La Tunisie enterre BCE et tourne la page de la génération Bourguiba

ANALYSE. Avec le décès de Beji Caïd Essebsi, prend fin une époque, celle de l’Exécutif issu du mouvement national, dominée par l’ombre tutélaire de Habib Bourguiba. Enseignements des derniers événements tunisiens.

La Tunisie enterre BCE et tourne la page de la génération Bourguiba

Le 27 juillet 2019 à 10:06

Modifié le 29 juillet 2019 à 21:56

Ce samedi 27 juillet 2019, les Tunisiens disent adieu à leur président, mort quelques mois avant la fin de son mandat. Une cérémonie aura lieu à partir de 11H du palais de Carthage, suivie de la levée du corps vers le cimetière. Des personnalités étrangères sont annoncées, dont Emmanuel Macron, l’Algérien Abdelkader Bensalah ainsi que Mahmoud Abbas, le Prince Temim du Qatar, le Roi Felipe d'Espagne, les présidents portugais et maltais. Le Roi Mohammed VI était représenté par le Prince Moulay Rachid.

Voici d’ores et déjà quelques enseignements que l’on peut tirer de cette séquence de la vie politique tunisienne.

BCE (Béji Caïd Essebsi) est décédé à l’âge de 93 ans. L’intérim est assuré par le président de l’Assemblée Mohamed Ennaceur, 85 ans, qui achève lui aussi son mandat dans quelques mois.

Les deux personnalités ont bien connu et travaillé avec Bourguiba. Avec leur départ, une page se tourne, celle de l’Etat issu du mouvement national.

Derrière tout le parcours de BCE, jusqu’à ses plus récentes initiatives, jusqu’à ses tics et ses mimiques, ses proverbes et son franc-parler, son charisme et son immense culture, se dresse l’ombre d’un géant, Habib Bourguiba, fondateur de l’Etat moderne en Tunisie.

Bourguiba est mort discrètement, en l’an 2000, au même endroit que BCE, l’hôpital militaire de Tunis. Il a été enterré en douce, presque clandestinement par Benali qui a interdit la retransmission télévisée et les obsèques nationales. Seuls les habitants de Monastir, une ville quasiment assiégée, ont pu rendre un dernier hommage au leader historique. Il a fallu attendre la révolution de 2011 pour que le film des obsèques soit diffusé à la télévision (ci-dessous).

L'histoire politique récente est marquée par 4 disparitions: Bourguiba en 2000 (ci-dessus)...

Samedi 27 juillet, ce sera donc à la fois l’hommage à BCE et à son père spirituel Bourguiba. Car c’est en se réclamant de Bourguiba que BCE a réuni 55% des suffrages en 2014 et est devenu président du pays.

Un clone de Bourguiba ou presque

En 2009, BCE a 83 ans. Dans ce pays dirigé d’une main de fer par Zine El Abidine Benali, Caïd Essebsi continue à suivre la vie politique tunisienne. Loin de lui l’idée de reprendre un jour du service. Il publie alors un livre intitulé “Bourguiba. Le bon grain de l’ivraie“. L’essentiel de ce récit à la forme autobiographique est consacré à sa relation avec Bourguiba. L’admiration sans limites est perceptible à chaque page.

Sous Bourguiba, BCE aura surtout été ministre de l’Intérieur et ministre des Affaires étrangères. Au sein du parti bourguibien, puis en dehors de ce parti, il est connu pour avoir défendu l’option libérale en politique intérieure. En tant que directeur de la sûreté puis ministre de l’Intérieur, il est accusé d’avoir fait torturer des opposants, dont Mohamed Charfi, grand penseur et homme politique. Lorsque BCE est nommé Premier ministre en 2011 pour conduire la transition, la veuve de Mohamed Charfi qui était ministre, a démissionné car elle ne pouvait pas travailler sous les ordres de l’homme qui avait fait torturer son mari.

BCE aura été un excellent ministre des Affaires étrangères selon la définition de Michel Jobert, c’est-à-dire “le prince de l’ambiguïté“(*) et fidèle disciple de Bourguiba en matière de pragmatisme et de politique des étapes.

2011, BCE rappelé par l'histoire

En décembre 2010, alors que BCE coule des jours paisibles où il visite de temps en temps le Maroc, Karim (dit Mohamed) Bouazizi s’immole par le feu. BCE, toujours mordu par la politique, suit la situation de près. Le 7 janvier 2011, il déclare à un groupe d’amis que Benali ne restera pas au pouvoir. Une semaine plus tard, la Tunisie bascule.

Fin février, le Chef de l’Etat par intérim, Fouad Mebazzaâ, ancien ambassadeur à Rabat, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien ministre de Bourguiba, appelle BCE à diriger le gouvernement. Ils sont tous les deux bourguibiens, tunisois et amis très proches.

BCE mène alors la transition de main de maître, dans une situation confuse, agitée, ouvertement menacée par l’extrémisme jihadiste. En octobre de la même année, une Assemblée constituante est élue où la majorité relative est détenue par le parti Ennahdha, d’obédience ouvertement frériste.

Une transition par le consensus

Une parenthèse s’impose car il s’agit d’une donnée importante de la situation en Tunisie.

Après le départ de Benali, la constitution tunisienne est suspendue et les deux chambres du Parlement dissoutes. BCE crée alors une instance qui regroupe les principaux acteurs publics du pays, partis, syndicats, hommes et femmes de culture, figures historiques, universitaires. Cette instance qui n’a aucun fondement juridique, validera toutes les décisions relatives à la transition, dont les procédures relatives aux élections. Le gouvernement lui-même ainsi que le poste de Chef d’Etat, n’ont pas de base juridique opposable à tous, la Constitution ayant été suspendue.

La transition sera donc conduite par consensus.

Ce retour au consensus pour légitimer les décisions vitales pour la nation, est une sorte d’instinct de conservation que les Tunisiens vont retrouver le jour de la mort du président BCE le 25 juillet 2019.

Ce jour-là, il y a en effet une impasse juridique : la Constitution prévoit que la vacance définitive est constatée par la Cour constitutionnelle. Or, celle-ci n’existe pas. Dans le consensus, les Tunisiens feront appel à “l’Instance provisoire chargée du contrôle de la constitutionnalité des projets de loi“. Personne ne conteste. Le président de l’Assemblée devient naturellement Chef de l'Etat par intérim..

Article 84.
"(...) Si la vacance provisoire excède les soixante jours, ou en cas de présentation par le président de la République de sa démission écrite au président de la Cour constitutionnelle, de décès ou d'incapacité permanente, ou pour toute autre cause de vacance définitive, la Cour constitutionnelle se réunit immédiatement et constate la vacance définitive. Elle en informe le président de l'Assemblée des représentants du peuple qui est immédiatement investi des fonctions de président de la République de manière provisoire, pour une période allant de quarante-cinq jours au moins à quatre-vingt-dix jours au plus".

Deux assassinats politiques pendant la transition

En octobre 2011, les premières élections tunisiennes post-révolution sont organisées. BCE remet les clés de la maison à la troïka politique conduite par Ennahdha et prend sa retraite définitive. Commencent alors les travaux de l’Assemblée constituante.

Le pays vit alors une polarisation sociale et politique entre d’un côté, le modèle frériste et de l’autre, le modèle bourguibien. Si le premier est incarné par Ennahdha et Rached Ghannouchi, le second est disséminé au sein de la société. Aucun parti ne l’incarne réellement. Les héritiers de Bourguiba sont des femmes et des hommes plus ou moins anonymes, des individus sans véritable organisation derrière, ou enfin la société civile et l’UGTT.

L’islamisme devient une norme ou presque. Ennahdha qui honnit Bourguiba et sa mémoire, veut inscrire la chariâa comme source de législation dans la nouvelle constitution. Des salafistes jihadistes ont pignon sur rue, jusque dans les plateaux de télévision. Deux grandes figures de la gauche sont assassinées, Chokri Belaid (vidéo ci-dessous) et Mohamed Brahmi. Ce dernier est tué le 25 juillet, le jour même du décès de BCE.

 

... Chokri Belaïd, tribun de la gauche, farouche opposant à Ennahdha, assassiné par balles en 2012...

... Mohamed Brahmi, grande figure de la gauche assassiné en 2013...

Dans cette ambiance incertaine et tendue, les Tunisiens libéraux invoquent de plus en plus Bourguiba comme référence pour combattre l’islamisme. Tout le monde espère un parti à référentiel libéral sur le plan social et culturel, autrement dit un parti bourguibien.

Au milieu de l’année 2012, BCE est de nouveau happé par la politique. Bourguibien, expérimenté, crédible parce qu’il a conduit la transition, tribun, il crée le parti Nida Tounes. Un homme d’affaires connu, Faouzi Elloumi, lui apporte un siège et un compte courant bancaire de 3 milliards de centimes. Il hérite également des anciennes structures du parti dissous de Benali, le RCD, un parti organisé, qui quadrille le pays et dont l’ADN est rompu à la lutte anti-islamiste.

BCE revient donc, il incarne le modèle bourguibien et fédère l’opposition à Ennahdha. En 2014, il est élu triomphalement ou presque, au palais de Carthage tandis que son parti devient le parti de référence à l’Assemblée.

Au final, il aura joué un rôle décisif en menant la transition de 2011 à son terme. Puis en fédérant l'opposition à Ennahdha et en mettant un terme à l'expansion de ce parti convaincu de gouverner pendant quelques décennies.

... et Béji Caïd Essebsi, ce samedi 27 juillet 2019.

Le reste du parcours est moins glorieux. Avec une faiblesse inexplicable, il livre le parti à son propre fils, décision qui provoque de nombreux départs notamment de députés. Le parti devient d’ailleurs minoritaire. D’autres erreurs ou fautes sont commises. Au final, de nombreux Tunisiens considèrent que c’est la grande figure bourguibienne qui a sauvé la Tunisie et pas vraiment BCE.

En tout état de cause, tous ceux qui l’ont connu, y compris une personnalité marocaine qui l’a rencontré à plusieurs reprises, évoquent sa mémoire avec beaucoup d’émotion. L’homme suscite le respect, l’admiration, l‘affection.

Après lui, on ne sait pas de quoi demain sera fait. En tous les cas, une génération nouvelle sera aux commandes. Une génération qui n'a pas obligatoirement connu Bourguiba. Qui a encore moins travaillé avec lui. Mais qui a été nourrie dès son plus jeune âge par ses idées révolutionnaires en matière sociétale et culturelle. Selon les sondages, la Tunisie risque d'être dirigée par des populistes.

(*) Entretien de l’auteur avec Michel Jobert en 1986.

LIRE EGALEMENT

DOCUMENT. Maghreb, Algérie, Sahara racontés par Beji Caid Essebsi.

DOCUMENT EXCLUSIF. LE VRAI RECIT DU DEPART DE BENALI

La Tunisie enterre BCE et tourne la page de la génération Bourguiba

Le 27 juillet 2019 à10:34

Modifié le 29 juillet 2019 à 21:56

ANALYSE. Avec le décès de Beji Caïd Essebsi, prend fin une époque, celle de l’Exécutif issu du mouvement national, dominée par l’ombre tutélaire de Habib Bourguiba. Enseignements des derniers événements tunisiens.

Ce samedi 27 juillet 2019, les Tunisiens disent adieu à leur président, mort quelques mois avant la fin de son mandat. Une cérémonie aura lieu à partir de 11H du palais de Carthage, suivie de la levée du corps vers le cimetière. Des personnalités étrangères sont annoncées, dont Emmanuel Macron, l’Algérien Abdelkader Bensalah ainsi que Mahmoud Abbas, le Prince Temim du Qatar, le Roi Felipe d'Espagne, les présidents portugais et maltais. Le Roi Mohammed VI était représenté par le Prince Moulay Rachid.

Voici d’ores et déjà quelques enseignements que l’on peut tirer de cette séquence de la vie politique tunisienne.

BCE (Béji Caïd Essebsi) est décédé à l’âge de 93 ans. L’intérim est assuré par le président de l’Assemblée Mohamed Ennaceur, 85 ans, qui achève lui aussi son mandat dans quelques mois.

Les deux personnalités ont bien connu et travaillé avec Bourguiba. Avec leur départ, une page se tourne, celle de l’Etat issu du mouvement national.

Derrière tout le parcours de BCE, jusqu’à ses plus récentes initiatives, jusqu’à ses tics et ses mimiques, ses proverbes et son franc-parler, son charisme et son immense culture, se dresse l’ombre d’un géant, Habib Bourguiba, fondateur de l’Etat moderne en Tunisie.

Bourguiba est mort discrètement, en l’an 2000, au même endroit que BCE, l’hôpital militaire de Tunis. Il a été enterré en douce, presque clandestinement par Benali qui a interdit la retransmission télévisée et les obsèques nationales. Seuls les habitants de Monastir, une ville quasiment assiégée, ont pu rendre un dernier hommage au leader historique. Il a fallu attendre la révolution de 2011 pour que le film des obsèques soit diffusé à la télévision (ci-dessous).

L'histoire politique récente est marquée par 4 disparitions: Bourguiba en 2000 (ci-dessus)...

Samedi 27 juillet, ce sera donc à la fois l’hommage à BCE et à son père spirituel Bourguiba. Car c’est en se réclamant de Bourguiba que BCE a réuni 55% des suffrages en 2014 et est devenu président du pays.

Un clone de Bourguiba ou presque

En 2009, BCE a 83 ans. Dans ce pays dirigé d’une main de fer par Zine El Abidine Benali, Caïd Essebsi continue à suivre la vie politique tunisienne. Loin de lui l’idée de reprendre un jour du service. Il publie alors un livre intitulé “Bourguiba. Le bon grain de l’ivraie“. L’essentiel de ce récit à la forme autobiographique est consacré à sa relation avec Bourguiba. L’admiration sans limites est perceptible à chaque page.

Sous Bourguiba, BCE aura surtout été ministre de l’Intérieur et ministre des Affaires étrangères. Au sein du parti bourguibien, puis en dehors de ce parti, il est connu pour avoir défendu l’option libérale en politique intérieure. En tant que directeur de la sûreté puis ministre de l’Intérieur, il est accusé d’avoir fait torturer des opposants, dont Mohamed Charfi, grand penseur et homme politique. Lorsque BCE est nommé Premier ministre en 2011 pour conduire la transition, la veuve de Mohamed Charfi qui était ministre, a démissionné car elle ne pouvait pas travailler sous les ordres de l’homme qui avait fait torturer son mari.

BCE aura été un excellent ministre des Affaires étrangères selon la définition de Michel Jobert, c’est-à-dire “le prince de l’ambiguïté“(*) et fidèle disciple de Bourguiba en matière de pragmatisme et de politique des étapes.

2011, BCE rappelé par l'histoire

En décembre 2010, alors que BCE coule des jours paisibles où il visite de temps en temps le Maroc, Karim (dit Mohamed) Bouazizi s’immole par le feu. BCE, toujours mordu par la politique, suit la situation de près. Le 7 janvier 2011, il déclare à un groupe d’amis que Benali ne restera pas au pouvoir. Une semaine plus tard, la Tunisie bascule.

Fin février, le Chef de l’Etat par intérim, Fouad Mebazzaâ, ancien ambassadeur à Rabat, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien ministre de Bourguiba, appelle BCE à diriger le gouvernement. Ils sont tous les deux bourguibiens, tunisois et amis très proches.

BCE mène alors la transition de main de maître, dans une situation confuse, agitée, ouvertement menacée par l’extrémisme jihadiste. En octobre de la même année, une Assemblée constituante est élue où la majorité relative est détenue par le parti Ennahdha, d’obédience ouvertement frériste.

Une transition par le consensus

Une parenthèse s’impose car il s’agit d’une donnée importante de la situation en Tunisie.

Après le départ de Benali, la constitution tunisienne est suspendue et les deux chambres du Parlement dissoutes. BCE crée alors une instance qui regroupe les principaux acteurs publics du pays, partis, syndicats, hommes et femmes de culture, figures historiques, universitaires. Cette instance qui n’a aucun fondement juridique, validera toutes les décisions relatives à la transition, dont les procédures relatives aux élections. Le gouvernement lui-même ainsi que le poste de Chef d’Etat, n’ont pas de base juridique opposable à tous, la Constitution ayant été suspendue.

La transition sera donc conduite par consensus.

Ce retour au consensus pour légitimer les décisions vitales pour la nation, est une sorte d’instinct de conservation que les Tunisiens vont retrouver le jour de la mort du président BCE le 25 juillet 2019.

Ce jour-là, il y a en effet une impasse juridique : la Constitution prévoit que la vacance définitive est constatée par la Cour constitutionnelle. Or, celle-ci n’existe pas. Dans le consensus, les Tunisiens feront appel à “l’Instance provisoire chargée du contrôle de la constitutionnalité des projets de loi“. Personne ne conteste. Le président de l’Assemblée devient naturellement Chef de l'Etat par intérim..

Article 84.
"(...) Si la vacance provisoire excède les soixante jours, ou en cas de présentation par le président de la République de sa démission écrite au président de la Cour constitutionnelle, de décès ou d'incapacité permanente, ou pour toute autre cause de vacance définitive, la Cour constitutionnelle se réunit immédiatement et constate la vacance définitive. Elle en informe le président de l'Assemblée des représentants du peuple qui est immédiatement investi des fonctions de président de la République de manière provisoire, pour une période allant de quarante-cinq jours au moins à quatre-vingt-dix jours au plus".

Deux assassinats politiques pendant la transition

En octobre 2011, les premières élections tunisiennes post-révolution sont organisées. BCE remet les clés de la maison à la troïka politique conduite par Ennahdha et prend sa retraite définitive. Commencent alors les travaux de l’Assemblée constituante.

Le pays vit alors une polarisation sociale et politique entre d’un côté, le modèle frériste et de l’autre, le modèle bourguibien. Si le premier est incarné par Ennahdha et Rached Ghannouchi, le second est disséminé au sein de la société. Aucun parti ne l’incarne réellement. Les héritiers de Bourguiba sont des femmes et des hommes plus ou moins anonymes, des individus sans véritable organisation derrière, ou enfin la société civile et l’UGTT.

L’islamisme devient une norme ou presque. Ennahdha qui honnit Bourguiba et sa mémoire, veut inscrire la chariâa comme source de législation dans la nouvelle constitution. Des salafistes jihadistes ont pignon sur rue, jusque dans les plateaux de télévision. Deux grandes figures de la gauche sont assassinées, Chokri Belaid (vidéo ci-dessous) et Mohamed Brahmi. Ce dernier est tué le 25 juillet, le jour même du décès de BCE.

 

... Chokri Belaïd, tribun de la gauche, farouche opposant à Ennahdha, assassiné par balles en 2012...

... Mohamed Brahmi, grande figure de la gauche assassiné en 2013...

Dans cette ambiance incertaine et tendue, les Tunisiens libéraux invoquent de plus en plus Bourguiba comme référence pour combattre l’islamisme. Tout le monde espère un parti à référentiel libéral sur le plan social et culturel, autrement dit un parti bourguibien.

Au milieu de l’année 2012, BCE est de nouveau happé par la politique. Bourguibien, expérimenté, crédible parce qu’il a conduit la transition, tribun, il crée le parti Nida Tounes. Un homme d’affaires connu, Faouzi Elloumi, lui apporte un siège et un compte courant bancaire de 3 milliards de centimes. Il hérite également des anciennes structures du parti dissous de Benali, le RCD, un parti organisé, qui quadrille le pays et dont l’ADN est rompu à la lutte anti-islamiste.

BCE revient donc, il incarne le modèle bourguibien et fédère l’opposition à Ennahdha. En 2014, il est élu triomphalement ou presque, au palais de Carthage tandis que son parti devient le parti de référence à l’Assemblée.

Au final, il aura joué un rôle décisif en menant la transition de 2011 à son terme. Puis en fédérant l'opposition à Ennahdha et en mettant un terme à l'expansion de ce parti convaincu de gouverner pendant quelques décennies.

... et Béji Caïd Essebsi, ce samedi 27 juillet 2019.

Le reste du parcours est moins glorieux. Avec une faiblesse inexplicable, il livre le parti à son propre fils, décision qui provoque de nombreux départs notamment de députés. Le parti devient d’ailleurs minoritaire. D’autres erreurs ou fautes sont commises. Au final, de nombreux Tunisiens considèrent que c’est la grande figure bourguibienne qui a sauvé la Tunisie et pas vraiment BCE.

En tout état de cause, tous ceux qui l’ont connu, y compris une personnalité marocaine qui l’a rencontré à plusieurs reprises, évoquent sa mémoire avec beaucoup d’émotion. L’homme suscite le respect, l’admiration, l‘affection.

Après lui, on ne sait pas de quoi demain sera fait. En tous les cas, une génération nouvelle sera aux commandes. Une génération qui n'a pas obligatoirement connu Bourguiba. Qui a encore moins travaillé avec lui. Mais qui a été nourrie dès son plus jeune âge par ses idées révolutionnaires en matière sociétale et culturelle. Selon les sondages, la Tunisie risque d'être dirigée par des populistes.

(*) Entretien de l’auteur avec Michel Jobert en 1986.

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