Les entreprises pendant et après le Covid-19 : Avis de dirigeants

5 dirigeants d' entreprises marocaines de différents secteurs (industriel, touristique, technologique, etc.), ont participé à un débat en ligne, autour de la situation des entreprises pendant et après la crise du Covid-19.

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Le 01 mai 2020 à 14:50

Modifié le 02 mai 2020 à 11:44

Comment les entreprises gèrent-elles la crise du Covid-19 ? Quelles sont les mesures de relance et les stratégies à prévoir pour l'avenir ? Telles sont les principales questions auxquelles 5 dirigeants d'entreprises ont répondu, lors d'un débat en ligne.

Cet événement, initié par l’équipe de "l’Université citoyenne" a connu la participation de Karim Tazi (homme d’affaires et militant associatif), Jalil Benabbés Taarji (chef d’entreprise dans le secteur touristique), Omar Rharbaoui (DG stratégie et développement du groupe Mutandis), Omar El Hyani (Directeur d’investissement, Maroc Numeric Fund) et Younes Lahlou (expert-comptable, fondateur du cabinet Layodis).

Voici l'essentiel de leurs interventions:

Entre défaillance des banques et faiblesse des fonds propres

Karim Tazi, patron de « Richbond » déclare que "la principale filiale du groupe industriel, verse à elle seule 16 millions de dirhams de salaires par mois. Le groupe  a décidé de faire le nécessaire pour que les salariés gardent leurs revenus, en mettant en place différentes mesures qui permettent de compenser. Il s’agit notamment d’avancer les congés, d’accorder des prêts aux salariés et de tout simplement payer les salaires même s’il n’y avait pas de travail".

"A partir du moment ou une telle décision est prise, on se demande comment peut-on supporter le choc financier de cette double situation, qui est la perte du chiffre d’affaires et le maintien d’un certain nombre de charges", rajoute Karim Tazi.

"Au Maroc, l’une des grandes difficultés des entreprises, notamment les PME, c’est la faiblesse de leurs fonds propres. Cela peut s’expliquer par diverses raisons. Il peut s’agir d’entreprises qui n’ont jamais été dotées de fonds propres suffisants, ou bien d'actionnaires qui vident ces fonds car ils ne distinguent pas entre leurs propres biens et la trésorerie".

"Dans une situation délicate, telle que celle que nous vivons actuellement, les entreprises ont vitalement besoin de bénéficier de toutes les mesures mises en place par les autorités. Mais force est de constater que certaines banques ne jouent pas le jeu comme cela a été espéré. Je crois que la vie d’un certain nombre d’entreprises va se jouer sur cette question du comportement des banques à leur égard. Et il y a lieu, à mon avis, d’être inquiet", constate M. Tazi.

Le tourisme sera le dernier secteur à se redresser

"Une des particularités du secteur dans lequel je m’active, c’est qu’il se caractérise par un manque de visibilité très important. Non seulement pendant la crise mais surtout sur la vitesse de la reprise. Les scénarios les plus raisonnables parlent d'un début de reprise au printemps de l’année prochaine, mais avec un rythme sur lequel personne ne s’accorde″, déclare Jalil Benabbés-Taarji, administrateur et DG du groupe Tikida.

"Contrairement à d’autres secteurs, nous ne sommes pas seulement contraints par le confinement, mais également par l’ouverture des frontières internationales. Donc nous pouvons imaginer un déconfinement début juin mais l’ouverture des frontières ne se fera pas avant septembre, peut-être même bien au-delà", déplore-t-il.

"Parmi nos grands challenges, celui de travailler d’ores et déjà sur des programmes sanitaires renforcés. Il est clair que les normes sanitaires connues jusqu’à présent seront revues, car l’enjeu est de se préparer à donner ou redonner confiance à nos clients marocains et étrangers".

"Je me suis senti d’avantage responsable de nos ressources humaines que je ne l’étais par le passé. N’ayant aucune visibilité sur la durée de la crise, nous sommes obligés de réduire, non pas les effectifs, mais les coûts de toutes sortes, y compris nos masses salariales et cela, sans procéder à aucun licenciement", déclare M. Benabbés-Taarji.

"Le tourisme interne constitue 30% de l'activité touristique globale du Maroc. Il est certain ou du moins probable qu’avec cette pandémie et surtout avec la fermeture des frontières nous puissions monter à 40% voire même au-delà".

"Nous savons que le ministère travaille d’arrache-pied. Mais nous n’avons pas encore de visibilité sur l’ouverture. Il y a des questions techniques et sanitaires qui restent posées. Aujourd’hui, nous (professionnels du secteur, gouvernement, CGEM, etc.) ne pouvons que nous concentrer sur les bonnes questions afin de pouvoir avoir des réponses".

"Le secteur du tourisme mettra certainement plus de temps à redémarrer que les autres secteurs actuellement en arrêt. Il aura même le démarrage le plus lent", déplore M. Benabbés-Taarji.

"Il fallait tout réorganiser en un temps record"

"L’entreprise fait partie d’un écosystème. Elle n’est pas dans un circuit fermé. Même une entreprise comme la nôtre ("Mutandis", ndlr), va aussi subir les conséquences de cette crise. D’abord en amont, au niveau de la matière première et de l’approvisionnement local ou international. Aux premiers jours de la crise, certains pays n’ont pas pu exporter".

"Au niveau de la production, il y a un capital humain qui doit être protégé dans les usines. Donc il faut, en un temps record, tout réorganiser de manière à mettre en place les gestes barrières, les distances de sécurité, etc. Il faut être très vigilant à l’égard tout cela", précise Omar Rharbaoui.

"La main-d’œuvre doit être sur le site. Se pose donc le problème relatif au transport du personnel. Cela implique qu’il faut doubler la capacité de transport et demander des autorisations aux autorités qui, d’ailleurs, ont été très réactives et particulièrement efficaces".

"Quant aux canaux de distribution, il faut savoir que 20% des épiceries ont fermé depuis le début du confinement. Et nous savons tous à quel point elles sont importantes dans la distribution des produits. De plus, les souks ruraux sont totalement à l’arrêt", rappelle-t-il.

"Nos fonds propres et le soutien des banques nous permettent de passer cette crise. Nous avons maintenu l'intégralité de nos effectifs et nous sommes conscients, en tant que responsables, de la chance que nous avons dans ce sens. C’est notamment grâce à une bonne communication, notamment de la part de l’Etat, mais aussi grâce aux personnes qui constituent la chaîne de production et qui sont présentes malgré les risques qui existent". 

Fin-tech et e-gov nécessaires pour la gestion de telles crises

"Deux secteurs sont aujourd’hui essentiels dans la gestion de cette crise. Le premier est celui des « fin-tech ». Tandis que l’Etat s’est subitement rendu compte qu’il devait distribuer des aides à des millions de Marocains dans le besoin, les canaux de distribution n’étaient pas prêts", regrette Omar El Hyani.

"Si le secteur du « mobile money » était vraiment opérationnel au Maroc on aurait gagné beaucoup de temps et d’argent mais surtout, on aurait gagné en termes d’efficacité dans la distribution. J’espère que les pouvoirs publics ont désormais pleinement saisi l’importance d’avoir un secteur fin-tech solide et surtout avec une réglementation adaptée", renchérit-il.

"Quant aux services « e-gov », certains existaient déjà (paiement à distance des impôts par exemple). Mais nous avons constaté que plusieurs services ont été mis en ligne durant cette période de confinement. Malheureusement, beaucoup de services gouvernementaux ne sont pas digitalisés. C’est le cas de la création des entreprises en ligne, par exemple. De plus, le service du greffe du tribunal du commerce est complètement fermé et cela nous affecte énormément, en tant que fonds d’investissement qui souhaite continuer à investir dans des startups pendant cette période", déplore M. El Hyani.

La solution dans l’inflation ?

"Il y a toujours une très forte interdépendance au sein d’une économie et avec la mondialisation, les économies mondiales sont dépendantes les unes des autres. Il n’y a pas beaucoup d’entreprises qui pourront s’en sortir toutes seules ni de pays qui pourront s’en sortir seuls", affirme Karim Tazi.

"Au Maroc, viendra le moment où nous allons dépasser cette période d’urgence, mais il y aura beaucoup de valeurs détruites, de l’argent perdu, probablement de manière irrémédiable. Alors comment combler tous ces "trous" de chiffres d’affaires pour les entreprises et dans les revenus des ménages ?"

"La question devient macro-économique et donc politique. Pour une partie des besoins, l’Etat marocain peut toujours recourir à la planche à billets et imprimer de l’argent, c’est-à-dire faire de l’inflation en mettant de l’argent dans le circuit pour soutenir l'économie", explique le dirigeant de Richbond.

"Le problème, il faut le rappeler, c’est qu’au Maroc, une partie importante des besoins de cette économie est comblée par les importations. Si on devait imprimer du dirham pour n’acheter que des produits fabriqués au Maroc, faire un peu d’inflation ne serait pas bien grave. Or la réalité, c'est que dès que vous créez un pouvoir d’achat en dirhams, vous en créez en devises. Mais ces devises, le Maroc ne les a pas. Cela veut dire qu’il faudra recourir à la dette mais celle-ci a une limite".

″Notre avenir entre les mains des bailleurs de fonds internationaux

"Une grande partie de notre avenir va dépendre de ce que vont décider les bailleurs de fonds internationaux. Vont-ils comprendre que nous sommes tous dans le même bateau, et qu’il faut non seulement annuler la dette d’une partie importante des pays en voie de développement, mais aussi soutenir leurs économies à travers des dons et des prêts non remboursables ? Ou bien vont-ils rester dans leur égoïsme ? Je ne peux pas répondre à cela, mais en tous cas une partie de ce que pourra être le plan de relance du Maroc dépendra, de toutes les façons, de l’aide internationale", affirme Karim Tazi.

"Ce qui a été fait est vraiment louable mais malheureusement cette partie est la plus facile, nous ne sommes pas encore rentrés dans le plus dur, c’est-à-dire le moment où il va falloir soutenir les entreprises secteur par secteur".

"Il est possible que le Maroc mette à profit cette crise exceptionnelle. Cette dernière peut permettre de donner un grand coup de pieds dans la fourmilière du conservatisme, de la résistance au changement, des intérêts catégoriels, de l’économie de rente et des écosystèmes de corruption, qui se sont installés dans un certain nombre de domaines".

"Après une guerre, il y a une phase de ruines mais aussi une phase de reconstruction. Je rappelle que deux des économies les plus performantes dans le monde aujourd’hui, à savoir celles de l’Allemagne et du Japon, ont été rasées au sortir de la 2ème guerre mondiale. Elles se sont très rapidement reconstruites pour devenir parmi les plus performantes au monde".

"Il est certain que le moyen terme sera extrêmement dur pour le Maroc, et qu’une partie de notre avenir ne va pas dépendre de nous, mais du robinet financier à l’échelon international. Il y aura aussi beaucoup de faillites d’entreprises et les gens doivent s’y attendre. Ce qui signifie qu’il faudra reconstruire", insiste M. Tazi.

Relance de l’économie : l'Etat doit jouer son rôle de stratège

"Le monde est en train de se rendre compte qu’il a « trop » misé sur la Chine. Je pense que c’est quelque chose qui va changer, car on ne peut plus dépendre de l’atelier chinois dans l’avenir", affirme Omar Rharbaoui.

"Le Maroc ou l’Afrique, de manière générale, peuvent se transformer en nouveaux manufacturiers pour les pays les plus riches et proches, notamment l’Europe et l’Amérique du Nord″, rajoute-t-il

"C’est l’Etat qui doit jouer le rôle, à la fois du stratège et de celui qui impulse. Il a la taille et la légitimité pour le faire. Le secteur privé ne peut pas le faire tout seul. Très clairement, il y a des opportunités pour une « nouvelle normalité ». L’Etat peut relancer la commande publique et l’orienter vers l’entreprise marocaine, de manière préférentielle".

"L’Etat peut aider le secteur du tourisme pour attirer la clientèle marocaine. Il peut donner des chèques vacances, par exemple. Il y a une forme de sensibilité nationale et patriotique manifeste, qui tend vers une consommation locale", explique M. Rharbaoui.

C’est un avis que partage Younes Lahlou, expert-comptable et fondateur du cabinet "Layodis". Selon lui : "il faudrait engager la responsabilité de toutes les parties prenantes. L’investissement public devrait être maintenu et surtout orienté vers l’offre nationale. Il va falloir faire preuve de solidarité et encourager le tourisme national et pourquoi pas profiter de cette dynamique pour mettre en place un arsenal juridique en matière de délai de paiement, afin de soulager nos entreprises".

"La relance économique ne sera pas sans conséquences, il faut chercher à tirer le meilleur de cette crise. Ce qui est sûr c’est qu’elle a créé un climat de confiance entre les entreprises et les autorités", affirme Younes Lahlou.  

Les entreprises pendant et après le Covid-19 : Avis de dirigeants

Le 01 mai 2020 à15:04

Modifié le 02 mai 2020 à 11:44

5 dirigeants d' entreprises marocaines de différents secteurs (industriel, touristique, technologique, etc.), ont participé à un débat en ligne, autour de la situation des entreprises pendant et après la crise du Covid-19.

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Comment les entreprises gèrent-elles la crise du Covid-19 ? Quelles sont les mesures de relance et les stratégies à prévoir pour l'avenir ? Telles sont les principales questions auxquelles 5 dirigeants d'entreprises ont répondu, lors d'un débat en ligne.

Cet événement, initié par l’équipe de "l’Université citoyenne" a connu la participation de Karim Tazi (homme d’affaires et militant associatif), Jalil Benabbés Taarji (chef d’entreprise dans le secteur touristique), Omar Rharbaoui (DG stratégie et développement du groupe Mutandis), Omar El Hyani (Directeur d’investissement, Maroc Numeric Fund) et Younes Lahlou (expert-comptable, fondateur du cabinet Layodis).

Voici l'essentiel de leurs interventions:

Entre défaillance des banques et faiblesse des fonds propres

Karim Tazi, patron de « Richbond » déclare que "la principale filiale du groupe industriel, verse à elle seule 16 millions de dirhams de salaires par mois. Le groupe  a décidé de faire le nécessaire pour que les salariés gardent leurs revenus, en mettant en place différentes mesures qui permettent de compenser. Il s’agit notamment d’avancer les congés, d’accorder des prêts aux salariés et de tout simplement payer les salaires même s’il n’y avait pas de travail".

"A partir du moment ou une telle décision est prise, on se demande comment peut-on supporter le choc financier de cette double situation, qui est la perte du chiffre d’affaires et le maintien d’un certain nombre de charges", rajoute Karim Tazi.

"Au Maroc, l’une des grandes difficultés des entreprises, notamment les PME, c’est la faiblesse de leurs fonds propres. Cela peut s’expliquer par diverses raisons. Il peut s’agir d’entreprises qui n’ont jamais été dotées de fonds propres suffisants, ou bien d'actionnaires qui vident ces fonds car ils ne distinguent pas entre leurs propres biens et la trésorerie".

"Dans une situation délicate, telle que celle que nous vivons actuellement, les entreprises ont vitalement besoin de bénéficier de toutes les mesures mises en place par les autorités. Mais force est de constater que certaines banques ne jouent pas le jeu comme cela a été espéré. Je crois que la vie d’un certain nombre d’entreprises va se jouer sur cette question du comportement des banques à leur égard. Et il y a lieu, à mon avis, d’être inquiet", constate M. Tazi.

Le tourisme sera le dernier secteur à se redresser

"Une des particularités du secteur dans lequel je m’active, c’est qu’il se caractérise par un manque de visibilité très important. Non seulement pendant la crise mais surtout sur la vitesse de la reprise. Les scénarios les plus raisonnables parlent d'un début de reprise au printemps de l’année prochaine, mais avec un rythme sur lequel personne ne s’accorde″, déclare Jalil Benabbés-Taarji, administrateur et DG du groupe Tikida.

"Contrairement à d’autres secteurs, nous ne sommes pas seulement contraints par le confinement, mais également par l’ouverture des frontières internationales. Donc nous pouvons imaginer un déconfinement début juin mais l’ouverture des frontières ne se fera pas avant septembre, peut-être même bien au-delà", déplore-t-il.

"Parmi nos grands challenges, celui de travailler d’ores et déjà sur des programmes sanitaires renforcés. Il est clair que les normes sanitaires connues jusqu’à présent seront revues, car l’enjeu est de se préparer à donner ou redonner confiance à nos clients marocains et étrangers".

"Je me suis senti d’avantage responsable de nos ressources humaines que je ne l’étais par le passé. N’ayant aucune visibilité sur la durée de la crise, nous sommes obligés de réduire, non pas les effectifs, mais les coûts de toutes sortes, y compris nos masses salariales et cela, sans procéder à aucun licenciement", déclare M. Benabbés-Taarji.

"Le tourisme interne constitue 30% de l'activité touristique globale du Maroc. Il est certain ou du moins probable qu’avec cette pandémie et surtout avec la fermeture des frontières nous puissions monter à 40% voire même au-delà".

"Nous savons que le ministère travaille d’arrache-pied. Mais nous n’avons pas encore de visibilité sur l’ouverture. Il y a des questions techniques et sanitaires qui restent posées. Aujourd’hui, nous (professionnels du secteur, gouvernement, CGEM, etc.) ne pouvons que nous concentrer sur les bonnes questions afin de pouvoir avoir des réponses".

"Le secteur du tourisme mettra certainement plus de temps à redémarrer que les autres secteurs actuellement en arrêt. Il aura même le démarrage le plus lent", déplore M. Benabbés-Taarji.

"Il fallait tout réorganiser en un temps record"

"L’entreprise fait partie d’un écosystème. Elle n’est pas dans un circuit fermé. Même une entreprise comme la nôtre ("Mutandis", ndlr), va aussi subir les conséquences de cette crise. D’abord en amont, au niveau de la matière première et de l’approvisionnement local ou international. Aux premiers jours de la crise, certains pays n’ont pas pu exporter".

"Au niveau de la production, il y a un capital humain qui doit être protégé dans les usines. Donc il faut, en un temps record, tout réorganiser de manière à mettre en place les gestes barrières, les distances de sécurité, etc. Il faut être très vigilant à l’égard tout cela", précise Omar Rharbaoui.

"La main-d’œuvre doit être sur le site. Se pose donc le problème relatif au transport du personnel. Cela implique qu’il faut doubler la capacité de transport et demander des autorisations aux autorités qui, d’ailleurs, ont été très réactives et particulièrement efficaces".

"Quant aux canaux de distribution, il faut savoir que 20% des épiceries ont fermé depuis le début du confinement. Et nous savons tous à quel point elles sont importantes dans la distribution des produits. De plus, les souks ruraux sont totalement à l’arrêt", rappelle-t-il.

"Nos fonds propres et le soutien des banques nous permettent de passer cette crise. Nous avons maintenu l'intégralité de nos effectifs et nous sommes conscients, en tant que responsables, de la chance que nous avons dans ce sens. C’est notamment grâce à une bonne communication, notamment de la part de l’Etat, mais aussi grâce aux personnes qui constituent la chaîne de production et qui sont présentes malgré les risques qui existent". 

Fin-tech et e-gov nécessaires pour la gestion de telles crises

"Deux secteurs sont aujourd’hui essentiels dans la gestion de cette crise. Le premier est celui des « fin-tech ». Tandis que l’Etat s’est subitement rendu compte qu’il devait distribuer des aides à des millions de Marocains dans le besoin, les canaux de distribution n’étaient pas prêts", regrette Omar El Hyani.

"Si le secteur du « mobile money » était vraiment opérationnel au Maroc on aurait gagné beaucoup de temps et d’argent mais surtout, on aurait gagné en termes d’efficacité dans la distribution. J’espère que les pouvoirs publics ont désormais pleinement saisi l’importance d’avoir un secteur fin-tech solide et surtout avec une réglementation adaptée", renchérit-il.

"Quant aux services « e-gov », certains existaient déjà (paiement à distance des impôts par exemple). Mais nous avons constaté que plusieurs services ont été mis en ligne durant cette période de confinement. Malheureusement, beaucoup de services gouvernementaux ne sont pas digitalisés. C’est le cas de la création des entreprises en ligne, par exemple. De plus, le service du greffe du tribunal du commerce est complètement fermé et cela nous affecte énormément, en tant que fonds d’investissement qui souhaite continuer à investir dans des startups pendant cette période", déplore M. El Hyani.

La solution dans l’inflation ?

"Il y a toujours une très forte interdépendance au sein d’une économie et avec la mondialisation, les économies mondiales sont dépendantes les unes des autres. Il n’y a pas beaucoup d’entreprises qui pourront s’en sortir toutes seules ni de pays qui pourront s’en sortir seuls", affirme Karim Tazi.

"Au Maroc, viendra le moment où nous allons dépasser cette période d’urgence, mais il y aura beaucoup de valeurs détruites, de l’argent perdu, probablement de manière irrémédiable. Alors comment combler tous ces "trous" de chiffres d’affaires pour les entreprises et dans les revenus des ménages ?"

"La question devient macro-économique et donc politique. Pour une partie des besoins, l’Etat marocain peut toujours recourir à la planche à billets et imprimer de l’argent, c’est-à-dire faire de l’inflation en mettant de l’argent dans le circuit pour soutenir l'économie", explique le dirigeant de Richbond.

"Le problème, il faut le rappeler, c’est qu’au Maroc, une partie importante des besoins de cette économie est comblée par les importations. Si on devait imprimer du dirham pour n’acheter que des produits fabriqués au Maroc, faire un peu d’inflation ne serait pas bien grave. Or la réalité, c'est que dès que vous créez un pouvoir d’achat en dirhams, vous en créez en devises. Mais ces devises, le Maroc ne les a pas. Cela veut dire qu’il faudra recourir à la dette mais celle-ci a une limite".

″Notre avenir entre les mains des bailleurs de fonds internationaux

"Une grande partie de notre avenir va dépendre de ce que vont décider les bailleurs de fonds internationaux. Vont-ils comprendre que nous sommes tous dans le même bateau, et qu’il faut non seulement annuler la dette d’une partie importante des pays en voie de développement, mais aussi soutenir leurs économies à travers des dons et des prêts non remboursables ? Ou bien vont-ils rester dans leur égoïsme ? Je ne peux pas répondre à cela, mais en tous cas une partie de ce que pourra être le plan de relance du Maroc dépendra, de toutes les façons, de l’aide internationale", affirme Karim Tazi.

"Ce qui a été fait est vraiment louable mais malheureusement cette partie est la plus facile, nous ne sommes pas encore rentrés dans le plus dur, c’est-à-dire le moment où il va falloir soutenir les entreprises secteur par secteur".

"Il est possible que le Maroc mette à profit cette crise exceptionnelle. Cette dernière peut permettre de donner un grand coup de pieds dans la fourmilière du conservatisme, de la résistance au changement, des intérêts catégoriels, de l’économie de rente et des écosystèmes de corruption, qui se sont installés dans un certain nombre de domaines".

"Après une guerre, il y a une phase de ruines mais aussi une phase de reconstruction. Je rappelle que deux des économies les plus performantes dans le monde aujourd’hui, à savoir celles de l’Allemagne et du Japon, ont été rasées au sortir de la 2ème guerre mondiale. Elles se sont très rapidement reconstruites pour devenir parmi les plus performantes au monde".

"Il est certain que le moyen terme sera extrêmement dur pour le Maroc, et qu’une partie de notre avenir ne va pas dépendre de nous, mais du robinet financier à l’échelon international. Il y aura aussi beaucoup de faillites d’entreprises et les gens doivent s’y attendre. Ce qui signifie qu’il faudra reconstruire", insiste M. Tazi.

Relance de l’économie : l'Etat doit jouer son rôle de stratège

"Le monde est en train de se rendre compte qu’il a « trop » misé sur la Chine. Je pense que c’est quelque chose qui va changer, car on ne peut plus dépendre de l’atelier chinois dans l’avenir", affirme Omar Rharbaoui.

"Le Maroc ou l’Afrique, de manière générale, peuvent se transformer en nouveaux manufacturiers pour les pays les plus riches et proches, notamment l’Europe et l’Amérique du Nord″, rajoute-t-il

"C’est l’Etat qui doit jouer le rôle, à la fois du stratège et de celui qui impulse. Il a la taille et la légitimité pour le faire. Le secteur privé ne peut pas le faire tout seul. Très clairement, il y a des opportunités pour une « nouvelle normalité ». L’Etat peut relancer la commande publique et l’orienter vers l’entreprise marocaine, de manière préférentielle".

"L’Etat peut aider le secteur du tourisme pour attirer la clientèle marocaine. Il peut donner des chèques vacances, par exemple. Il y a une forme de sensibilité nationale et patriotique manifeste, qui tend vers une consommation locale", explique M. Rharbaoui.

C’est un avis que partage Younes Lahlou, expert-comptable et fondateur du cabinet "Layodis". Selon lui : "il faudrait engager la responsabilité de toutes les parties prenantes. L’investissement public devrait être maintenu et surtout orienté vers l’offre nationale. Il va falloir faire preuve de solidarité et encourager le tourisme national et pourquoi pas profiter de cette dynamique pour mettre en place un arsenal juridique en matière de délai de paiement, afin de soulager nos entreprises".

"La relance économique ne sera pas sans conséquences, il faut chercher à tirer le meilleur de cette crise. Ce qui est sûr c’est qu’elle a créé un climat de confiance entre les entreprises et les autorités", affirme Younes Lahlou.  

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