Le centre social de Tit Mellil en attente d’une aide qui ne vient pas

Depuis plusieurs années, la presse dénonce la situation terrible des pensionnaires livrés à eux-mêmes au centre social Dar El Kheir. Selon une militante qui a lancé un appel aux dons pour leur venir en aide, rien n’a changé dans leur quotidien ou dans ce qu’elle appelle un véritable mouroir. Sollicités par Médias24, les ministres concernés de la Solidarité et de la Santé sont aux abonnés absents pendant que les décès des indigents ne cessent de se multiplier faute de soins appropriés.

Le centre social de Tit Mellil en attente d’une aide qui ne vient pas

Le 27 juillet 2019 à 10:25

Modifié le 29 juillet 2019 à 22:12

A ce jour, malgré de nombreux articles et une enquête remarquable de notre confrère Telquel, les autorités concernées semblent ignorer la situation désespérée des 859 pensionnaires de Dar El Kheir.

Hormis la médiatisation ponctuelle de nouveaux décès, au nombre total de 20 en seulement 6 mois, personne ne réagit et encore moins le ministère de la Solidarité, censé exercer la tutelle sur ce centre situé dans la banlieue de Casablanca et sur les 11 autres que compte le Maroc.

Prière de ne pas déranger, on meurt en silence

A ce propos, précisons que malgré plusieurs appels et messages, la ministre Bassima Hakkaoui et le ministre de la Santé Anas Doukkali n’ont pas souhaité s’exprimer sur leurs éventuelles actions à venir.

Touchée par la condition des pensionnaires après sa visite au centre, Maha qui a lancé un appel aux dons pour venir en aide à ses pensionnaires, a accepté de décrire le triste sort de «morts-vivants» et leurs besoins à court terme.

« Je n’ai pas visité le centre depuis un moment mais j’ai des nouvelles très régulièrement par une bénévole du CNDH qui y va tous les jours et m'envoie photos et vidéos. Il suffit d’y aller une fois pour ne plus avoir envie d’y retourner car la situation sur place est au-delà de l’inhumain.

« Selon elle, absolument rien n’a changé et pour s’en convaincre, il suffit de voir les photos et vidéos de l'endroit.

"Pour ma part, j’espère réunir très vite suffisamment de dons pour y revenir la semaine prochaine car après ce que j’ai vu, il serait inconvenant d’y aller les mains vides alors que les pensionnaires manquent de tout.

Une situation qui empire avec une multiplication des décès

« Sans exagération, la situation empire chaque jour avec des décès qui se multiplient à des espaces de plus en plus réduits (20 en 2019, 83 en 2018, 62 en 2017 et 230 entre 2011 et 2016).

« Il est vrai que ce sont la plupart du temps des personnes âgées à l’espérance de vie limitée mais quand on voit la façon dont elles sont traitées ou pas traitées du tout, il y a vraiment de quoi s’interroger.

« Aujourd’hui, la problématique ne se limite pas à la nécessité de collectes (couvertures, couches, nourriture, médicaments, vêtements ...) mais plutôt à l’urgence d’une mobilisation de la société civile pour réveiller les autorités qui sont aux abonnés absents.

« En effet, on aura beau donner, il faut que les citoyens donnent de la voix pour que l’Etat daigne enfin apporter des solutions à la situation catastrophique de centaines de personnes délaissées.

« L’urgence est telle qu’une mobilisation à long-terme s’impose et ne pourra venir que des politiques.

1 employé pour chaque 53 pensionnaires

« Le centre manque de tout et en particulier de personnel spécialisé en médecine pour traiter les diabétiques, tuberculeux, asthmatiques, cancéreux… et même séropositifs livrés à eux-mêmes.

« Une quinzaine d’employés (médecins et infirmières) qui s’occupent de 800 pensionnaires, cela donne une idée des besoins médicaux.

« Ce sont d’ailleurs souvent les pensionnaires les moins abîmés par la vie qui s’occupent des plus malades en les lavant, les changeant, les nourrissant…

« En dehors du manque de médecins, il y a un manque flagrant de médicaments appropriés, ou s’ils existent dans la pharmacie du centre, ils sont le plus souvent tout simplement périmés.

« L’urgence est criante dans les pavillons 8 et 10 qui sont interdits d’accès car, sans exagération aucune, ce sont de véritables mouroirs pour les plus âgés.

« De plus, il y a de plus en plus d’enfants des rues délaissés par leurs familles le plus souvent à cause de pathologies psychiatriques sans compter les cas de prostitution qui se multiplient.

A quand la réaction des ministères de tutelle ?

« A mon sens, le plus important est de mobiliser la société civile car tout le monde est responsable de ce qui se passe à Tit Mellil.

« Si les autorités préfèrent continuer à regarder ailleurs, nous nous devons de briser cette indifférence en mobilisant un maximum de personnes sans quoi rien ne changera et demain, cette situation dramatique pourrait bien arriver à l’un de nous », conclut Maha.

Il reste donc à espérer que cet énième témoignage-cri du cœur trouvera un écho auprès des ministères concernés pour rendre leur dignité à des personnes qui n’ont pas choisi de séjourner au centre de Dar El Kheir. A ce propos, si la situation n’était pas aussi dramatique, il y aurait certainement lieu d’ironiser sur l’appellation choisie par ce centre social qui mériterait plus le nom d’enfer que de maison du bien.

Malgré les nombreuses photos et vidéos récentes reçues par Médias24, notre rédaction a préféré ne pas les publier pour préserver la dignité bafouée des pensionnaires que l'on voit dans des situations dignes d'un mouroir...

Le centre social de Tit Mellil en attente d’une aide qui ne vient pas

Le 27 juillet 2019 à10:25

Modifié le 29 juillet 2019 à 22:12

Depuis plusieurs années, la presse dénonce la situation terrible des pensionnaires livrés à eux-mêmes au centre social Dar El Kheir. Selon une militante qui a lancé un appel aux dons pour leur venir en aide, rien n’a changé dans leur quotidien ou dans ce qu’elle appelle un véritable mouroir. Sollicités par Médias24, les ministres concernés de la Solidarité et de la Santé sont aux abonnés absents pendant que les décès des indigents ne cessent de se multiplier faute de soins appropriés.

A ce jour, malgré de nombreux articles et une enquête remarquable de notre confrère Telquel, les autorités concernées semblent ignorer la situation désespérée des 859 pensionnaires de Dar El Kheir.

Hormis la médiatisation ponctuelle de nouveaux décès, au nombre total de 20 en seulement 6 mois, personne ne réagit et encore moins le ministère de la Solidarité, censé exercer la tutelle sur ce centre situé dans la banlieue de Casablanca et sur les 11 autres que compte le Maroc.

Prière de ne pas déranger, on meurt en silence

A ce propos, précisons que malgré plusieurs appels et messages, la ministre Bassima Hakkaoui et le ministre de la Santé Anas Doukkali n’ont pas souhaité s’exprimer sur leurs éventuelles actions à venir.

Touchée par la condition des pensionnaires après sa visite au centre, Maha qui a lancé un appel aux dons pour venir en aide à ses pensionnaires, a accepté de décrire le triste sort de «morts-vivants» et leurs besoins à court terme.

« Je n’ai pas visité le centre depuis un moment mais j’ai des nouvelles très régulièrement par une bénévole du CNDH qui y va tous les jours et m'envoie photos et vidéos. Il suffit d’y aller une fois pour ne plus avoir envie d’y retourner car la situation sur place est au-delà de l’inhumain.

« Selon elle, absolument rien n’a changé et pour s’en convaincre, il suffit de voir les photos et vidéos de l'endroit.

"Pour ma part, j’espère réunir très vite suffisamment de dons pour y revenir la semaine prochaine car après ce que j’ai vu, il serait inconvenant d’y aller les mains vides alors que les pensionnaires manquent de tout.

Une situation qui empire avec une multiplication des décès

« Sans exagération, la situation empire chaque jour avec des décès qui se multiplient à des espaces de plus en plus réduits (20 en 2019, 83 en 2018, 62 en 2017 et 230 entre 2011 et 2016).

« Il est vrai que ce sont la plupart du temps des personnes âgées à l’espérance de vie limitée mais quand on voit la façon dont elles sont traitées ou pas traitées du tout, il y a vraiment de quoi s’interroger.

« Aujourd’hui, la problématique ne se limite pas à la nécessité de collectes (couvertures, couches, nourriture, médicaments, vêtements ...) mais plutôt à l’urgence d’une mobilisation de la société civile pour réveiller les autorités qui sont aux abonnés absents.

« En effet, on aura beau donner, il faut que les citoyens donnent de la voix pour que l’Etat daigne enfin apporter des solutions à la situation catastrophique de centaines de personnes délaissées.

« L’urgence est telle qu’une mobilisation à long-terme s’impose et ne pourra venir que des politiques.

1 employé pour chaque 53 pensionnaires

« Le centre manque de tout et en particulier de personnel spécialisé en médecine pour traiter les diabétiques, tuberculeux, asthmatiques, cancéreux… et même séropositifs livrés à eux-mêmes.

« Une quinzaine d’employés (médecins et infirmières) qui s’occupent de 800 pensionnaires, cela donne une idée des besoins médicaux.

« Ce sont d’ailleurs souvent les pensionnaires les moins abîmés par la vie qui s’occupent des plus malades en les lavant, les changeant, les nourrissant…

« En dehors du manque de médecins, il y a un manque flagrant de médicaments appropriés, ou s’ils existent dans la pharmacie du centre, ils sont le plus souvent tout simplement périmés.

« L’urgence est criante dans les pavillons 8 et 10 qui sont interdits d’accès car, sans exagération aucune, ce sont de véritables mouroirs pour les plus âgés.

« De plus, il y a de plus en plus d’enfants des rues délaissés par leurs familles le plus souvent à cause de pathologies psychiatriques sans compter les cas de prostitution qui se multiplient.

A quand la réaction des ministères de tutelle ?

« A mon sens, le plus important est de mobiliser la société civile car tout le monde est responsable de ce qui se passe à Tit Mellil.

« Si les autorités préfèrent continuer à regarder ailleurs, nous nous devons de briser cette indifférence en mobilisant un maximum de personnes sans quoi rien ne changera et demain, cette situation dramatique pourrait bien arriver à l’un de nous », conclut Maha.

Il reste donc à espérer que cet énième témoignage-cri du cœur trouvera un écho auprès des ministères concernés pour rendre leur dignité à des personnes qui n’ont pas choisi de séjourner au centre de Dar El Kheir. A ce propos, si la situation n’était pas aussi dramatique, il y aurait certainement lieu d’ironiser sur l’appellation choisie par ce centre social qui mériterait plus le nom d’enfer que de maison du bien.

Malgré les nombreuses photos et vidéos récentes reçues par Médias24, notre rédaction a préféré ne pas les publier pour préserver la dignité bafouée des pensionnaires que l'on voit dans des situations dignes d'un mouroir...

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