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Spécial Logismed 2019. La compétitivité logistique à la traîne

Les maux du secteur logistique sont légion : persistance de l’informel, des coûts peu compétitifs, manque de visibilité des investisseurs… Ce mal-être est aujourd’hui exprimé par plusieurs opérateurs. Le point.

Logismed 2019. La compétitivité logistique à la traîne

Le 08 avril 2019 à 18:06

Modifié le 09 avril 2019 à 17:40

Employant 445.000 personnes, les activités de transport et de la logistique génèrent une valeur ajoutée globale de 45 milliards de DH, soit une contribution au PIB à hauteur de 5 %. Pour les opérateurs, le potentiel de développement de cette filière reste énorme. Plusieurs contraintes font obstacle à ce développement. “Le manque de visibilité est la principale contrainte. S’y ajoutent la concurrence déloyale par le secteur informel et le manque de personnel formé dans nos métiers. Le coût du foncier est, lui aussi, un grand handicap“, déclare Hicham Mellakh, président de la commission logistique à la CGEM.

Vidéo live de l'inauguration du Salon Logismed 2019 et du discours d'ouverture

Lancée en 2010 pour amorcer le décollage du secteur, la stratégie logistique nationale tarde à se mettre en place. “Je pense clairement que cette stratégie prend du retard par manque de courage politique. Il y a aussi eu un retard dans la mise en place des instances de gouvernance“, soutient le président de la commission logistique à la CGEM.

Pour sortir de cette atonie, Hicham Mellakh préconise d’«avoir, d’abord, une feuille de route claire pour le secteur, revoir la stratégie et en faire le bilan. Il s’agit également d’accélérer les réformes et de revoir la fiscalité pour réduire le gap par rapport à l'informel tout en offrant de la visibilité au secteur».

Prédominance de l’informel

Pour cet acteur du marché, “il est vrai que la stratégie logistique accuse un véritable retard. Mais s’il y avait une demande importante sur le marché, le contrat-programme serait sorti il y a bien longtemps. Il faut qu’il y ait une volonté. En tant qu’opérateur, je soutiens parfaitement les initiatives qui ont été lancées notamment par la DGI (Direction Générale des Impôts) et l’ADII (Administration des Douanes et Impôts Indirects) pour l’instauration de l’ICE (Identifiant Commun de l’Entreprise). Le but n’est pas d’éliminer le secteur informel, il est d’accompagner le secteur informel à devenir formel“. Ce vieux routier du marché nous assure que 90% des marchandises présentes sur le marché continuent malheureusement d’être stockées dans des dépôts cachés pour échapper à tout contrôle.

“Cette situation persiste parce que nous avons des donneurs d’ordre qui tirent les prix vers le bas et qui ne veulent pas que leurs marchandises soient tracées. Aujourd’hui, les grandes entreprises, les entreprises structurées, les entreprises agroalimentaires par exemple travaillent avec le secteur structuré, mais de très nombreuses entreprises, des commerces, des grossistes et des distributeurs continuent à vendre leurs marchandises de manière informelle et sans facturation. L’Etat doit jouer son rôle et appliquer la réglementation en vigueur“, explique ce patron d’entreprise spécialisée en logistique.

Moncef Belkhayat, PDG de Dislog abonde dans ce sens : “Le secteur de la logistique au Maroc ne se porte pas bien. Et ce, pour trois raisons principales. D’abord le coût de la logistique aux alentours de 18% mettant une pression sur l’inflation et les prix des produits pour le consommateur. Ensuite, le secteur informel qui se développe suite à la pression sur les coûts faite par les clients, et la peur des opérateurs de la réglementation, notamment fiscale“.

En effet, le coût logistique est estimé à environ 20% du PIB. Un niveau jugé très élevé pour les opérateurs logistiques. Et pour cause, dans les pays de l’Union européenne, ce ratio se situe entre 10% et 16%. Les grands pays émergents comme le Mexique, le Brésil et la Chine affichent, pour leur part, des coûts logistiques de l’ordre de 15 à 17% du PIB. Le Maroc possède ainsi un potentiel de gain de plusieurs points de PIB qui proviendrait d’une logistique plus performante.

Des coûts peu compétitifs

L’une des ambitions de la stratégie logistique nationale est la baisse du poids des coûts logistiques de 20% du PIB actuellement, à 15% à terme, à travers une gestion optimisée, sécurisée et massifiée des flux de marchandises. S’y ajoute l’augmentation de la valeur ajoutée induite par la baisse des coûts logistiques notamment à travers l’émergence d’un secteur logistique compétitif avec des acteurs logistiques intégrés et des plateformes de service performantes (+ 3 à 5 points du PIB sur un horizon de 5 ans). Enfin, la stratégie prévoit la réduction des émissions CO2 du transport routier de marchandises de 35% et la décongestion des routes et des villes.

En attendant, les acteurs du secteur estiment que plus de 60% des coûts logistiques au Maroc proviennent du transport routier. Et donc, si on veut réduire le coût logistique, il faudrait d’abord traiter la cherté du transport de marchandises.

Le transport routier de marchandises n’est pas le seul « maillon faible » du secteur logistique. Pour Hicham Mellakh, cet état de fait s’explique par le coût du foncier et aussi celui de la construction. C’est-à-dire que le pays ne dispose pas encore des volumes nécessaires pour atteindre des coûts optimaux.

Nous n'arrivons pas à massifier pour pouvoir gagner en optimisation. Les flux entre les régions sont déséquilibrés ce qui augmente le prix du transport. Il n'y a pas encore une culture logistique dans la plupart des entreprises marocaines surtout pour réduire les temps d'attente et maximiser la productivité de chargement et déchargement“, explique Mellakh.

En 2018, la Banque mondiale a classé le Maroc au 109e rang mondial sur une liste de 160 pays, selon l’indice de performance logistique (IPL). Le pays a donc perdu 23 places par rapport à son classement de 2016 (86e). Les spécialistes du secteur affirment que le Maroc est très en retard dans ce domaine qui englobe le transport, la mobilité des flux, les systèmes d'information, l'entreposage, les métiers annexes, la formation, les infrastructures, le régime douanier, la fiscalité, etc. Et donc, il est aujourd’hui nécessaire de renforcer tous les maillons de la chaîne.

“Nous déplorons cette position même si nous jugeons qu'elle est injuste, mais ça doit nous donner le courage de regarder les problèmes en face et d'y apporter les solutions nécessaires. C'est un secteur vital pour notre économie, il peut y apporter en investissement, en création d'emploi et de valeur ajoutée. Il faut absolument faire un bilan de la stratégie, accélérer l'application des contrats programmes en donnant plus de moyens aux organes de gouvernance et avoir plus de courage politique pour mener les réformes nécessaires quant au développement du secteur », préconise le président de la commission logistique à la CGEM.

Manque de visibilité

Lors d’un point de presse tenu en octobre 2018 par l’AMDL et l’OMCL (Observatoire Marocain de la Compétitivité Logistique), le président de l’OMCL, Rachid Tahri, a présenté certaines anomalies relevées suite à un examen des résultats de l’édition 2018 de l’IPL, qui font que la vocation de ce classement, en tant qu’outil d’appréciation et de prise de décision, soit une orientation à prendre avec beaucoup de réserve.

Les principaux points soulevés se rapportent principalement à la subjectivité de l’enquête, la non représentativité de l’échantillon et la contradiction des résultats de l’IPL avec d’autres indicateurs de la Banque mondiale et des indicateurs similaires.

Plusieurs opérateurs du secteur sont du même avis que l’Observatoire : «L’indice a été mal calculé », tranche cet opérateur. Et de poursuivre: «En revanche, si l'on recule dans ce secteur, c'est parce que le privé a arrêté d’investir et d’avancer. Il faut redonner de la confiance et de la visibilité aux opérateurs pour qu’ils réinvestissent».

En 2016, le volume d’investissements engagé dans le secteur du transport et de la logistique a atteint 32,3 milliards de DH, selon l’OMCL. La part des investissements en transport et logistique représente 10,4% dans l’investissement global. Entre 2010 et 2016, l’évolution de ces investissements était de 0,2% seulement. Aussi, entre 2010 et 2016, 24.000 emplois ont été créés au niveau du secteur du T&L. Mais le taux de croissance annuel moyen (TCAM) du volume d’emploi n’est que de 2,4% entre 2010 et 2016.

« La société La Voie Express, par exemple, fait travailler 1.400 personnes. Elle a embauché 600 personnes entre 2008 et 2012. Elle a construit près de 120.000 m2 d’entrepôts logistiques et levé 720 millions de dirhams d’investissements. Cette société logistique a arrêté d'investir et d'embaucher lorsque des opérateurs étatiques se sont mis à investir dans le secteur et à construire. Et elle n’est pas la seule. C’est le cas de plusieurs entreprises opérant dans le secteur. Pour investir, il faut avoir de la visibilité. Les patrons doivent prendre de la dette qu'ils devraient pouvoir amortir sur 20 ans. Et sans la visibilité, ils ne peuvent pas le faire », déplore cet expert. 

Spécial Logismed 2019. La compétitivité logistique à la traîne

Le 09 avril 2019 à09:10

Modifié le 09 avril 2019 à 17:40

Les maux du secteur logistique sont légion : persistance de l’informel, des coûts peu compétitifs, manque de visibilité des investisseurs… Ce mal-être est aujourd’hui exprimé par plusieurs opérateurs. Le point.

Employant 445.000 personnes, les activités de transport et de la logistique génèrent une valeur ajoutée globale de 45 milliards de DH, soit une contribution au PIB à hauteur de 5 %. Pour les opérateurs, le potentiel de développement de cette filière reste énorme. Plusieurs contraintes font obstacle à ce développement. “Le manque de visibilité est la principale contrainte. S’y ajoutent la concurrence déloyale par le secteur informel et le manque de personnel formé dans nos métiers. Le coût du foncier est, lui aussi, un grand handicap“, déclare Hicham Mellakh, président de la commission logistique à la CGEM.

Vidéo live de l'inauguration du Salon Logismed 2019 et du discours d'ouverture

Lancée en 2010 pour amorcer le décollage du secteur, la stratégie logistique nationale tarde à se mettre en place. “Je pense clairement que cette stratégie prend du retard par manque de courage politique. Il y a aussi eu un retard dans la mise en place des instances de gouvernance“, soutient le président de la commission logistique à la CGEM.

Pour sortir de cette atonie, Hicham Mellakh préconise d’«avoir, d’abord, une feuille de route claire pour le secteur, revoir la stratégie et en faire le bilan. Il s’agit également d’accélérer les réformes et de revoir la fiscalité pour réduire le gap par rapport à l'informel tout en offrant de la visibilité au secteur».

Prédominance de l’informel

Pour cet acteur du marché, “il est vrai que la stratégie logistique accuse un véritable retard. Mais s’il y avait une demande importante sur le marché, le contrat-programme serait sorti il y a bien longtemps. Il faut qu’il y ait une volonté. En tant qu’opérateur, je soutiens parfaitement les initiatives qui ont été lancées notamment par la DGI (Direction Générale des Impôts) et l’ADII (Administration des Douanes et Impôts Indirects) pour l’instauration de l’ICE (Identifiant Commun de l’Entreprise). Le but n’est pas d’éliminer le secteur informel, il est d’accompagner le secteur informel à devenir formel“. Ce vieux routier du marché nous assure que 90% des marchandises présentes sur le marché continuent malheureusement d’être stockées dans des dépôts cachés pour échapper à tout contrôle.

“Cette situation persiste parce que nous avons des donneurs d’ordre qui tirent les prix vers le bas et qui ne veulent pas que leurs marchandises soient tracées. Aujourd’hui, les grandes entreprises, les entreprises structurées, les entreprises agroalimentaires par exemple travaillent avec le secteur structuré, mais de très nombreuses entreprises, des commerces, des grossistes et des distributeurs continuent à vendre leurs marchandises de manière informelle et sans facturation. L’Etat doit jouer son rôle et appliquer la réglementation en vigueur“, explique ce patron d’entreprise spécialisée en logistique.

Moncef Belkhayat, PDG de Dislog abonde dans ce sens : “Le secteur de la logistique au Maroc ne se porte pas bien. Et ce, pour trois raisons principales. D’abord le coût de la logistique aux alentours de 18% mettant une pression sur l’inflation et les prix des produits pour le consommateur. Ensuite, le secteur informel qui se développe suite à la pression sur les coûts faite par les clients, et la peur des opérateurs de la réglementation, notamment fiscale“.

En effet, le coût logistique est estimé à environ 20% du PIB. Un niveau jugé très élevé pour les opérateurs logistiques. Et pour cause, dans les pays de l’Union européenne, ce ratio se situe entre 10% et 16%. Les grands pays émergents comme le Mexique, le Brésil et la Chine affichent, pour leur part, des coûts logistiques de l’ordre de 15 à 17% du PIB. Le Maroc possède ainsi un potentiel de gain de plusieurs points de PIB qui proviendrait d’une logistique plus performante.

Des coûts peu compétitifs

L’une des ambitions de la stratégie logistique nationale est la baisse du poids des coûts logistiques de 20% du PIB actuellement, à 15% à terme, à travers une gestion optimisée, sécurisée et massifiée des flux de marchandises. S’y ajoute l’augmentation de la valeur ajoutée induite par la baisse des coûts logistiques notamment à travers l’émergence d’un secteur logistique compétitif avec des acteurs logistiques intégrés et des plateformes de service performantes (+ 3 à 5 points du PIB sur un horizon de 5 ans). Enfin, la stratégie prévoit la réduction des émissions CO2 du transport routier de marchandises de 35% et la décongestion des routes et des villes.

En attendant, les acteurs du secteur estiment que plus de 60% des coûts logistiques au Maroc proviennent du transport routier. Et donc, si on veut réduire le coût logistique, il faudrait d’abord traiter la cherté du transport de marchandises.

Le transport routier de marchandises n’est pas le seul « maillon faible » du secteur logistique. Pour Hicham Mellakh, cet état de fait s’explique par le coût du foncier et aussi celui de la construction. C’est-à-dire que le pays ne dispose pas encore des volumes nécessaires pour atteindre des coûts optimaux.

Nous n'arrivons pas à massifier pour pouvoir gagner en optimisation. Les flux entre les régions sont déséquilibrés ce qui augmente le prix du transport. Il n'y a pas encore une culture logistique dans la plupart des entreprises marocaines surtout pour réduire les temps d'attente et maximiser la productivité de chargement et déchargement“, explique Mellakh.

En 2018, la Banque mondiale a classé le Maroc au 109e rang mondial sur une liste de 160 pays, selon l’indice de performance logistique (IPL). Le pays a donc perdu 23 places par rapport à son classement de 2016 (86e). Les spécialistes du secteur affirment que le Maroc est très en retard dans ce domaine qui englobe le transport, la mobilité des flux, les systèmes d'information, l'entreposage, les métiers annexes, la formation, les infrastructures, le régime douanier, la fiscalité, etc. Et donc, il est aujourd’hui nécessaire de renforcer tous les maillons de la chaîne.

“Nous déplorons cette position même si nous jugeons qu'elle est injuste, mais ça doit nous donner le courage de regarder les problèmes en face et d'y apporter les solutions nécessaires. C'est un secteur vital pour notre économie, il peut y apporter en investissement, en création d'emploi et de valeur ajoutée. Il faut absolument faire un bilan de la stratégie, accélérer l'application des contrats programmes en donnant plus de moyens aux organes de gouvernance et avoir plus de courage politique pour mener les réformes nécessaires quant au développement du secteur », préconise le président de la commission logistique à la CGEM.

Manque de visibilité

Lors d’un point de presse tenu en octobre 2018 par l’AMDL et l’OMCL (Observatoire Marocain de la Compétitivité Logistique), le président de l’OMCL, Rachid Tahri, a présenté certaines anomalies relevées suite à un examen des résultats de l’édition 2018 de l’IPL, qui font que la vocation de ce classement, en tant qu’outil d’appréciation et de prise de décision, soit une orientation à prendre avec beaucoup de réserve.

Les principaux points soulevés se rapportent principalement à la subjectivité de l’enquête, la non représentativité de l’échantillon et la contradiction des résultats de l’IPL avec d’autres indicateurs de la Banque mondiale et des indicateurs similaires.

Plusieurs opérateurs du secteur sont du même avis que l’Observatoire : «L’indice a été mal calculé », tranche cet opérateur. Et de poursuivre: «En revanche, si l'on recule dans ce secteur, c'est parce que le privé a arrêté d’investir et d’avancer. Il faut redonner de la confiance et de la visibilité aux opérateurs pour qu’ils réinvestissent».

En 2016, le volume d’investissements engagé dans le secteur du transport et de la logistique a atteint 32,3 milliards de DH, selon l’OMCL. La part des investissements en transport et logistique représente 10,4% dans l’investissement global. Entre 2010 et 2016, l’évolution de ces investissements était de 0,2% seulement. Aussi, entre 2010 et 2016, 24.000 emplois ont été créés au niveau du secteur du T&L. Mais le taux de croissance annuel moyen (TCAM) du volume d’emploi n’est que de 2,4% entre 2010 et 2016.

« La société La Voie Express, par exemple, fait travailler 1.400 personnes. Elle a embauché 600 personnes entre 2008 et 2012. Elle a construit près de 120.000 m2 d’entrepôts logistiques et levé 720 millions de dirhams d’investissements. Cette société logistique a arrêté d'investir et d'embaucher lorsque des opérateurs étatiques se sont mis à investir dans le secteur et à construire. Et elle n’est pas la seule. C’est le cas de plusieurs entreprises opérant dans le secteur. Pour investir, il faut avoir de la visibilité. Les patrons doivent prendre de la dette qu'ils devraient pouvoir amortir sur 20 ans. Et sans la visibilité, ils ne peuvent pas le faire », déplore cet expert. 

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