La campagne agricole 2020-21 s’annonce difficile, le ministère optimiste

La trésorerie des agriculteurs a été lourdement impactée par la sécheresse et le covid-19. La nouvelle saison agricole connaîtra un démarrage tardif.  

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La campagne agricole 2020-21 s’annonce difficile, le ministère optimiste

Le 20 septembre 2020 à 10:20

Modifié le 21 septembre 2020 à 14:10

Ces constats sont partagés par tous les interlocuteurs joints par Médias 24. La campagne agricole 2020-21 débutera en octobre, et selon Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome, "elle commencera dans des conditions très difficiles".

Deux principaux facteurs impacteront cette saison : des facteurs climatiques et financiers.

"Après une année de sécheresse, les terres seront très sèches et très dures en profondeur, ce qui rendra les travaux du sol très difficiles, sauf pour les agriculteurs qui ont labouré leurs terrains plus tôt", nous explique notre interlocuteur, qui rappelle que "le pays a passé environ 7 mois sans pluie".  En effet, la pluviométrie de la campagne précédente a été caractérisée par une mauvaise répartition temporelle et spatiale, qui a mené à une baisse de la surface récoltée et donc du rendement.

La trésorerie des agriculteurs impactée

"La production céréalière au titre de la campagne 2019-2020 était très faible". Selon le ministère de l’Agriculture, elle est estimée à 32 millions de quintaux, en baisse de 39% par rapport à la campagne précédente. "Il s’agit de la 10e campagne la plus faible depuis 1969", souligne notre ingénieur agronome.

"Les récoltes étaient donc très faibles, ce qui a grandement impacté la trésorerie des agriculteurs".

Par ailleurs, "en temps normal, une partie des récoltes réalisées lors de chaque campagne agricole est utilisée comme semence pour la saison qui suit, ce qui ne sera pas le cas pour la majorité des agriculteurs cette année".

"Les semences vendues par le ministère sont relativement chères. Les agriculteurs devront donc trouver des solutions de financement, pour l’achat de semences, mais aussi d’engrais", pour améliorer la production de leurs exploitations agricoles.

Selon Rachid Benali, premier vice-président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), "Crédit agricole du Maroc est la seule banque qui accompagne les agriculteurs et qui accepte de leur octroyer des crédits".

"Le Groupe se mobilise chaque année  auprès des agriculteurs, et on espère que les montants déployés cette année seront plus conséquents, puisqu’elle s’annonce difficile", ajoute-t-il, rappelant que "45% de la population vivent de l’agriculture au Maroc".

En effet, le GCAM a mobilisé une enveloppe de 1,5 milliard de DH pour alléger l’impact du déficit pluviométrique de la campagne précédente. Une telle opération sera-t-elle menée cette année pour accompagner le démarrage de cette nouvelle saison?

L’effet du Covid est bien visible

L’autre facteur qui a grandement impacté la trésorerie des agriculteurs, est le faible chiffre d’affaires réalisé durant l’Aid Al Adha cette année.

L’élevage représente la banque de l’agriculteur, et donc sa principale source de revenus. L’agriculteur consacre une fortune chaque année pour alimenter son bétail, pour ensuite le vendre, principalement, durant l’Aid Al Adha.

Le chiffre d’affaires moyen réalisé chaque année durant cette fête dépasse les 12 milliards de DH. La plupart de ces fonds sont transférés aux zones rurales, permettant aux agriculteurs de couvrir leurs dépenses des autres activités agricoles, en particulier celles se rapportant aux préparatifs de la prochaine campagne agricole.

Le CA réalisé cette année n’a pas été dévoilé par le ministère de l’Agriculture, mais tous nos interlocuteurs s’accordent à dire qu’il était très faible, voire catastrophique.

"Avec l’apparition du covid, et toutes les mesures préventives mises en place par les autorités pour endiguer sa propagation, les agriculteurs sont restés dans le flou durant une longue période, ne sachant si l’événement sera maintenu", nous explique M. Guennouni.

"Pour arrêter les frais relatifs à l’alimentation, ils ont vendu leur bétail très tôt, et en même temps, ce qui a joué sur les prix, qui étaient très bas".

La fermeture des souks durant le confinement n’a pas non plus joué en la faveur des agriculteurs, souligne pour sa part M. Benali. "A leur réouverture, à l’occasion de la fête du sacrifice, les prix et la consommation n’ont pas suivi".

En effet, les prix des moutons étaient très bas durant les jours qui ont précédé l’Aid Al Adha, principalement, à cause du faible pouvoir d’achat des citoyens, fortement impacté par les répercussions du coronavirus.

Les recettes collectées durant cet événement n’étaient donc pas très conséquentes. "Cette année, c’est un problème de trésorerie qui va être très difficile à gérer par les agriculteurs", ajoute-t-il. 

Les précipitations récentes rassurent ?

D’après M. Guennouni, "ces premières pluies apparaissent plus dans les villes côtières qu’à l’intérieur du pays".

"Ces premières pluies aideront peut-être à travailler le sol", estime de son côté l’un des agriculteurs de la région Chaouia.

"Pour avoir un bon rendement durant une saison agricole, les pluies doivent être faibles au début de la campagne, vers le mois d’octobre, et conséquentes entre janvier et mars".

Toutefois, "ces premières précipitations redonnent confiance aux agriculteurs, dont la trésorerie a été fortement touchée par deux années consécutives de sécheresse et les répercussions du Covid. Ils sont plus enclins à demander des crédits pour le démarrage de la saison", ajoute cet agriculteur. 

Un constat confirmé par le vice-président de la Comader. "Avec de bonnes précipitations au début de la saison agricole, les agriculteurs sont moins méfiants, et acceptent de dépenser de l’argent pour démarrer la campagne".

Le ministère de l’Agriculture, optimiste pour certaines filières

Malgré une conjoncture climatique difficile en 2020 et une conjoncture sanitaire particulière due à la pandémie Covid, "la production des filières fruitières phares s’annonce bonne", a-t-il indiqué ce vendredi 18 septembre dans un communiqué, à l’issue d’une réunion consacrée aux préparatifs de la campagne agricole 2020-2021.

Selon lui, "les perspectives de la production arboricole d’automne 2020 sont prometteuses. La production permettra de répondre de manière suffisante aux besoins de consommation et des exportations à mai 2021".

Le ministère s’attend à une hausse de la production des agrumes, de l’olivier et de la grenade, respectivement, de 29%, 14% et de 2%, et à une production record du palmier dattier, avec une augmentation de 4% par rapport à la campagne phoenicicole précédente.

En revanche, le pommier devrait connaitre un fléchissement de 14%. 

La campagne agricole 2020-21 s’annonce difficile, le ministère optimiste

Le 20 septembre 2020 à10:58

Modifié le 21 septembre 2020 à 14:10

La trésorerie des agriculteurs a été lourdement impactée par la sécheresse et le covid-19. La nouvelle saison agricole connaîtra un démarrage tardif.  

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Ces constats sont partagés par tous les interlocuteurs joints par Médias 24. La campagne agricole 2020-21 débutera en octobre, et selon Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome, "elle commencera dans des conditions très difficiles".

Deux principaux facteurs impacteront cette saison : des facteurs climatiques et financiers.

"Après une année de sécheresse, les terres seront très sèches et très dures en profondeur, ce qui rendra les travaux du sol très difficiles, sauf pour les agriculteurs qui ont labouré leurs terrains plus tôt", nous explique notre interlocuteur, qui rappelle que "le pays a passé environ 7 mois sans pluie".  En effet, la pluviométrie de la campagne précédente a été caractérisée par une mauvaise répartition temporelle et spatiale, qui a mené à une baisse de la surface récoltée et donc du rendement.

La trésorerie des agriculteurs impactée

"La production céréalière au titre de la campagne 2019-2020 était très faible". Selon le ministère de l’Agriculture, elle est estimée à 32 millions de quintaux, en baisse de 39% par rapport à la campagne précédente. "Il s’agit de la 10e campagne la plus faible depuis 1969", souligne notre ingénieur agronome.

"Les récoltes étaient donc très faibles, ce qui a grandement impacté la trésorerie des agriculteurs".

Par ailleurs, "en temps normal, une partie des récoltes réalisées lors de chaque campagne agricole est utilisée comme semence pour la saison qui suit, ce qui ne sera pas le cas pour la majorité des agriculteurs cette année".

"Les semences vendues par le ministère sont relativement chères. Les agriculteurs devront donc trouver des solutions de financement, pour l’achat de semences, mais aussi d’engrais", pour améliorer la production de leurs exploitations agricoles.

Selon Rachid Benali, premier vice-président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), "Crédit agricole du Maroc est la seule banque qui accompagne les agriculteurs et qui accepte de leur octroyer des crédits".

"Le Groupe se mobilise chaque année  auprès des agriculteurs, et on espère que les montants déployés cette année seront plus conséquents, puisqu’elle s’annonce difficile", ajoute-t-il, rappelant que "45% de la population vivent de l’agriculture au Maroc".

En effet, le GCAM a mobilisé une enveloppe de 1,5 milliard de DH pour alléger l’impact du déficit pluviométrique de la campagne précédente. Une telle opération sera-t-elle menée cette année pour accompagner le démarrage de cette nouvelle saison?

L’effet du Covid est bien visible

L’autre facteur qui a grandement impacté la trésorerie des agriculteurs, est le faible chiffre d’affaires réalisé durant l’Aid Al Adha cette année.

L’élevage représente la banque de l’agriculteur, et donc sa principale source de revenus. L’agriculteur consacre une fortune chaque année pour alimenter son bétail, pour ensuite le vendre, principalement, durant l’Aid Al Adha.

Le chiffre d’affaires moyen réalisé chaque année durant cette fête dépasse les 12 milliards de DH. La plupart de ces fonds sont transférés aux zones rurales, permettant aux agriculteurs de couvrir leurs dépenses des autres activités agricoles, en particulier celles se rapportant aux préparatifs de la prochaine campagne agricole.

Le CA réalisé cette année n’a pas été dévoilé par le ministère de l’Agriculture, mais tous nos interlocuteurs s’accordent à dire qu’il était très faible, voire catastrophique.

"Avec l’apparition du covid, et toutes les mesures préventives mises en place par les autorités pour endiguer sa propagation, les agriculteurs sont restés dans le flou durant une longue période, ne sachant si l’événement sera maintenu", nous explique M. Guennouni.

"Pour arrêter les frais relatifs à l’alimentation, ils ont vendu leur bétail très tôt, et en même temps, ce qui a joué sur les prix, qui étaient très bas".

La fermeture des souks durant le confinement n’a pas non plus joué en la faveur des agriculteurs, souligne pour sa part M. Benali. "A leur réouverture, à l’occasion de la fête du sacrifice, les prix et la consommation n’ont pas suivi".

En effet, les prix des moutons étaient très bas durant les jours qui ont précédé l’Aid Al Adha, principalement, à cause du faible pouvoir d’achat des citoyens, fortement impacté par les répercussions du coronavirus.

Les recettes collectées durant cet événement n’étaient donc pas très conséquentes. "Cette année, c’est un problème de trésorerie qui va être très difficile à gérer par les agriculteurs", ajoute-t-il. 

Les précipitations récentes rassurent ?

D’après M. Guennouni, "ces premières pluies apparaissent plus dans les villes côtières qu’à l’intérieur du pays".

"Ces premières pluies aideront peut-être à travailler le sol", estime de son côté l’un des agriculteurs de la région Chaouia.

"Pour avoir un bon rendement durant une saison agricole, les pluies doivent être faibles au début de la campagne, vers le mois d’octobre, et conséquentes entre janvier et mars".

Toutefois, "ces premières précipitations redonnent confiance aux agriculteurs, dont la trésorerie a été fortement touchée par deux années consécutives de sécheresse et les répercussions du Covid. Ils sont plus enclins à demander des crédits pour le démarrage de la saison", ajoute cet agriculteur. 

Un constat confirmé par le vice-président de la Comader. "Avec de bonnes précipitations au début de la saison agricole, les agriculteurs sont moins méfiants, et acceptent de dépenser de l’argent pour démarrer la campagne".

Le ministère de l’Agriculture, optimiste pour certaines filières

Malgré une conjoncture climatique difficile en 2020 et une conjoncture sanitaire particulière due à la pandémie Covid, "la production des filières fruitières phares s’annonce bonne", a-t-il indiqué ce vendredi 18 septembre dans un communiqué, à l’issue d’une réunion consacrée aux préparatifs de la campagne agricole 2020-2021.

Selon lui, "les perspectives de la production arboricole d’automne 2020 sont prometteuses. La production permettra de répondre de manière suffisante aux besoins de consommation et des exportations à mai 2021".

Le ministère s’attend à une hausse de la production des agrumes, de l’olivier et de la grenade, respectivement, de 29%, 14% et de 2%, et à une production record du palmier dattier, avec une augmentation de 4% par rapport à la campagne phoenicicole précédente.

En revanche, le pommier devrait connaitre un fléchissement de 14%. 

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