Le retour au scrutin uninominal refait surface: une fausse bonne idée?

A l’approche des élections législatives de 2021, des idées comme le retour au scrutin uninominal ou l'abaissement du seuil électoral refont surface et commencent à alimenter les débats au sein des partis politiques. Selon le constitutionnaliste et membre du bureau politique du PPS, Khalid Naciri, ces idées sont animées par des partis voulant améliorer leur score électoral et n’ont pratiquement aucune chance d'être concrétisées dans l'immédiat.

Le retour au scrutin uninominal refait surface: une fausse bonne idée ?

Le 15 avril 2019 à 18:30

Modifié le 16 avril 2019 à 23:32

17 ans après sa disparition, le mode de scrutin uninominal refait son apparition via un communiqué du Front des forces démocratiques, publié samedi 13 avril, réclamant sa réinstauration pour l’élection de 2021. Certes, le FFD est un petit parti et sa prise de position ne pèse pas lourd dans le paysage politique; mais selon des sources sûres, deux autres partis, de tailles très respectables, envisagent d'adopter la même position.

La demande du FFD, non représenté au Parlement, vient après celle du 1er secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar, qui s’était déclaré en faveur du retour de ce scrutin uninominal majoritaire à un tour.

Des tendances au sein du PAM se disent également favorables à ce mode de scrutin.

Précisons que contrairement au scrutin de listes en vigueur où les électeurs votent pour des partis et des programmes, le mode uninominal consiste à voter pour des personnes et donc, in fine, les candidats qui récolteront le plus de voix seront seuls élus.

Sollicité par Médias24, Khalid Naciri se dit très étonné par la demande du «petit FFD» sachant que ce système électoral ne profite qu’aux grandes formations politiques disposant de notables et de personnalités connues.

Une idée contre-productive, avec le PJD comme seul vainqueur

«Cette proposition n’est pas logique car on a bien vu qu’entre 1963 et 1997 où le scrutin uninominal était pratiqué au Maroc, ce système allait à l’encontre des intérêts électoraux des petits partis.

«Ce type de scrutin ne profitera en effet qu’aux partis riches ou ayant des têtes d’affiche bancables. Ce qui n’est pas le cas du FFD qui n’a ni moyens financiers ni candidats connus à mettre en avant.

«Quoique puissent penser certains du scrutin proportionnel plurinominal en vigueur, le Maroc dispose d’un système qui illustre fidèlement sa carte politique avec une image proche de la réalité.

«Ceux qui réclament une révision veulent préparer opportunément un terrain qui ne pénalise pas leurs intérêts électoraux, mais cette réforme n’est pas conforme avec le credo démocratique. C’est la raison pour laquelle le PPS n’y est pas favorable, même si elle pourrait faire élire ses notables connus.

«Ce type de scrutin ne favorise en effet pas les programmes électoraux des partis mais plutôt des personnes populaires ou charismatiques, voire dans certains cas riches, qui peuvent influer sur le vote.

«De plus, si cette réforme devait être adoptée pour les législatives de 2021, le seul véritable gagnant serait le PJD qui a de véritables "stars" au niveau des circonscriptions.

«C’est donc, selon moi, une fausse bonne idée qui pourrait avoir un résultat contre-productif.

A l’image du seuil électoral, un serpent de mer

«Selon moi, il y a donc peu de chances que cette révision voie le jour car même si une proposition de loi était déposée par un autre parti, il faudrait encore qu’elle soit adoptée à la majorité. Mais pour l’instant, aucun parti de la coalition gouvernementale ou d’opposition n’a fait part de son intérêt pour cette réforme», avance Naciri qui fait le rapprochement avec la réforme souhaitée du seuil électoral.

«A l’instar du seuil électoral que certains petits partis aimeraient abaisser pour faciliter leur entrée au Parlement, c’est un serpent de mer qui revient avant toutes les grandes échéances électorales.

«Cela part en effet du même principe pour élaguer le champ politique et éliminer les petits partis qui ont des difficultés pour accéder au seuil légal de 3%», conclut le membre du bureau politique du PPS en rappelant que la baisse du taux électoral qui devait favoriser l’entrée des petits partis au Parlement a provoqué l’effet contraire en faisant passer leur nombre de 18 à 12 entre 2011 et 2016.

Au final, s’il y aura peut-être des débats comme pour le changement de l’article 47 de la Constitution qui détermine le parti habilité à diriger le gouvernement, la révision de l’arsenal électoral ne semble pas être, pour l’instant, une priorité que les parlementaires trancheront avant le scrutin législatif de 2021.

Sachant que le scrutin de liste (proportionnel) a plutôt bien réussi au PJD, il y a peu de chances qu’une proposition de loi en ce sens émane de sa part ou d’un membre de sa coalition gouvernementale, mais le PAM ou l’Istiqlal pourraient bien en déposer une.

Le retour au scrutin uninominal refait surface: une fausse bonne idée?

Le 15 avril 2019 à18:34

Modifié le 16 avril 2019 à 23:32

A l’approche des élections législatives de 2021, des idées comme le retour au scrutin uninominal ou l'abaissement du seuil électoral refont surface et commencent à alimenter les débats au sein des partis politiques. Selon le constitutionnaliste et membre du bureau politique du PPS, Khalid Naciri, ces idées sont animées par des partis voulant améliorer leur score électoral et n’ont pratiquement aucune chance d'être concrétisées dans l'immédiat.

17 ans après sa disparition, le mode de scrutin uninominal refait son apparition via un communiqué du Front des forces démocratiques, publié samedi 13 avril, réclamant sa réinstauration pour l’élection de 2021. Certes, le FFD est un petit parti et sa prise de position ne pèse pas lourd dans le paysage politique; mais selon des sources sûres, deux autres partis, de tailles très respectables, envisagent d'adopter la même position.

La demande du FFD, non représenté au Parlement, vient après celle du 1er secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar, qui s’était déclaré en faveur du retour de ce scrutin uninominal majoritaire à un tour.

Des tendances au sein du PAM se disent également favorables à ce mode de scrutin.

Précisons que contrairement au scrutin de listes en vigueur où les électeurs votent pour des partis et des programmes, le mode uninominal consiste à voter pour des personnes et donc, in fine, les candidats qui récolteront le plus de voix seront seuls élus.

Sollicité par Médias24, Khalid Naciri se dit très étonné par la demande du «petit FFD» sachant que ce système électoral ne profite qu’aux grandes formations politiques disposant de notables et de personnalités connues.

Une idée contre-productive, avec le PJD comme seul vainqueur

«Cette proposition n’est pas logique car on a bien vu qu’entre 1963 et 1997 où le scrutin uninominal était pratiqué au Maroc, ce système allait à l’encontre des intérêts électoraux des petits partis.

«Ce type de scrutin ne profitera en effet qu’aux partis riches ou ayant des têtes d’affiche bancables. Ce qui n’est pas le cas du FFD qui n’a ni moyens financiers ni candidats connus à mettre en avant.

«Quoique puissent penser certains du scrutin proportionnel plurinominal en vigueur, le Maroc dispose d’un système qui illustre fidèlement sa carte politique avec une image proche de la réalité.

«Ceux qui réclament une révision veulent préparer opportunément un terrain qui ne pénalise pas leurs intérêts électoraux, mais cette réforme n’est pas conforme avec le credo démocratique. C’est la raison pour laquelle le PPS n’y est pas favorable, même si elle pourrait faire élire ses notables connus.

«Ce type de scrutin ne favorise en effet pas les programmes électoraux des partis mais plutôt des personnes populaires ou charismatiques, voire dans certains cas riches, qui peuvent influer sur le vote.

«De plus, si cette réforme devait être adoptée pour les législatives de 2021, le seul véritable gagnant serait le PJD qui a de véritables "stars" au niveau des circonscriptions.

«C’est donc, selon moi, une fausse bonne idée qui pourrait avoir un résultat contre-productif.

A l’image du seuil électoral, un serpent de mer

«Selon moi, il y a donc peu de chances que cette révision voie le jour car même si une proposition de loi était déposée par un autre parti, il faudrait encore qu’elle soit adoptée à la majorité. Mais pour l’instant, aucun parti de la coalition gouvernementale ou d’opposition n’a fait part de son intérêt pour cette réforme», avance Naciri qui fait le rapprochement avec la réforme souhaitée du seuil électoral.

«A l’instar du seuil électoral que certains petits partis aimeraient abaisser pour faciliter leur entrée au Parlement, c’est un serpent de mer qui revient avant toutes les grandes échéances électorales.

«Cela part en effet du même principe pour élaguer le champ politique et éliminer les petits partis qui ont des difficultés pour accéder au seuil légal de 3%», conclut le membre du bureau politique du PPS en rappelant que la baisse du taux électoral qui devait favoriser l’entrée des petits partis au Parlement a provoqué l’effet contraire en faisant passer leur nombre de 18 à 12 entre 2011 et 2016.

Au final, s’il y aura peut-être des débats comme pour le changement de l’article 47 de la Constitution qui détermine le parti habilité à diriger le gouvernement, la révision de l’arsenal électoral ne semble pas être, pour l’instant, une priorité que les parlementaires trancheront avant le scrutin législatif de 2021.

Sachant que le scrutin de liste (proportionnel) a plutôt bien réussi au PJD, il y a peu de chances qu’une proposition de loi en ce sens émane de sa part ou d’un membre de sa coalition gouvernementale, mais le PAM ou l’Istiqlal pourraient bien en déposer une.

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