Elizabeth Drew

Journaliste politique et une collaboratrice régulière du New York Review of Books

Les nouveaux soucis de Trump

Les nouveaux soucis de Trump

Le 20 septembre 2019 à 14:49

Modifié le 20 septembre 2019 à 15:11

Alors que le Congrès doit se réunir cette semaine après une pause de six semaines, l'administration est embourbée dans des controverses, la quasi-totalité d'entre elles déclenchées par le président Donald Trump. Jamais le comportement de Trump n'a été aussi bizarre depuis son arrivée à la Maison blanche, sans doute en partie à cause de la panique au sujet des élections de 2020. Il a plus de raisons que la plupart des présidents en exercice de souhaiter être réélu, puisqu'il fait toujours l'objet de plusieurs poursuites.

WASHINGTON, DC – Le plus grand danger politique réside peut-être pour Trump dans les preuves de plus en plus nombreuses montrant qu'il a utilisé la présidence pour s'enrichir. Contrairement à ses prédécesseurs, Trump a refusé de placer ses avoirs dans un fonds fiduciaire sans droit de regard et est poursuivi pour avoir accepté des "émoluments" constitutionnellement interdits (des paiements à un président par des gouvernements étrangers). Par exemple, le régime saoudien, ainsi que d'autres, ont fait un usage intensif de ses hôtels, dont un près de la Maison blanche. De même, lors du sommet du G7 le mois dernier, Trump a fait savoir qu'il entendait accueillir la réunion de l'année prochaine à son centre de golf de Doral près de Miami.

Les électeurs sont peut-être habitués au fréquent parrainage par Trump de ses propres hôtels et de ses installations de golf (ainsi qu'au coût des services secrets et d'autres associés). Selon une estimation, d'ici la mi-juillet, Trump avait passé 194 jours sur son propre parcours de golf, ce qui a rapporté à la Donald Trump Organization 109 millions de dollars. Plusieurs réunions du parti républicain se sont tenues sur ses propriétés.

Mais ces derniers jours, l'avidité présidentielle de Trump a été tout particulièrement remarquée. Premièrement, ce fut le tour du vice-président Mike Pence, qui, au début du mois, a séjourné dans un établissement appartenant à Trump en Irlande, après un vol de 291 kilomètres pour se rendre à ses réunions de haut niveau. Le chef de cabinet de Pence a finalement avoué que Trump avait "suggéré" son hébergement.

Peu après, Politico a rapporté que plus tôt cette année, un transport militaire d'approvisionnement de routine au Moyen-Orient s'est ravitaillé en carburant près d'une propriété appartenant à Trump en Ecosse, où le carburant coûte plus cher que sur les installations militaires utilisées normalement durant les vols à destination du Moyen-Orient. Les cinq hommes d'équipage ont passé la nuit au centre de golf de Turnberry. Ayant découvert bien d'autres escales à Turnberry, l'armée de l'air a ordonné un examen de l'utilisation de ses installations d'escale autour du monde. Trump a transformé la présidence en un racket.

Outre les révélations sur la vénalité de Trump, son insécurité quasi-pathologique est à présent de plus en plus flagrante. D'après Trump, a dit un de ses associés, admettre son erreur, c'est paraître faible. L'exemple récent le plus flagrant a été sa tentative désespérée de convaincre l'opinion publique qu'il ne s'était jamais trompé dans ses prévisions selon lesquelles l'ouragan Dorian allait atteindre l'Alabama. C'était tellement essentiel pour lui qu'à l'aide d'un marqueur noir, il a modifié la carte d'un service de météo national pour indiquer que cet Etat serait touché. Puis à la demande de la Maison blanche, la National Oceanic and Atmospheric Administration, qui supervise le service météo, a publié une déclaration non signée pour soutenir Trump et rejeter une correction de Trump publiée par le service des météorologues de Birmingham en Alabama.  

Dans une autre polémique, Trump a semé la zizanie début septembre en ordonnant que 3,6 milliards de dollars en fonds de construction du Pentagone soient réalloués à son mur fantasmagorique à la frontière sud avec le Mexique. En dépit des doutes sur la constitutionnalité d'un président qui détourne unilatéralement des crédits approuvés par le Congrès, 127 projets, dont de nombreuses écoles et d'autres établissements pour venir en aide aux familles des militaires, certains d'entre eux dans des Etats représentés par des Républicains jusqu'aux élections de l'année prochaine, ont perdu leur financement. Trump a également transféré des fonds destinés en premier lieu aux secours en cas de catastrophe, à la veille de la saison des ouragans.

Les caprices de Trump

Ces mesures révèlent les efforts désespérés de Trump de faire construire le mur ou d'en voir une bonne portion achevée d'ici les élections. Sur ce plan, il est encore loin du compte. Ce qu'il décrit comme une barrière de béton de 1.600 km ne mesure à l'heure actuelle que la moitié de cette longueur et, jusqu'à présent, tout ce qui a été construit ne représente que 102 km de clôtures en acier pour remplacer les structures installées au cours de l'administration Obama. Alors que ses partisans sont déçus par l'absence de progrès, le président a même dit à ses auxiliaires de saisir des terrains privés si nécessaire et qu'il leur pardonnerait s'ils devaient enfreindre la loi.

Bien que peu de personnes croient que le mur de Trump soit le moyen le plus efficace d'empêcher l'entrée d'immigrants illégaux, ses mentions du mur lui ont valu des tonnerres d'applaudissements durant sa campagne de 2016 (à l'époque, il assurait les foules que le Mexique allait payer ce mur). Il soutient toujours cette promesse, de sorte s'est lui-même mis dans l'impasse sur cette question.

D'autres problèmes importants à l'ordre du jour cet automne, en particulier le contrôle des armes à feu et une décision par les démocrates de la Chambre sur la question de lancer un processus d'impeachment officiel, risquent également de faire monter la pression sur Trump. La politique étrangère pose également quelques problèmes à Trump, et au pays. La guerre tarifaire avec la Chine est néfaste pour l'économie des Etats-Unis; les efforts de signature, notamment au sujet de négociations directes avec la Corée du nord et les Talibans, sont en train de se déliter. Son retrait de l'accord nucléaire avec l'Iran, de manière prévisible, a échoué.

Le brusque congédiement de John Bolton, troisième conseiller à la sécurité nationale de Trump, (Bolton insiste sur le fait qu'il a démissionné), a été tout aussi surprenant qu'inévitable, parce qu'il est à présent clair que les deux hommes sont en désaccord sur la plupart des questions de politique étrangère. Bolton était un partisan de la guerre, aux antipodes du penchant pacifiste de Trump (l'une des révélations les plus intéressants sur le président étant qu'il n'a vraiment rien d'un va-t-en-guerre). Quand Bolton a fait savoir qu'il s'opposait à la négociation de Trump avec les Talibans afin que les troupes américaines puissent se retirer de l'Afghanistan, de préférence d'ici les élections, la goutte d'eau a fait déborder le vase. Trump voulait évidemment en plus accueillir les Talibans à une conférence de paix à Camp David.

Mais le départ de Bolton ne va pas changer grand-chose. Un grand nombre des objectifs de Trump sont irréalistes. C'est un mauvais négociateur. Et sa Maison blanche n'a aucune cohérence dans son processus de prise décisions. La politique étrangère des Etats-Unis est le reflet des caprices de Trump et de sa foi hors norme dans sa capacité à convaincre les autres.

Le Parti républicain a lié son destin à un dirigeant de plus en plus dérangé. Bien que trois autres candidats à la présidence pour 2020 gênent à présent l'avancée de Trump, personne ne peut le vaincre. Mais ils peuvent nuire à ses efforts de réélection, c'est pourquoi le parti républicain a supprimé des primaires et des caucus. La réussite éventuelle de Trump en novembre de l'année prochaine pourrait bien dépendre de la façon dont son ego fragile va résister aux prochains mois.

© Project Syndicate 1995–2019
Elizabeth Drew

Journaliste politique et une collaboratrice régulière du New York Review of Books

Les nouveaux soucis de Trump

Le 20 septembre 2019 à15:06

Modifié le 20 septembre 2019 à 15:11

Alors que le Congrès doit se réunir cette semaine après une pause de six semaines, l'administration est embourbée dans des controverses, la quasi-totalité d'entre elles déclenchées par le président Donald Trump. Jamais le comportement de Trump n'a été aussi bizarre depuis son arrivée à la Maison blanche, sans doute en partie à cause de la panique au sujet des élections de 2020. Il a plus de raisons que la plupart des présidents en exercice de souhaiter être réélu, puisqu'il fait toujours l'objet de plusieurs poursuites.

WASHINGTON, DC – Le plus grand danger politique réside peut-être pour Trump dans les preuves de plus en plus nombreuses montrant qu'il a utilisé la présidence pour s'enrichir. Contrairement à ses prédécesseurs, Trump a refusé de placer ses avoirs dans un fonds fiduciaire sans droit de regard et est poursuivi pour avoir accepté des "émoluments" constitutionnellement interdits (des paiements à un président par des gouvernements étrangers). Par exemple, le régime saoudien, ainsi que d'autres, ont fait un usage intensif de ses hôtels, dont un près de la Maison blanche. De même, lors du sommet du G7 le mois dernier, Trump a fait savoir qu'il entendait accueillir la réunion de l'année prochaine à son centre de golf de Doral près de Miami.

Les électeurs sont peut-être habitués au fréquent parrainage par Trump de ses propres hôtels et de ses installations de golf (ainsi qu'au coût des services secrets et d'autres associés). Selon une estimation, d'ici la mi-juillet, Trump avait passé 194 jours sur son propre parcours de golf, ce qui a rapporté à la Donald Trump Organization 109 millions de dollars. Plusieurs réunions du parti républicain se sont tenues sur ses propriétés.

Mais ces derniers jours, l'avidité présidentielle de Trump a été tout particulièrement remarquée. Premièrement, ce fut le tour du vice-président Mike Pence, qui, au début du mois, a séjourné dans un établissement appartenant à Trump en Irlande, après un vol de 291 kilomètres pour se rendre à ses réunions de haut niveau. Le chef de cabinet de Pence a finalement avoué que Trump avait "suggéré" son hébergement.

Peu après, Politico a rapporté que plus tôt cette année, un transport militaire d'approvisionnement de routine au Moyen-Orient s'est ravitaillé en carburant près d'une propriété appartenant à Trump en Ecosse, où le carburant coûte plus cher que sur les installations militaires utilisées normalement durant les vols à destination du Moyen-Orient. Les cinq hommes d'équipage ont passé la nuit au centre de golf de Turnberry. Ayant découvert bien d'autres escales à Turnberry, l'armée de l'air a ordonné un examen de l'utilisation de ses installations d'escale autour du monde. Trump a transformé la présidence en un racket.

Outre les révélations sur la vénalité de Trump, son insécurité quasi-pathologique est à présent de plus en plus flagrante. D'après Trump, a dit un de ses associés, admettre son erreur, c'est paraître faible. L'exemple récent le plus flagrant a été sa tentative désespérée de convaincre l'opinion publique qu'il ne s'était jamais trompé dans ses prévisions selon lesquelles l'ouragan Dorian allait atteindre l'Alabama. C'était tellement essentiel pour lui qu'à l'aide d'un marqueur noir, il a modifié la carte d'un service de météo national pour indiquer que cet Etat serait touché. Puis à la demande de la Maison blanche, la National Oceanic and Atmospheric Administration, qui supervise le service météo, a publié une déclaration non signée pour soutenir Trump et rejeter une correction de Trump publiée par le service des météorologues de Birmingham en Alabama.  

Dans une autre polémique, Trump a semé la zizanie début septembre en ordonnant que 3,6 milliards de dollars en fonds de construction du Pentagone soient réalloués à son mur fantasmagorique à la frontière sud avec le Mexique. En dépit des doutes sur la constitutionnalité d'un président qui détourne unilatéralement des crédits approuvés par le Congrès, 127 projets, dont de nombreuses écoles et d'autres établissements pour venir en aide aux familles des militaires, certains d'entre eux dans des Etats représentés par des Républicains jusqu'aux élections de l'année prochaine, ont perdu leur financement. Trump a également transféré des fonds destinés en premier lieu aux secours en cas de catastrophe, à la veille de la saison des ouragans.

Les caprices de Trump

Ces mesures révèlent les efforts désespérés de Trump de faire construire le mur ou d'en voir une bonne portion achevée d'ici les élections. Sur ce plan, il est encore loin du compte. Ce qu'il décrit comme une barrière de béton de 1.600 km ne mesure à l'heure actuelle que la moitié de cette longueur et, jusqu'à présent, tout ce qui a été construit ne représente que 102 km de clôtures en acier pour remplacer les structures installées au cours de l'administration Obama. Alors que ses partisans sont déçus par l'absence de progrès, le président a même dit à ses auxiliaires de saisir des terrains privés si nécessaire et qu'il leur pardonnerait s'ils devaient enfreindre la loi.

Bien que peu de personnes croient que le mur de Trump soit le moyen le plus efficace d'empêcher l'entrée d'immigrants illégaux, ses mentions du mur lui ont valu des tonnerres d'applaudissements durant sa campagne de 2016 (à l'époque, il assurait les foules que le Mexique allait payer ce mur). Il soutient toujours cette promesse, de sorte s'est lui-même mis dans l'impasse sur cette question.

D'autres problèmes importants à l'ordre du jour cet automne, en particulier le contrôle des armes à feu et une décision par les démocrates de la Chambre sur la question de lancer un processus d'impeachment officiel, risquent également de faire monter la pression sur Trump. La politique étrangère pose également quelques problèmes à Trump, et au pays. La guerre tarifaire avec la Chine est néfaste pour l'économie des Etats-Unis; les efforts de signature, notamment au sujet de négociations directes avec la Corée du nord et les Talibans, sont en train de se déliter. Son retrait de l'accord nucléaire avec l'Iran, de manière prévisible, a échoué.

Le brusque congédiement de John Bolton, troisième conseiller à la sécurité nationale de Trump, (Bolton insiste sur le fait qu'il a démissionné), a été tout aussi surprenant qu'inévitable, parce qu'il est à présent clair que les deux hommes sont en désaccord sur la plupart des questions de politique étrangère. Bolton était un partisan de la guerre, aux antipodes du penchant pacifiste de Trump (l'une des révélations les plus intéressants sur le président étant qu'il n'a vraiment rien d'un va-t-en-guerre). Quand Bolton a fait savoir qu'il s'opposait à la négociation de Trump avec les Talibans afin que les troupes américaines puissent se retirer de l'Afghanistan, de préférence d'ici les élections, la goutte d'eau a fait déborder le vase. Trump voulait évidemment en plus accueillir les Talibans à une conférence de paix à Camp David.

Mais le départ de Bolton ne va pas changer grand-chose. Un grand nombre des objectifs de Trump sont irréalistes. C'est un mauvais négociateur. Et sa Maison blanche n'a aucune cohérence dans son processus de prise décisions. La politique étrangère des Etats-Unis est le reflet des caprices de Trump et de sa foi hors norme dans sa capacité à convaincre les autres.

Le Parti républicain a lié son destin à un dirigeant de plus en plus dérangé. Bien que trois autres candidats à la présidence pour 2020 gênent à présent l'avancée de Trump, personne ne peut le vaincre. Mais ils peuvent nuire à ses efforts de réélection, c'est pourquoi le parti républicain a supprimé des primaires et des caucus. La réussite éventuelle de Trump en novembre de l'année prochaine pourrait bien dépendre de la façon dont son ego fragile va résister aux prochains mois.

© Project Syndicate 1995–2019

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