Abderrahman El Mezouari El Glaoui

Acteur associatif

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Les parents pauvres du débat sur le nouveau modèle de développement

Le 17 mars 2019 à 08:58

Modifié le 18 mars 2019 à 11:12

L’harmonisation des politiques publiques, la révolution numérique et la question du civisme sont les parents pauvres du débat sur le nouveau modèle de développement.

 Derrière l’idée d’un nouveau modèle de développement (NMD) réside la difficile recherche des moyens de stimuler la création de richesse par les agents économiques et d’en assurer une répartition équitable, en tenant compte des impératifs politiques du pays et de sa sociologie, et en regagnant la confiance du citoyen.

Le NMD, tel que souhaité par le Souverain, n’est donc pas seulement économique (il manquerait singulièrement de souffle), il est sociétal. Par conséquent et pour atteindre toutes ses promesses, le NMD se doit d’être un nouvel élan, un peu comme l’ont été le modèle québécois initié dans les années 1960, the New Economic Policy de la Malaisie (1971) ou encore le “Dôi moi” ou renouveau vietnamien (1986).

Trois questions transversales, à savoir celle de l’harmonisation des politiques publiques, celle de la révolution numérique et celle du civisme, n’ont pas été jusqu’ici suffisamment discutées. Or ces questions figurent parmi les “moteurs” essentiels du modèle qui serait entravé s’il ne les plaçait pas au cœur de son fonctionnement.

Examinons-les rapidement.

1. Demandée par le Souverain dans son discours du Trône de 2012, l’harmonisation des politiques publiques sectorielles aux niveaux national, régional et local permettrait de mettre en cohérence tous ces secteurs et ces niveaux qui “parleraient le même langage“ et poursuivraient une même stratégie de long terme.

A contrario, la faiblesse de l’harmonisation des politiques publiques (pointée du doigt par le Conseil économique, social et environnemental en 2014) risquerait de limiter sévèrement les effets du NMD.

Au gouvernement d’engager des dispositifs de mise en cohérence, de coordination et d’évaluation tout au long des différentes étapes qui vont du diagnostic à la conception puis à l’implémentation des politiques publiques. Il faudra également rechercher systématiquement les partenariats possibles (sources de synergies nouvelles, d’économies d’échelle et de fécondations croisées) entre les différents acteurs publics, privés et associatifs. Pour cela, l’administration doit abandonner son mode opératoire “en silos“, hérité de la pratique française.

Il convient de vaincre les nombreux freins qui existent de par des logiques institutionnelles étroites de compétence ou d’autorité. Ces stratégies de dialogue pluri-acteurs sont, du reste, ce que commande la Constitution qui fait de “la démocratie citoyenne et participative“ l’un de ses fondements (voir notamment le préambule, l’article 1 et l’article 13).

Reconnaissons cependant qu’en matière de recherche d’efficacité, d’ouverture et de culture du débat (composantes essentielles d’une bonne gouvernance), notre administration a fait de grands progrès au cours des dix dernières années. Il faudra démultiplier ces efforts pour stimuler la dynamique du NMD. En particulier, ce processus devra favoriser une mise à niveau des maillons les plus faibles de nos chaînes de valeur (PME-PMA, entrepreneurs individuels, communes rurales, petites associations etc.) qui sont souvent à des années-lumière des bonnes pratiques d‘organisation et de gestion.

2. Dans un contexte d’accélération de la révolution numérique et de transformation des modes de vie et de pensée, l’activité économique connaît un changement de paradigme où les mots-clés sont souplesse, adaptabilité, rapidité, compétences, qualité et compétitivité…

Où en est le Maroc dans cette mutation planétaire ?

Les formidables gains de productivité offerts par la révolution numérique en cours et les immenses potentialités liées à l’économie du savoir n’ont pas été suffisamment pris en compte par le débat sur le NMD. La stratégie du Royaume en la matière reste pratiquement inaudible auprès du grand public.

Le plan Maroc Numeric 2013 n’a pas eu tous les effets escomptés notamment pour ce qui est de l’introduction de l’informatique à l’école. Le plan Maroc Digital 2020 lancé en juillet 2016 (dont les axes principaux sont les suivants : transformer les processus administratifs en renforçant les plateformes e-Gov ; résorber la fracture numérique ; faire du Maroc un hub numérique régional ; créer une place numérique Maroc) se veut plus ambitieux mais semble lui aussi démarrer timidement.

Ce n ‘est pas de cette façon que arriverons à optimiser les effets du NMD et à faire face aux défis lancés par la mondialisation. Sans un effort considérable en matière de TIC, les avantages compétitifs que le Maroc possède aujourd’hui risquent de s’éroder à l’avenir.

3. La question du civisme est plus délicate à engager. Analysé sous l’angle économique, le civisme apparait comme un facteur de production “non substituable" qui permet une rationalisation des ressources (en faisant baisser par exemple le nombre de tués par accident de la circulation ou en réduisant la corruption).

Le civisme permet aussi un meilleur fonctionnement des sphères publique et privée, pour le plus grand bénéfice du développement économique et social. Ceci étant, le civisme n’est pas une simple obligation de moralité. Étroitement lié à la notion de contrat social, il ne peut s’épanouir que si les citoyens ont la certitude d’être traités de façon équitable, que ce soit en matière d’accès aux biens publics (justice, santé, éducation, eau potable, infrastructures etc.) qu’en matière de fiscalité.

C’est aux corps élus de voter les lois et règlements et d’avoir un comportement exemplaire. C’est au gouvernement de faire respecter et de respecter la loi. Et c’est aux entreprises de faire preuve de citoyenneté et de solidarité en respectant les droits de leurs employés et en étant socialement responsables (RSE). La finalité du civisme deviendrait alors plus  perceptible pour tous les citoyens.

Pour résumer : sans harmonisation des politiques publiques et sans dialogue inter-acteurs économiques et sociaux, perte d’efficacité globale du système ; sans véritable bond de notre insertion dans la révolution numérique, perte de compétitivité ; sans justice sociale, perte de civisme.

Voilà pourquoi il faut espérer que ces trois leviers de croissance puissent être réintroduits avec force dans le débat sur le NMD.

Abderrahman El Mezouari El Glaoui

Acteur associatif

Les parents pauvres du débat sur le nouveau modèle de développement

Le 18 mars 2019 à10:26

Modifié le 18 mars 2019 à 11:12

L’harmonisation des politiques publiques, la révolution numérique et la question du civisme sont les parents pauvres du débat sur le nouveau modèle de développement.

 Derrière l’idée d’un nouveau modèle de développement (NMD) réside la difficile recherche des moyens de stimuler la création de richesse par les agents économiques et d’en assurer une répartition équitable, en tenant compte des impératifs politiques du pays et de sa sociologie, et en regagnant la confiance du citoyen.

Le NMD, tel que souhaité par le Souverain, n’est donc pas seulement économique (il manquerait singulièrement de souffle), il est sociétal. Par conséquent et pour atteindre toutes ses promesses, le NMD se doit d’être un nouvel élan, un peu comme l’ont été le modèle québécois initié dans les années 1960, the New Economic Policy de la Malaisie (1971) ou encore le “Dôi moi” ou renouveau vietnamien (1986).

Trois questions transversales, à savoir celle de l’harmonisation des politiques publiques, celle de la révolution numérique et celle du civisme, n’ont pas été jusqu’ici suffisamment discutées. Or ces questions figurent parmi les “moteurs” essentiels du modèle qui serait entravé s’il ne les plaçait pas au cœur de son fonctionnement.

Examinons-les rapidement.

1. Demandée par le Souverain dans son discours du Trône de 2012, l’harmonisation des politiques publiques sectorielles aux niveaux national, régional et local permettrait de mettre en cohérence tous ces secteurs et ces niveaux qui “parleraient le même langage“ et poursuivraient une même stratégie de long terme.

A contrario, la faiblesse de l’harmonisation des politiques publiques (pointée du doigt par le Conseil économique, social et environnemental en 2014) risquerait de limiter sévèrement les effets du NMD.

Au gouvernement d’engager des dispositifs de mise en cohérence, de coordination et d’évaluation tout au long des différentes étapes qui vont du diagnostic à la conception puis à l’implémentation des politiques publiques. Il faudra également rechercher systématiquement les partenariats possibles (sources de synergies nouvelles, d’économies d’échelle et de fécondations croisées) entre les différents acteurs publics, privés et associatifs. Pour cela, l’administration doit abandonner son mode opératoire “en silos“, hérité de la pratique française.

Il convient de vaincre les nombreux freins qui existent de par des logiques institutionnelles étroites de compétence ou d’autorité. Ces stratégies de dialogue pluri-acteurs sont, du reste, ce que commande la Constitution qui fait de “la démocratie citoyenne et participative“ l’un de ses fondements (voir notamment le préambule, l’article 1 et l’article 13).

Reconnaissons cependant qu’en matière de recherche d’efficacité, d’ouverture et de culture du débat (composantes essentielles d’une bonne gouvernance), notre administration a fait de grands progrès au cours des dix dernières années. Il faudra démultiplier ces efforts pour stimuler la dynamique du NMD. En particulier, ce processus devra favoriser une mise à niveau des maillons les plus faibles de nos chaînes de valeur (PME-PMA, entrepreneurs individuels, communes rurales, petites associations etc.) qui sont souvent à des années-lumière des bonnes pratiques d‘organisation et de gestion.

2. Dans un contexte d’accélération de la révolution numérique et de transformation des modes de vie et de pensée, l’activité économique connaît un changement de paradigme où les mots-clés sont souplesse, adaptabilité, rapidité, compétences, qualité et compétitivité…

Où en est le Maroc dans cette mutation planétaire ?

Les formidables gains de productivité offerts par la révolution numérique en cours et les immenses potentialités liées à l’économie du savoir n’ont pas été suffisamment pris en compte par le débat sur le NMD. La stratégie du Royaume en la matière reste pratiquement inaudible auprès du grand public.

Le plan Maroc Numeric 2013 n’a pas eu tous les effets escomptés notamment pour ce qui est de l’introduction de l’informatique à l’école. Le plan Maroc Digital 2020 lancé en juillet 2016 (dont les axes principaux sont les suivants : transformer les processus administratifs en renforçant les plateformes e-Gov ; résorber la fracture numérique ; faire du Maroc un hub numérique régional ; créer une place numérique Maroc) se veut plus ambitieux mais semble lui aussi démarrer timidement.

Ce n ‘est pas de cette façon que arriverons à optimiser les effets du NMD et à faire face aux défis lancés par la mondialisation. Sans un effort considérable en matière de TIC, les avantages compétitifs que le Maroc possède aujourd’hui risquent de s’éroder à l’avenir.

3. La question du civisme est plus délicate à engager. Analysé sous l’angle économique, le civisme apparait comme un facteur de production “non substituable" qui permet une rationalisation des ressources (en faisant baisser par exemple le nombre de tués par accident de la circulation ou en réduisant la corruption).

Le civisme permet aussi un meilleur fonctionnement des sphères publique et privée, pour le plus grand bénéfice du développement économique et social. Ceci étant, le civisme n’est pas une simple obligation de moralité. Étroitement lié à la notion de contrat social, il ne peut s’épanouir que si les citoyens ont la certitude d’être traités de façon équitable, que ce soit en matière d’accès aux biens publics (justice, santé, éducation, eau potable, infrastructures etc.) qu’en matière de fiscalité.

C’est aux corps élus de voter les lois et règlements et d’avoir un comportement exemplaire. C’est au gouvernement de faire respecter et de respecter la loi. Et c’est aux entreprises de faire preuve de citoyenneté et de solidarité en respectant les droits de leurs employés et en étant socialement responsables (RSE). La finalité du civisme deviendrait alors plus  perceptible pour tous les citoyens.

Pour résumer : sans harmonisation des politiques publiques et sans dialogue inter-acteurs économiques et sociaux, perte d’efficacité globale du système ; sans véritable bond de notre insertion dans la révolution numérique, perte de compétitivité ; sans justice sociale, perte de civisme.

Voilà pourquoi il faut espérer que ces trois leviers de croissance puissent être réintroduits avec force dans le débat sur le NMD.

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