EN DIRECT. Jouahri: il ne faut pas rater le virage du digital

Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à l'issue du premier conseil de politique monétaire de l'année, tenu le 19 mars. Abdellatif Jouahri, wali de la Banque centrale, tient à cette occasion son habituel point de presse trimestriel.

Le 19 mars 2019 à 17:18

Modifié le 19 mars 2019 à 19:01

Les prévisions de Bank Al-Maghrib pour l'économie marocaine, suite la tenu de son premier conseil de politique monétaire de l'année, sont mitigées. La banque centrale estime que la croissance et l'inflation devraient enregistrer une décélération en 2019 et que le crédit bancaire resterait en ralentissement. Le déficit extérieur devrait s'alléger, les réserves de change se renforcer, mais le déficit budgétaire est attendu en aggravation.

Dans le rapport sur la politique monétaire diffusé à cette occasion, on apprend que le Maroc pourrait effectuer DEUX sorties successives à l'international, et non pas une seule levée. Cette sortie impactera évidemment, et de manière positive, les réserves de change.

Voici les principales annonces de Abdellatif Jouahri lors du point de presse du conseil de mars 2019:

Jouahri: "selon nos modèles et les éléments dont nous disposons, la récolte céréalière avoisinerait 60 millions de quintaux et non pas 80 millions comme prévu auparavant".

Prévisions de taux de croissance: 2,7% en 2019 et 3,9% en 2020.

Jouahri: "selon nos actualisations, les exportations Peugeot ne démarreront qu'en milieu d'année 2019 au lieu du début que nous avions prévu auparavant".

Deux sorties du Trésor à l'international

"Nous avons tablé sur deux sorties du Trésor à l'international, chacune autour de 11 milliards de DH, une en 2019 et une en 2020" (Jouahri).

La dette du Trésor passera de 65,0% du PIB en 2018 à 65,8% en 2019 avant de revenir en 2020 à 65,0%, sous l'effet d'un recul de la dette intérieure.

Flexibilisation des changes: "Le FMI nous a dit en novembre dernier que selon son appréciation, nous pouvons passer à la deuxième phase. Nous avons répondu que nous ne partageons pas ce point de vue et que lorsque nous les jugerons réunies, nous déciderons de passer à la deuxième phase". Jouahri ajoute; "nous ne sommes pas sous le diktat du FMI".

Pause dans la flexibilisation des changes

"Une deuxième mission du FMI est là, à partir d'aujourd'hui, et probablement elle nous posera la même question", révèle Jouahri. Parmi les prérequis, nous devons être convaincus que les petits et moyens opérateurs économiques ont assimilé la réforme et pris leurs dispositions pour utiliser l'ensemble des outils que nous avons mis à leur disposition et que j'attends la réunion tripartite avec la CGEM et les banques pour avoir leur appréciation. Nous aurons cette réunion le 18 avril. Nous, notre appréciation est positive. Il n'y a pas eu de cataclysme".

"Nous avons également dit que la réforme de flexibilisation est destinée à soutenir la compétitivité de l'économie marocaine et soutenir les chocs exogènes. Sommes-nous dans l'un de ces cas de figure pour passer à la deuxième étape" [élargissement de la bande de fluctuation].

Jouahri confirme donc la pause dans la flexibilisation, avant de passer à un élargissement de la bande de flexibilisation, mais n'exclut pas un redémarrage du processus.

Panne informatique de la BMCI: "tout incident mettant en cause la gestion, le fonctionnement, les résultats de la banque, Bank Al Maghrib doit en être informée au plus vite. Cela a été le cas pour cette banque et nous avons suivi le déroulement de la réparation. Les incidents peuvent arriver".

Dations en paiement: nous sommes en train d'encadrer cette pratique. Peu de pays l'ont fait. C'est suivi de très près. Nous pensons à une structure de défaisance pour alléger les bilans. Ce sujet est à l'étude, nous avons reçu des propositions, aucune décision n'est prise. La décision ne relève pas uniquement de nous mais aussi des banques".

"La banque centrale marocaine n'est pas une banque centrale bananière"

"Nous restons à des taux de créances en souffrance qui se stabilisent. J'ai envoyé une lettre hier au président de Fitch à Londres, j'ai répondu argument par argument, nous maintenons nos positions, même avec un benchmark international. Nous ne sommes pas une banque centrale bananière. Ils le savent. La banque centrale marocaine n'est pas à prendre comme ça".

Sinistrose: "de notre côté, nous essayons de faire le maximum. Nous avons fait une politique non conventionnelle, nous avons accepté de prendre dans notre portefeuille les effets des PME, nous leur avons alloué des liquidités, nous avons favorisé les banques dynamiques dans l'octroi du crédit, nous avons décidé de rémunérer la réserve monétaire des banques qui octroient du crédit. C'est comme un piano sur lequel tu joues avec toutes les touches. Je cite aussi l'observatoire de la TPME, le Fonds de soutien à la TPME. Et la stratégie nationale d'inclusion financière dont l'un des piliers est la TPME. Nous avons joué sur toutes les touches de notre piano"...

Cela étant, "nous restons tributaires des conditions climatiques qui peuvent tirer la croissance".

"C'est cette situation qui a conduit la plus haute autorité du pays, Sa Majesté, à demander une révision du modèle de développement".

Pourquoi ne pas avoir décidé une baisse du taux directeur? "Nous avons nos modèles, ils sortent quel est le taux directeur compatibles avec les paramètres que vous avez introduit dans le modèle. Mais cela ne suffit pas. Nous avons recours aux analyses d'experts, avec un raisonnement à moyen terme, sur deux ans, ce qui est un élément fondamental".

"Lorsque vous baissez le taux directeur, ça impacte le taux du crédit aux clients, mais également le taux de rémunération de l'épargne. La transmission des décisions de politique monétaire est une donnée essentielle". "La première chose que fait une banque en cas de baisse du taux directeur, c'est de baisser la rémunération de l'épargne. Après, vous devez vous battre pour obtenir une transmission de votre décision dans le sens que vous voulez".

"Nous allons tenir notre réunion semestrielle avec les banques et nous allons maintenant nous focaliser sur la défense du consommateur, la relation entre les banques et leurs clients" (Jouahri). "Ces débats, nous les avons".

Le politique impacte tout

Jouahri revient sur la situation économique, au-delà du rôle de la Banque centrale: "Les politiques commandent tout. Ce qui impacte l'essentiel, c'est d'abord le politique. Les opérateurs ont besoin de visibilité, de confiance, de savoir où l'on va. Quand ils voient les politiques se crêper les chignons, comment voulez-vous qu'ils prennent des risques?".

"Je ne minimise pas le rôle de l'économie et des finances, mais une vision claire des priorités est indispensable".

Jouahri donne l'exemple du digital: "le problème n'est pas simple, la Banque centrale s'est préparée et j'ai même reculé d'un trimestre la présentation de notre plan stratégique pour pouvoir y intégrer la stratégie digitale. Tout y est maintenant, les budgets, les ressources humaines... Mais nous sommes une institution parmi tant d'autres. Où en est-on au Maroc? J'ai vu l'Agence digitale, ce qu'ils font est valable...."

"Deuxième exemple: les crypto-actifs. Il y a des banques centrales qui ont fait un virage à 90 degrés. Où en est la législation? Si vous ne préparez pas ça maintenant, vous resterez sur le quai. Le monde se complexifie, les points de repère changent ou se perdent".

EN DIRECT. Jouahri: il ne faut pas rater le virage du digital

Le 19 mars 2019 à17:18

Modifié le 19 mars 2019 à 19:01

Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à l'issue du premier conseil de politique monétaire de l'année, tenu le 19 mars. Abdellatif Jouahri, wali de la Banque centrale, tient à cette occasion son habituel point de presse trimestriel.

Les prévisions de Bank Al-Maghrib pour l'économie marocaine, suite la tenu de son premier conseil de politique monétaire de l'année, sont mitigées. La banque centrale estime que la croissance et l'inflation devraient enregistrer une décélération en 2019 et que le crédit bancaire resterait en ralentissement. Le déficit extérieur devrait s'alléger, les réserves de change se renforcer, mais le déficit budgétaire est attendu en aggravation.

Dans le rapport sur la politique monétaire diffusé à cette occasion, on apprend que le Maroc pourrait effectuer DEUX sorties successives à l'international, et non pas une seule levée. Cette sortie impactera évidemment, et de manière positive, les réserves de change.

Voici les principales annonces de Abdellatif Jouahri lors du point de presse du conseil de mars 2019:

Jouahri: "selon nos modèles et les éléments dont nous disposons, la récolte céréalière avoisinerait 60 millions de quintaux et non pas 80 millions comme prévu auparavant".

Prévisions de taux de croissance: 2,7% en 2019 et 3,9% en 2020.

Jouahri: "selon nos actualisations, les exportations Peugeot ne démarreront qu'en milieu d'année 2019 au lieu du début que nous avions prévu auparavant".

Deux sorties du Trésor à l'international

"Nous avons tablé sur deux sorties du Trésor à l'international, chacune autour de 11 milliards de DH, une en 2019 et une en 2020" (Jouahri).

La dette du Trésor passera de 65,0% du PIB en 2018 à 65,8% en 2019 avant de revenir en 2020 à 65,0%, sous l'effet d'un recul de la dette intérieure.

Flexibilisation des changes: "Le FMI nous a dit en novembre dernier que selon son appréciation, nous pouvons passer à la deuxième phase. Nous avons répondu que nous ne partageons pas ce point de vue et que lorsque nous les jugerons réunies, nous déciderons de passer à la deuxième phase". Jouahri ajoute; "nous ne sommes pas sous le diktat du FMI".

Pause dans la flexibilisation des changes

"Une deuxième mission du FMI est là, à partir d'aujourd'hui, et probablement elle nous posera la même question", révèle Jouahri. Parmi les prérequis, nous devons être convaincus que les petits et moyens opérateurs économiques ont assimilé la réforme et pris leurs dispositions pour utiliser l'ensemble des outils que nous avons mis à leur disposition et que j'attends la réunion tripartite avec la CGEM et les banques pour avoir leur appréciation. Nous aurons cette réunion le 18 avril. Nous, notre appréciation est positive. Il n'y a pas eu de cataclysme".

"Nous avons également dit que la réforme de flexibilisation est destinée à soutenir la compétitivité de l'économie marocaine et soutenir les chocs exogènes. Sommes-nous dans l'un de ces cas de figure pour passer à la deuxième étape" [élargissement de la bande de fluctuation].

Jouahri confirme donc la pause dans la flexibilisation, avant de passer à un élargissement de la bande de flexibilisation, mais n'exclut pas un redémarrage du processus.

Panne informatique de la BMCI: "tout incident mettant en cause la gestion, le fonctionnement, les résultats de la banque, Bank Al Maghrib doit en être informée au plus vite. Cela a été le cas pour cette banque et nous avons suivi le déroulement de la réparation. Les incidents peuvent arriver".

Dations en paiement: nous sommes en train d'encadrer cette pratique. Peu de pays l'ont fait. C'est suivi de très près. Nous pensons à une structure de défaisance pour alléger les bilans. Ce sujet est à l'étude, nous avons reçu des propositions, aucune décision n'est prise. La décision ne relève pas uniquement de nous mais aussi des banques".

"La banque centrale marocaine n'est pas une banque centrale bananière"

"Nous restons à des taux de créances en souffrance qui se stabilisent. J'ai envoyé une lettre hier au président de Fitch à Londres, j'ai répondu argument par argument, nous maintenons nos positions, même avec un benchmark international. Nous ne sommes pas une banque centrale bananière. Ils le savent. La banque centrale marocaine n'est pas à prendre comme ça".

Sinistrose: "de notre côté, nous essayons de faire le maximum. Nous avons fait une politique non conventionnelle, nous avons accepté de prendre dans notre portefeuille les effets des PME, nous leur avons alloué des liquidités, nous avons favorisé les banques dynamiques dans l'octroi du crédit, nous avons décidé de rémunérer la réserve monétaire des banques qui octroient du crédit. C'est comme un piano sur lequel tu joues avec toutes les touches. Je cite aussi l'observatoire de la TPME, le Fonds de soutien à la TPME. Et la stratégie nationale d'inclusion financière dont l'un des piliers est la TPME. Nous avons joué sur toutes les touches de notre piano"...

Cela étant, "nous restons tributaires des conditions climatiques qui peuvent tirer la croissance".

"C'est cette situation qui a conduit la plus haute autorité du pays, Sa Majesté, à demander une révision du modèle de développement".

Pourquoi ne pas avoir décidé une baisse du taux directeur? "Nous avons nos modèles, ils sortent quel est le taux directeur compatibles avec les paramètres que vous avez introduit dans le modèle. Mais cela ne suffit pas. Nous avons recours aux analyses d'experts, avec un raisonnement à moyen terme, sur deux ans, ce qui est un élément fondamental".

"Lorsque vous baissez le taux directeur, ça impacte le taux du crédit aux clients, mais également le taux de rémunération de l'épargne. La transmission des décisions de politique monétaire est une donnée essentielle". "La première chose que fait une banque en cas de baisse du taux directeur, c'est de baisser la rémunération de l'épargne. Après, vous devez vous battre pour obtenir une transmission de votre décision dans le sens que vous voulez".

"Nous allons tenir notre réunion semestrielle avec les banques et nous allons maintenant nous focaliser sur la défense du consommateur, la relation entre les banques et leurs clients" (Jouahri). "Ces débats, nous les avons".

Le politique impacte tout

Jouahri revient sur la situation économique, au-delà du rôle de la Banque centrale: "Les politiques commandent tout. Ce qui impacte l'essentiel, c'est d'abord le politique. Les opérateurs ont besoin de visibilité, de confiance, de savoir où l'on va. Quand ils voient les politiques se crêper les chignons, comment voulez-vous qu'ils prennent des risques?".

"Je ne minimise pas le rôle de l'économie et des finances, mais une vision claire des priorités est indispensable".

Jouahri donne l'exemple du digital: "le problème n'est pas simple, la Banque centrale s'est préparée et j'ai même reculé d'un trimestre la présentation de notre plan stratégique pour pouvoir y intégrer la stratégie digitale. Tout y est maintenant, les budgets, les ressources humaines... Mais nous sommes une institution parmi tant d'autres. Où en est-on au Maroc? J'ai vu l'Agence digitale, ce qu'ils font est valable...."

"Deuxième exemple: les crypto-actifs. Il y a des banques centrales qui ont fait un virage à 90 degrés. Où en est la législation? Si vous ne préparez pas ça maintenant, vous resterez sur le quai. Le monde se complexifie, les points de repère changent ou se perdent".

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