Le PIB calculé par le HCP reflète-t-il la création de richesse réelle au Maroc ?

Selon Abdellatif Jouahri, la mesure du PIB souffre de plusieurs limites dans tous les pays. Au Maroc, le PIB est mesuré sur la base du système de comptabilité nationale 2008, la dernière référence internationale adoptée par l’ONU. Cette dernière demeure perfectible.

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Le PIB calculé par le HCP reflète-t-il la création de richesse réelle au Maroc ?

Le 23 janvier 2020 à 12:20

Modifié le 23 janvier 2020 à 20:54

Mardi 21 janvier à Rabat, un séminaire international a été organisé sur le thème: "Système national d’information et modélisation: fondements théoriques et enjeux de développement".

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, était parmi les intervenants. Dans son discours, il a soulevé la mesure des variables comme un problème important, souvent négligé, dans la production de données fiables et reflétant fidèlement la réalité, à des fins de modélisation et de prise de décision.

Entre autres exemples, il a cité le PIB, l’un des indicateurs macroéconomiques les plus connus et utilisés. "Le PIB souffre dans sa mesure de plusieurs limites notamment en termes de couverture et ce, aussi bien dans les économies en développement que dans les pays avancés. Cela explique en particulier les changements réguliers de la base des comptes nationaux qui se traduisent en général par des révisions à la hausse des estimations de cet agrégat", a-t-il affirmé.

Le PIB au Maroc, calculé par le Haut-commissariat au plan, reflète-t-il la performance réelle de l’économie? Comment est-il calculé?

La dernière actualisation date de 2015

Dans son discours, Jouahri a tenu à préciser que "contrairement à ce que laisseraient croire les polémiques récurrentes sur les chiffres, le Maroc jouit, en comparaison avec ses pairs, d’une bonne position en matière de développement de son système statistique. Il est à rappeler dans ce sens que nous sommes parmi les premiers pays des régions Afrique et Mena à adhérer à la Norme spéciale de diffusion des données du FMI", tout en admettant "qu’il y a toujours des marges pour faire encore mieux".

Pour ce qui est de l’établissement des indicateurs macroéconomiques, le HCP adopte en effet le Système de comptabilité nationale 2008, le dernier référentiel international établi par la Commission de statistique de l’ONU avec le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE et la Commission européenne. Ce cadre statistique a été adopté en 2009.

Le Maroc y a adapté sa comptabilité nationale en 2015 en passant à l’année de base 2007. Avant ce passage, il utilisait le SCN 1993 de l’ONU (année de base 1998).

Dans une note expliquant les raisons du changement et ses conséquences, le HCP précise que le PIB au prix du marché est la totalité des revenus générés au cours d’une période donnée par les unités productrices résidentes. Il s’obtient selon trois optiques:

- Optique production: le PIB au prix du marché est la somme des valeurs ajoutées brutes de toutes les unités productrices résidentes (secteurs institutionnels ou branches d'activité), augmentée des impôts nets de subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs institutionnels et aux branches d’activité économique). La valeur ajoutée par secteurs d’activité (ou par branche) correspond à la différence entre la production effective (production totale du secteur d’activité y compris les productions secondaires) et le total des consommations intermédiaires du secteur d’activité.

- Optique dépense: le PIB au prix du marché est la somme des emplois finals de biens et de services (dépenses de consommation finale, formation brute de capital fixe, variation des stocks et exportations moins importations de biens et services).

- Optique revenu: le PIB au prix du marché est la somme de l’ensemble de la rémunération des salariés, des autres impôts nets de subventions sur production et importations et de l'excédent brut d'exploitation (plus le revenu mixte brut).

D’où le HCP puise-t-il les informations pour calculer le PIB?

"L’élaboration des comptes nationaux en base 2007 a nécessité le recours à une multitude de données émanant de diverses sources statistiques. Il s’agit essentiellement des enquêtes statistiques, des statistiques administratives et des indices statistiques", précise le document du HCP.

Les enquêtes statistiques sont, entre autres:

- L’enquête de structure réalisée en 2007 auprès des entreprises disposant de comptabilité.

- L’enquête nationale sur l’informel réalisée en 2006-2007 auprès des unités de production ne disposant pas d’une comptabilité (hors agriculture).

- L’enquête nationale sur les niveaux de vie des ménages 2006-2007.

- L’enquête sur l’investissement des administrations publiques.

- L’enquête auprès des institutions sans but lucratif.

- L’enquête annuelle sur l’emploi.

- Les enquêtes agricoles réalisées régulièrement par le ministère de l’Agriculture.

Les statistiques administratives proviennent de l’Etat et comprennent principalement:

- Les statistiques budgétaires.

- Les comptes des collectivités locales.

- Les comptes des établissements et entreprises publics.

- La comptabilité des entreprises.

- La balance des paiements.

- Les statistiques sectorielles.

- Les données de la CNSS, DGI…

Les indices statistiques sont principalement:

- L’indice de la production industrielle, minière et énergétique.

- L’indice des prix à la consommation.

- L’indice des prix à la production.

- L’indice des prix de gros.

Le PIB nous rapproche de la réalité, il ne la reflète pas

Le fait que le HCP utilise ces sources d’information et qu’il ait adopté le SCN 2008 pour l’élaboration de la comptabilité nationale prouve qu’il est aux derniers standards internationaux (définitions, nomenclatures, modes de valorisation, comptes à compiler…)

Le problème est que ces standards sont eux-mêmes perfectibles.

Par exemple, avant le SCN 2008, les dépenses en recherche et développement et les dépenses militaires n’étaient pas prises en compte dans la production et l’investissement.

De même, au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’année de base, la qualité des comptes se dégrade: accumulation des erreurs sur les évolutions annuelles, apparition de nouvelles activités et de nouveaux produits ou disparition d’autres, apparition de nouveaux modes de consommation, de production et de commercialisation…

Ceci sans compter le fait que les enquêtes utilisées restent des enquêtes qui ne couvrent pas la totalité des agents économiques, qu’ils soient dans le formel ou l’informel.

Résultat: lors du changement de l’année de base, le PIB du Maroc pour l’année 2007 s’est apprécié de plus de 30 milliards de DH d’un coup. En 2007, le PIB était-il de 616 MMDH de DH ou de 647 MMDH, ou bien supérieur dans la réalité?

On peut donc dire que le PIB au Maroc, même s’il est mesuré selon les standards internationaux, permet de s’approcher de la réalité mais ne la reflète pas.

Les organisations internationales sont conscientes de la nécessité d’améliorer davantage les systèmes de production de la statistique et œuvrent pour l’élaboration de référentiels qui tiennent compte de mutations de plus en plus rapides et qui utilisent des méthodes plus exhaustives et plus pertinentes.

Le PIB calculé par le HCP reflète-t-il la création de richesse réelle au Maroc ?

Le 23 janvier 2020 à12:20

Modifié le 23 janvier 2020 à 20:54

Selon Abdellatif Jouahri, la mesure du PIB souffre de plusieurs limites dans tous les pays. Au Maroc, le PIB est mesuré sur la base du système de comptabilité nationale 2008, la dernière référence internationale adoptée par l’ONU. Cette dernière demeure perfectible.

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Mardi 21 janvier à Rabat, un séminaire international a été organisé sur le thème: "Système national d’information et modélisation: fondements théoriques et enjeux de développement".

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, était parmi les intervenants. Dans son discours, il a soulevé la mesure des variables comme un problème important, souvent négligé, dans la production de données fiables et reflétant fidèlement la réalité, à des fins de modélisation et de prise de décision.

Entre autres exemples, il a cité le PIB, l’un des indicateurs macroéconomiques les plus connus et utilisés. "Le PIB souffre dans sa mesure de plusieurs limites notamment en termes de couverture et ce, aussi bien dans les économies en développement que dans les pays avancés. Cela explique en particulier les changements réguliers de la base des comptes nationaux qui se traduisent en général par des révisions à la hausse des estimations de cet agrégat", a-t-il affirmé.

Le PIB au Maroc, calculé par le Haut-commissariat au plan, reflète-t-il la performance réelle de l’économie? Comment est-il calculé?

La dernière actualisation date de 2015

Dans son discours, Jouahri a tenu à préciser que "contrairement à ce que laisseraient croire les polémiques récurrentes sur les chiffres, le Maroc jouit, en comparaison avec ses pairs, d’une bonne position en matière de développement de son système statistique. Il est à rappeler dans ce sens que nous sommes parmi les premiers pays des régions Afrique et Mena à adhérer à la Norme spéciale de diffusion des données du FMI", tout en admettant "qu’il y a toujours des marges pour faire encore mieux".

Pour ce qui est de l’établissement des indicateurs macroéconomiques, le HCP adopte en effet le Système de comptabilité nationale 2008, le dernier référentiel international établi par la Commission de statistique de l’ONU avec le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE et la Commission européenne. Ce cadre statistique a été adopté en 2009.

Le Maroc y a adapté sa comptabilité nationale en 2015 en passant à l’année de base 2007. Avant ce passage, il utilisait le SCN 1993 de l’ONU (année de base 1998).

Dans une note expliquant les raisons du changement et ses conséquences, le HCP précise que le PIB au prix du marché est la totalité des revenus générés au cours d’une période donnée par les unités productrices résidentes. Il s’obtient selon trois optiques:

- Optique production: le PIB au prix du marché est la somme des valeurs ajoutées brutes de toutes les unités productrices résidentes (secteurs institutionnels ou branches d'activité), augmentée des impôts nets de subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs institutionnels et aux branches d’activité économique). La valeur ajoutée par secteurs d’activité (ou par branche) correspond à la différence entre la production effective (production totale du secteur d’activité y compris les productions secondaires) et le total des consommations intermédiaires du secteur d’activité.

- Optique dépense: le PIB au prix du marché est la somme des emplois finals de biens et de services (dépenses de consommation finale, formation brute de capital fixe, variation des stocks et exportations moins importations de biens et services).

- Optique revenu: le PIB au prix du marché est la somme de l’ensemble de la rémunération des salariés, des autres impôts nets de subventions sur production et importations et de l'excédent brut d'exploitation (plus le revenu mixte brut).

D’où le HCP puise-t-il les informations pour calculer le PIB?

"L’élaboration des comptes nationaux en base 2007 a nécessité le recours à une multitude de données émanant de diverses sources statistiques. Il s’agit essentiellement des enquêtes statistiques, des statistiques administratives et des indices statistiques", précise le document du HCP.

Les enquêtes statistiques sont, entre autres:

- L’enquête de structure réalisée en 2007 auprès des entreprises disposant de comptabilité.

- L’enquête nationale sur l’informel réalisée en 2006-2007 auprès des unités de production ne disposant pas d’une comptabilité (hors agriculture).

- L’enquête nationale sur les niveaux de vie des ménages 2006-2007.

- L’enquête sur l’investissement des administrations publiques.

- L’enquête auprès des institutions sans but lucratif.

- L’enquête annuelle sur l’emploi.

- Les enquêtes agricoles réalisées régulièrement par le ministère de l’Agriculture.

Les statistiques administratives proviennent de l’Etat et comprennent principalement:

- Les statistiques budgétaires.

- Les comptes des collectivités locales.

- Les comptes des établissements et entreprises publics.

- La comptabilité des entreprises.

- La balance des paiements.

- Les statistiques sectorielles.

- Les données de la CNSS, DGI…

Les indices statistiques sont principalement:

- L’indice de la production industrielle, minière et énergétique.

- L’indice des prix à la consommation.

- L’indice des prix à la production.

- L’indice des prix de gros.

Le PIB nous rapproche de la réalité, il ne la reflète pas

Le fait que le HCP utilise ces sources d’information et qu’il ait adopté le SCN 2008 pour l’élaboration de la comptabilité nationale prouve qu’il est aux derniers standards internationaux (définitions, nomenclatures, modes de valorisation, comptes à compiler…)

Le problème est que ces standards sont eux-mêmes perfectibles.

Par exemple, avant le SCN 2008, les dépenses en recherche et développement et les dépenses militaires n’étaient pas prises en compte dans la production et l’investissement.

De même, au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’année de base, la qualité des comptes se dégrade: accumulation des erreurs sur les évolutions annuelles, apparition de nouvelles activités et de nouveaux produits ou disparition d’autres, apparition de nouveaux modes de consommation, de production et de commercialisation…

Ceci sans compter le fait que les enquêtes utilisées restent des enquêtes qui ne couvrent pas la totalité des agents économiques, qu’ils soient dans le formel ou l’informel.

Résultat: lors du changement de l’année de base, le PIB du Maroc pour l’année 2007 s’est apprécié de plus de 30 milliards de DH d’un coup. En 2007, le PIB était-il de 616 MMDH de DH ou de 647 MMDH, ou bien supérieur dans la réalité?

On peut donc dire que le PIB au Maroc, même s’il est mesuré selon les standards internationaux, permet de s’approcher de la réalité mais ne la reflète pas.

Les organisations internationales sont conscientes de la nécessité d’améliorer davantage les systèmes de production de la statistique et œuvrent pour l’élaboration de référentiels qui tiennent compte de mutations de plus en plus rapides et qui utilisent des méthodes plus exhaustives et plus pertinentes.

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