Maroc: Le recours aux tests sérologiques fortement rejeté dans les milieux médicaux

Dans les milieux de la médecine directement concernés par la lutte anti-Covid, les changements introduits par la circulaire 64 DHSA du 13 aout 2020 sont critiqués. Les anesthésistes réanimateurs, à travers leurs associations ont adressé un courrier au contenu virulent au ministre de la Santé. Mais la déception et le désaccord débordent largement les rangs des réanimateurs.

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Maroc: Le recours aux tests sérologiques fortement rejeté dans les milieux médicaux (Photo MAP)

Le 15 août 2020 à 12:23

Modifié le 16 août 2020 à 08:59

Reprenons les choses dans le bon ordre. La "flambée" de cas de Covid-19 au Maroc est en grande partie imputée par des praticiens marocains, à la lenteur du diagnostic, au retard du démarrage du traitement et à la longueur du parcours du patient ou du cas possible ou suspect.

Cette idée a fini par s'imposer fortement et faire consensus ou presque au sein du corps médical. Les discussions transversales se sont multipliées sous la houlette de personnalités connues. L'idée était de rendre la détection réellement précoce, dans les faits et de changer les circuits en décentralisant davantage, en impliquant les pharmaciens d'officine, les médecins de libre pratique et l'administration territoriale pour accélérer les prélèvements, les résultats des tests PCR dont il faut augmenter la capacité et enfin démarrer le "traitement au plus vite".

Par exemple, les pharmaciens d'officine, confrontés à un doute (par exemple une personne qui souffre de perte d'odorat), remplissent une fiche sur un carnet à souche et adressent cette personne à un centre de soins. Dans ce centre, elle est prise en charge et après examen clinique sur place, subit un prélèvement pour un test PCR. Entretemps, le cas suspect ou possible doit s'isoler et l'administration territoriale est prévenue. En cas de positivité du test, démarrage immédiat du protocole thérapeutique officiel après ECG et bilan et information de nouveau de l'administration territoriale. Le patient sera isolé chez lui ou hospitalisé en fonction de son état et des conditions posées par la circulaire 63 DELM.

Dans le cas d'un médecin généraliste par exemple ou un médecin du travail, un carnet à souche identique est utilisé, dans lequel l'adresse et le contact téléphonique sont renseignés. L'installation de Wyqaytna sur le téléphone personnel est réalisée. La seule différence avec les pharmaciens d'officine, c'est que les médecins sont censés suivre le malade si jamais on opte pour un suivi à domicile.

Ces nouveaux circuits sont censés faire gagner au moins 4 à 5 jours dans la détection des cas de Covid-19 et le démarrage du traitement. Dans le circuit actuel, le délai jusqu'au démarrage du protocole est de 7 à 9 jours.

Le mardi 11 aout, un webinaire organisé par la Société Marocaine des sciences médicales semble avoir validé cette approche qui faisait consensus.

Le premier intervenant fut le ministre de la Santé qui a annoncé que les centres de santé de proximité allaient être mis à contribution, ainsi que les médecins généralistes, les pharmaciens d'officine et l'administration territoriale. Tous les autres intervenants ou presque ont évoqué les retards dans la prise en charge des cas, chacun à sa manière.

Deux jours plus tard, le jeudi13 aout, la circulaire 64 DHSA est venue confirmer le changement de stratégie vers une décentralisation par le recours aux ESSP (établissements de soins de santé primaires, ou dispensaires de quartiers), le rôle de sentinelle dévolu aux pharmaciens d'officine, aux médecins de libre pratique et aux médecins du travail, ainsi qu'à l'administration territoriale. Le seul hic, c'est que dans la circulaire, il n'était pas question de tests PCR mais de tests sérologiques rapides.

Le premier à dénoncer ce choix des tests sérologiques fut à notre connaissance Youssef Oulhote, l'expert marocain bien connu. Il a expliqué sur Twitter que les tests sérologiques ne peuvent pas être utilisés pour des décisions individuelles sans compter leurs insuffisances en matière de diagnostic. Bref, l'objectif de réduire les délais n'allait pas être atteint.

Le lendemain vendredi 14 aout, jour férié, les échanges intra-médicaux se sont multipliés. En fin de journée, deux associations crédibles, renommées et en première ligne dans la lutte anti-Covid, la SMMU (Société marocaine de médecine d'urgence, présidée par le Pr Belyamani) et la SMAR (Société marocaine d'anesthésie, d'analgésie et de réanimation, présidée par Dr El Kohen) ont adressé au ministre un courrier critique contre la circulaire 64 DHSA.
Les deux associations écrivent: "Cette circulaire fut le sujet d'une polémique nationale et a suscité beaucoup de discussions parmi les experts et intervenants directs sur le terrain, quant à sa non rationalité en rapport avec les données scientifiques et la réalité socio-culturelle des Marocains".

Le courrier cible deux points:

1. le recours aux tests sérologiques: Ces derniers doivent être réservés exclusivement à la surveillance épidémiologique et en complément aux tests PCR ou tests virologiques. "Orienter les malades à domicile sur la base de tests sérologiques, négatifs dans la phase virale de la maladie, sans tenir compte de l'état clinique, exposera à des retards de prise en charge et par conséquent à de la surmortalité", lit-on dans le courrier. "Un test rapide négatif dans la phase précoce, méconnaît les porteurs du virus, sources de transmission de la maladie, d'explosion épidémiologique et d'apparition de formes graves au pronostic sombre, nécessitant l'hospitalisation dans les services de réanimation".

2. "L'implication des ESSP dans le dépistage est nécessaire mais leur intégration dans la prise en charge de la maladie Covid-19 selon le modèle proposé dans la circulaire sera à l'origine d'éclosion de clusters par multiplication des parcours et des lieux de rassemblement".

Le courrier se termine par une recommandation sur le "rôle du ministère" qui doit notamment "prendre en compte l'avis des experts nationaux et des intervenants directs sur le terrain, en impliquant et faisant confiance à tous les praticiens, publics et privés avec libération de la prescription médicamenteuse selon le protocole en vigueur".

Voici le fac-similé de la lettre:

(Photo MAP)

Maroc: Le recours aux tests sérologiques fortement rejeté dans les milieux médicaux

Le 15 août 2020 à13:13

Modifié le 16 août 2020 à 08:59

Dans les milieux de la médecine directement concernés par la lutte anti-Covid, les changements introduits par la circulaire 64 DHSA du 13 aout 2020 sont critiqués. Les anesthésistes réanimateurs, à travers leurs associations ont adressé un courrier au contenu virulent au ministre de la Santé. Mais la déception et le désaccord débordent largement les rangs des réanimateurs.

Reprenons les choses dans le bon ordre. La "flambée" de cas de Covid-19 au Maroc est en grande partie imputée par des praticiens marocains, à la lenteur du diagnostic, au retard du démarrage du traitement et à la longueur du parcours du patient ou du cas possible ou suspect.

Cette idée a fini par s'imposer fortement et faire consensus ou presque au sein du corps médical. Les discussions transversales se sont multipliées sous la houlette de personnalités connues. L'idée était de rendre la détection réellement précoce, dans les faits et de changer les circuits en décentralisant davantage, en impliquant les pharmaciens d'officine, les médecins de libre pratique et l'administration territoriale pour accélérer les prélèvements, les résultats des tests PCR dont il faut augmenter la capacité et enfin démarrer le "traitement au plus vite".

Par exemple, les pharmaciens d'officine, confrontés à un doute (par exemple une personne qui souffre de perte d'odorat), remplissent une fiche sur un carnet à souche et adressent cette personne à un centre de soins. Dans ce centre, elle est prise en charge et après examen clinique sur place, subit un prélèvement pour un test PCR. Entretemps, le cas suspect ou possible doit s'isoler et l'administration territoriale est prévenue. En cas de positivité du test, démarrage immédiat du protocole thérapeutique officiel après ECG et bilan et information de nouveau de l'administration territoriale. Le patient sera isolé chez lui ou hospitalisé en fonction de son état et des conditions posées par la circulaire 63 DELM.

Dans le cas d'un médecin généraliste par exemple ou un médecin du travail, un carnet à souche identique est utilisé, dans lequel l'adresse et le contact téléphonique sont renseignés. L'installation de Wyqaytna sur le téléphone personnel est réalisée. La seule différence avec les pharmaciens d'officine, c'est que les médecins sont censés suivre le malade si jamais on opte pour un suivi à domicile.

Ces nouveaux circuits sont censés faire gagner au moins 4 à 5 jours dans la détection des cas de Covid-19 et le démarrage du traitement. Dans le circuit actuel, le délai jusqu'au démarrage du protocole est de 7 à 9 jours.

Le mardi 11 aout, un webinaire organisé par la Société Marocaine des sciences médicales semble avoir validé cette approche qui faisait consensus.

Le premier intervenant fut le ministre de la Santé qui a annoncé que les centres de santé de proximité allaient être mis à contribution, ainsi que les médecins généralistes, les pharmaciens d'officine et l'administration territoriale. Tous les autres intervenants ou presque ont évoqué les retards dans la prise en charge des cas, chacun à sa manière.

Deux jours plus tard, le jeudi13 aout, la circulaire 64 DHSA est venue confirmer le changement de stratégie vers une décentralisation par le recours aux ESSP (établissements de soins de santé primaires, ou dispensaires de quartiers), le rôle de sentinelle dévolu aux pharmaciens d'officine, aux médecins de libre pratique et aux médecins du travail, ainsi qu'à l'administration territoriale. Le seul hic, c'est que dans la circulaire, il n'était pas question de tests PCR mais de tests sérologiques rapides.

Le premier à dénoncer ce choix des tests sérologiques fut à notre connaissance Youssef Oulhote, l'expert marocain bien connu. Il a expliqué sur Twitter que les tests sérologiques ne peuvent pas être utilisés pour des décisions individuelles sans compter leurs insuffisances en matière de diagnostic. Bref, l'objectif de réduire les délais n'allait pas être atteint.

Le lendemain vendredi 14 aout, jour férié, les échanges intra-médicaux se sont multipliés. En fin de journée, deux associations crédibles, renommées et en première ligne dans la lutte anti-Covid, la SMMU (Société marocaine de médecine d'urgence, présidée par le Pr Belyamani) et la SMAR (Société marocaine d'anesthésie, d'analgésie et de réanimation, présidée par Dr El Kohen) ont adressé au ministre un courrier critique contre la circulaire 64 DHSA.
Les deux associations écrivent: "Cette circulaire fut le sujet d'une polémique nationale et a suscité beaucoup de discussions parmi les experts et intervenants directs sur le terrain, quant à sa non rationalité en rapport avec les données scientifiques et la réalité socio-culturelle des Marocains".

Le courrier cible deux points:

1. le recours aux tests sérologiques: Ces derniers doivent être réservés exclusivement à la surveillance épidémiologique et en complément aux tests PCR ou tests virologiques. "Orienter les malades à domicile sur la base de tests sérologiques, négatifs dans la phase virale de la maladie, sans tenir compte de l'état clinique, exposera à des retards de prise en charge et par conséquent à de la surmortalité", lit-on dans le courrier. "Un test rapide négatif dans la phase précoce, méconnaît les porteurs du virus, sources de transmission de la maladie, d'explosion épidémiologique et d'apparition de formes graves au pronostic sombre, nécessitant l'hospitalisation dans les services de réanimation".

2. "L'implication des ESSP dans le dépistage est nécessaire mais leur intégration dans la prise en charge de la maladie Covid-19 selon le modèle proposé dans la circulaire sera à l'origine d'éclosion de clusters par multiplication des parcours et des lieux de rassemblement".

Le courrier se termine par une recommandation sur le "rôle du ministère" qui doit notamment "prendre en compte l'avis des experts nationaux et des intervenants directs sur le terrain, en impliquant et faisant confiance à tous les praticiens, publics et privés avec libération de la prescription médicamenteuse selon le protocole en vigueur".

Voici le fac-similé de la lettre:

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