Joshka Fischer

Ancien ministre allemand des Affaires étrangères 

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La triple crise qui ébranle la planète

Le 29 juin 2020 à 15:04

Modifié le 29 juin 2020 à 15:27

Nous entrons maintenant dans la deuxième phase de la pandémie du Covid-19, alors que l'on relâche ou même abandonne les mesures rigoureuses de distanciation sociale et que les économies redémarrent peu à peu. Pourtant, si ce n'est à trouver une thérapie ou un vaccin efficace disponible partout dans le monde, le retour à la "normale" relève davantage d'un espoir que de la réalité. Pire encore, le retour à la normale pourrait déclencher une deuxième vague d'infections locales ou régionales, voire à une bien plus grande échelle.

BERLIN – Les responsables politiques, les médecins, les scientifiques et le grand public ont beaucoup appris de la première vague de la pandémie. Une deuxième vague est très probable, mais elle ne se déroulera pas comme la première. Plutôt qu'un confinement généralisé qui met à l'arrêt l'économie et la vie sociale, les autorités opteront sans doute pour des mesures de distanciation sociale strictes mais ciblées, concernant le port des masques, le télétravail, les vidéoconférences, etc. Néanmoins, en fonction de l'intensité de cette deuxième vague, le recours au confinement pourrait être envisagé là où la situation sera la plus alarmante.

Le chaos mondial va augmenter de manière spectaculaires 

A l'image de la première vague, la deuxième consistera en trois crises simultanées. A la crise sanitaire (avec le risque que les nouvelles infections échappent à tout contrôle et s'étendent à nouveau à toute la planète), s'ajouteront la crise économique et sociale en cours et l'intensification des crises géopolitiques. L'économie mondiale est déjà frappée par une grave récession qu'il ne sera ni facile ni rapide à surmonter. Ces différents facteurs vont peser sur la rivalité sino-américaine de plus en plus vive, d'autant plus que s'approche l'élection présidentielle américaine de novembre.

Comme si cette combinaison de crises sanitaires, socioéconomiques et géopolitiques n'était pas suffisamment déstabilisante, s'y ajoute le problème Trump, car s'il remporte le scrutin présidentiel, le chaos mondial va augmenter de manière spectaculaire. Par contre l'élection de son adversaire démocrate, Joe Biden, serait gage d'une plus grande stabilité.

L'enjeu de l'élection américaine pourrait difficilement être plus élevé. Compte tenu de l'aggravation des crises dans le monde, il n'est pas exagéré de dire que l'humanité arrive à la croisée des chemins. Il faudra sans doute attendre l'automne ou l'hiver pour que se manifeste toute l'étendue de la récession. A ce moment-là nous ressentirons probablement un choc supplémentaire, car nous n'avons jamais connu une crise économique d'une telle ampleur, et tant sur le plan psychologique que dans la réalité, nous sommes habitués à une croissance continue.

Les pays riches d'Occident et d'Asie pourront-ils faire face à une forte récession, voire à une dépression très étendue, de longue durée? Même si des milliers de milliards d'euros viennent stimuler l'économie et permettent d'éviter un effondrement total, reste la question de la suite.

Dans le pire des cas (hypothèse que l'on ne peut exclure), Trump sera réélu, la deuxième vague de pandémie sera mondiale, l'économie continuera sa chute libre et la nouvelle Guerre froide en Asie de l'est se transformera en un véritable conflit. Et même si ce scénario ne se réalise pas, la triple crise nous fera basculer dans une ère nouvelle qui nous contraindra à reconstruire les systèmes politiques et économiques nationaux et les institutions multilatérales. Et dans le meilleur des cas il ne pourra y avoir de retour au statu quo antérieur. Le passé est derrière nous, seul compte maintenant l'avenir.

Redistribution de la puissance et des richesses 

Ne nous berçons pas d'illusions, les crises déclenchées par la pandémie sont si profondes et si étendues qu'elles conduiront à une redistribution radicale de la puissance et des richesses au niveau de la planète. Les pays qui auront anticipé la situation à venir en combinant l'énergie, le savoir-faire et les investissements nécessaires pour y faire face compteront parmi les gagnants - ceux qui ne voient pas ce qui se prépare compteront parmi les perdants.

Bien avant la pandémie, le monde était déjà en transition vers l'ère numérique, suscitant des bouleversements pour les technologies traditionnelles, au niveau des secteurs industriels classiques. Cette transition modifie aussi la distribution de la puissance et des richesses au niveau mondial. Par ailleurs, une crise mondiale encore plus grande se dessine clairement à l'horizon. Les conséquences du réchauffement climatique qui s'emballe seront beaucoup plus sévères que tout ce que nous avons connu jusqu'ici, et ce n'est pas un vaccin qui résoudra ce problème.

Le réchauffement climatique: une crise de plus 

La pandémie de Covid-19 marque un véritable tournant. Depuis des siècles, nous comptons sur un système économique et politique reposant sur l'exploitation de ressources naturelles finies, fonctionnant avec des Etats-nations souverains et égoïstes et des industries qui consomment à tire-larigot des énergies fossiles (que ce soit sous un régime socialiste ou capitaliste). Ce système atteignant rapidement ses limites, un changement fondamental est inévitable.

Il nous faut donc retenir toutes les leçons de la première vague de triple crise. Pour l'Europe qui paraissait avoir pris un retard considérable sur le plan économique et géopolitique, la situation actuelle constitue une occasion inattendue pour combler ses insuffisances manifestes. Elle dispose des valeurs politiques (démocratie, état de droit et justice sociale), du savoir-faire technique et des capacités d'investissement voulus pour agir résolument dans l'intérêt des ses principes et de ses objectifs, et plus généralement dans l'intérêt de l'humanité. Qu'est-ce que les Européens attendent pour agir?

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2020
Joshka Fischer

Ancien ministre allemand des Affaires étrangères 

La triple crise qui ébranle la planète

Le 29 juin 2020 à15:08

Modifié le 29 juin 2020 à 15:27

Nous entrons maintenant dans la deuxième phase de la pandémie du Covid-19, alors que l'on relâche ou même abandonne les mesures rigoureuses de distanciation sociale et que les économies redémarrent peu à peu. Pourtant, si ce n'est à trouver une thérapie ou un vaccin efficace disponible partout dans le monde, le retour à la "normale" relève davantage d'un espoir que de la réalité. Pire encore, le retour à la normale pourrait déclencher une deuxième vague d'infections locales ou régionales, voire à une bien plus grande échelle.

BERLIN – Les responsables politiques, les médecins, les scientifiques et le grand public ont beaucoup appris de la première vague de la pandémie. Une deuxième vague est très probable, mais elle ne se déroulera pas comme la première. Plutôt qu'un confinement généralisé qui met à l'arrêt l'économie et la vie sociale, les autorités opteront sans doute pour des mesures de distanciation sociale strictes mais ciblées, concernant le port des masques, le télétravail, les vidéoconférences, etc. Néanmoins, en fonction de l'intensité de cette deuxième vague, le recours au confinement pourrait être envisagé là où la situation sera la plus alarmante.

Le chaos mondial va augmenter de manière spectaculaires 

A l'image de la première vague, la deuxième consistera en trois crises simultanées. A la crise sanitaire (avec le risque que les nouvelles infections échappent à tout contrôle et s'étendent à nouveau à toute la planète), s'ajouteront la crise économique et sociale en cours et l'intensification des crises géopolitiques. L'économie mondiale est déjà frappée par une grave récession qu'il ne sera ni facile ni rapide à surmonter. Ces différents facteurs vont peser sur la rivalité sino-américaine de plus en plus vive, d'autant plus que s'approche l'élection présidentielle américaine de novembre.

Comme si cette combinaison de crises sanitaires, socioéconomiques et géopolitiques n'était pas suffisamment déstabilisante, s'y ajoute le problème Trump, car s'il remporte le scrutin présidentiel, le chaos mondial va augmenter de manière spectaculaire. Par contre l'élection de son adversaire démocrate, Joe Biden, serait gage d'une plus grande stabilité.

L'enjeu de l'élection américaine pourrait difficilement être plus élevé. Compte tenu de l'aggravation des crises dans le monde, il n'est pas exagéré de dire que l'humanité arrive à la croisée des chemins. Il faudra sans doute attendre l'automne ou l'hiver pour que se manifeste toute l'étendue de la récession. A ce moment-là nous ressentirons probablement un choc supplémentaire, car nous n'avons jamais connu une crise économique d'une telle ampleur, et tant sur le plan psychologique que dans la réalité, nous sommes habitués à une croissance continue.

Les pays riches d'Occident et d'Asie pourront-ils faire face à une forte récession, voire à une dépression très étendue, de longue durée? Même si des milliers de milliards d'euros viennent stimuler l'économie et permettent d'éviter un effondrement total, reste la question de la suite.

Dans le pire des cas (hypothèse que l'on ne peut exclure), Trump sera réélu, la deuxième vague de pandémie sera mondiale, l'économie continuera sa chute libre et la nouvelle Guerre froide en Asie de l'est se transformera en un véritable conflit. Et même si ce scénario ne se réalise pas, la triple crise nous fera basculer dans une ère nouvelle qui nous contraindra à reconstruire les systèmes politiques et économiques nationaux et les institutions multilatérales. Et dans le meilleur des cas il ne pourra y avoir de retour au statu quo antérieur. Le passé est derrière nous, seul compte maintenant l'avenir.

Redistribution de la puissance et des richesses 

Ne nous berçons pas d'illusions, les crises déclenchées par la pandémie sont si profondes et si étendues qu'elles conduiront à une redistribution radicale de la puissance et des richesses au niveau de la planète. Les pays qui auront anticipé la situation à venir en combinant l'énergie, le savoir-faire et les investissements nécessaires pour y faire face compteront parmi les gagnants - ceux qui ne voient pas ce qui se prépare compteront parmi les perdants.

Bien avant la pandémie, le monde était déjà en transition vers l'ère numérique, suscitant des bouleversements pour les technologies traditionnelles, au niveau des secteurs industriels classiques. Cette transition modifie aussi la distribution de la puissance et des richesses au niveau mondial. Par ailleurs, une crise mondiale encore plus grande se dessine clairement à l'horizon. Les conséquences du réchauffement climatique qui s'emballe seront beaucoup plus sévères que tout ce que nous avons connu jusqu'ici, et ce n'est pas un vaccin qui résoudra ce problème.

Le réchauffement climatique: une crise de plus 

La pandémie de Covid-19 marque un véritable tournant. Depuis des siècles, nous comptons sur un système économique et politique reposant sur l'exploitation de ressources naturelles finies, fonctionnant avec des Etats-nations souverains et égoïstes et des industries qui consomment à tire-larigot des énergies fossiles (que ce soit sous un régime socialiste ou capitaliste). Ce système atteignant rapidement ses limites, un changement fondamental est inévitable.

Il nous faut donc retenir toutes les leçons de la première vague de triple crise. Pour l'Europe qui paraissait avoir pris un retard considérable sur le plan économique et géopolitique, la situation actuelle constitue une occasion inattendue pour combler ses insuffisances manifestes. Elle dispose des valeurs politiques (démocratie, état de droit et justice sociale), du savoir-faire technique et des capacités d'investissement voulus pour agir résolument dans l'intérêt des ses principes et de ses objectifs, et plus généralement dans l'intérêt de l'humanité. Qu'est-ce que les Européens attendent pour agir?

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2020

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