriental entre 2013 et 2017, passant de 14.721 à 7.475 tonnes. Sur le reste de la rive méditerranéenne du Maroc, la baisse est de l'ordre de 30%.

 "Alternatives pour vivre" 

L'enjeu est de taille car la pêche représente une importante source de revenus pour le Royaume: les exportations de produits de la mer ont atteint 22 milliards de DH en 2017 (deux milliards d'euros), soit environ la moitié des exportations agro-alimentaires et 10% des exportations totales du pays.

"Avec le changement climatique, l'environnement se dégrade et le poisson se raréfie: il faut trouver des alternatives pour vivre", affirme Mimoune Bouasu, un pêcheur de 47 ans.

Il préside la coopérative de pêche artisanale de Marchica qui cultive sur 11 hectares des algues rouges achetées 6 DH le kilo (0,56 euros) par une société marocaine qui a investi dans les installations.

"Ce qui nous manque dans la pêche, les algues le complètent", se félicite-t-il, tout en souhaitant que le projet se développe. La coopérative qui emploie 8 personnes recrute de la main d'œuvre saisonnière au moment de la plantation et de la récolte.

Ancien pêcheur, Abdelaziz Benhamou est lui devenu responsable de la filière de production de la ferme "Aqua M'diq", dans la région de Tétouan.

Cette société de 24 salariés qui produit des bars d'élevage dans des bassins offshore est considérée comme un "modèle" par l'Agence nationale pour le développement de l'aquaculture (ANDA) qui espère dupliquer l'expérience ailleurs, en Méditerranée ou sur la côte Atlantique.

"Les ressources (halieutiques) ont diminué parce que les pêcheurs ne respectaient pas le repos biologique pour la plupart des espèces", estime Abdelaziz Benhamou. "Ca commence à se faire, mais tout le monde est d'accord pour dire que rien n'est plus comme avant".

Dans un récent rapport, la Cour des comptes s'est inquiétée de la surexploitation de plusieurs espèces, pointant le non-respect des quotas et "des restrictions relatives aux engins de pêche et au repos biologique".

Retards

La Cour des comptes a aussi épinglé les retards du développement de la filière aquacole, notant que "certains objectifs stratégiques n'ont pas été atteints".

Le plan lancé en 2009 prévoyait de produire 200.000 tonnes dans les fermes aquacoles d'ici 2020, mais la production a atteint 700 tonnes en 2018, selon l'ANDA.

Après plusieurs années d'études techniques, quelques 150 projets de fermes aquacoles dont 15 en Méditerranée sont "en cours de démarrage", avec des investissements privés et un objectif de production de 150.000 tonnes, insiste cependant Mustafa Amzough, un responsable de l'ANDA.

A Ras Kebdana, des filets sous-marins ont été déployés sur seulement cinq des 15 hectares dévolus à la mytiliculture et les grappes de moules de corde qui s'y développent ne sont pas encore commercialisées, même si le projet a été lancé il y a cinq ans.

En attendant, les 35 membres de la coopérative s'occupent de l'entretien des filets et espèrent commencer à vendre des moules l'an prochain.

Mohamed Bouajra se félicite que le projet mytilicole, même s'il n'a encore eu aucun impact économique, ait "changé les mentalités".

"Avant, il n'y avait aucun respect pour l'environnement mais aujourd'hui l'eau est propre", grâce à des analyses hebdomadaires pour surveiller l'état sanitaire du parc à moules, dit le pêcheur de Ras Kebdana.

(Avec AFP)

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