La baisse des taux des crédits sans impact sur la dynamique économique

Au premier trimestre 2019, les taux des crédits bancaires ont poursuivi leur baisse entamée en 2016. Toutefois, cette détente ne se transforme toujours pas en dynamique économique.

La baisse des taux des crédits sans impact sur la dynamique économique

Le 13 mai 2019 à 14:19

Modifié le 13 mai 2019 à 19:29

Selon la dernière enquête de Bank Al-Maghrib, le taux débiteur moyen appliqué par les banques s’établit à 4,89% au premier trimestre 2019, en baisse de 17 points de base par rapport à un trimestre auparavant.

En fait, la tendance baissière se poursuit depuis 2016, un an après la dernière baisse du taux directeur à 2,25%.

Aussi bien les taux des crédits pour les particuliers que ceux des entreprises ont enregistré une baisse. De même, toutes les catégories de crédits coûtent moins cher.

Cette tendance favorable intervient dans un contexte de taux directeur stable à un niveau très bas (2,25%), de forte concurrence entre les banques pour préserver ou gagner des parts de marché sur le segment crédits, et de déficit de liquidité relativement stable et suffisamment comblé par la Banque centrale.

Le crédit bancaire évolue toujours lentement

Toutefois, cette tendance peine à se transformer en dynamique économique. Le crédit bancaire au secteur non financier croit toujours à un rythme très lent.

Surtout, les prêts aux entreprises font quasiment du surplace. Au premier trimestre, ils ont évolué de moins de 2%. Quant aux crédits aux particuliers, ils maintiennent invariablement leur taux de progression aux alentours de 5%.

Ce ralentissement persistant du crédit bancaire reflète la morosité économique qui sévit depuis plusieurs années déjà. La dernière fois où la croissance a dépassé le seuil des 5% c’était en 2011. L’année dernière, elle s’est établie à moins de 3%, selon les données provisoires non agrégées du HCP (2,8% selon les calculs de Médias24).

En 2019, Bank Al-Maghrib prévoit une croissance de 2,7%. La valeur ajoutée agricole est toujours volatile en fonction de la pluviométrie et le PIB non agricole croit toujours lentement.

L'œuf ou la poule ?

Au cours des dernières années, une question revenait avec insistance : Est-ce que c'est le ralentissement du crédit bancaire qui est derrière la morosité économique ou est-ce l'inverse ?

Autrement dit, est-ce que le crédit bancaire ralentit par manque de dossiers de demande ou parce que les banques elles-mêmes ont verrouillé l’octroi de prêts face à la montée des impayés, et donc fermé le robinet à l'économie ?

Il est vrai que les banques se montrent plus prudentes vis-à-vis de certains secteurs à risque. Mais il s’agit plus d’un problème de demande, médiocre en quantité et en qualité. La concurrence dans le secteur bancaire et l’abaissement des taux prouve bien que les banques sont à la recherche de dossiers bancables à financer.

Pourtant, des efforts ont été faits pour oxygéner l’économie. Entre autres, une grande partie des crédits de TVA détenus par les entreprises sur l’Etat ont été remboursés et les délais de paiement dans le cadre des marchés publics ont été sensiblement réduits.

Manque de confiance et de visibilité

Il faut croire que ce type de mesures nécessite un délai de transmission et que d’autres problématiques sérieuses n’ont pas encore été résolues :

- Par exemple, le secteur immobilier, une locomotive de l’économie qui pèse 30% du crédit bancaire, est en pleine crise et on ne voit toujours pas le bout du tunnel. La demande qui reste à servir n’a pas une offre adaptée en termes de standing, de prix, de localisation, de mécanismes de financement, d’équipements publics…

- Le problème des délais de paiement inter-entreprises n’est toujours pas réglé, la loi n’étant toujours pas appliquée.

- L’accès des TPME à la commande publique n’est toujours pas facilité malgré les avancées sur le plan législatif.

- Dans l’industrie, si des filières se portent bien comme l’automobile et l’aéronautique, beaucoup d’autres font face à de sérieuses difficultés : métallurgie, sidérurgie, chimie…

- Dans le secteur tertiaire, plusieurs branches d’activités sont minées par l’informel : commerce, transport.

- L'inexistence de cohérence d’ensemble dans la conduite des réformes et l’impulsion d’une nouvelle dynamique n’est pas assurée, ce qui rend la croissance économique faiblement inclusive.

- Surtout, il y a un manque de visibilité et de confiance quasi général qui freine l’investissement et donc la croissance et les créations d’emplois. Le contexte politique y est pour beaucoup.

Le 18 avril, BAM, le GPBM et la CGEM se sont réunis pour faire le bilan des mesures décidées en 2016 dans le but de relancer le crédit aux entreprises. Ils ont également pris de nouvelles mesures et mis en place des structures de suivi. Même si elles s'avèrent efficaces, ces actions ne pourront produire leurs effets que sur la durée...

La baisse des taux des crédits sans impact sur la dynamique économique

Le 13 mai 2019 à14:43

Modifié le 13 mai 2019 à 19:29

Au premier trimestre 2019, les taux des crédits bancaires ont poursuivi leur baisse entamée en 2016. Toutefois, cette détente ne se transforme toujours pas en dynamique économique.

Selon la dernière enquête de Bank Al-Maghrib, le taux débiteur moyen appliqué par les banques s’établit à 4,89% au premier trimestre 2019, en baisse de 17 points de base par rapport à un trimestre auparavant.

En fait, la tendance baissière se poursuit depuis 2016, un an après la dernière baisse du taux directeur à 2,25%.

Aussi bien les taux des crédits pour les particuliers que ceux des entreprises ont enregistré une baisse. De même, toutes les catégories de crédits coûtent moins cher.

Cette tendance favorable intervient dans un contexte de taux directeur stable à un niveau très bas (2,25%), de forte concurrence entre les banques pour préserver ou gagner des parts de marché sur le segment crédits, et de déficit de liquidité relativement stable et suffisamment comblé par la Banque centrale.

Le crédit bancaire évolue toujours lentement

Toutefois, cette tendance peine à se transformer en dynamique économique. Le crédit bancaire au secteur non financier croit toujours à un rythme très lent.

Surtout, les prêts aux entreprises font quasiment du surplace. Au premier trimestre, ils ont évolué de moins de 2%. Quant aux crédits aux particuliers, ils maintiennent invariablement leur taux de progression aux alentours de 5%.

Ce ralentissement persistant du crédit bancaire reflète la morosité économique qui sévit depuis plusieurs années déjà. La dernière fois où la croissance a dépassé le seuil des 5% c’était en 2011. L’année dernière, elle s’est établie à moins de 3%, selon les données provisoires non agrégées du HCP (2,8% selon les calculs de Médias24).

En 2019, Bank Al-Maghrib prévoit une croissance de 2,7%. La valeur ajoutée agricole est toujours volatile en fonction de la pluviométrie et le PIB non agricole croit toujours lentement.

L'œuf ou la poule ?

Au cours des dernières années, une question revenait avec insistance : Est-ce que c'est le ralentissement du crédit bancaire qui est derrière la morosité économique ou est-ce l'inverse ?

Autrement dit, est-ce que le crédit bancaire ralentit par manque de dossiers de demande ou parce que les banques elles-mêmes ont verrouillé l’octroi de prêts face à la montée des impayés, et donc fermé le robinet à l'économie ?

Il est vrai que les banques se montrent plus prudentes vis-à-vis de certains secteurs à risque. Mais il s’agit plus d’un problème de demande, médiocre en quantité et en qualité. La concurrence dans le secteur bancaire et l’abaissement des taux prouve bien que les banques sont à la recherche de dossiers bancables à financer.

Pourtant, des efforts ont été faits pour oxygéner l’économie. Entre autres, une grande partie des crédits de TVA détenus par les entreprises sur l’Etat ont été remboursés et les délais de paiement dans le cadre des marchés publics ont été sensiblement réduits.

Manque de confiance et de visibilité

Il faut croire que ce type de mesures nécessite un délai de transmission et que d’autres problématiques sérieuses n’ont pas encore été résolues :

- Par exemple, le secteur immobilier, une locomotive de l’économie qui pèse 30% du crédit bancaire, est en pleine crise et on ne voit toujours pas le bout du tunnel. La demande qui reste à servir n’a pas une offre adaptée en termes de standing, de prix, de localisation, de mécanismes de financement, d’équipements publics…

- Le problème des délais de paiement inter-entreprises n’est toujours pas réglé, la loi n’étant toujours pas appliquée.

- L’accès des TPME à la commande publique n’est toujours pas facilité malgré les avancées sur le plan législatif.

- Dans l’industrie, si des filières se portent bien comme l’automobile et l’aéronautique, beaucoup d’autres font face à de sérieuses difficultés : métallurgie, sidérurgie, chimie…

- Dans le secteur tertiaire, plusieurs branches d’activités sont minées par l’informel : commerce, transport.

- L'inexistence de cohérence d’ensemble dans la conduite des réformes et l’impulsion d’une nouvelle dynamique n’est pas assurée, ce qui rend la croissance économique faiblement inclusive.

- Surtout, il y a un manque de visibilité et de confiance quasi général qui freine l’investissement et donc la croissance et les créations d’emplois. Le contexte politique y est pour beaucoup.

Le 18 avril, BAM, le GPBM et la CGEM se sont réunis pour faire le bilan des mesures décidées en 2016 dans le but de relancer le crédit aux entreprises. Ils ont également pris de nouvelles mesures et mis en place des structures de suivi. Même si elles s'avèrent efficaces, ces actions ne pourront produire leurs effets que sur la durée...

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