Métallurgie: les investissements ont baissé de plus de 57% depuis 2010

Les investissements dans le secteur de la métallurgie sont passés de 3,5 milliards de dirhams en 2010 à moins de 1,5 milliard à partir de 2016. Une morosité qui n’affecte pourtant pas les emplois, restés stable autour d’un effectif de 90.000 personnes. Les professionnels des IMME réclament une intervention urgente des pouvoirs publics pour sauver la situation.

Le 12 juillet 2019 à 15:50

Modifié le 12 juillet 2019 à 16:11

Représentés par la FIMME (Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques), les industriels de la métallurgie se sont réunis jeudi 11 juillet à Casablanca pour discuter de la situation du secteur.

La fédération représente 1.600 entreprises opérant dans 9 filières : sidérurgie, tubes et profilés, fonderie, chaudronnerie et construction métallique, meubles et articles de ménage, mécanique, équipement mécanique, construction et réparation navale, galvanisation.

L’ensemble de ces filières contribuent, selon les chiffres de la FIMME, à hauteur de 3,6% au PIB, produisent tous les ans 0,1 point de croissance et représentent 15% de l’ensemble des emplois industriels du pays.

Mais tout cela risque tout bonnement de "disparaître", alertent les professionnels du secteur chiffres à l’appui.

Baisse des investissements et des revenus, mais stagnation des emplois

Plafonnant à 3,5 milliards de dirhams en 2010, les investissements dans cette industrie ont connu une forte chute pour descendre sous la barre des 1,5 milliard de dirhams en 2016, soit une baisse de plus de 57%.

Un repli qui contraste avec la tendance d’avant 2010, où les investissements ont crû de 40% sur la période 2005-2010.

Cette tendance se reflète également sur les revenus du secteur. Après avoir connu une forte croissance entre 2005 et 2011 (+100% à 50 milliards de dirhams), le chiffre d’affaires des IMME a entamé une tendance baissière descendant à partir de 2016 sous la barre des 45 milliards de dirhams.

Fait surprenant : cette chute des investissements et des revenus n’a pas entamé les emplois.

Partis d’un effectif de 43.000 personnes en 2005, les emplois ont atteint un pic de 90.000 en 2014. Un niveau resté quasi stable malgré la chute des investissements et des revenus. Ce qui témoigne selon les représentants de la FIMME de la capacité du secteur à non seulement créer des emplois industriels durables, mais à les sauvegarder en cas de retournement de cycle.

« Si l’emploi a stagné, c’est qu’on est un secteur patriote. Nous ne faisons pas travailler de simples ouvriers mais des métiers, un savoir faire. Si on commence à dégarnir les effectifs parce que le chiffre d’affaires baisse, le jour où on sera appelé à répondre à une demande, on ne trouvera pas les gens du métier. On est donc obligé de continuer à payer les salaires pour sauvegarder les métiers, le savoir faire. Il est très difficile pour nous de dégraisser les effectifs », explique Tarik Aitri, président de la FIMME.

Investissements, chiffre d’affaires, emploi…les graphes ci-dessous illustrent l’évolution des agrégats du secteur sur la dernière décennie :

(Source: FIMME)

La protection de Maghreb Steel à l’index

Pour expliquer ce retournement de tendance entamé depuis 2010, les opérateurs du secteur évoquent plusieurs problématiques : l’accès à la commande publique, l’absence de la préférence nationale dans les projets structurants, la faible compétitivité des entreprises du secteur, la surcapacité de production de plusieurs filières, la faible consommation d’acier au Maroc par rapport à des pays comparables, les pratiques de concurrence déloyale ainsi que d’autres problèmes transverses liés à l’économie nationale comme la problématique des délais de paiement, la pression fiscale, l’accès au financement…

Deux points en particulier concentrent tous les débats : l’absence de préférence nationale dans les grands projets portés par les établissements publics (OCP, ONHYM, ONEE, MASEN, ANP, ADM…) et la compétitivité des acteurs de cette industrie, mise à rude épreuve par les mesures de protection concédées par l’Etat à Maghreb Steel, unique fournisseur national d’acier plat.

Deux choses intimement liées selon Chafiq Essakalli, PDG des Chantiers & Ateliers du Maroc, une des entreprises du secteur : « La préférence nationale suppose la compétitivité. C’est insensé de demander à quelqu’un d’acheter plus cher ce qu’il peut acheter ailleurs à un prix moindre. Il faut que notre produit soit d’abord compétitif pour exiger la préférence nationale aux donneurs d’ordre. Mais nous ne pouvons pas justement être compétitifs si on nous oblige, par cette protection accordée à Maghreb Steel, à acheter la matière première à un prix élevé par rapport aux niveaux pratiqués sur le marché international », tonne-t-il.

La protection de Maghreb Steel qui est en passe d’être reconduite dans les mois à venir est le nœud du problème. 

Nous avons réservé plusieurs articles à ce sujet, démontrant que la protection de Maghreb Steel obère la compétitivité de toute la chaîne de valeur des IMME.

>> Lire à ce propos :

Lecture à chaud des mesures de sauvegarde envisagées pour Maghreb Steel

Maghreb Steel: les métallurgistes s'opposent fermement à une nouvelle mesure de sauvegarde 

Protéger toutes les filières : une mission impossible ?

Mais le DG de Maghreb Steel, Hatim Senhaji, a un autre avis et l’a exprimé lors de cette plénière de la FIMME dont l’entreprise de la famille Sekkat fait également partie.

« On s’est réuni en décembre dernier avec le bureau de la FIMME et on a proposé qu’on travaille ensemble pour demander des mesures de protection couvrant toutes les industries des IMME, de l’amont à l’aval. Mais les choses n’ont pas abouti… », se désole-t-il.

Cette solution reste toujours d’actualité, affirme Hatim Senhaji. C’est pour lui l’unique issue à ce différend. Car ne pas reconduire la protection de Maghreb Steel reviendrait à tuer cette entreprise et aller à contre-sens de l’histoire, affirme-t-il : « Tous les pays du monde ont choisi de protéger leur industrie de l’acier, y compris les USA et l’UE. Le Maroc ne peut pas rester en dehors de cette tendance mondiale ».

Protéger la matière première (l’acier plat de Maghreb Steel) sans protection du produit fini est en effet un non-sens économique. Cela sauvegarde les intérêts du fournisseur de la matière première mais expose toutes les filières des IMME à la concurrence étrangère. D’autant que ces industries perdent toute compétitivité en raison du renchérissement de la matière première imposé par le bouclier antidumping et autres mesures de sauvegarde instaurées par le gouvernement.

Un tubiste donne un exemple parlant : « J’achète aujourd’hui l’acier à 15 DH chez Maghreb Steel, mais le tube qui est mon produit final vient de Turquie à 9 DH. Si je continue comme ça, je ferme boutique ».

Protéger le produit fini paraît donc une solution efficace, mais impossible à mettre en place selon le président de la FIMME.

« Il est techniquement impossible de protéger le marché des IMME pour la simple raison que les produits des IMME sont presque infinis. Il est donc très facile de détourner la loi. Qu’est-ce qu’on va protéger au juste ? Jusqu’à quel niveau peut-on descendre ? La chaine de valeur est énorme, illimitée. Elle va du tube à la chaudronnerie, en passant par les biens d’équipement, l’électroménager, le mobilier, les bouteilles de gaz, l’industrie navale, le ferroviaire…», explique Tarik Aitri.

Même opinion soutenue par Chafiq Essakalli : « On ne peut pas protéger un chaudronnier, c’est impossible. Il y a une multitude de produits. La seule solution, c’est qu’on soit compétitif. Et pour être compétitif, les intrants doivent être au niveau du marché international. Si Maghreb Steel nous propose demain des prix raisonnables, il est évident qu’on ira chez lui. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ».

Un avis que le patron de Maghreb Steel a tenté de nuancer en proposant simplement de « plagier » ce qui se fait ailleurs : « Des pays protègent déjà leurs produits. Il suffit de prendre la liste des mêmes codes douaniers et faire la même chose. Cela peut déjà couvrir 80 à 90% des produits des IMME. On pourra ensuite travailler sur le reste des produits. Il faut essayer d’abord avant de dire que c’est impossible », rétorque-t-il.

Un débat où les arguments des uns comme des autres se tiennent et que seul le département du commerce extérieur peut trancher.

En attendant, la fédération des IMME campe sur sa position et revendique le rejet par le ministère de la demande de reconduction de la protection douanière introduite par Maghreb Steel.

Métallurgie: les investissements ont baissé de plus de 57% depuis 2010

Le 12 juillet 2019 à15:54

Modifié le 12 juillet 2019 à 16:11

Les investissements dans le secteur de la métallurgie sont passés de 3,5 milliards de dirhams en 2010 à moins de 1,5 milliard à partir de 2016. Une morosité qui n’affecte pourtant pas les emplois, restés stable autour d’un effectif de 90.000 personnes. Les professionnels des IMME réclament une intervention urgente des pouvoirs publics pour sauver la situation.

Représentés par la FIMME (Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques), les industriels de la métallurgie se sont réunis jeudi 11 juillet à Casablanca pour discuter de la situation du secteur.

La fédération représente 1.600 entreprises opérant dans 9 filières : sidérurgie, tubes et profilés, fonderie, chaudronnerie et construction métallique, meubles et articles de ménage, mécanique, équipement mécanique, construction et réparation navale, galvanisation.

L’ensemble de ces filières contribuent, selon les chiffres de la FIMME, à hauteur de 3,6% au PIB, produisent tous les ans 0,1 point de croissance et représentent 15% de l’ensemble des emplois industriels du pays.

Mais tout cela risque tout bonnement de "disparaître", alertent les professionnels du secteur chiffres à l’appui.

Baisse des investissements et des revenus, mais stagnation des emplois

Plafonnant à 3,5 milliards de dirhams en 2010, les investissements dans cette industrie ont connu une forte chute pour descendre sous la barre des 1,5 milliard de dirhams en 2016, soit une baisse de plus de 57%.

Un repli qui contraste avec la tendance d’avant 2010, où les investissements ont crû de 40% sur la période 2005-2010.

Cette tendance se reflète également sur les revenus du secteur. Après avoir connu une forte croissance entre 2005 et 2011 (+100% à 50 milliards de dirhams), le chiffre d’affaires des IMME a entamé une tendance baissière descendant à partir de 2016 sous la barre des 45 milliards de dirhams.

Fait surprenant : cette chute des investissements et des revenus n’a pas entamé les emplois.

Partis d’un effectif de 43.000 personnes en 2005, les emplois ont atteint un pic de 90.000 en 2014. Un niveau resté quasi stable malgré la chute des investissements et des revenus. Ce qui témoigne selon les représentants de la FIMME de la capacité du secteur à non seulement créer des emplois industriels durables, mais à les sauvegarder en cas de retournement de cycle.

« Si l’emploi a stagné, c’est qu’on est un secteur patriote. Nous ne faisons pas travailler de simples ouvriers mais des métiers, un savoir faire. Si on commence à dégarnir les effectifs parce que le chiffre d’affaires baisse, le jour où on sera appelé à répondre à une demande, on ne trouvera pas les gens du métier. On est donc obligé de continuer à payer les salaires pour sauvegarder les métiers, le savoir faire. Il est très difficile pour nous de dégraisser les effectifs », explique Tarik Aitri, président de la FIMME.

Investissements, chiffre d’affaires, emploi…les graphes ci-dessous illustrent l’évolution des agrégats du secteur sur la dernière décennie :

(Source: FIMME)

La protection de Maghreb Steel à l’index

Pour expliquer ce retournement de tendance entamé depuis 2010, les opérateurs du secteur évoquent plusieurs problématiques : l’accès à la commande publique, l’absence de la préférence nationale dans les projets structurants, la faible compétitivité des entreprises du secteur, la surcapacité de production de plusieurs filières, la faible consommation d’acier au Maroc par rapport à des pays comparables, les pratiques de concurrence déloyale ainsi que d’autres problèmes transverses liés à l’économie nationale comme la problématique des délais de paiement, la pression fiscale, l’accès au financement…

Deux points en particulier concentrent tous les débats : l’absence de préférence nationale dans les grands projets portés par les établissements publics (OCP, ONHYM, ONEE, MASEN, ANP, ADM…) et la compétitivité des acteurs de cette industrie, mise à rude épreuve par les mesures de protection concédées par l’Etat à Maghreb Steel, unique fournisseur national d’acier plat.

Deux choses intimement liées selon Chafiq Essakalli, PDG des Chantiers & Ateliers du Maroc, une des entreprises du secteur : « La préférence nationale suppose la compétitivité. C’est insensé de demander à quelqu’un d’acheter plus cher ce qu’il peut acheter ailleurs à un prix moindre. Il faut que notre produit soit d’abord compétitif pour exiger la préférence nationale aux donneurs d’ordre. Mais nous ne pouvons pas justement être compétitifs si on nous oblige, par cette protection accordée à Maghreb Steel, à acheter la matière première à un prix élevé par rapport aux niveaux pratiqués sur le marché international », tonne-t-il.

La protection de Maghreb Steel qui est en passe d’être reconduite dans les mois à venir est le nœud du problème. 

Nous avons réservé plusieurs articles à ce sujet, démontrant que la protection de Maghreb Steel obère la compétitivité de toute la chaîne de valeur des IMME.

>> Lire à ce propos :

Lecture à chaud des mesures de sauvegarde envisagées pour Maghreb Steel

Maghreb Steel: les métallurgistes s'opposent fermement à une nouvelle mesure de sauvegarde 

Protéger toutes les filières : une mission impossible ?

Mais le DG de Maghreb Steel, Hatim Senhaji, a un autre avis et l’a exprimé lors de cette plénière de la FIMME dont l’entreprise de la famille Sekkat fait également partie.

« On s’est réuni en décembre dernier avec le bureau de la FIMME et on a proposé qu’on travaille ensemble pour demander des mesures de protection couvrant toutes les industries des IMME, de l’amont à l’aval. Mais les choses n’ont pas abouti… », se désole-t-il.

Cette solution reste toujours d’actualité, affirme Hatim Senhaji. C’est pour lui l’unique issue à ce différend. Car ne pas reconduire la protection de Maghreb Steel reviendrait à tuer cette entreprise et aller à contre-sens de l’histoire, affirme-t-il : « Tous les pays du monde ont choisi de protéger leur industrie de l’acier, y compris les USA et l’UE. Le Maroc ne peut pas rester en dehors de cette tendance mondiale ».

Protéger la matière première (l’acier plat de Maghreb Steel) sans protection du produit fini est en effet un non-sens économique. Cela sauvegarde les intérêts du fournisseur de la matière première mais expose toutes les filières des IMME à la concurrence étrangère. D’autant que ces industries perdent toute compétitivité en raison du renchérissement de la matière première imposé par le bouclier antidumping et autres mesures de sauvegarde instaurées par le gouvernement.

Un tubiste donne un exemple parlant : « J’achète aujourd’hui l’acier à 15 DH chez Maghreb Steel, mais le tube qui est mon produit final vient de Turquie à 9 DH. Si je continue comme ça, je ferme boutique ».

Protéger le produit fini paraît donc une solution efficace, mais impossible à mettre en place selon le président de la FIMME.

« Il est techniquement impossible de protéger le marché des IMME pour la simple raison que les produits des IMME sont presque infinis. Il est donc très facile de détourner la loi. Qu’est-ce qu’on va protéger au juste ? Jusqu’à quel niveau peut-on descendre ? La chaine de valeur est énorme, illimitée. Elle va du tube à la chaudronnerie, en passant par les biens d’équipement, l’électroménager, le mobilier, les bouteilles de gaz, l’industrie navale, le ferroviaire…», explique Tarik Aitri.

Même opinion soutenue par Chafiq Essakalli : « On ne peut pas protéger un chaudronnier, c’est impossible. Il y a une multitude de produits. La seule solution, c’est qu’on soit compétitif. Et pour être compétitif, les intrants doivent être au niveau du marché international. Si Maghreb Steel nous propose demain des prix raisonnables, il est évident qu’on ira chez lui. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ».

Un avis que le patron de Maghreb Steel a tenté de nuancer en proposant simplement de « plagier » ce qui se fait ailleurs : « Des pays protègent déjà leurs produits. Il suffit de prendre la liste des mêmes codes douaniers et faire la même chose. Cela peut déjà couvrir 80 à 90% des produits des IMME. On pourra ensuite travailler sur le reste des produits. Il faut essayer d’abord avant de dire que c’est impossible », rétorque-t-il.

Un débat où les arguments des uns comme des autres se tiennent et que seul le département du commerce extérieur peut trancher.

En attendant, la fédération des IMME campe sur sa position et revendique le rejet par le ministère de la demande de reconduction de la protection douanière introduite par Maghreb Steel.

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