Lait: la filière perd sa représentation légale à cause des conflits

Le ministère de l'agriculture a retiré sa reconnaissance à la Fédération Interprofessionelle Marocaine du Lait (Fimalait). Cette décision vient en réponse à plusieurs mois de blocage survenu au sein des instances de gestion de cette fédération. Mais pas seulement. Révélations.  

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Lait: la filière perd sa représentation légale à cause de conflits entre acteurs

Le 10 janvier 2020 à 16:57

Modifié le 13 janvier 2020 à 11:31

Le ministère de l'agriculture a retiré sa reconnaissance à la Fimalait en tant qu'interprofession représentant la filière du lait. La décision qui, semble-t-il, a été rédigée le 14 octobre 2019 vient d'être entérinée par sa publication au Bulletin officiel du 2 janvier 2020

Le document ne précise pas les répercussions d'une telle décision ni les raisons pour lesquelles le ministère ne reconnait plus la Fimalait comme le représentant légal de la filière.

Une filière stratégique sans interprofession 

L'interprofession agricole est régie par la loi n°03-12 qui la définit comme un groupement, personne morale de droit privé, à but non lucratif, volontairement créé entre les professionnels d'une même filière agricole pour constituer un cadre de concertation permettant la prise de décisions dans les domaines intéressant le développement de la filière.

Le retrait de cette qualité à la Fimalait, qui laisse la filière sans interlocuteur reconnu par la tutelle, risque de bloquer l'exécution du contrat-programme signé entre l'Etat et la Fimalait pour la période 2015-2020. 

Une source bien informée nous explique que "la Fimalait avait des problèmes internes qui ont mené à des blocages au niveau de la gestion de l'interprofession. Et comme les interprofessions reçoivent des fonds de la part du ministère dans le cadre des contrats-programmes signés avec elles, la tutelle a pris sa décision afin de préserver les fonds publics et la crédibilité des établissements". Notre source ajoute que "depuis, les acteurs se sont remis autour de la table pour reconstituer l'interprofession et avoir la reconnaissance à travers une nouvelle structure". 

La guerre des lobbys au sein du secteur 

De ces propos, on conclurait volontiers qu'il s'agissait d'un désaccord mineur sur le point d'être résolu. C'est faire preuve de méconnaissance du secteur et des événements qui ont secoué cette filière depuis avril 2018.

La campagne de boycott qui a frappé le leader du marché, Centrale Danone, dont le PDG Didier Lamblin était également président en exercice de la Fimalait, a mis à nu un secteur fragile avec des structures de gouvernance vulnérables tant les intérêts des un et des autres ne convergent pas toujours. 

En cherchant à définir précisément la nature des "problème internes" rencontrés au sein de la Fimalait on découvre l'ampleur des discordances qui secouent le secteur actuellement.

Pour rappel, la Fimalait est le fruit du regroupement de la FNIL (industriels) et la FENEPROL (producteurs de lait). La présidence et la vice-présidence de la Fimalait sont assurées successivement et tous les trois ans par les représentants des deux fédérations. Le bureau de la Fimalait est composé de 10 membres de chaque fédération.

"Le secteur est plongé dans les conflits. Les éleveurs ont beaucoup de problèmes avec les industriels", explique Abdellah Mekkaoui, président de la Feneprol.

Ce dernier soutient que c'est son élection et celle des membres du nouveau bureau, il y a six mois environ, qui a déclenché les hostilités dans le secteur. "Nous avons fait des élections, et nous avons été élus démocratiquement et une partie des acteurs qui ont une double casquette producteur et industriel n'ont pas accepté les résultats. Le lendemain des élections, ils ont démissionné de la Feneprol et par ricochet ils n'avaient plus de légitimité à rester au sein de la Fimalait. Pourquoi l'ont-ils fait ? C'est la grande question !", assure Abdellah Mekkaoui.

A cela s'ajoute, la vacance du poste du président de la Fimalait qui était jusque-là occupé par Didier Lamblin qui est parti à la retraite fin 2019. Ce qui a eu pour conséquence de bloquer les organes de décision au sein de la Fimalait et a justifié la décision du ministère à lui retirer la reconnaissance. 

Selon nos informations, il y a un projet de création d'une nouvelle interprofession mais sans le concours de la Feneprol. Les membres démissionnaires de la Feneprol et la Fimalait ont constitué une nouvelle fédération représentant les éleveurs qui participera avec la FNIL à la constitution d'une nouvelle interprofession sous le nom de Maroc Lait. 

Ces événements illustrent une scission dans le secteur du lait qui n'a pas encore livrée tous ses secrets. Affaire à suivre. 

Lait: la filière perd sa représentation légale à cause des conflits

Le 10 janvier 2020 à17:09

Modifié le 13 janvier 2020 à 11:31

Le ministère de l'agriculture a retiré sa reconnaissance à la Fédération Interprofessionelle Marocaine du Lait (Fimalait). Cette décision vient en réponse à plusieurs mois de blocage survenu au sein des instances de gestion de cette fédération. Mais pas seulement. Révélations.  

Le ministère de l'agriculture a retiré sa reconnaissance à la Fimalait en tant qu'interprofession représentant la filière du lait. La décision qui, semble-t-il, a été rédigée le 14 octobre 2019 vient d'être entérinée par sa publication au Bulletin officiel du 2 janvier 2020

Le document ne précise pas les répercussions d'une telle décision ni les raisons pour lesquelles le ministère ne reconnait plus la Fimalait comme le représentant légal de la filière.

Une filière stratégique sans interprofession 

L'interprofession agricole est régie par la loi n°03-12 qui la définit comme un groupement, personne morale de droit privé, à but non lucratif, volontairement créé entre les professionnels d'une même filière agricole pour constituer un cadre de concertation permettant la prise de décisions dans les domaines intéressant le développement de la filière.

Le retrait de cette qualité à la Fimalait, qui laisse la filière sans interlocuteur reconnu par la tutelle, risque de bloquer l'exécution du contrat-programme signé entre l'Etat et la Fimalait pour la période 2015-2020. 

Une source bien informée nous explique que "la Fimalait avait des problèmes internes qui ont mené à des blocages au niveau de la gestion de l'interprofession. Et comme les interprofessions reçoivent des fonds de la part du ministère dans le cadre des contrats-programmes signés avec elles, la tutelle a pris sa décision afin de préserver les fonds publics et la crédibilité des établissements". Notre source ajoute que "depuis, les acteurs se sont remis autour de la table pour reconstituer l'interprofession et avoir la reconnaissance à travers une nouvelle structure". 

La guerre des lobbys au sein du secteur 

De ces propos, on conclurait volontiers qu'il s'agissait d'un désaccord mineur sur le point d'être résolu. C'est faire preuve de méconnaissance du secteur et des événements qui ont secoué cette filière depuis avril 2018.

La campagne de boycott qui a frappé le leader du marché, Centrale Danone, dont le PDG Didier Lamblin était également président en exercice de la Fimalait, a mis à nu un secteur fragile avec des structures de gouvernance vulnérables tant les intérêts des un et des autres ne convergent pas toujours. 

En cherchant à définir précisément la nature des "problème internes" rencontrés au sein de la Fimalait on découvre l'ampleur des discordances qui secouent le secteur actuellement.

Pour rappel, la Fimalait est le fruit du regroupement de la FNIL (industriels) et la FENEPROL (producteurs de lait). La présidence et la vice-présidence de la Fimalait sont assurées successivement et tous les trois ans par les représentants des deux fédérations. Le bureau de la Fimalait est composé de 10 membres de chaque fédération.

"Le secteur est plongé dans les conflits. Les éleveurs ont beaucoup de problèmes avec les industriels", explique Abdellah Mekkaoui, président de la Feneprol.

Ce dernier soutient que c'est son élection et celle des membres du nouveau bureau, il y a six mois environ, qui a déclenché les hostilités dans le secteur. "Nous avons fait des élections, et nous avons été élus démocratiquement et une partie des acteurs qui ont une double casquette producteur et industriel n'ont pas accepté les résultats. Le lendemain des élections, ils ont démissionné de la Feneprol et par ricochet ils n'avaient plus de légitimité à rester au sein de la Fimalait. Pourquoi l'ont-ils fait ? C'est la grande question !", assure Abdellah Mekkaoui.

A cela s'ajoute, la vacance du poste du président de la Fimalait qui était jusque-là occupé par Didier Lamblin qui est parti à la retraite fin 2019. Ce qui a eu pour conséquence de bloquer les organes de décision au sein de la Fimalait et a justifié la décision du ministère à lui retirer la reconnaissance. 

Selon nos informations, il y a un projet de création d'une nouvelle interprofession mais sans le concours de la Feneprol. Les membres démissionnaires de la Feneprol et la Fimalait ont constitué une nouvelle fédération représentant les éleveurs qui participera avec la FNIL à la constitution d'une nouvelle interprofession sous le nom de Maroc Lait. 

Ces événements illustrent une scission dans le secteur du lait qui n'a pas encore livrée tous ses secrets. Affaire à suivre. 

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