Les dossiers validés par la CCG sont refinancés automatiquement par BAM

EXCLUSIF. Les mécanismes de refinancement mis en place par la banque centrale dans le cadre du programme d’appui aux TPE ont suscité plusieurs inquiétudes et incompréhensions dans les milieux bancaires. Limitation du programme à 3 ans, exclusion des crédits de trésorerie de moins d’un an, périodicité trimestrielle des refinancements, décote appliquée aux garanties… Voici les éclairages de Mounir Razki, directeur des opérations monétaires et de change de BAM.

Les dossiers validés par la CCG sont refinancés automatiquement par BAM

Le 13 février 2020 à 13:29

Modifié le 15 février 2020 à 13:47

Diffusée le 11 février par Bank Al Maghrib, la circulaire fixant les modalités de refinancement des crédits bancaires accordés dans le cadre du programme intégré d’appui et de financement des entreprises, a suscité quelques inquiétudes dans les milieux bancaires.

Sondés par LeBoursier, certains banquiers ont émis notamment des inquiétudes sur la durée du programme, limité par Bank Al Maghrib à 3 ans, alors que les crédits octroyés peuvent aller jusqu’à 5 ans ou plus.

La limitation des refinancements aux crédits d’une durée d’un an est interprétée également comme une exclusion des crédits de trésorerie qui peuvent être servis sur 3 ou 6 mois.

Idem pour la périodicité du refinancement, fixée par la circulaire une fois tous les trimestres. Ici, certains banquiers se demandent comment peuvent-ils être sûrs qu’un crédit octroyé à 2% ou 1,75% (pour un dossier agricole ou rural) sera bel et bien refinancé à sa présentation à la fin du trimestre.

Autre sujet d’incompréhension que nous avons pu relever: la décote de 5% que Bank Al Maghrib va appliquer aux actifs présentés par les banques en garantie. Pour obtenir un refinancement d’un million de dirhams par exemple, les banques doivent présenter à Bank Al Maghrib un collatéral de la même valeur. Appliquer une décote de 5% réduit la valeur de la garantie et donc du refinancement. Une mesure interprétée comme une volonté de BAM de faire porter tout le risque aux banques, sans en assumer une partie.

Les éclairages de Mounir Razki

Contacté par LeBoursier, le directeur des opérations monétaires et de change à Bank Al Maghrib, Mounir Razki, estime que ces inquiétudes n’ont pas à avoir lieu. Il se dit surpris que ces questions continuent d’être posées alors qu’elles étaient discutées avec toutes les banques avant la sortie de la circulaire. "Avant de faire la circulaire, on s’est concerté avec toutes les banques et tous ces points étaient discutés", assure-t-il. "Bien sûr, les banques émettent des remarques. Quand il y a des choses pertinentes qui cadrent avec l’intérêt général, on les prend en compte Mais on ne retient pas tout", explique-t-il.

Il répond ici à toutes les inquiétudes ou incompréhensions qui peuvent surgir. A commencer par la durée du programme, limitée à 3 ans, ce qui peut être interprété comme une exclusion des dossiers de crédit de plus de trois ans.  

"D’abord, il faut savoir que les banques gèrent un bilan global et non crédit par crédit. Il y a des encours d’un an qui se confondent avec d’autres de 3 et de 5 ans. On gère donc des durations moyennes. Les banques ont l’habitude de faire ça dans le cadre de la gestion "actif-passif", explique Mounir Razki.

"Et puis, le fait que le programme ait une durée de 3 ans ne veut pas dire qu’il s’arrêtera au bout de ces trois années. Cette ligne sera renouvelée et améliorée. Comme l’ancienne ligne de 2011 qui était initialement lancée sur 2 ans, mais qui a été renouvelée depuis. Et si on a pris 3 ans, c’est pour nous adosser au programme de la CCG, qui est également sur 3 ans. Nous voulions donner une certaine cohérence au programme", assure-t-il.

Crédits de trésorerie: BAM ne refinance que ce qui est décaissé

Autre question soulevée, le sort des crédits de trésorerie de moins d’un an, la circulaire de BAM, dans son article 3, ayant limité les refinancements aux dossiers d’une durée d’un an.

Mounir Razki est ici catégorique: les crédits de trésorerie ne sont pas exclus du programme de refinancement, assure-t-il, car ils sont généralement accordés ou renouvelés pour une durée d’un an. "Dans la pratique, les lignes de trésorerie sont renouvelées pour une durée d’un an. C’est très rare qu'une banque accorde une ligne de trésorerie sur 3 ou 6 mois. C’est des cas exceptionnels. Et là, encore une fois, Bank Al Maghrib ne raisonne pas ligne par ligne, mais encours global sur une année", explique-t-il.

Précision importante: les crédits de trésorerie ne sont éligibles au refinancement que quand l’argent est décaissé, nous informe le directeur des opérations monétaires de BAM. Autrement dit, même si une banque accorde une autorisation de découvert (ou de facilité de trésorerie) de 1 million de DH à son client, elle ne sera refinancée que sur le montant des tirages effectués par le client. Et non sur le montant global de la ligne.

La récurrence trimestrielle du refinancement pose également problème pour certains banquiers, car les établissements, nous dit-on, devront accorder des crédits à taux réduit (2 ou 1,75%)  sans avoir la certitude d’être refinancé à la fin du trimestre par BAM au taux préférentiel de 1,25% fixé dans le cadre de ce programme.

Mounir Razki affirme ici que cette inquiétude n’a pas à avoir lieu car les choses sont très claires, dit-il: "La banque ne décaisse le crédit que quand elle a la garantie de la CCG. C’est cela le principe qui a été convenu. Et du moment que le dossier est éligible à la garantie de la CCG, il est automatiquement refinancé par BAM".

"Encore une fois, on ne raisonne pas ligne par ligne. Et les banques ont l’habitude de fonctionner en encours trimestriel".

Décote de 5%: "C’est un effort de BAM"

S’agissant de la décote de 5% appliquée aux actifs présentés en garantie, Mounir Razki estime que contrairement à ce qui peut être dit, il s’agit ici d’un "effort" que fait la banque centrale.

Certains reprochent à la banque centrale sa volonté de faire adosser aux banques tous le risque. Car en appliquant une décote de 5%, BAM réduit le montant des refinancements et se prémunit contre le risque de dépréciation des titres présentés en garantie.

Le directeur des opérations monétaires et de change de BAM réfute cela, en démontrant qu’au contraire, le 5% de décote est bel et bien une concession faite par rapport à la norme:

"BAM a toujours appliqué des décotes sur les collatéraux qui sont présentés par les banques pour le refinancement. On applique d'habitude 5% pour les Bons de trésor, 7 à 8% pour les titres de créances négociables et 15% sur les effets commerciaux. Plus le collatéral est risqué, plus la décoté est élevée. Ca permet à la banque centrale de couvrir le risque de dépréciation de ces actifs".

"Dans ce programme, on a décidé d’appliquer une décote de 5% quelque soit le titre présenté en collatéral. On met donc au même niveau des titres privés (effets) avec des titres souverains, sans risques (BDT). C’est un effort que fait Bank Al Maghrib…", précise-t-il.

A noter, enfin, que le programme est déjà entré en vigueur. Et que les premiers refinancements seront servis à la fin de ce premier trimestre, le 21 avril. 

Les dossiers validés par la CCG sont refinancés automatiquement par BAM

Le 13 février 2020 à13:30

Modifié le 15 février 2020 à 13:47

EXCLUSIF. Les mécanismes de refinancement mis en place par la banque centrale dans le cadre du programme d’appui aux TPE ont suscité plusieurs inquiétudes et incompréhensions dans les milieux bancaires. Limitation du programme à 3 ans, exclusion des crédits de trésorerie de moins d’un an, périodicité trimestrielle des refinancements, décote appliquée aux garanties… Voici les éclairages de Mounir Razki, directeur des opérations monétaires et de change de BAM.

Diffusée le 11 février par Bank Al Maghrib, la circulaire fixant les modalités de refinancement des crédits bancaires accordés dans le cadre du programme intégré d’appui et de financement des entreprises, a suscité quelques inquiétudes dans les milieux bancaires.

Sondés par LeBoursier, certains banquiers ont émis notamment des inquiétudes sur la durée du programme, limité par Bank Al Maghrib à 3 ans, alors que les crédits octroyés peuvent aller jusqu’à 5 ans ou plus.

La limitation des refinancements aux crédits d’une durée d’un an est interprétée également comme une exclusion des crédits de trésorerie qui peuvent être servis sur 3 ou 6 mois.

Idem pour la périodicité du refinancement, fixée par la circulaire une fois tous les trimestres. Ici, certains banquiers se demandent comment peuvent-ils être sûrs qu’un crédit octroyé à 2% ou 1,75% (pour un dossier agricole ou rural) sera bel et bien refinancé à sa présentation à la fin du trimestre.

Autre sujet d’incompréhension que nous avons pu relever: la décote de 5% que Bank Al Maghrib va appliquer aux actifs présentés par les banques en garantie. Pour obtenir un refinancement d’un million de dirhams par exemple, les banques doivent présenter à Bank Al Maghrib un collatéral de la même valeur. Appliquer une décote de 5% réduit la valeur de la garantie et donc du refinancement. Une mesure interprétée comme une volonté de BAM de faire porter tout le risque aux banques, sans en assumer une partie.

Les éclairages de Mounir Razki

Contacté par LeBoursier, le directeur des opérations monétaires et de change à Bank Al Maghrib, Mounir Razki, estime que ces inquiétudes n’ont pas à avoir lieu. Il se dit surpris que ces questions continuent d’être posées alors qu’elles étaient discutées avec toutes les banques avant la sortie de la circulaire. "Avant de faire la circulaire, on s’est concerté avec toutes les banques et tous ces points étaient discutés", assure-t-il. "Bien sûr, les banques émettent des remarques. Quand il y a des choses pertinentes qui cadrent avec l’intérêt général, on les prend en compte Mais on ne retient pas tout", explique-t-il.

Il répond ici à toutes les inquiétudes ou incompréhensions qui peuvent surgir. A commencer par la durée du programme, limitée à 3 ans, ce qui peut être interprété comme une exclusion des dossiers de crédit de plus de trois ans.  

"D’abord, il faut savoir que les banques gèrent un bilan global et non crédit par crédit. Il y a des encours d’un an qui se confondent avec d’autres de 3 et de 5 ans. On gère donc des durations moyennes. Les banques ont l’habitude de faire ça dans le cadre de la gestion "actif-passif", explique Mounir Razki.

"Et puis, le fait que le programme ait une durée de 3 ans ne veut pas dire qu’il s’arrêtera au bout de ces trois années. Cette ligne sera renouvelée et améliorée. Comme l’ancienne ligne de 2011 qui était initialement lancée sur 2 ans, mais qui a été renouvelée depuis. Et si on a pris 3 ans, c’est pour nous adosser au programme de la CCG, qui est également sur 3 ans. Nous voulions donner une certaine cohérence au programme", assure-t-il.

Crédits de trésorerie: BAM ne refinance que ce qui est décaissé

Autre question soulevée, le sort des crédits de trésorerie de moins d’un an, la circulaire de BAM, dans son article 3, ayant limité les refinancements aux dossiers d’une durée d’un an.

Mounir Razki est ici catégorique: les crédits de trésorerie ne sont pas exclus du programme de refinancement, assure-t-il, car ils sont généralement accordés ou renouvelés pour une durée d’un an. "Dans la pratique, les lignes de trésorerie sont renouvelées pour une durée d’un an. C’est très rare qu'une banque accorde une ligne de trésorerie sur 3 ou 6 mois. C’est des cas exceptionnels. Et là, encore une fois, Bank Al Maghrib ne raisonne pas ligne par ligne, mais encours global sur une année", explique-t-il.

Précision importante: les crédits de trésorerie ne sont éligibles au refinancement que quand l’argent est décaissé, nous informe le directeur des opérations monétaires de BAM. Autrement dit, même si une banque accorde une autorisation de découvert (ou de facilité de trésorerie) de 1 million de DH à son client, elle ne sera refinancée que sur le montant des tirages effectués par le client. Et non sur le montant global de la ligne.

La récurrence trimestrielle du refinancement pose également problème pour certains banquiers, car les établissements, nous dit-on, devront accorder des crédits à taux réduit (2 ou 1,75%)  sans avoir la certitude d’être refinancé à la fin du trimestre par BAM au taux préférentiel de 1,25% fixé dans le cadre de ce programme.

Mounir Razki affirme ici que cette inquiétude n’a pas à avoir lieu car les choses sont très claires, dit-il: "La banque ne décaisse le crédit que quand elle a la garantie de la CCG. C’est cela le principe qui a été convenu. Et du moment que le dossier est éligible à la garantie de la CCG, il est automatiquement refinancé par BAM".

"Encore une fois, on ne raisonne pas ligne par ligne. Et les banques ont l’habitude de fonctionner en encours trimestriel".

Décote de 5%: "C’est un effort de BAM"

S’agissant de la décote de 5% appliquée aux actifs présentés en garantie, Mounir Razki estime que contrairement à ce qui peut être dit, il s’agit ici d’un "effort" que fait la banque centrale.

Certains reprochent à la banque centrale sa volonté de faire adosser aux banques tous le risque. Car en appliquant une décote de 5%, BAM réduit le montant des refinancements et se prémunit contre le risque de dépréciation des titres présentés en garantie.

Le directeur des opérations monétaires et de change de BAM réfute cela, en démontrant qu’au contraire, le 5% de décote est bel et bien une concession faite par rapport à la norme:

"BAM a toujours appliqué des décotes sur les collatéraux qui sont présentés par les banques pour le refinancement. On applique d'habitude 5% pour les Bons de trésor, 7 à 8% pour les titres de créances négociables et 15% sur les effets commerciaux. Plus le collatéral est risqué, plus la décoté est élevée. Ca permet à la banque centrale de couvrir le risque de dépréciation de ces actifs".

"Dans ce programme, on a décidé d’appliquer une décote de 5% quelque soit le titre présenté en collatéral. On met donc au même niveau des titres privés (effets) avec des titres souverains, sans risques (BDT). C’est un effort que fait Bank Al Maghrib…", précise-t-il.

A noter, enfin, que le programme est déjà entré en vigueur. Et que les premiers refinancements seront servis à la fin de ce premier trimestre, le 21 avril. 

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