La relance du tourisme au Maroc passera par les nationaux (ministère)

INTERVIEW. Le secteur marocain du tourisme est complètement à l’arrêt depuis mars dernier à cause du Coronavirus. Après un état des lieux et la présentation des mesures ministérielles prises ou à venir, Tarik Sadik, directeur de la stratégie et de la coopération au ministère du Tourisme, nous déclare que le tourisme interne sera, au moins dans un premier temps, la principale clé de la relance.

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La relance du tourisme au Maroc passera par les nationaux (ministère)

Le 04 mai 2020 à 20:47

Modifié le 05 mai 2020 à 16:31

Tarik Sadik, directeur de la stratégie et de la coopération
au ministère du Tourisme

- Médias24 : A ce jour (lundi 4 mai), quels sont les indicateurs du secteur touristique ?

Tarik Sadik : Avant de rentrer dans le détail des chiffres, il faut rappeler que l’ensemble des destinations touristiques de la planète traversent une situation très grave et sans aucun précédent.

Non seulement, le tourisme est le secteur le plus impacté par l’arrêt quasi total de l’activité mais en plus, il sera sans doute un des derniers secteurs à redémarrer.

En effet, le confinement, la fermeture des frontières et l’arrivée de nouvelles règles sanitaires se sont traduits par une phase actuelle sans plus aucune activité.

La résultante a été, en mars dernier, une baisse de 70% des arrivées, soit le recul le plus important de toute l’histoire du tourisme marocain.

-Même par rapport à la guerre du Golfe ou des attentats du 11 septembre 2001 ?

Les conséquences de la pandémie actuelle dépassent de très loin les baisses qu’a connues le secteur lors des tristes événements que vous citez.

C’est du jamais vu, et pour vous donner une idée, lors des crises sanitaires du MERS et du SRAS, la baisse d’activité a été de 4%.

Si la baisse a été plus importante, après les attentats du 11 septembre, elle a été très courte dans le temps car la désaffection de la marque Maroc n’a duré que quelques semaines avant de redémarrer.

-Une baisse de 70% en mars laisse entendre 100% en avril et mai ?

-Cette baisse des arrivées aux postes-frontières marocains n’a été que le prélude de la crise actuelle.

Si pendant la 1ère quinzaine de mars, le secteur a fonctionné plus ou moins normalement, dès la fermeture des frontières du 16 mars, on est passé à zéro arrivée en provenance de l’étranger.

En mars, le Maroc a accueilli 273.000 touristes contre 911.000 en mars 2019 soit une perte de 640.000 arrivées.

Sachant que la baisse des arrivées a impacté la fréquentation hôtelière, la baisse des nuitées a été de 63% sur tout le territoire national.

Ceci dit, quand on fait le cumul des arrivées pour le premier trimestre, la baisse de 70% a été atténuée du fait qu’on a réalisé de très bons mois de janvier et février.

Ainsi, en cumulé, la baisse a été de 22% par rapport au premier trimestre de 2019

Pour les nuitées, on obtient une baisse cumulée trimestrielle de 18% par rapport aux 3 premiers mois de l’année écoulée.

Entre baisse des arrivées et des nuitées, la majorité des hôtels ont dû se soumettre à l'obligation sanitaire de fermeture hormis ceux qui continuent d’accueillir certains touristes étrangers bloqués au Maroc.

-Combien y en-a-t-il ?

Environ un millier dont la plupart sont logés dans des hôtels de Rabat et de Marrakech mais avec la poursuite des opérations de rapatriement, on est sur un trend baissier.

-Et pour le reste du parc hôtelier ?

Hormis ceux qui accueillent les touristes restants, le corps médical et les patients en quarantaine, tout le parc hôtelier est fermé.

-Des chiffres ?

Sachant que le Maroc compte 3.964 établissements opérationnels, on estime qu’entre une cinquantaine et une centaine sont toujours ouverts et le reste est fermé le temps de la crise.

Cet arrêt d’activité ne concerne pas uniquement les hôteliers car il provoque un impact considérable au niveau de toute la chaîne de valeur du secteur touristique.

Ainsi, tous les maillons comme les restaurants, guides, transports touristiques, agences de voyages… sont aussi à l’arrêt.

Le corollaire de cette situation de paralysie est l’impact sur nos rentrées en devises qui sont complètement stoppées avec, en mars dernier, l’enregistrement d’une baisse de 17%.

Si ce recul est moins important que celui des arrivées ou des nuitées, c’est parce qu’il y a toujours un décalage dans le temps avec les arriérés des prestations.

Malgré l’arrêt, le flux de devises a continué jusqu’en avril où il s’est complètement tari avec toutes les opérations liquidées, mais 17% de baisse, c’est quand même 1 milliard de DH de moins qu’en mars 2019.

Encore une fois, les rentrées cumulées du premier trimestre ont enregistré une croissance de 1% grâce aux excellentes rentrées en devises des mois de janvier et février derniers.

Tout comme pour les arrivées et les nuitées, les mois suivants (avril et mai) ne réaliseront aucune transaction, donc aucune recette en devises pour le secteur touristique.

-A ce jour, on est à combien d’arrivées, de nuitées et de recettes en devises ?

-A fin mars et en cumulé, nous avons reçu 1,965.357 touristes contre 2,505.715 en mars 2019. 

Au niveau des nuitées, nous sommes à 4.463.897 contre 5.453.804 pour le 1er trimestre de 2019.

Pour ce qui est des rentrées en devises, nous avons réalisé 16,657 MMDH contre 16,440 MMDH lors des 3 premiers mois de l’année précédente.

-Concrètement, que fait le ministère pour sortir de cette paralysie ?

-Dès les premières alertes, soit le 27 janvier dernier, le ministère du Tourisme a mis en place une cellule de veille qui travaille 7 jours sur 7 pour alimenter le système global depuis presque 3 mois.

Cette cellule interne est constituée des cadres de l’administration, de nos délégués dans les provinces marocaines, des établissements sous tutelle du ministère mais aussi des opérateurs privés.

Dès le 27 janvier, nous avons mis en œuvre un système de reporting quotidien pour faire remonter toutes les informations locales ou internationales et faire l’état des lieux des marchés émetteurs ainsi que des destinations voisines (nombre de touristes, réservations, annulations...)

Le ministère est également mobilisé dans la stratégie globale du Maroc voulue par SM le Roi Mohammed VI qui a mis en avant, avant toute autre priorité, la santé et la sécurité des citoyens

C’est dans ce cadre que notre ministre fait partie du comité de veille économique (CVE) pour alimenter et proposer des mesures à mettre en œuvre.

En plus de ce travail au CVE, le ministère est très impliqué au niveau international (OMT, IATA, OACI, OCDE …) pour se mettre à jour des mesures prises par les autres pays et rester en contact avec les bailleurs de fonds avec lesquels des partenariats permettront de gérer au mieux la crise.

-Quelles sont les mesures déjà opérationnelles et celles à venir ?

-En premier lieu, les entreprises touchées bénéficient déjà des mesures mises en place par le CVE (indemnité pour les employés à l'arrêt, versée par le Fonds Covid-19, report des échéances sociales, fiscales et bancaires…).

De plus, le tissu le plus fragile a aussi droit aux mesures destinées au secteur informel.

Nous sommes donc une courroie de transmission pour que les entreprises durement impactées puissent bénéficier dans un premier temps de ces aides directes ou indirectes.

En parallèle, nous étudions d’autres pistes dont certaines sont déjà opérationnelles.

La première qui va soulager la trésorerie des opérateurs et leur permettre de garder des opérations dans leur carnet de commandes est la loi qui vient d’être adoptée par le Conseil de gouvernement.

Concrètement, elle va permettre aux entreprises de voyage et de transport d’émettre des avoirs, valables 18 mois, à leurs clients qui ont payé d’avance et de ne pas procéder aux remboursements.

-Combien représentent les sommes encaissées d’avance et non remboursées ?

-Sachant que ces opérations ont été réalisées entre les clients et les prestataires de services, nous ne disposons pas de chiffres précis mais encore une fois, cette loi vient à point nommé pour les opérateurs qui n’auront pas à sortir de la trésorerie en dirhams et surtout en devises.

-Exemples de prestations ?

-Des billets d’avion de la RAM, des séjours hôteliers, des packages achetés via des agences de voyages et toutes les prestations en rapport avec le secteur.

En résumé, elle concerne tous les établissements touristiques, les compagnies aériennes, les agences de voyage, les transporteurs …

-Hormis les remboursements, sur quoi travaille votre département ?

-L’essentiel de notre travail actuel est axé sur la mise à niveau normative de la profession.

Sachant que nous vivons une transition importante dans les comportements des clients, le ministère travaille sur une série de mesures pour actualiser les normes d’hygiène dans les établissements, les circuits de visites, les pratiques du personnel et la labellisation d’un passeport sanitaire.

-Pour rassurer les clients après la pandémie ?

-Toutes ces mesures sont en effet la conséquence de cette pandémie.

-Vous voulez donc reformater le système d’accueil ?

-Plutôt le compléter avec de nouvelles normes d’hygiène et de nouvelles densités d’accueil.

Pour cela, nous étudions différents scénarios avec tous les professionnels concernés par le changement.

Exemples, comment doit-on désormais servir les repas au niveau des restaurants d’un hôtel, comment gérer les zones de chalandise et les lieux de transport avec une nécessaire distanciation ?

L’autre volet important concerne la sensibilisation et l'accompagnement des opérateurs avec en premier lieu, la mise à niveau de leur base de connaissances par rapport à ce qui se passe à l’international. Cet axe est géré dans le cadre d’un projet qui est en cours de finalisation par le ministère du Tourisme.

Cette plateforme digitale intitulée "Tourisme academy" permettra d’offrir une multitude d’informations et de services (e-learning, formation à distance) pour tous les opérateurs du secteur

-Qui va assurer ces prestations numériques ?

-La plateforme est portée par le ministère mais il y a différents acteurs qui y interviennent comme les cadres de nos 16 écoles de formation, des experts du ministère, des prestataires spécialisés et certains membres de la profession. L’ensemble de cette population permettra de produire du contenu (e-learning, auto-évaluation, forums de discussions …).

-Qu’avez-vous prévu pour la relance post-pandémie ?

-Nous étudions plusieurs scénarios où le tourisme domestique occupera une place essentielle.

Ce maillon incontournable de notre plan de relance est en cours de finalisation.

Pour cela, nous travaillons sur les actions à mettre en place pour que ce segment qui représente 1/3 de notre activité soit relancé.

-Quel est l’objectif, mettre fin à la dépendance des marchés étrangers et le faire passer à 50% ?

-Durant la période de crise qui va durer, il va représenter 100% pendant au moins quelques mois.

En effet, avec les frontières fermées, seul le tourisme interne pourra reprendre dans un premier temps.

-Même après la réouverture des frontières, les touristes seront effrayés à l’idée de monter dans l’espace confiné d’un avion...

-En effet, à court terme, la reprise de l’activité ne pourra passer que par le tourisme domestique.

C’est la raison pour laquelle, nous réfléchissons à un plan global incluant une amélioration des offres, de la distribution, de la communication et de la promotion. A ce propos, l’ONMT a déjà publié plusieurs capsules pour le marché local.

Tout cela fait partie d’un travail plus global porté par le ministère qui sera présenté le moment venu.

     -Quid de la CNT qui demande 1,7 MMDH à l’Etat et qui n’est pas très tendre avec le ministère ?

-Nous comprenons les difficultés endurées par les membres de la Confédération qui ont vu leur activité s’arrêter du jour au lendemain et faisons de notre mieux pour travailler main dans la main avec eux.

Nous les encourageons d’ailleurs à s’investir dans des exercices, comme leur dernier rapport l'affirme, qui les positionnent comme des forces de proposition très utiles.

Tout ça pour dire qu’il y a une collaboration étroite entre nous pour connaître et suivre leurs doléances et scénarios d’avenir.

     -Quel est, selon vous, le montant qui devra être alloué au secteur pour le relancer ?

-Il est encore beaucoup trop tôt pour en parler sachant que nous sommes toujours mobilisés pour finaliser ce travail de réflexion et d’estimation.

De plus, de par sa consistance et sa dimension, il devra faire l’objet de discussions avec les autres ministères impliqués comme celui des Finances.

Aussi longtemps que cette étape n’aura pas été franchie, il sera difficile d’avancer le moindre chiffre pour relancer le secteur du tourisme.

La relance du tourisme au Maroc passera par les nationaux (ministère)

Le 04 mai 2020 à20:47

Modifié le 05 mai 2020 à 16:31

INTERVIEW. Le secteur marocain du tourisme est complètement à l’arrêt depuis mars dernier à cause du Coronavirus. Après un état des lieux et la présentation des mesures ministérielles prises ou à venir, Tarik Sadik, directeur de la stratégie et de la coopération au ministère du Tourisme, nous déclare que le tourisme interne sera, au moins dans un premier temps, la principale clé de la relance.

Tarik Sadik, directeur de la stratégie et de la coopération
au ministère du Tourisme

- Médias24 : A ce jour (lundi 4 mai), quels sont les indicateurs du secteur touristique ?

Tarik Sadik : Avant de rentrer dans le détail des chiffres, il faut rappeler que l’ensemble des destinations touristiques de la planète traversent une situation très grave et sans aucun précédent.

Non seulement, le tourisme est le secteur le plus impacté par l’arrêt quasi total de l’activité mais en plus, il sera sans doute un des derniers secteurs à redémarrer.

En effet, le confinement, la fermeture des frontières et l’arrivée de nouvelles règles sanitaires se sont traduits par une phase actuelle sans plus aucune activité.

La résultante a été, en mars dernier, une baisse de 70% des arrivées, soit le recul le plus important de toute l’histoire du tourisme marocain.

-Même par rapport à la guerre du Golfe ou des attentats du 11 septembre 2001 ?

Les conséquences de la pandémie actuelle dépassent de très loin les baisses qu’a connues le secteur lors des tristes événements que vous citez.

C’est du jamais vu, et pour vous donner une idée, lors des crises sanitaires du MERS et du SRAS, la baisse d’activité a été de 4%.

Si la baisse a été plus importante, après les attentats du 11 septembre, elle a été très courte dans le temps car la désaffection de la marque Maroc n’a duré que quelques semaines avant de redémarrer.

-Une baisse de 70% en mars laisse entendre 100% en avril et mai ?

-Cette baisse des arrivées aux postes-frontières marocains n’a été que le prélude de la crise actuelle.

Si pendant la 1ère quinzaine de mars, le secteur a fonctionné plus ou moins normalement, dès la fermeture des frontières du 16 mars, on est passé à zéro arrivée en provenance de l’étranger.

En mars, le Maroc a accueilli 273.000 touristes contre 911.000 en mars 2019 soit une perte de 640.000 arrivées.

Sachant que la baisse des arrivées a impacté la fréquentation hôtelière, la baisse des nuitées a été de 63% sur tout le territoire national.

Ceci dit, quand on fait le cumul des arrivées pour le premier trimestre, la baisse de 70% a été atténuée du fait qu’on a réalisé de très bons mois de janvier et février.

Ainsi, en cumulé, la baisse a été de 22% par rapport au premier trimestre de 2019

Pour les nuitées, on obtient une baisse cumulée trimestrielle de 18% par rapport aux 3 premiers mois de l’année écoulée.

Entre baisse des arrivées et des nuitées, la majorité des hôtels ont dû se soumettre à l'obligation sanitaire de fermeture hormis ceux qui continuent d’accueillir certains touristes étrangers bloqués au Maroc.

-Combien y en-a-t-il ?

Environ un millier dont la plupart sont logés dans des hôtels de Rabat et de Marrakech mais avec la poursuite des opérations de rapatriement, on est sur un trend baissier.

-Et pour le reste du parc hôtelier ?

Hormis ceux qui accueillent les touristes restants, le corps médical et les patients en quarantaine, tout le parc hôtelier est fermé.

-Des chiffres ?

Sachant que le Maroc compte 3.964 établissements opérationnels, on estime qu’entre une cinquantaine et une centaine sont toujours ouverts et le reste est fermé le temps de la crise.

Cet arrêt d’activité ne concerne pas uniquement les hôteliers car il provoque un impact considérable au niveau de toute la chaîne de valeur du secteur touristique.

Ainsi, tous les maillons comme les restaurants, guides, transports touristiques, agences de voyages… sont aussi à l’arrêt.

Le corollaire de cette situation de paralysie est l’impact sur nos rentrées en devises qui sont complètement stoppées avec, en mars dernier, l’enregistrement d’une baisse de 17%.

Si ce recul est moins important que celui des arrivées ou des nuitées, c’est parce qu’il y a toujours un décalage dans le temps avec les arriérés des prestations.

Malgré l’arrêt, le flux de devises a continué jusqu’en avril où il s’est complètement tari avec toutes les opérations liquidées, mais 17% de baisse, c’est quand même 1 milliard de DH de moins qu’en mars 2019.

Encore une fois, les rentrées cumulées du premier trimestre ont enregistré une croissance de 1% grâce aux excellentes rentrées en devises des mois de janvier et février derniers.

Tout comme pour les arrivées et les nuitées, les mois suivants (avril et mai) ne réaliseront aucune transaction, donc aucune recette en devises pour le secteur touristique.

-A ce jour, on est à combien d’arrivées, de nuitées et de recettes en devises ?

-A fin mars et en cumulé, nous avons reçu 1,965.357 touristes contre 2,505.715 en mars 2019. 

Au niveau des nuitées, nous sommes à 4.463.897 contre 5.453.804 pour le 1er trimestre de 2019.

Pour ce qui est des rentrées en devises, nous avons réalisé 16,657 MMDH contre 16,440 MMDH lors des 3 premiers mois de l’année précédente.

-Concrètement, que fait le ministère pour sortir de cette paralysie ?

-Dès les premières alertes, soit le 27 janvier dernier, le ministère du Tourisme a mis en place une cellule de veille qui travaille 7 jours sur 7 pour alimenter le système global depuis presque 3 mois.

Cette cellule interne est constituée des cadres de l’administration, de nos délégués dans les provinces marocaines, des établissements sous tutelle du ministère mais aussi des opérateurs privés.

Dès le 27 janvier, nous avons mis en œuvre un système de reporting quotidien pour faire remonter toutes les informations locales ou internationales et faire l’état des lieux des marchés émetteurs ainsi que des destinations voisines (nombre de touristes, réservations, annulations...)

Le ministère est également mobilisé dans la stratégie globale du Maroc voulue par SM le Roi Mohammed VI qui a mis en avant, avant toute autre priorité, la santé et la sécurité des citoyens

C’est dans ce cadre que notre ministre fait partie du comité de veille économique (CVE) pour alimenter et proposer des mesures à mettre en œuvre.

En plus de ce travail au CVE, le ministère est très impliqué au niveau international (OMT, IATA, OACI, OCDE …) pour se mettre à jour des mesures prises par les autres pays et rester en contact avec les bailleurs de fonds avec lesquels des partenariats permettront de gérer au mieux la crise.

-Quelles sont les mesures déjà opérationnelles et celles à venir ?

-En premier lieu, les entreprises touchées bénéficient déjà des mesures mises en place par le CVE (indemnité pour les employés à l'arrêt, versée par le Fonds Covid-19, report des échéances sociales, fiscales et bancaires…).

De plus, le tissu le plus fragile a aussi droit aux mesures destinées au secteur informel.

Nous sommes donc une courroie de transmission pour que les entreprises durement impactées puissent bénéficier dans un premier temps de ces aides directes ou indirectes.

En parallèle, nous étudions d’autres pistes dont certaines sont déjà opérationnelles.

La première qui va soulager la trésorerie des opérateurs et leur permettre de garder des opérations dans leur carnet de commandes est la loi qui vient d’être adoptée par le Conseil de gouvernement.

Concrètement, elle va permettre aux entreprises de voyage et de transport d’émettre des avoirs, valables 18 mois, à leurs clients qui ont payé d’avance et de ne pas procéder aux remboursements.

-Combien représentent les sommes encaissées d’avance et non remboursées ?

-Sachant que ces opérations ont été réalisées entre les clients et les prestataires de services, nous ne disposons pas de chiffres précis mais encore une fois, cette loi vient à point nommé pour les opérateurs qui n’auront pas à sortir de la trésorerie en dirhams et surtout en devises.

-Exemples de prestations ?

-Des billets d’avion de la RAM, des séjours hôteliers, des packages achetés via des agences de voyages et toutes les prestations en rapport avec le secteur.

En résumé, elle concerne tous les établissements touristiques, les compagnies aériennes, les agences de voyage, les transporteurs …

-Hormis les remboursements, sur quoi travaille votre département ?

-L’essentiel de notre travail actuel est axé sur la mise à niveau normative de la profession.

Sachant que nous vivons une transition importante dans les comportements des clients, le ministère travaille sur une série de mesures pour actualiser les normes d’hygiène dans les établissements, les circuits de visites, les pratiques du personnel et la labellisation d’un passeport sanitaire.

-Pour rassurer les clients après la pandémie ?

-Toutes ces mesures sont en effet la conséquence de cette pandémie.

-Vous voulez donc reformater le système d’accueil ?

-Plutôt le compléter avec de nouvelles normes d’hygiène et de nouvelles densités d’accueil.

Pour cela, nous étudions différents scénarios avec tous les professionnels concernés par le changement.

Exemples, comment doit-on désormais servir les repas au niveau des restaurants d’un hôtel, comment gérer les zones de chalandise et les lieux de transport avec une nécessaire distanciation ?

L’autre volet important concerne la sensibilisation et l'accompagnement des opérateurs avec en premier lieu, la mise à niveau de leur base de connaissances par rapport à ce qui se passe à l’international. Cet axe est géré dans le cadre d’un projet qui est en cours de finalisation par le ministère du Tourisme.

Cette plateforme digitale intitulée "Tourisme academy" permettra d’offrir une multitude d’informations et de services (e-learning, formation à distance) pour tous les opérateurs du secteur

-Qui va assurer ces prestations numériques ?

-La plateforme est portée par le ministère mais il y a différents acteurs qui y interviennent comme les cadres de nos 16 écoles de formation, des experts du ministère, des prestataires spécialisés et certains membres de la profession. L’ensemble de cette population permettra de produire du contenu (e-learning, auto-évaluation, forums de discussions …).

-Qu’avez-vous prévu pour la relance post-pandémie ?

-Nous étudions plusieurs scénarios où le tourisme domestique occupera une place essentielle.

Ce maillon incontournable de notre plan de relance est en cours de finalisation.

Pour cela, nous travaillons sur les actions à mettre en place pour que ce segment qui représente 1/3 de notre activité soit relancé.

-Quel est l’objectif, mettre fin à la dépendance des marchés étrangers et le faire passer à 50% ?

-Durant la période de crise qui va durer, il va représenter 100% pendant au moins quelques mois.

En effet, avec les frontières fermées, seul le tourisme interne pourra reprendre dans un premier temps.

-Même après la réouverture des frontières, les touristes seront effrayés à l’idée de monter dans l’espace confiné d’un avion...

-En effet, à court terme, la reprise de l’activité ne pourra passer que par le tourisme domestique.

C’est la raison pour laquelle, nous réfléchissons à un plan global incluant une amélioration des offres, de la distribution, de la communication et de la promotion. A ce propos, l’ONMT a déjà publié plusieurs capsules pour le marché local.

Tout cela fait partie d’un travail plus global porté par le ministère qui sera présenté le moment venu.

     -Quid de la CNT qui demande 1,7 MMDH à l’Etat et qui n’est pas très tendre avec le ministère ?

-Nous comprenons les difficultés endurées par les membres de la Confédération qui ont vu leur activité s’arrêter du jour au lendemain et faisons de notre mieux pour travailler main dans la main avec eux.

Nous les encourageons d’ailleurs à s’investir dans des exercices, comme leur dernier rapport l'affirme, qui les positionnent comme des forces de proposition très utiles.

Tout ça pour dire qu’il y a une collaboration étroite entre nous pour connaître et suivre leurs doléances et scénarios d’avenir.

     -Quel est, selon vous, le montant qui devra être alloué au secteur pour le relancer ?

-Il est encore beaucoup trop tôt pour en parler sachant que nous sommes toujours mobilisés pour finaliser ce travail de réflexion et d’estimation.

De plus, de par sa consistance et sa dimension, il devra faire l’objet de discussions avec les autres ministères impliqués comme celui des Finances.

Aussi longtemps que cette étape n’aura pas été franchie, il sera difficile d’avancer le moindre chiffre pour relancer le secteur du tourisme.

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