Le besoin en médecins devient de plus en plus pressant au Maroc

Le déficit en médecins est structurellement important au Maroc. Mais ce manque se fait de plus en plus sentir dans le contexte actuel de pandémie, où la pression s'accentue sur le corps médical.

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Le besoin en médecins devient de plus en plus pressant au Maroc

Le 30 septembre 2020 à 18:20

Modifié le 01 octobre 2020 à 09:31

Mauvaise répartition des ressources humaines, formation des médecins insuffisante en nombre, émigration et vieillissement du corps médical, sont autant de facteurs qui expliquent le déficit en médecins au Royaume, selon Youssef El Fakir, professeur de radiologie à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, et ancien président de la Société marocaine de radiologie.

Lors de son intervention dans un webinaire organisé le 26 septembre par le ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration et l’Association pour la fondation internationale de finances publiques (FONDAFIP), sous le thème "financement de la santé, territoires et intelligence artificielle - Quel droit à la santé au Maroc et en France ?", ce professeur a décrit l’état actuel des ressources humaines du système de santé marocain, chiffres à l’appui.

Offre médicale insuffisante et mauvaise répartition des RH

"Le Maroc compte 27.266 médecins, dont plus de la moitié (53%) sont installés dans le secteur libéral. Ce pourcentage va jusqu’à 63% pour les cardiologues et 66% pour les gynéco-obstétriciens", a-t-il déclaré, notant que "ces deux spécialités sont pourtant considérées par le ministère de la Santé comme étant des spécialités prioritaires pour la politique de santé marocaine".

"Les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra concentrent à elles seules plus de 56% de l’effectif des médecins privés et 39% de l’effectif des médecins publics. Il y a donc une mauvaise répartition des ressources humaines à travers le Royaume".

"A ceci s’ajoute un déficit en termes de production de médecins, qui est, d’une part, dû à l’émigration et au départ à la retraite, mais aussi à la politique des retraites anticipées, qui, à mon sens ainsi que plusieurs professionnels du secteur, a causé beaucoup de torts" au secteur, a-t-il ajouté.

Concernant l'émigration des médecins à l'étranger, M. El Fakir a précisé que "8.000 médecins qui exercent en France sont nés au Maroc".

En effet, entre 650 et 700 médecins marocains quittent annuellement le Royaume pour d'autres pays. Dans le contexte actuel de pandémie, où la pression s'accentue sur le corps médical, les conséquences de ce phénomène se font de plus en plus sentir. Le Maroc a grand besoin de renfort, d’autant plus qu’il est loin de répondre aux standards de l’OMS en termes de nombre de médecins par habitant.

D'après Youssef El Fakir, "le ratio des médecins au Maroc est de 7,1 médecins pour 10.000 habitants, contre un standard fixé par l’organisation mondiale de santé à 15,3 médecins pour 10.000 habitants. Le Royaume fait partie du palmarès des 57 pays du monde identifiés par l’OMS comme présentant une offre médicale insuffisante".  

"Ce déficit est encore aggravé par la mise sur le marché d'un nombre insuffisant de nouveaux médecins, alors que l'objectif est de former 3.300 médecins par an. Les facultés de médecine et de pharmacie au Royaume, toutes confondues, y compris celles créées récemment, ont formé 2.282 médecins en 2018 contre 1.715 en 2007, soit 11 ans plus tôt." 

 Vieillissement du corps médical

"Deuxième élément important à connaitre sur le système de santé au Maroc : le vieillissement de la population. Le Maroc a très longtemps été connu comme étant un pays jeune, mais en 2050, un Marocain sur 5 aura plus de 60 ans".

"Ce vieillissement concerne aussi la population médicale. La dernière enquête du ministère de la Santé a montré que 15% des médecins du public sont dans la tranche d’âge de 51 à 55 ans, 13% dans la tranche d’âge de 56 à 60 ans et 8% ont plus de 60 ans".

"Dans le secteur privé, cette moyenne d’âge est plus élevé de 5 à 10 ans que celle du secteur public. Cela s’explique par le fait que bon nombre de ces médecins ont déjà eu 'une vie' dans le public et ont intégré le privé après la retraite", souligne ce professeur.

Le besoin en médecins est donc important et le combler devient urgent, non seulement en cette période de pandémie, mais aussi "dans un contexte marqué par une transition épidémiologique sur le plan médical, caractérisée par un transfert de la charge globale de morbidité et de mortalité due aux maladies infectieuses, vers les maladies non transmissibles (MNT) et les traumatismes, qui représentent respectivement 57% et 7% de l’ensemble des décès au pays".

"Egalement, aux maladies dites Affections de longue durée (ALD) que sont les maladies cardiovasculaires, le diabète et les cancers, s’ajoutent des maladies émergentes en grande partie en rapport avec les changements de nos modes de vie telles que l’hypertension artérielle et l’obésité"

"La politique de santé marocaine est restée basée sur les maladies transmissibles (MT). On a développé une politique dans ce sens, notamment à travers la vaccination, mais celle-ci ne peut pas répondre aux défis actuels, surtout, avec l'émergence des maladies non transmissibles".

Trois grands défis à relever

Les professionnels de la santé appellent à une restructuration du système de santé marocain, de telle sorte qu’il puisse être plus réactif et en mesure de répondre à la demande et aux besoins de santé de la population marocaine. Pour ce, le pays a encore de nombreux défis à relever. En voici certains, soulignés par Youssef El Fakir:

- Il s’agit d’abord de "combler le déficit en ressources humaines et veiller à l’équité de leur répartition. Une étude réalisée en 2014 par les Facultés de médecine du pays a révélé qu’un médecin marocain est ‘produit’ sur 8 à 15 ans contre une moyenne de 7 ans. Pour en faire un spécialiste, il faut ajouter 5 ans à son cursus, et pour faire un hyper-spécialiste ou enseignant, 2 autres années". Ce qui veut dire qu’il faut entre 15 et 22 ans de vie pour ‘produire’ un médecin capable d’être dans l’hyperspécialisation.

- Deuxième point, "nous devons gérer deux groupes de maladies, à savoir les maladies transmissibles (MT) et les non transmissibles (MNT), tels que le cancer, les pathologies cardiovasculaires et autres.

- Et troisièmement, "veiller à assurer en nombre et en qualité les offres de soins à travers le Royaume". 

  1. El Fakir propose également l’intégration du digital, "qui apparaît comme une solution pertinente que notre système devrait adopter. Elle n’est pas l’unique ni la meilleure, mais une solution parmi tant d’autres". Il suggère également le recours à l'intelligence artificielle. 

Lire aussi: 

Pourquoi le Maroc ne forme pas assez de médecins (Amzazi)

Le Maroc a un déficit de 32 387 médecins

Le besoin en médecins devient de plus en plus pressant au Maroc

Le 30 septembre 2020 à18:22

Modifié le 01 octobre 2020 à 09:31

Le déficit en médecins est structurellement important au Maroc. Mais ce manque se fait de plus en plus sentir dans le contexte actuel de pandémie, où la pression s'accentue sur le corps médical.

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Mauvaise répartition des ressources humaines, formation des médecins insuffisante en nombre, émigration et vieillissement du corps médical, sont autant de facteurs qui expliquent le déficit en médecins au Royaume, selon Youssef El Fakir, professeur de radiologie à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, et ancien président de la Société marocaine de radiologie.

Lors de son intervention dans un webinaire organisé le 26 septembre par le ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration et l’Association pour la fondation internationale de finances publiques (FONDAFIP), sous le thème "financement de la santé, territoires et intelligence artificielle - Quel droit à la santé au Maroc et en France ?", ce professeur a décrit l’état actuel des ressources humaines du système de santé marocain, chiffres à l’appui.

Offre médicale insuffisante et mauvaise répartition des RH

"Le Maroc compte 27.266 médecins, dont plus de la moitié (53%) sont installés dans le secteur libéral. Ce pourcentage va jusqu’à 63% pour les cardiologues et 66% pour les gynéco-obstétriciens", a-t-il déclaré, notant que "ces deux spécialités sont pourtant considérées par le ministère de la Santé comme étant des spécialités prioritaires pour la politique de santé marocaine".

"Les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra concentrent à elles seules plus de 56% de l’effectif des médecins privés et 39% de l’effectif des médecins publics. Il y a donc une mauvaise répartition des ressources humaines à travers le Royaume".

"A ceci s’ajoute un déficit en termes de production de médecins, qui est, d’une part, dû à l’émigration et au départ à la retraite, mais aussi à la politique des retraites anticipées, qui, à mon sens ainsi que plusieurs professionnels du secteur, a causé beaucoup de torts" au secteur, a-t-il ajouté.

Concernant l'émigration des médecins à l'étranger, M. El Fakir a précisé que "8.000 médecins qui exercent en France sont nés au Maroc".

En effet, entre 650 et 700 médecins marocains quittent annuellement le Royaume pour d'autres pays. Dans le contexte actuel de pandémie, où la pression s'accentue sur le corps médical, les conséquences de ce phénomène se font de plus en plus sentir. Le Maroc a grand besoin de renfort, d’autant plus qu’il est loin de répondre aux standards de l’OMS en termes de nombre de médecins par habitant.

D'après Youssef El Fakir, "le ratio des médecins au Maroc est de 7,1 médecins pour 10.000 habitants, contre un standard fixé par l’organisation mondiale de santé à 15,3 médecins pour 10.000 habitants. Le Royaume fait partie du palmarès des 57 pays du monde identifiés par l’OMS comme présentant une offre médicale insuffisante".  

"Ce déficit est encore aggravé par la mise sur le marché d'un nombre insuffisant de nouveaux médecins, alors que l'objectif est de former 3.300 médecins par an. Les facultés de médecine et de pharmacie au Royaume, toutes confondues, y compris celles créées récemment, ont formé 2.282 médecins en 2018 contre 1.715 en 2007, soit 11 ans plus tôt." 

 Vieillissement du corps médical

"Deuxième élément important à connaitre sur le système de santé au Maroc : le vieillissement de la population. Le Maroc a très longtemps été connu comme étant un pays jeune, mais en 2050, un Marocain sur 5 aura plus de 60 ans".

"Ce vieillissement concerne aussi la population médicale. La dernière enquête du ministère de la Santé a montré que 15% des médecins du public sont dans la tranche d’âge de 51 à 55 ans, 13% dans la tranche d’âge de 56 à 60 ans et 8% ont plus de 60 ans".

"Dans le secteur privé, cette moyenne d’âge est plus élevé de 5 à 10 ans que celle du secteur public. Cela s’explique par le fait que bon nombre de ces médecins ont déjà eu 'une vie' dans le public et ont intégré le privé après la retraite", souligne ce professeur.

Le besoin en médecins est donc important et le combler devient urgent, non seulement en cette période de pandémie, mais aussi "dans un contexte marqué par une transition épidémiologique sur le plan médical, caractérisée par un transfert de la charge globale de morbidité et de mortalité due aux maladies infectieuses, vers les maladies non transmissibles (MNT) et les traumatismes, qui représentent respectivement 57% et 7% de l’ensemble des décès au pays".

"Egalement, aux maladies dites Affections de longue durée (ALD) que sont les maladies cardiovasculaires, le diabète et les cancers, s’ajoutent des maladies émergentes en grande partie en rapport avec les changements de nos modes de vie telles que l’hypertension artérielle et l’obésité"

"La politique de santé marocaine est restée basée sur les maladies transmissibles (MT). On a développé une politique dans ce sens, notamment à travers la vaccination, mais celle-ci ne peut pas répondre aux défis actuels, surtout, avec l'émergence des maladies non transmissibles".

Trois grands défis à relever

Les professionnels de la santé appellent à une restructuration du système de santé marocain, de telle sorte qu’il puisse être plus réactif et en mesure de répondre à la demande et aux besoins de santé de la population marocaine. Pour ce, le pays a encore de nombreux défis à relever. En voici certains, soulignés par Youssef El Fakir:

- Il s’agit d’abord de "combler le déficit en ressources humaines et veiller à l’équité de leur répartition. Une étude réalisée en 2014 par les Facultés de médecine du pays a révélé qu’un médecin marocain est ‘produit’ sur 8 à 15 ans contre une moyenne de 7 ans. Pour en faire un spécialiste, il faut ajouter 5 ans à son cursus, et pour faire un hyper-spécialiste ou enseignant, 2 autres années". Ce qui veut dire qu’il faut entre 15 et 22 ans de vie pour ‘produire’ un médecin capable d’être dans l’hyperspécialisation.

- Deuxième point, "nous devons gérer deux groupes de maladies, à savoir les maladies transmissibles (MT) et les non transmissibles (MNT), tels que le cancer, les pathologies cardiovasculaires et autres.

- Et troisièmement, "veiller à assurer en nombre et en qualité les offres de soins à travers le Royaume". 

  1. El Fakir propose également l’intégration du digital, "qui apparaît comme une solution pertinente que notre système devrait adopter. Elle n’est pas l’unique ni la meilleure, mais une solution parmi tant d’autres". Il suggère également le recours à l'intelligence artificielle. 

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