Ali Bouabid

Chercheur et délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid.

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Le gouvernement répond aux récriminations en recourant à une double défausse

Le 28 juillet 2020 à 10:43

Modifié le 28 juillet 2020 à 10:47

Analyse de Ali Bouabid après la conférence de presse du ministre de la Santé lundi 27 juillet : Le gouvernement répond aux récriminations des Marocains en recourant à une double défausse confite dans un discours faussement péremptoire et à contretemps.

Le gouvernement (il faudrait en réalité dire, le ministre de santé) se défausse d’abord sur les citoyens par le procédé classique de transfert de culpabilité. La flambée de l’épidémie ces derniers jours a pour cause l’incivisme des citoyens et notamment le relâchement dans l’observance des règles préventives.

On peut pour partie en convenir, même s’il y a d’autres causes. Mais en quoi cette « flambée subite d’incivisme » justifie-t-elle une mesure drastique avec un délai de 5 heures, source de panique et qui par ses effets peut se révéler hautement contre-productive (propagation du virus due à la congestion des gares et des véhicules de transports privés et publics …) ?

Si l’opportunité de prendre des mesures est évidente, jouer sur la peur pour justifier l’interdiction de l’accès de 8 villes avec un délai de 5 heures, conduit le gouvernement à confondre urgence et précipitation.

Le deuxième procédé par lequel le gouvernement pratique la défausse, consiste à accréditer l’idée que la décision brutale concernant les 8 villes, est motivée par des considérations scientifico-médicales.

Flanqué de membres du comité médical et scientifique, le ministre en vient presque à pratiquer l’intimidation par la science. Non, les meilleurs scientifiques au monde n’ont pas vocation à cautionner des choix. Des membres du comité, nous attendons plutôt qu’ils présentent de manière séparée, et rendent publics comme c’est le cas dans les pays développés, les rapports d’étapes qu’ils adressent au gouvernement.

On attend autrement dit, du « savoir », des hypothèses avec les doutes qui les accompagnent. C’est pourquoi il est regrettable qu’ils se soient laissés fourvoyer en prenant part à une rencontre dans laquelle le ministre doit répondre de décisions et non faire un exposé scientifique. Cette confusion funeste des genres confine, de manière consciente ou non, à une forme d’irresponsabilité politique.

Au final, le ministre nous a livré « en live » une conception paternaliste et à contre temps de l’intérêt général : Elle tient dans le fait d’être persuadé de savoir mieux que les autres ce qui est bon pour eux, et de le leur imposer. Pour maintenir les Marocains dans un état de minorité, on ne saurait mieux faire.
Ali Bouabid – le 27/07/2020

Ali Bouabid

Chercheur et délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid.

Le gouvernement répond aux récriminations en recourant à une double défausse

Le 28 juillet 2020 à10:47

Modifié le 28 juillet 2020 à 10:47

Analyse de Ali Bouabid après la conférence de presse du ministre de la Santé lundi 27 juillet : Le gouvernement répond aux récriminations des Marocains en recourant à une double défausse confite dans un discours faussement péremptoire et à contretemps.

Le gouvernement (il faudrait en réalité dire, le ministre de santé) se défausse d’abord sur les citoyens par le procédé classique de transfert de culpabilité. La flambée de l’épidémie ces derniers jours a pour cause l’incivisme des citoyens et notamment le relâchement dans l’observance des règles préventives.

On peut pour partie en convenir, même s’il y a d’autres causes. Mais en quoi cette « flambée subite d’incivisme » justifie-t-elle une mesure drastique avec un délai de 5 heures, source de panique et qui par ses effets peut se révéler hautement contre-productive (propagation du virus due à la congestion des gares et des véhicules de transports privés et publics …) ?

Si l’opportunité de prendre des mesures est évidente, jouer sur la peur pour justifier l’interdiction de l’accès de 8 villes avec un délai de 5 heures, conduit le gouvernement à confondre urgence et précipitation.

Le deuxième procédé par lequel le gouvernement pratique la défausse, consiste à accréditer l’idée que la décision brutale concernant les 8 villes, est motivée par des considérations scientifico-médicales.

Flanqué de membres du comité médical et scientifique, le ministre en vient presque à pratiquer l’intimidation par la science. Non, les meilleurs scientifiques au monde n’ont pas vocation à cautionner des choix. Des membres du comité, nous attendons plutôt qu’ils présentent de manière séparée, et rendent publics comme c’est le cas dans les pays développés, les rapports d’étapes qu’ils adressent au gouvernement.

On attend autrement dit, du « savoir », des hypothèses avec les doutes qui les accompagnent. C’est pourquoi il est regrettable qu’ils se soient laissés fourvoyer en prenant part à une rencontre dans laquelle le ministre doit répondre de décisions et non faire un exposé scientifique. Cette confusion funeste des genres confine, de manière consciente ou non, à une forme d’irresponsabilité politique.

Au final, le ministre nous a livré « en live » une conception paternaliste et à contre temps de l’intérêt général : Elle tient dans le fait d’être persuadé de savoir mieux que les autres ce qui est bon pour eux, et de le leur imposer. Pour maintenir les Marocains dans un état de minorité, on ne saurait mieux faire.
Ali Bouabid – le 27/07/2020

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