La Samir: les petits porteurs bloqués en bourse depuis bientôt 4 ans

La première suspension de cotation des actions La Samir en bourse a eu lieu le 6 août 2015, après une période d’effondrement du cours et d’absence de dividendes. Piégés, des milliers de petits porteurs risquent de tout perdre.

La Samir: les petits porteurs bloqués en bourse depuis bientôt 4 ans

Le 24 juin 2019 à 15:50

Modifié le 24 juin 2019 à 21:23

On ne connaît pas le nombre exact des petits porteurs d’actions La Samir. Contacté par Médias24, le dépositaire central des titres Maroclear n'avait pas répondu à notre demande au moment de la mise en ligne de cet article.

Lors de l’introduction en bourse du raffineur le 19 mars 1996, près de 60.000 souscripteurs avaient participé à l’opération, essentiellement des personnes physiques (voir rapport de la DEPF, page 16).

Depuis, la totalité ou une partie des actions acquises ont naturellement changé de mains au moins une fois. Elles ont pu par exemple être cédées par les particuliers à des OPCVM ou à des institutionnels. Le nombre de détenteurs des actions a donc varié, probablement à la baisse. Mais les petits porteurs se comptent toujours par milliers. De plus, même les actions détenues par les OPCVM, les compagnies d'assurance et les caisses de retraite sont en partie indirectement détenues par les personnes physiques.

En tous les cas, les minoritaires détiennent 26,95% du capital de La Samir, soit environ 3,2 millions d’actions constituant son flottant en bourse. Le reste est détenu par Corral Petroleum Holding du Saoudien Al Amoudi (67,27%) et le groupe Holmarcom de la famille Bensalah (5,78%). Le capital est réparti en 11,89 millions d’actions.

Ces titres, notamment ceux détenus par les minoritaires, sont bloqués depuis le 6 août 2015, date de la première suspension de la cotation du raffineur décidée après l’annonce de son arrêt d’activité. La suspension est reconduite régulièrement jusqu’à aujourd’hui, ce qui fera bientôt 4 ans.

Quand les actions Samir valaient 1.100 DH en bourse

Avant même l’arrêt d’activité et la suspension de la cotation, les petits porteurs d’actions La Samir ont subi de grosses pertes en bourse. On parle ici de pertes potentielles car tant que les actions ne sont pas vendues, on ne peut parler de pertes avérées.

Le dernier cours du raffineur est de 127,8 DH. Il a fortement chuté depuis 2014 où il a pu atteindre plus de 450 DH. En 2011, il a pointé à près de 850 DH.

Le record a été atteint en 2007, période de boom boursier qui a précédé la crise internationale de 2008. Le cours s’était envolé à 1.100 DH.

Pour rappel, les actions La Samir ont été vendues en bourse en 1996 au prix de 243 DH, pour une valeur nominale de 50 DH. Celle-ci a été portée à 100 DH par regroupement d’actions, ce qui donne un prix de cession révisé de 486 DH.

L’ampleur des dégâts potentiels est donc variable en fonction du prix d’achat payé par chaque petit porteur tout au long des 18 années de sa cotation.

Pendant cette période, les actionnaires n’ont pas toujours reçu des dividendes chaque année. En 2008, l’entreprise a payé 20 DH par action au titre des bénéfices de 2007, avant de suspendre la distribution de dividendes jusqu’en 2014 où elle a servi 8 DH par action au titre de 2013.

Liquidation..., et après ?

Que peuvent espérer ces petits porteurs ? En mars 2016, La Samir a été placée en liquidation. Le jugement a été assorti d’une période transitoire de continuation que le liquidateur ne cesse de renouveler jusqu’à aujourd’hui. L’Autorité du marché des capitaux ne peut donc demander la radiation du raffineur de la cote comme le lui permet la loi.

Jusqu’à aujourd’hui, aucune offre de rachat de La Samir n’a été jugée sérieuse par le juge-commissaire. Ce mardi 25 juin, l’émirati Petroen est censé apporter une garantie bancaire pour appuyer son offre de rachat de 2,5 milliards de dollars.

Si elle est acceptée, cette offre de près de 24 milliards de DH ne suffirait même pas à couvrir l'intégralité des dettes de l’entreprise. La liste des créances validées n’est pas encore arrêtée mais l’on parle d’environ 40 milliards de DH auxquels s’ajoutent des condamnations au pénal de près de 60 milliards de DH. Le créancier principal est la Douane.

Certes, un jugement rendu en 1ère instance a étendu la liquidation au patrimoine personnel des dirigeants de La Samir. Le dossier est actuellement en appel. Mais même si le jugement est confirmé, rien ne garantit que le patrimoine personnel des dirigeants soit suffisant pour rembourser tout le monde ni que l’exécution de l’extension soit réalisable, les dirigeants étant des étrangers avec un patrimoine situé en très grande partie en dehors du Maroc.

Tout indique donc que les petits porteurs perdront toute leur mise. 3,2 millions d’actions coûtent plus de 400 MDH au cours de 127,8 DH, plus de 1,5 milliard de DH au prix de l’introduction.

>>Lire aussi: Samir: les petits porteurs dans le flou

La Samir: les petits porteurs bloqués en bourse depuis bientôt 4 ans

Le 24 juin 2019 à15:59

Modifié le 24 juin 2019 à 21:23

La première suspension de cotation des actions La Samir en bourse a eu lieu le 6 août 2015, après une période d’effondrement du cours et d’absence de dividendes. Piégés, des milliers de petits porteurs risquent de tout perdre.

On ne connaît pas le nombre exact des petits porteurs d’actions La Samir. Contacté par Médias24, le dépositaire central des titres Maroclear n'avait pas répondu à notre demande au moment de la mise en ligne de cet article.

Lors de l’introduction en bourse du raffineur le 19 mars 1996, près de 60.000 souscripteurs avaient participé à l’opération, essentiellement des personnes physiques (voir rapport de la DEPF, page 16).

Depuis, la totalité ou une partie des actions acquises ont naturellement changé de mains au moins une fois. Elles ont pu par exemple être cédées par les particuliers à des OPCVM ou à des institutionnels. Le nombre de détenteurs des actions a donc varié, probablement à la baisse. Mais les petits porteurs se comptent toujours par milliers. De plus, même les actions détenues par les OPCVM, les compagnies d'assurance et les caisses de retraite sont en partie indirectement détenues par les personnes physiques.

En tous les cas, les minoritaires détiennent 26,95% du capital de La Samir, soit environ 3,2 millions d’actions constituant son flottant en bourse. Le reste est détenu par Corral Petroleum Holding du Saoudien Al Amoudi (67,27%) et le groupe Holmarcom de la famille Bensalah (5,78%). Le capital est réparti en 11,89 millions d’actions.

Ces titres, notamment ceux détenus par les minoritaires, sont bloqués depuis le 6 août 2015, date de la première suspension de la cotation du raffineur décidée après l’annonce de son arrêt d’activité. La suspension est reconduite régulièrement jusqu’à aujourd’hui, ce qui fera bientôt 4 ans.

Quand les actions Samir valaient 1.100 DH en bourse

Avant même l’arrêt d’activité et la suspension de la cotation, les petits porteurs d’actions La Samir ont subi de grosses pertes en bourse. On parle ici de pertes potentielles car tant que les actions ne sont pas vendues, on ne peut parler de pertes avérées.

Le dernier cours du raffineur est de 127,8 DH. Il a fortement chuté depuis 2014 où il a pu atteindre plus de 450 DH. En 2011, il a pointé à près de 850 DH.

Le record a été atteint en 2007, période de boom boursier qui a précédé la crise internationale de 2008. Le cours s’était envolé à 1.100 DH.

Pour rappel, les actions La Samir ont été vendues en bourse en 1996 au prix de 243 DH, pour une valeur nominale de 50 DH. Celle-ci a été portée à 100 DH par regroupement d’actions, ce qui donne un prix de cession révisé de 486 DH.

L’ampleur des dégâts potentiels est donc variable en fonction du prix d’achat payé par chaque petit porteur tout au long des 18 années de sa cotation.

Pendant cette période, les actionnaires n’ont pas toujours reçu des dividendes chaque année. En 2008, l’entreprise a payé 20 DH par action au titre des bénéfices de 2007, avant de suspendre la distribution de dividendes jusqu’en 2014 où elle a servi 8 DH par action au titre de 2013.

Liquidation..., et après ?

Que peuvent espérer ces petits porteurs ? En mars 2016, La Samir a été placée en liquidation. Le jugement a été assorti d’une période transitoire de continuation que le liquidateur ne cesse de renouveler jusqu’à aujourd’hui. L’Autorité du marché des capitaux ne peut donc demander la radiation du raffineur de la cote comme le lui permet la loi.

Jusqu’à aujourd’hui, aucune offre de rachat de La Samir n’a été jugée sérieuse par le juge-commissaire. Ce mardi 25 juin, l’émirati Petroen est censé apporter une garantie bancaire pour appuyer son offre de rachat de 2,5 milliards de dollars.

Si elle est acceptée, cette offre de près de 24 milliards de DH ne suffirait même pas à couvrir l'intégralité des dettes de l’entreprise. La liste des créances validées n’est pas encore arrêtée mais l’on parle d’environ 40 milliards de DH auxquels s’ajoutent des condamnations au pénal de près de 60 milliards de DH. Le créancier principal est la Douane.

Certes, un jugement rendu en 1ère instance a étendu la liquidation au patrimoine personnel des dirigeants de La Samir. Le dossier est actuellement en appel. Mais même si le jugement est confirmé, rien ne garantit que le patrimoine personnel des dirigeants soit suffisant pour rembourser tout le monde ni que l’exécution de l’extension soit réalisable, les dirigeants étant des étrangers avec un patrimoine situé en très grande partie en dehors du Maroc.

Tout indique donc que les petits porteurs perdront toute leur mise. 3,2 millions d’actions coûtent plus de 400 MDH au cours de 127,8 DH, plus de 1,5 milliard de DH au prix de l’introduction.

>>Lire aussi: Samir: les petits porteurs dans le flou

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