Le Covid fait perdre près de 1,5 milliard de DH à la filière avicole

A l’instar de plusieurs secteurs, l’aviculture a été lourdement touchée par la crise du covid-19. Les pertes sont énormes. Elles sont estimées à près de 1,5 milliard de DH par l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles. 

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Le Covid fait perdre près de 1,5 milliard de DH à la filière avicole Source: Pixabay

Le 12 juin 2020 à 15:40

Modifié le 12 juin 2020 à 16:38

Les professionnels du secteur avicole parlent de "pertes historiques". Dans la filière "poulet de chair", elles sont de l'ordre de 1,2 MMDH, contre 290,6 millions de DH pour la filière "élevage de dinde". 

Les pertes globales dépassent ainsi les 1.490 MDH, selon une étude réalisée par l’APV, dans le but d’évaluer la gravité de la situation.

L'étude couvre une période de plus de 3 mois, du 20 mars à fin juin 2020. Les chiffres du mois de juin sont estimés, et prennent en considération les changements qui pourraient intervenir en termes de volumes de ventes, de cycle d’élevage, de taux de mortalité et de baisse des prix. 

Selon l'Association, ces pertes sont principalement dues à une abondance des stocks de volailles vivantes invendues au niveau des fermes, à l’effondrement de la demande, engendrée par la fermeture des principaux points de distribution (restaurants, snacks, rôtisseries, souks hebdomadaires…), l’interdiction des fêtes et des conférences, ainsi que la baisse du pouvoir d’achat suite à la perte des emplois dans plusieurs secteurs, et par ricochet une chute des ventes et des prix à la ferme. 

En effet, "les circuits de restauration hors foyers et les circuits de vif (Riyachates et souks hebdomadaires en milieu rural) représentent plus de 50% du marché de commercialisation des poulets et une part significative du marché de la dinde", précise l'APV.

Les éleveurs sont inquiets quant à la pérennité de leur activité. Certains ne sont plus en mesure d’honorer leurs engagements envers les employés, les revendeurs et les fournisseurs, et croulent sous les dettes.

Poulet: Hausse significative du coût de production

La crise sanitaire a contraint les éleveurs à stocker leur production de poulet vif invendue, ce qui a entrainé une augmentation du poids des animaux, passant à 3 ou 4 Kg/poulet, contre 1,8 Kg à 2,2 Kg habituellement.

Ces poids excessifs s’accompagnent d’une augmentation du coût de production suite à la dégradation de l’Indice de consommation (quantité d’aliment ingérée pour produire un kg de viande) et aux mortalités additionnelles. 

"Ce stock a profondément déséquilibré le marché. On constate un effondrement historique du prix de vente du poulet à la ferme, qui a atteint des seuils de 6 à 8 Dh/Kg, tandis que le coût de production a grimpé de 11,50 à plus de 14 DH/Kg", ajoute l'étude.

Dinde: les prix ont baissé de 30%

Concernant la dinde chair, "la situation est encore plus dramatique". Les deux seuls canaux d’écoulement de la dinde, à savoir la vente en vif (25%) et la vente aux abattoirs industriels agréés (75%), se sont essoufflés. Le premier pour les mêmes raisons énumérées pour le poulet de chair, et le second à cause de l’engorgement des abattoirs avec de la dinde abattue et invendue.

"L’impact aurait pu être moindre si le pays disposait de moyens de congélation ou surgélation publics ou privés qui auraient permis d’absorber et de conserver une partie de l’excédent de l’offre pour une commercialisation ultérieure à l’instar de bien d’autres pays", souligne l'Association.

Cette situation de blocage a ainsi provoqué:

- Un effondrement des prix de vente de la dinde vive passant de 14 Dh/Kg à moins de 10 DH/Kg, soit une chute de l’ordre de 30%;

- Un prolongement forcé du cycle d’élevage dans les fermes, au-delà de l’âge optimal de vente, passant de 90 à 125 jours pour la femelle et de 120 à 160 jours pour le mâle;

- Les poids par sujet sont passés de 8 à 12,5 Kg pour la femelle et de 18 à 24 Kg pour le mâle, soit des poids nettement supérieurs aux poids standards et qui compliquent davantage leur commercialisation;

- Le prolongement de la durée d’élevage a entraîné une augmentation de la mortalité de l’ordre de 2% en moyenne, ce qui a provoqué également des complications sanitaires dues à la baisse de l’immunité et de la résistante de l’animal à cet âge avancé;

- Une hausse des coûts de production due notamment à l’augmentation significative de l’indice de consommation (IC) qui est passé de 2,30 à 2,60 (Kg d’aliment/Kg de dinde chair). Cette augmentation s’explique par le renversement de la courbe de croissance une fois l’âge économique optimum est dépassé;

- Les abattoirs industriels agréés croulent sous des stocks énormes de dindes abattues et invendues suite à l’arrêt de certains circuits d’écoulement. Les volumes d’abattage de dinde se sont ainsi contractés de 350 tonnes, soit de 58%, passant de 600 tonnes à 250 tonnes par jour;

- La méfiance de plus en plus manifestée quant à la solvabilité des éleveurs rend leurs fournisseurs réticents à leur fournir les intrants indispensables à leur activité et particulièrement les aliments composés et les produits vétérinaires avec toutes les conséquences que cela peut entrainer, notamment pour l’approvisionnement du marché les mois à venir.

Source: Pixabay

Le Covid fait perdre près de 1,5 milliard de DH à la filière avicole

Le 12 juin 2020 à16:38

Modifié le 12 juin 2020 à 16:38

A l’instar de plusieurs secteurs, l’aviculture a été lourdement touchée par la crise du covid-19. Les pertes sont énormes. Elles sont estimées à près de 1,5 milliard de DH par l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles. 

Les professionnels du secteur avicole parlent de "pertes historiques". Dans la filière "poulet de chair", elles sont de l'ordre de 1,2 MMDH, contre 290,6 millions de DH pour la filière "élevage de dinde". 

Les pertes globales dépassent ainsi les 1.490 MDH, selon une étude réalisée par l’APV, dans le but d’évaluer la gravité de la situation.

L'étude couvre une période de plus de 3 mois, du 20 mars à fin juin 2020. Les chiffres du mois de juin sont estimés, et prennent en considération les changements qui pourraient intervenir en termes de volumes de ventes, de cycle d’élevage, de taux de mortalité et de baisse des prix. 

Selon l'Association, ces pertes sont principalement dues à une abondance des stocks de volailles vivantes invendues au niveau des fermes, à l’effondrement de la demande, engendrée par la fermeture des principaux points de distribution (restaurants, snacks, rôtisseries, souks hebdomadaires…), l’interdiction des fêtes et des conférences, ainsi que la baisse du pouvoir d’achat suite à la perte des emplois dans plusieurs secteurs, et par ricochet une chute des ventes et des prix à la ferme. 

En effet, "les circuits de restauration hors foyers et les circuits de vif (Riyachates et souks hebdomadaires en milieu rural) représentent plus de 50% du marché de commercialisation des poulets et une part significative du marché de la dinde", précise l'APV.

Les éleveurs sont inquiets quant à la pérennité de leur activité. Certains ne sont plus en mesure d’honorer leurs engagements envers les employés, les revendeurs et les fournisseurs, et croulent sous les dettes.

Poulet: Hausse significative du coût de production

La crise sanitaire a contraint les éleveurs à stocker leur production de poulet vif invendue, ce qui a entrainé une augmentation du poids des animaux, passant à 3 ou 4 Kg/poulet, contre 1,8 Kg à 2,2 Kg habituellement.

Ces poids excessifs s’accompagnent d’une augmentation du coût de production suite à la dégradation de l’Indice de consommation (quantité d’aliment ingérée pour produire un kg de viande) et aux mortalités additionnelles. 

"Ce stock a profondément déséquilibré le marché. On constate un effondrement historique du prix de vente du poulet à la ferme, qui a atteint des seuils de 6 à 8 Dh/Kg, tandis que le coût de production a grimpé de 11,50 à plus de 14 DH/Kg", ajoute l'étude.

Dinde: les prix ont baissé de 30%

Concernant la dinde chair, "la situation est encore plus dramatique". Les deux seuls canaux d’écoulement de la dinde, à savoir la vente en vif (25%) et la vente aux abattoirs industriels agréés (75%), se sont essoufflés. Le premier pour les mêmes raisons énumérées pour le poulet de chair, et le second à cause de l’engorgement des abattoirs avec de la dinde abattue et invendue.

"L’impact aurait pu être moindre si le pays disposait de moyens de congélation ou surgélation publics ou privés qui auraient permis d’absorber et de conserver une partie de l’excédent de l’offre pour une commercialisation ultérieure à l’instar de bien d’autres pays", souligne l'Association.

Cette situation de blocage a ainsi provoqué:

- Un effondrement des prix de vente de la dinde vive passant de 14 Dh/Kg à moins de 10 DH/Kg, soit une chute de l’ordre de 30%;

- Un prolongement forcé du cycle d’élevage dans les fermes, au-delà de l’âge optimal de vente, passant de 90 à 125 jours pour la femelle et de 120 à 160 jours pour le mâle;

- Les poids par sujet sont passés de 8 à 12,5 Kg pour la femelle et de 18 à 24 Kg pour le mâle, soit des poids nettement supérieurs aux poids standards et qui compliquent davantage leur commercialisation;

- Le prolongement de la durée d’élevage a entraîné une augmentation de la mortalité de l’ordre de 2% en moyenne, ce qui a provoqué également des complications sanitaires dues à la baisse de l’immunité et de la résistante de l’animal à cet âge avancé;

- Une hausse des coûts de production due notamment à l’augmentation significative de l’indice de consommation (IC) qui est passé de 2,30 à 2,60 (Kg d’aliment/Kg de dinde chair). Cette augmentation s’explique par le renversement de la courbe de croissance une fois l’âge économique optimum est dépassé;

- Les abattoirs industriels agréés croulent sous des stocks énormes de dindes abattues et invendues suite à l’arrêt de certains circuits d’écoulement. Les volumes d’abattage de dinde se sont ainsi contractés de 350 tonnes, soit de 58%, passant de 600 tonnes à 250 tonnes par jour;

- La méfiance de plus en plus manifestée quant à la solvabilité des éleveurs rend leurs fournisseurs réticents à leur fournir les intrants indispensables à leur activité et particulièrement les aliments composés et les produits vétérinaires avec toutes les conséquences que cela peut entrainer, notamment pour l’approvisionnement du marché les mois à venir.

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