M. Andrews: "Il faut créer des capacités systémiques pour affronter tous les blocages"

Lors d'un atelier organisé par la CSMD, Matthew Andrews, professeur à la Harvard Kennedy School of Government, a présenté une approche reposant sur les capacités systémiques pour un développement durable et dynamique. Détails.

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Le 19 octobre 2020 à 19:58

Modifié le 20 octobre 2020 à 09:15

“Très difficile mais possible”. C’est ainsi que Matthew Andrews, professeur à la Harvard Kennedy School of Government décrit son approche, présentée devant la CSMD lors d’un atelier organisé vendredi 16 octobre, sur les défis de mise en oeuvre des politiques publiques.

Selon Ahmed Reda Chami, cette approche va “parfaitement correspondre à la seconde section du rapport pour lequel nous avons été mandatés (sur le nouveau modèle de développement, ndlr), relative à “la méthodologie du changement”. 

“Je dois avouer que nous n’avions pas une telle approche en tête, mais il vaut mieux tard que jamais”, ajoute M. Chami. 

L'approche en question est la PDIA : Problem Driven Iterative Adaptation. Pourquoi intéresse-t-elle autant ? 

D’abord, parce qu’elle consiste en un processus de développement durable et dynamique. Mais aussi parce qu’elle a fait ses preuves dans plusieurs pays, désormais cités comme modèles de réussite. Il s’agit par exemple du Cap Vert ou encore du Bahreïn avec lesquels Matthew Andrews a coopéré dans l'implémentation d’un nouveau modèle de développement. 

Le professeur sud-africain précise qu'auprès de toutes les équipes avec lesquelles il a eu l’occasion de coopérer dans ce sens, cette méthode a connu un taux de réussite de 60 à 70%, ce qui est “énorme” selon lui. 

Il faut créer des capacités systémiques

“J’ai travaillé dans divers pays dans le monde. Des pays qui peinent à gérer certaines problématiques dont une bonne partie porte sur les défis de développement. Parfois, ces problématiques portent sur la difficulté à créer des emplois, l’élargissement de la couverture médicale ou encore sur le fait de passer au-delà de “l’éducation” pour s’assurer que les jeunes apprennent réellement”, explique le professeur. 

“J’ai cru comprendre que le Maroc est confronté à plusieurs de ces problématiques. C’est un pays qui a expérimenté un succès significatif mais limité”, poursuit-il. 

Ce que cette approche vient changer, c’est la façon avec laquelle les défis de développements sont dressés. Car la méthode consistant à lister les nombreux projets à faire avant de les implémenter dans l’objectif de créer un développement a montré ses limites, selon M. Andrews. 

L’approche PDIA “est une différente façon de penser et de faire”. Elle repose sur la création de capacités systémiques, aptes à s’adapter aux problématiques quelle que soit leur nature, car la définition du challenge change avec le temps. 

Il ne s’agit pas de se limiter à façonner des capacités maîtrisant des domaines spécifiques, qui agissent dans le cadre d’une mission déterminée pour une période donnée, mais à créer des capacités prêtes à faire face à différents défis sur différentes périodes de temps. Il s’agit d’aptitudes indépendantes, durables et dynamiques. 

Pour le professeur, les capacités à créer sont diverses. Elles consistent, de manière générale, à affronter tous types d’obstacles, “comme le ferait un entrepreneur”, compare-t-il. 

“Il s’agit entre d’autres de ne pas accepter un “non” comme réponse, de ne jamais baisser les bras ou encore de savoir communiquer, prendre des risques mais aussi jongler, détourner ou supprimer les externalités négatives tel que la corruption, l’informel ou encore la bureaucratie”, explique-t-il. 

“Lorsqu’on développe une nouvelle stratégie, il ne faut pas se borner à lister les projets que nous pensons être réalisables. Parce que nous ne savons pas s’ils le seront, nous ne savons pas non plus si nous serons capables de les implémenter. D’autant plus que, selon nos observations, ce type de projets n’aident pas à créer des capacités systémiques qui assureront la réussite des projets à venir”, ajoute-t-il.  

L’idée est de réunir en équipes les personnes initialement chargées de faire le travail. Celles qui ont été engagées dans ce sens, “qui sont payées pour, qui devaient mieux coordonner afin d’identifier puis résoudre le problème”. 

Pour simplifier son idée, le professeur a présenté une analogie sportive qui repose sur des faits réels. 

Il s’agit de l’incapacité du football africain à percer au niveau mondial, tandis que des joueurs d’origines africaines remportent des coupes (dont la dernière coupe du monde) avec des pays étrangers. Les réussites des pays africains sont éphémères dans le football international, elles ne sont ni dynamiques ni durables et ce, car l’on ne règle pas les problèmes en profondeur au niveau des institutions qui peinent à créer et retenir le talent et les infrastructures. 

Matthew Andrews a également évoqué des exemples concrets de pays avec lesquels il a collaboré, d’autres dont le modèle de réussite correspond à l’approche qu’il défend. 

Du Cap Vert au Bahreïn... Quelques élèves modèles 

En prenant l’exemple de Singapour, le professeur brise un mythe concernant la réussite du pays. 

“Les gens disent souvent que le pays s’est développé car il avait un excellent plan sur un horizon de 5 ans, qui a été implémenté avant qu’un autre soit établi et ainsi de suite depuis 1959 à nos jours. Mais ceci est faux”. 

“La vérité à propos de Singapour est que le premier plan sur 5 ans a été brisé lorsque le pays a été éjecté de la fédération de Malaisie. Ce qu’ils ont fait en réalité c’est de professionnaliser les services, entraîner leurs ressources humaines à exécuter différents types de travail. Ils ont investi dans les infrastructures considérant cela comme un moyen d’obtenir d’intéressantes opportunités etc. Tout cela leur a pris 4, 5 voire 6 ans avant de constater un vrai succès. On peut dire la même chose sur la Corée du Sud ou d’autres pays qui ont une définition spécifique du développement, comme c’est le cas du Cap Vert”. 

“Beaucoup ne voient pas le Cap vert car c’est un petit pays mais il a pourtant l’un des parcours les plus réussis en Afrique", déclare M. Matthews. 

“Au Cap Vert, pour devenir un aimant touristique, ils se sont focalisés sur la création de capacités qui portent sur les infrastructures, le talent etc. Leurs performances sont aujourd’hui meilleures que celles de pays de la même taille ou de la même région”.

Au Bahreïn, la méthode sur laquelle ils travaillent depuis 5 ou 6 ans leur a permis d’avoir “une centaine de personnes au sein du gouvernement qui pensent de la même façon. Il s’agit d’un virus positif de capacités”. 

Cette méthode repose sur la sélection périodique de quelques représentants gouvernementaux de différents secteurs qui apprennent, ensemble et pendant un an, les bases du leadership, du management, etc. 

Ensuite, ils retournent respectivement à leurs postes administratifs, ce qui permet de créer un réseau ou un système de capacités semblables. 

Tags : CSMD

M. Andrews: "Il faut créer des capacités systémiques pour affronter tous les blocages"

Le 19 octobre 2020 à19:55

Modifié le 20 octobre 2020 à 09:15

Lors d'un atelier organisé par la CSMD, Matthew Andrews, professeur à la Harvard Kennedy School of Government, a présenté une approche reposant sur les capacités systémiques pour un développement durable et dynamique. Détails.

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“Très difficile mais possible”. C’est ainsi que Matthew Andrews, professeur à la Harvard Kennedy School of Government décrit son approche, présentée devant la CSMD lors d’un atelier organisé vendredi 16 octobre, sur les défis de mise en oeuvre des politiques publiques.

Selon Ahmed Reda Chami, cette approche va “parfaitement correspondre à la seconde section du rapport pour lequel nous avons été mandatés (sur le nouveau modèle de développement, ndlr), relative à “la méthodologie du changement”. 

“Je dois avouer que nous n’avions pas une telle approche en tête, mais il vaut mieux tard que jamais”, ajoute M. Chami. 

L'approche en question est la PDIA : Problem Driven Iterative Adaptation. Pourquoi intéresse-t-elle autant ? 

D’abord, parce qu’elle consiste en un processus de développement durable et dynamique. Mais aussi parce qu’elle a fait ses preuves dans plusieurs pays, désormais cités comme modèles de réussite. Il s’agit par exemple du Cap Vert ou encore du Bahreïn avec lesquels Matthew Andrews a coopéré dans l'implémentation d’un nouveau modèle de développement. 

Le professeur sud-africain précise qu'auprès de toutes les équipes avec lesquelles il a eu l’occasion de coopérer dans ce sens, cette méthode a connu un taux de réussite de 60 à 70%, ce qui est “énorme” selon lui. 

Il faut créer des capacités systémiques

“J’ai travaillé dans divers pays dans le monde. Des pays qui peinent à gérer certaines problématiques dont une bonne partie porte sur les défis de développement. Parfois, ces problématiques portent sur la difficulté à créer des emplois, l’élargissement de la couverture médicale ou encore sur le fait de passer au-delà de “l’éducation” pour s’assurer que les jeunes apprennent réellement”, explique le professeur. 

“J’ai cru comprendre que le Maroc est confronté à plusieurs de ces problématiques. C’est un pays qui a expérimenté un succès significatif mais limité”, poursuit-il. 

Ce que cette approche vient changer, c’est la façon avec laquelle les défis de développements sont dressés. Car la méthode consistant à lister les nombreux projets à faire avant de les implémenter dans l’objectif de créer un développement a montré ses limites, selon M. Andrews. 

L’approche PDIA “est une différente façon de penser et de faire”. Elle repose sur la création de capacités systémiques, aptes à s’adapter aux problématiques quelle que soit leur nature, car la définition du challenge change avec le temps. 

Il ne s’agit pas de se limiter à façonner des capacités maîtrisant des domaines spécifiques, qui agissent dans le cadre d’une mission déterminée pour une période donnée, mais à créer des capacités prêtes à faire face à différents défis sur différentes périodes de temps. Il s’agit d’aptitudes indépendantes, durables et dynamiques. 

Pour le professeur, les capacités à créer sont diverses. Elles consistent, de manière générale, à affronter tous types d’obstacles, “comme le ferait un entrepreneur”, compare-t-il. 

“Il s’agit entre d’autres de ne pas accepter un “non” comme réponse, de ne jamais baisser les bras ou encore de savoir communiquer, prendre des risques mais aussi jongler, détourner ou supprimer les externalités négatives tel que la corruption, l’informel ou encore la bureaucratie”, explique-t-il. 

“Lorsqu’on développe une nouvelle stratégie, il ne faut pas se borner à lister les projets que nous pensons être réalisables. Parce que nous ne savons pas s’ils le seront, nous ne savons pas non plus si nous serons capables de les implémenter. D’autant plus que, selon nos observations, ce type de projets n’aident pas à créer des capacités systémiques qui assureront la réussite des projets à venir”, ajoute-t-il.  

L’idée est de réunir en équipes les personnes initialement chargées de faire le travail. Celles qui ont été engagées dans ce sens, “qui sont payées pour, qui devaient mieux coordonner afin d’identifier puis résoudre le problème”. 

Pour simplifier son idée, le professeur a présenté une analogie sportive qui repose sur des faits réels. 

Il s’agit de l’incapacité du football africain à percer au niveau mondial, tandis que des joueurs d’origines africaines remportent des coupes (dont la dernière coupe du monde) avec des pays étrangers. Les réussites des pays africains sont éphémères dans le football international, elles ne sont ni dynamiques ni durables et ce, car l’on ne règle pas les problèmes en profondeur au niveau des institutions qui peinent à créer et retenir le talent et les infrastructures. 

Matthew Andrews a également évoqué des exemples concrets de pays avec lesquels il a collaboré, d’autres dont le modèle de réussite correspond à l’approche qu’il défend. 

Du Cap Vert au Bahreïn... Quelques élèves modèles 

En prenant l’exemple de Singapour, le professeur brise un mythe concernant la réussite du pays. 

“Les gens disent souvent que le pays s’est développé car il avait un excellent plan sur un horizon de 5 ans, qui a été implémenté avant qu’un autre soit établi et ainsi de suite depuis 1959 à nos jours. Mais ceci est faux”. 

“La vérité à propos de Singapour est que le premier plan sur 5 ans a été brisé lorsque le pays a été éjecté de la fédération de Malaisie. Ce qu’ils ont fait en réalité c’est de professionnaliser les services, entraîner leurs ressources humaines à exécuter différents types de travail. Ils ont investi dans les infrastructures considérant cela comme un moyen d’obtenir d’intéressantes opportunités etc. Tout cela leur a pris 4, 5 voire 6 ans avant de constater un vrai succès. On peut dire la même chose sur la Corée du Sud ou d’autres pays qui ont une définition spécifique du développement, comme c’est le cas du Cap Vert”. 

“Beaucoup ne voient pas le Cap vert car c’est un petit pays mais il a pourtant l’un des parcours les plus réussis en Afrique", déclare M. Matthews. 

“Au Cap Vert, pour devenir un aimant touristique, ils se sont focalisés sur la création de capacités qui portent sur les infrastructures, le talent etc. Leurs performances sont aujourd’hui meilleures que celles de pays de la même taille ou de la même région”.

Au Bahreïn, la méthode sur laquelle ils travaillent depuis 5 ou 6 ans leur a permis d’avoir “une centaine de personnes au sein du gouvernement qui pensent de la même façon. Il s’agit d’un virus positif de capacités”. 

Cette méthode repose sur la sélection périodique de quelques représentants gouvernementaux de différents secteurs qui apprennent, ensemble et pendant un an, les bases du leadership, du management, etc. 

Ensuite, ils retournent respectivement à leurs postes administratifs, ce qui permet de créer un réseau ou un système de capacités semblables. 

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