"Le respirateur marocain est basique dans le bon sens du terme" (Mamoun Faroudy)

Le respirateur 100% marocain est dans ses phases finales de certification. Médias24 donne la parole à l'équipe projet pour raconter comment cette aventure a débuté et comment elle a permis de mettre les bases d'une nouvelle industrie.

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Le 11 juin 2020 à 18:43

Modifié le 14 juin 2020 à 19:01

Le 5 juin dernier, le collectif derrière la conception du premier respirateur 100% marocain industrialisable a annoncé que le produit est en phase terminale de qualification CE médical. Une qualification qui marque un tournant important pour le Maroc d'un point de vue industriel et médical. D'un côté, le Maroc a pu sécuriser 500 respirateurs de plus en appoint pour faire face à la pandémie. De l'autre, cette expérience a permis de donner naissance aux fondements d'un nouvel écosystème qui a bénéficié de la mobilisation et du soutien apporté par le ministère de l'Industrie et du Commerce. 

Pour mieux comprendre le chemin parcouru pour atteindre ce résultat, et rapprocher les lecteurs des compétences marocaines ayant contribué à concevoir, designer, développer et produire ce respirateur, Médias24 a mené une série d'interviews avec trois principaux protagonistes de cette aventure, chacun dans son domaine de spécialisation. Il s'agit de : 

Pr Mamoun Faroudy : Professeur d’anesthésie-réanimation, Chef de service de la réanimation et des urgences chirurgicales au CHU Ibn Sina à Rabat. Pendant la pandémie Covid-19, il était chargé du service de réanimation Covid-19 de l’hôpital Ibn Sina.

Said Benahajjou : Ingénieur, Directeur Général et fondateur de la société Aviarail, société spécialisée dans l'ingénierie et le design électronique et mécanique pour l'aéronautique et ferroviaire. Cette société s'est chargée de la conception et du design du respirateur. 

Badre Jaafar : Ingénieur, Directeur général de la Société d’Étude et de Réalisations Mécaniques de Précision (SERMP, filiale de le Piston Français). Elle s'est chargée de la fabrication et de la production du respirateur. 

Dans ce deuxième entretien, Médias24 donne la parole au Dr Mamoun Faroudy. Ce dernier revient sur l'objectif assigné à ce respirateur et défend le produit marocain contre les détracteurs qui l'ont targué d'être un appareil "basique" en comparaison avec les respirateurs des grandes marques. 

Médias24. Dites-nous comment celui qui est en charge du service réanimation Covid-19 de l’hôpital Ibn Sina, s'est retrouvé en plein milieu d'un projet industriel ?

Pr Mamoun Faroudy. Le ministère de l’Industrie qui apportait son soutien et son accompagnement au projet a sollicité l’assistance du ministère de la Santé. C’est par ce biais-là que j’ai été désigné pour assurer le conseil médical.

Les ingénieurs avaient par eux-mêmes et sans conseil médical commencé le travail par la conception d'un premier prototype en concertation avec des enseignants de l’INPT. Le tout premier design était basé sur la compression du ballon.

- Justement le choix du ballon a suscité des critiques de personnes estimant que le modèle était trop basique. Ce choix était-il judicieux ?  

- Quand on utilise le terme « basique » d’une façon péjorative, cela vexe les gens qui ont eu à choisir la solution technique. Nous aurions tous aimé avoir le meilleur et le plus sophistiqué des respirateurs sous la main. Il faut aussi rappeler que pour ne pas être "basique", il faut s’appeler Greger ou General Electric,… et avoir fait cela pendant 50 ans.

Maintenant, selon le cahier des charges de départ, ce respirateur n’a jamais eu pour vocation d’être un respirateur commercial qui va rentrer en compétition avec les autres respirateurs commerciaux. Le but n’était pas de le rajouter à l’arsenal thérapeutique et de le mettre au même niveau de mise en jeu.

La question pour nous était simple : que pouvons-nous proposer comme solution de respiration artificielle à grande échelle. Et c’est ce paramètre de « grande échelle » qu’il faut considérer dans cette dynamique. Notre première contrainte c'était d'avoir la possibilité d’industrialiser ce produit en plusieurs dizaines ou centaines d'unités, contrairement à quelqu'un qui veut juste faire un prototype. 

De ce fait, l’aspect "simplicité" devient un avantage pour pouvoir industrialiser le respirateur rapidement avec des composants locaux et par des usines qui n’ont jamais fabriqué de respirateurs. Il faut savoir qu’il y à peine 5 ou 6 producteurs de respirateurs dans le monde. Les pièces détachées et les composants sont fabriqués par moins de pays. L’Inde par exemple fabrique ses propres respirateurs mais la majeure partie des pièces reste importée. Il y a très peu de pays qui sont en autosuffisance totale. 

A partir de là, et étant complètement isolé en termes de supplychain, il fallait trouver des solutions. Les choix techniques de simplicité ou d’utiliser tel ou tel composant ont été dictés par la question directe : est-ce que j’ai 500 de ces composants ?

- Finalement ce respirateur était destiné à quel usage médical ? 

- Nous n'allions utiliser cette machine qu’en troisième ligne on va dire. Les appareils déjà existants étaient en première ligne et les appareils qui ont été achetés pendant l’épidémie en deuxième ligne.

Notre troisième ligne c’était d’avoir ce respirateur pour sauver des vies. A ceux qui critiquent, il faut savoir qu’il y a des gens qui sont morts dans des pays autrement plus développés que le nôtre à cause de l’absence de respirateurs disponibles.

Cela a été décidé au début des mesures drastiques appliquées pour maîtriser l’épidémie. Depuis, les indicateurs ont montré que finalement la pression sur les capacités hospitalières n’a pas eu lieu.

- L'absence de pression sur les lits de réanimation a permis de développer davantage ce respirateur. Comment a-t-il évolué ?

- Le confinement a permis de manière évidente d’aplatir la courbe. Il est clair qu’on ne peut pas savoir ce qui se serait passé sans le confinement, mais en comparaison avec d’autres pays similaires, il apparaît clairement que le confinement a fait la différence.

Etant sur le versant clinique en tant que responsable de la clinique de réanimation Covid-19 de l’hôpital ibn Sina, nous n’avons même pas utilisé le tiers de notre capacité à plein régime. Et puisque nous n’avions pas de débordement en termes de nombre de malades, les ingénieurs pouvaient donc apporter des améliorations sur le prototypage. Et ça se jouait en jours. Chaque jour gagné nous permettait de rajouter par exemple un meilleur contrôle d’un tel composant ou une ligne de code sur le software qui nous permettait de rajouter une fonctionnalité. 

On ne cessait de freiner le processus de finalisation du respirateur tant que l'évolution de l'épidémie nous le permettait. Et cela a permis de faire de cette machine basique de départ qui comprimait un ballon de façon mécanique, un appareil qui donne des volumes contrôlés. On sait désormais combien on donne avec une concentration d’oxygène contrôlée, avec un monitorage et une surveillance des pressions et des alarmes similaires à celles qu'on peut trouver sur un respirateur conventionnel industriel.

L'interface est certes basique mais elle est connectable avec une tablette ou un ordinateur donnant accès à un affichage moderne et une interface familière pour que n’importe quel médecin praticien expérimenté puisse l'utiliser. La prise en main est quasi immédiate.

La connectique est standard. Cela veut dire que l’admission de la machine en oxygène est comme celle de n’importe quel autre système existant. Les sorties de tuyauterie qui vont vers le patient sont également standards donc elles peuvent être branchées avec n’importe quels tuyaux du commerce.

Toutes ces caractéristiques font que ce respirateur n’est plus dans le "basique péjoratif". C'est un appareil qui répond à la qualité et la fiabilité recherchées avec des plus qui le rapprochent très nettement des appareils conventionnels que les praticiens ont l’habitude d’utiliser et qui ont été développés sur 40 ou 50 ans.

- En marge de son annonce, beaucoup s'interrogeaient si ce respirateur permet la ventilation non invasive ou pas. Que pouvez-vous répondre à cette question ?

- Je dirais que c’est un débat spécialisé. Il y a une grande confusion chez les non spécialistes. Pour simplifier, je dirais que la respiration invasive ou non invasive n’a rien à voir avec la machine utilisée. C’est une affaire d’interface, c’est-à-dire par quel moyen on va lier le patient à la machine. 

Prenez le tuyau qui termine la machine, quelle qu’elle soit, ce tuyau que vous tenez dans la main, si vous décidez de le mettre à l’intérieur de la trachée du malade (intubation, tractotomie), c’est de la ventilation invasive.

En médecine, l’invasif c’est quand on dépasse une barrière chez le patient. On met une pommade sur la main c’est non invasif, on met une aiguille, c’est invasif. Donc, on met un tube à l’intérieur de la bouche du patient c'est de la ventilation invasive. On lui met un masque sur le visage c’est de la ventilation non invasive. Et je le répète, cela n’a rien à voir avec le type de machine.

La confusion vient du fait que la ventilation non invasive par définition se fait chez des patients réveillés. Ayant une respiration variable, ces derniers doivent être traités par des respirateurs dotés de technologie qui permet la reconnaissance de ce côté variable de leur respiration pour que la machine interagisse avec eux. Ce sont ces notions liées qui créent la confusion.

- Le respirateur développé se situe où par rapport à ce que vous venez de nous expliquer ?

- Nous avons réussi à introduire une fonctionnalité qui reconnait l’effort inspiratoire du patient. Et à partir de là, je peux le considérer comme étant apte à ventiler un patient réveillé. Donc, nous avons un mode ventilatoire qui permet de faire de la ventilation invasive et non invasive.

Mais je tiens tout de même à souligner, que ce débat entre l’invasif et le non invasif n’a aucun intérêt dans le cadre de l’épidémie.

- Du point de vue scientifique et médical, ce respirateur dans sa version finale, peut-il concurrencer les autres produits sur le marché. Ou bien il reste un produit d’appoint spécifiquement conçu pour gérer l’épidémie ?

- Ce respirateur dans sa forme actuelle est fiable. Il est basique dans le bon sens du terme. Il dispose d’alarme. Il peut ventiler un malade avec une grosse pathologie pulmonaire. Il est destiné à faire de la ventilation invasive en priorité mais peut aussi faire de la ventilation non invasive.

Cela dit, aussi abouti qu’il soit, ce respirateur n’a pas la prétention de concurrencer les respirateurs conventionnels. Il était, et il est encore, destiné à éviter la mortalité à 100% d’un patient si jamais on a un malade et qu’on n’a pas de respirateurs disponibles.

Maintenant, si on continue à creuser dans cette filière, j’ai bon espoir que dans un futur pas si lointain nous produirons un respiratoire qui rentrera en concurrence directe avec un respirateur conventionnel.

- Pour les tests, vous vous êtes contentés des tests laboratoire ou vous avez fait des tests cliniques avec de vrais patients ?

- Actuellement, nous n’avons pas encore fait de tests sur un patient. Mais, il faut savoir que nous avons fait tout le trajet intellectuel qu’il faut entre le développement, le test des matériaux, ainsi de suite…

L'un des avantages d’avoir opté pour le ballon comme mécanique de base, c’est qu’il est fabriqué par un matériau médical. L’air passe à travers une enceinte et une tuyauterie médicale. Toute personne qui va fabriquer un respirateur basé sur une turbine devra prouver que les matériaux utilisés dans la fabrication sont médicalement compatibles. La simplicité est un avantage, car nous n’avons pas à nous soucier de la toxicité ou non de nos matériaux car ils sont médicalement approuvés.

Malgré cela, il fallait tester le respirateur sur un être vivant. Nous avons donc fait un test animal sur des brebis avec nos collègues de l’IAV. Ils nous ont gracieusement ouvert leur laboratoire dans la clinique équine. Ce test a permis de valider les pièces qui ont été totalement fabriquées par nos usines marocaines. On a calibré l'appareil sur la brebis avec une machine de calibrage industriel qui permet de calibrer même les machines conventionnelles. Les résultats ont été concluants.

 

"Le respirateur marocain est basique dans le bon sens du terme" (Mamoun Faroudy)

Le 11 juin 2020 à18:42

Modifié le 14 juin 2020 à 19:01

Le respirateur 100% marocain est dans ses phases finales de certification. Médias24 donne la parole à l'équipe projet pour raconter comment cette aventure a débuté et comment elle a permis de mettre les bases d'une nouvelle industrie.

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Le 5 juin dernier, le collectif derrière la conception du premier respirateur 100% marocain industrialisable a annoncé que le produit est en phase terminale de qualification CE médical. Une qualification qui marque un tournant important pour le Maroc d'un point de vue industriel et médical. D'un côté, le Maroc a pu sécuriser 500 respirateurs de plus en appoint pour faire face à la pandémie. De l'autre, cette expérience a permis de donner naissance aux fondements d'un nouvel écosystème qui a bénéficié de la mobilisation et du soutien apporté par le ministère de l'Industrie et du Commerce. 

Pour mieux comprendre le chemin parcouru pour atteindre ce résultat, et rapprocher les lecteurs des compétences marocaines ayant contribué à concevoir, designer, développer et produire ce respirateur, Médias24 a mené une série d'interviews avec trois principaux protagonistes de cette aventure, chacun dans son domaine de spécialisation. Il s'agit de : 

Pr Mamoun Faroudy : Professeur d’anesthésie-réanimation, Chef de service de la réanimation et des urgences chirurgicales au CHU Ibn Sina à Rabat. Pendant la pandémie Covid-19, il était chargé du service de réanimation Covid-19 de l’hôpital Ibn Sina.

Said Benahajjou : Ingénieur, Directeur Général et fondateur de la société Aviarail, société spécialisée dans l'ingénierie et le design électronique et mécanique pour l'aéronautique et ferroviaire. Cette société s'est chargée de la conception et du design du respirateur. 

Badre Jaafar : Ingénieur, Directeur général de la Société d’Étude et de Réalisations Mécaniques de Précision (SERMP, filiale de le Piston Français). Elle s'est chargée de la fabrication et de la production du respirateur. 

Dans ce deuxième entretien, Médias24 donne la parole au Dr Mamoun Faroudy. Ce dernier revient sur l'objectif assigné à ce respirateur et défend le produit marocain contre les détracteurs qui l'ont targué d'être un appareil "basique" en comparaison avec les respirateurs des grandes marques. 

Médias24. Dites-nous comment celui qui est en charge du service réanimation Covid-19 de l’hôpital Ibn Sina, s'est retrouvé en plein milieu d'un projet industriel ?

Pr Mamoun Faroudy. Le ministère de l’Industrie qui apportait son soutien et son accompagnement au projet a sollicité l’assistance du ministère de la Santé. C’est par ce biais-là que j’ai été désigné pour assurer le conseil médical.

Les ingénieurs avaient par eux-mêmes et sans conseil médical commencé le travail par la conception d'un premier prototype en concertation avec des enseignants de l’INPT. Le tout premier design était basé sur la compression du ballon.

- Justement le choix du ballon a suscité des critiques de personnes estimant que le modèle était trop basique. Ce choix était-il judicieux ?  

- Quand on utilise le terme « basique » d’une façon péjorative, cela vexe les gens qui ont eu à choisir la solution technique. Nous aurions tous aimé avoir le meilleur et le plus sophistiqué des respirateurs sous la main. Il faut aussi rappeler que pour ne pas être "basique", il faut s’appeler Greger ou General Electric,… et avoir fait cela pendant 50 ans.

Maintenant, selon le cahier des charges de départ, ce respirateur n’a jamais eu pour vocation d’être un respirateur commercial qui va rentrer en compétition avec les autres respirateurs commerciaux. Le but n’était pas de le rajouter à l’arsenal thérapeutique et de le mettre au même niveau de mise en jeu.

La question pour nous était simple : que pouvons-nous proposer comme solution de respiration artificielle à grande échelle. Et c’est ce paramètre de « grande échelle » qu’il faut considérer dans cette dynamique. Notre première contrainte c'était d'avoir la possibilité d’industrialiser ce produit en plusieurs dizaines ou centaines d'unités, contrairement à quelqu'un qui veut juste faire un prototype. 

De ce fait, l’aspect "simplicité" devient un avantage pour pouvoir industrialiser le respirateur rapidement avec des composants locaux et par des usines qui n’ont jamais fabriqué de respirateurs. Il faut savoir qu’il y à peine 5 ou 6 producteurs de respirateurs dans le monde. Les pièces détachées et les composants sont fabriqués par moins de pays. L’Inde par exemple fabrique ses propres respirateurs mais la majeure partie des pièces reste importée. Il y a très peu de pays qui sont en autosuffisance totale. 

A partir de là, et étant complètement isolé en termes de supplychain, il fallait trouver des solutions. Les choix techniques de simplicité ou d’utiliser tel ou tel composant ont été dictés par la question directe : est-ce que j’ai 500 de ces composants ?

- Finalement ce respirateur était destiné à quel usage médical ? 

- Nous n'allions utiliser cette machine qu’en troisième ligne on va dire. Les appareils déjà existants étaient en première ligne et les appareils qui ont été achetés pendant l’épidémie en deuxième ligne.

Notre troisième ligne c’était d’avoir ce respirateur pour sauver des vies. A ceux qui critiquent, il faut savoir qu’il y a des gens qui sont morts dans des pays autrement plus développés que le nôtre à cause de l’absence de respirateurs disponibles.

Cela a été décidé au début des mesures drastiques appliquées pour maîtriser l’épidémie. Depuis, les indicateurs ont montré que finalement la pression sur les capacités hospitalières n’a pas eu lieu.

- L'absence de pression sur les lits de réanimation a permis de développer davantage ce respirateur. Comment a-t-il évolué ?

- Le confinement a permis de manière évidente d’aplatir la courbe. Il est clair qu’on ne peut pas savoir ce qui se serait passé sans le confinement, mais en comparaison avec d’autres pays similaires, il apparaît clairement que le confinement a fait la différence.

Etant sur le versant clinique en tant que responsable de la clinique de réanimation Covid-19 de l’hôpital ibn Sina, nous n’avons même pas utilisé le tiers de notre capacité à plein régime. Et puisque nous n’avions pas de débordement en termes de nombre de malades, les ingénieurs pouvaient donc apporter des améliorations sur le prototypage. Et ça se jouait en jours. Chaque jour gagné nous permettait de rajouter par exemple un meilleur contrôle d’un tel composant ou une ligne de code sur le software qui nous permettait de rajouter une fonctionnalité. 

On ne cessait de freiner le processus de finalisation du respirateur tant que l'évolution de l'épidémie nous le permettait. Et cela a permis de faire de cette machine basique de départ qui comprimait un ballon de façon mécanique, un appareil qui donne des volumes contrôlés. On sait désormais combien on donne avec une concentration d’oxygène contrôlée, avec un monitorage et une surveillance des pressions et des alarmes similaires à celles qu'on peut trouver sur un respirateur conventionnel industriel.

L'interface est certes basique mais elle est connectable avec une tablette ou un ordinateur donnant accès à un affichage moderne et une interface familière pour que n’importe quel médecin praticien expérimenté puisse l'utiliser. La prise en main est quasi immédiate.

La connectique est standard. Cela veut dire que l’admission de la machine en oxygène est comme celle de n’importe quel autre système existant. Les sorties de tuyauterie qui vont vers le patient sont également standards donc elles peuvent être branchées avec n’importe quels tuyaux du commerce.

Toutes ces caractéristiques font que ce respirateur n’est plus dans le "basique péjoratif". C'est un appareil qui répond à la qualité et la fiabilité recherchées avec des plus qui le rapprochent très nettement des appareils conventionnels que les praticiens ont l’habitude d’utiliser et qui ont été développés sur 40 ou 50 ans.

- En marge de son annonce, beaucoup s'interrogeaient si ce respirateur permet la ventilation non invasive ou pas. Que pouvez-vous répondre à cette question ?

- Je dirais que c’est un débat spécialisé. Il y a une grande confusion chez les non spécialistes. Pour simplifier, je dirais que la respiration invasive ou non invasive n’a rien à voir avec la machine utilisée. C’est une affaire d’interface, c’est-à-dire par quel moyen on va lier le patient à la machine. 

Prenez le tuyau qui termine la machine, quelle qu’elle soit, ce tuyau que vous tenez dans la main, si vous décidez de le mettre à l’intérieur de la trachée du malade (intubation, tractotomie), c’est de la ventilation invasive.

En médecine, l’invasif c’est quand on dépasse une barrière chez le patient. On met une pommade sur la main c’est non invasif, on met une aiguille, c’est invasif. Donc, on met un tube à l’intérieur de la bouche du patient c'est de la ventilation invasive. On lui met un masque sur le visage c’est de la ventilation non invasive. Et je le répète, cela n’a rien à voir avec le type de machine.

La confusion vient du fait que la ventilation non invasive par définition se fait chez des patients réveillés. Ayant une respiration variable, ces derniers doivent être traités par des respirateurs dotés de technologie qui permet la reconnaissance de ce côté variable de leur respiration pour que la machine interagisse avec eux. Ce sont ces notions liées qui créent la confusion.

- Le respirateur développé se situe où par rapport à ce que vous venez de nous expliquer ?

- Nous avons réussi à introduire une fonctionnalité qui reconnait l’effort inspiratoire du patient. Et à partir de là, je peux le considérer comme étant apte à ventiler un patient réveillé. Donc, nous avons un mode ventilatoire qui permet de faire de la ventilation invasive et non invasive.

Mais je tiens tout de même à souligner, que ce débat entre l’invasif et le non invasif n’a aucun intérêt dans le cadre de l’épidémie.

- Du point de vue scientifique et médical, ce respirateur dans sa version finale, peut-il concurrencer les autres produits sur le marché. Ou bien il reste un produit d’appoint spécifiquement conçu pour gérer l’épidémie ?

- Ce respirateur dans sa forme actuelle est fiable. Il est basique dans le bon sens du terme. Il dispose d’alarme. Il peut ventiler un malade avec une grosse pathologie pulmonaire. Il est destiné à faire de la ventilation invasive en priorité mais peut aussi faire de la ventilation non invasive.

Cela dit, aussi abouti qu’il soit, ce respirateur n’a pas la prétention de concurrencer les respirateurs conventionnels. Il était, et il est encore, destiné à éviter la mortalité à 100% d’un patient si jamais on a un malade et qu’on n’a pas de respirateurs disponibles.

Maintenant, si on continue à creuser dans cette filière, j’ai bon espoir que dans un futur pas si lointain nous produirons un respiratoire qui rentrera en concurrence directe avec un respirateur conventionnel.

- Pour les tests, vous vous êtes contentés des tests laboratoire ou vous avez fait des tests cliniques avec de vrais patients ?

- Actuellement, nous n’avons pas encore fait de tests sur un patient. Mais, il faut savoir que nous avons fait tout le trajet intellectuel qu’il faut entre le développement, le test des matériaux, ainsi de suite…

L'un des avantages d’avoir opté pour le ballon comme mécanique de base, c’est qu’il est fabriqué par un matériau médical. L’air passe à travers une enceinte et une tuyauterie médicale. Toute personne qui va fabriquer un respirateur basé sur une turbine devra prouver que les matériaux utilisés dans la fabrication sont médicalement compatibles. La simplicité est un avantage, car nous n’avons pas à nous soucier de la toxicité ou non de nos matériaux car ils sont médicalement approuvés.

Malgré cela, il fallait tester le respirateur sur un être vivant. Nous avons donc fait un test animal sur des brebis avec nos collègues de l’IAV. Ils nous ont gracieusement ouvert leur laboratoire dans la clinique équine. Ce test a permis de valider les pièces qui ont été totalement fabriquées par nos usines marocaines. On a calibré l'appareil sur la brebis avec une machine de calibrage industriel qui permet de calibrer même les machines conventionnelles. Les résultats ont été concluants.

 

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