Algérie: Bouteflika c'est (presque) fini, report probable des élections

Algérie: Bouteflika c'est (presque) fini, report probable des élections

Le 09 mars 2019 à 08:17

Modifié le 09 mars 2019 à 08:54

Les manifestations ont encore gagné en ampleur ce vendredi 8 mars. Ils étaient des millions dans les rues des grandes villes. Le scénario le plus probable est une invalidation de toutes les candidatures par le conseil constitutionnel et un report des élections, le temps de préparer la transition.

Une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d'Alger et des grandes villes d'Algérie en demandant, pour le troisième vendredi consécutif, au président Abdelaziz Bouteflika de renoncer à un cinquième mandat.

Défiant les mises en garde sur les risques de "chaos" lancées la veille par le chef de l'Etat, hospitalisé à Genève mais qui refusait de céder, la foule a défilé en arborant de grands drapeaux algériens rouge, vert et blanc.

A Alger, la mobilisation a été très largement supérieure à celles des deux précédents vendredi, pourtant déjà impressionnantes, a constaté l'AFP. Mais elle est difficile à chiffrer, les autorités ne donnant aucune évaluation du nombre de protestataires tandis que certains sur les réseaux sociaux évoquent "peut-être des millions", sans source vérifiée.

A Oran et Constantine, respectivement deuxième et troisième villes du pays, la mobilisation a été également très importante, ont rapporté à l'AFP des journalistes de médias algériens sur place.

Des manifestations de grande ampleur ont aussi été signalées dans de nombreuses villes à travers le pays, rapportent des sources sécuritaires, des médias algériens et les réseaux sociaux.

Les places et principales rues du centre d'Alger étaient noires de monde durant des heures et le cortège peinait à avancer en raison de la foule.

Les rassemblements ont coïncidé avec la célébration du 8 mars, Journée internationale des Femmes, et un grand nombre d'entre elles figuraient parmi les manifestants de tous âges qui ont défilé dans le calme, aux cris de "Pouvoir, assassin", ou "Pas de 5e mandat, eh Bouteflika!".

"Ils ont les millions, nous sommes des millions", proclame une pancarte brandie par une femme dans le cortège.

La police a fait usage dans l'après-midi de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour disperser des manifestants qui tentaient de forcer un cordon de police bloquant l'accès à une artère remontant vers la présidence de la République, selon un journaliste de l'AFP.

Alors que le cortège s'est dispersé calmement et que les rues se vidaient à la tombée de la nuit, des heurts opposaient, comme les deux semaines passées à la fin de la manifestation, de petits groupes de jeunes aux policiers bloquant cette artère.

Aucun autre incident notable n'a été signalé et la manifestation s'est déroulée dans une ambiance festive, en présence de nombreuses familles avec enfants, en l'absence de policiers pourtant initialement présents en force, mais qui se sont retirés face au nombre des marcheurs.

 "Du jamais vu" 

A Oran, toute la ville "est sortie, c'est du jamais vu", a rapporté un journaliste, faisant état d'une mobilisation beaucoup plus importante que les deux précédents vendredis. Enormément de femmes sont présentes, pratiquement la moitié des manifestants, a-t-il ajouté.

A Constantine, aussi, "il y a une très grosse mobilisation" et "beaucoup plus de monde" que les 22 février et 1er mars, selon un journaliste sur place.

Un journaliste local a également parlé à l'AFP d'une foule "impressionnante" à Annaba, quatrième ville du pays.

La mobilisation était également qualifiée d'"impressionnante" à Béjaïa, dans la région de Kabylie (nord).

Des sources sécuritaires ont signalé des marches "massives" à Tizi-Ouzou, autre ville de Kabylie, Tiaret et Mascara (nord-ouest). D'autres manifestations ont été également enregistrées à Ghardaïa (centre), M'sila (nord), Sidi bel Abbes et Tlemcen (nord-ouest), selon ces sources.

  "Soyez beaux"

Aucun incident n'a été signalé en province. En plus des appels à la mobilisation, sous le hashtag "#Mouvement_du_8_Mars", ont également circulé sur les réseaux sociaux les "18 commandements des marcheurs du 8 mars", rappelant le mot d'ordre de manifestation "pacifique".

Parmi ces commandements écrits par le poète et écrivain Lazhari Labter: "Pacifiquement et tranquillement je marcherai", "A aucune provocation je ne répondrai", "Pas une pierre je ne jetterai, "Après la marche (...) je nettoierai".

Les Algériens ont fait peu de cas vendredi du message que leur a adressé la veille M. Bouteflika, 82 ans, hospitalisé en Suisse depuis plus de dix jours et dont le retour au pays n'a toujours pas été annoncé.

Vendredi, l'homme d'affaires controversé Rachid Nekkaz, qui voulait se présenter à l'élection présidentielle, a été arrêté par la police en tentant de pénétrer dans l'hôpital genevois où est soigné M. Bouteflika.

Le chef de l'Etat, présenté par ses partisans comme le garant de la paix dans le pays après les années de guerre civile (1992-2002), a mis en garde dans son message, sans les nommer, contre les ennemis "insidieux" et ceux "qui conspirent" contre l'Algérie et veulent semer "le chaos".

En creux, le chef de l'Etat, très diminué par les séquelles d'un AVC dont il a été victime en 2013, réaffirme qu'il n'entend pas renoncer à briguer un 5e mandat lors de la présidentielle du 18 avril.

La rue algérienne montre vendredi qu'elle n'est pas prête à céder non plus.

"Ce vendredi 8 mars 2019 doit être un jour de fête, mettez vos plus beaux habits, soyez beaux pour l'Algérie, qu'elle soit fière de ses enfants" demandait avant les manifestations une internaute, Samira Kada, sur son compte Facebook.

Tags : algérie

Algérie: Bouteflika c'est (presque) fini, report probable des élections

Le 09 mars 2019 à08:17

Modifié le 09 mars 2019 à 08:54

Les manifestations ont encore gagné en ampleur ce vendredi 8 mars. Ils étaient des millions dans les rues des grandes villes. Le scénario le plus probable est une invalidation de toutes les candidatures par le conseil constitutionnel et un report des élections, le temps de préparer la transition.

Une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d'Alger et des grandes villes d'Algérie en demandant, pour le troisième vendredi consécutif, au président Abdelaziz Bouteflika de renoncer à un cinquième mandat.

Défiant les mises en garde sur les risques de "chaos" lancées la veille par le chef de l'Etat, hospitalisé à Genève mais qui refusait de céder, la foule a défilé en arborant de grands drapeaux algériens rouge, vert et blanc.

A Alger, la mobilisation a été très largement supérieure à celles des deux précédents vendredi, pourtant déjà impressionnantes, a constaté l'AFP. Mais elle est difficile à chiffrer, les autorités ne donnant aucune évaluation du nombre de protestataires tandis que certains sur les réseaux sociaux évoquent "peut-être des millions", sans source vérifiée.

A Oran et Constantine, respectivement deuxième et troisième villes du pays, la mobilisation a été également très importante, ont rapporté à l'AFP des journalistes de médias algériens sur place.

Des manifestations de grande ampleur ont aussi été signalées dans de nombreuses villes à travers le pays, rapportent des sources sécuritaires, des médias algériens et les réseaux sociaux.

Les places et principales rues du centre d'Alger étaient noires de monde durant des heures et le cortège peinait à avancer en raison de la foule.

Les rassemblements ont coïncidé avec la célébration du 8 mars, Journée internationale des Femmes, et un grand nombre d'entre elles figuraient parmi les manifestants de tous âges qui ont défilé dans le calme, aux cris de "Pouvoir, assassin", ou "Pas de 5e mandat, eh Bouteflika!".

"Ils ont les millions, nous sommes des millions", proclame une pancarte brandie par une femme dans le cortège.

La police a fait usage dans l'après-midi de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour disperser des manifestants qui tentaient de forcer un cordon de police bloquant l'accès à une artère remontant vers la présidence de la République, selon un journaliste de l'AFP.

Alors que le cortège s'est dispersé calmement et que les rues se vidaient à la tombée de la nuit, des heurts opposaient, comme les deux semaines passées à la fin de la manifestation, de petits groupes de jeunes aux policiers bloquant cette artère.

Aucun autre incident notable n'a été signalé et la manifestation s'est déroulée dans une ambiance festive, en présence de nombreuses familles avec enfants, en l'absence de policiers pourtant initialement présents en force, mais qui se sont retirés face au nombre des marcheurs.

 "Du jamais vu" 

A Oran, toute la ville "est sortie, c'est du jamais vu", a rapporté un journaliste, faisant état d'une mobilisation beaucoup plus importante que les deux précédents vendredis. Enormément de femmes sont présentes, pratiquement la moitié des manifestants, a-t-il ajouté.

A Constantine, aussi, "il y a une très grosse mobilisation" et "beaucoup plus de monde" que les 22 février et 1er mars, selon un journaliste sur place.

Un journaliste local a également parlé à l'AFP d'une foule "impressionnante" à Annaba, quatrième ville du pays.

La mobilisation était également qualifiée d'"impressionnante" à Béjaïa, dans la région de Kabylie (nord).

Des sources sécuritaires ont signalé des marches "massives" à Tizi-Ouzou, autre ville de Kabylie, Tiaret et Mascara (nord-ouest). D'autres manifestations ont été également enregistrées à Ghardaïa (centre), M'sila (nord), Sidi bel Abbes et Tlemcen (nord-ouest), selon ces sources.

  "Soyez beaux"

Aucun incident n'a été signalé en province. En plus des appels à la mobilisation, sous le hashtag "#Mouvement_du_8_Mars", ont également circulé sur les réseaux sociaux les "18 commandements des marcheurs du 8 mars", rappelant le mot d'ordre de manifestation "pacifique".

Parmi ces commandements écrits par le poète et écrivain Lazhari Labter: "Pacifiquement et tranquillement je marcherai", "A aucune provocation je ne répondrai", "Pas une pierre je ne jetterai, "Après la marche (...) je nettoierai".

Les Algériens ont fait peu de cas vendredi du message que leur a adressé la veille M. Bouteflika, 82 ans, hospitalisé en Suisse depuis plus de dix jours et dont le retour au pays n'a toujours pas été annoncé.

Vendredi, l'homme d'affaires controversé Rachid Nekkaz, qui voulait se présenter à l'élection présidentielle, a été arrêté par la police en tentant de pénétrer dans l'hôpital genevois où est soigné M. Bouteflika.

Le chef de l'Etat, présenté par ses partisans comme le garant de la paix dans le pays après les années de guerre civile (1992-2002), a mis en garde dans son message, sans les nommer, contre les ennemis "insidieux" et ceux "qui conspirent" contre l'Algérie et veulent semer "le chaos".

En creux, le chef de l'Etat, très diminué par les séquelles d'un AVC dont il a été victime en 2013, réaffirme qu'il n'entend pas renoncer à briguer un 5e mandat lors de la présidentielle du 18 avril.

La rue algérienne montre vendredi qu'elle n'est pas prête à céder non plus.

"Ce vendredi 8 mars 2019 doit être un jour de fête, mettez vos plus beaux habits, soyez beaux pour l'Algérie, qu'elle soit fière de ses enfants" demandait avant les manifestations une internaute, Samira Kada, sur son compte Facebook.

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