MHE : En 20 ans, le Maroc a connu des avancées économiques fulgurantes

VERBATIM. Bilan économique des 20 dernières années, diversification des partenaires internationaux, les dessous de la coopération avec la Chine, le prochain PAI, la compétitivité du pays, le nouveau modèle de développement… Moulay Hafid Elalamy s’exprime sur l’essentiel des enjeux économiques du Maroc et livre sa vision des prochaines transformations.

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Le 26 juillet 2019 à 12:25

Modifié le 26 juillet 2019 à 13:43

Lors de la conférence organisée, mercredi 17 juillet à Rabat, par le RNI à l’occasion des 20 ans de règne du Roi Mohammed VI, le ministre de l'Industrie, de l'Investissement, du Commerce et de l'Économie numérique est revenu sur les avancées du pays en matière de développement économique au cours des deux dernières décennies en les qualifiant de “fulgurantes“.

Moulay Hafid Elalamy estime, par ailleurs, que le prochain défi que tout le monde doit relever est la mise en place du nouveau modèle de développement.

Médias24 a précédemment publié les interventions, lors de cet événement, de Nadia Bernoussi, professeur de droit constitutionnel et membre de la commission de révision de la Constitution en 2011, Youssef Saâdani, directeur des études économiques à la CDG, Ali Bouabid, délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid, Karim El Aynaoui, directeur du think tank Policy Center for The New South et Mbarek Abbas Bouderka, ex-condamné à mort et membre de l’IER (Instance Équité et Réconciliation).

Ci-après, l’essentiel des propos de Moulay Hafid Elalamy lors de cette conférence.

“Il y a 20 ans, les partenaires économiques du pays se comptaient sur les doigts d’une seule main … ou peut être sur un ou deux doigts“

“Nous avons eu, sur le plan économique, vingt années caractérisées par une véritable ambition de l’ensemble du peuple marocain avec une volonté très forte de Sa Majesté le Roi que Dieu l’Assiste, de faire en sorte que ce pays se transforme fortement.

“Il y a eu une véritable volonté et une ambition d’arrimer l’économie marocaine à l’économie mondiale. Souvenez-vous, il y a 20 ans, quels étaient nos partenaires économiques à l’international. Ils étaient relativement réduits et restreints à quelques pays qui se comptent sur les doigts d’une seule main … ou peut-être sur un seul ou deux doigts.

“Il y a eu une diversification profonde. Quand on constate, aujourd’hui, quels sont nos partenaires ; nous avons les États-Unis, auxquels nous ne pensions pas, nous avons la Chine avec laquelle nous avons des relations particulières. Et je dois dire que quand j’ai été nommé ministre, j’ai eu une instruction de creuser du côté de la Chine et de voir ce qui s’y passait.

“Je n’avais pas bien compris ce que le Maroc avait à voir sur le plan économique avec la Chine. Donc, comme c’était une instruction, il fallait que je comprenne. Et plus je creusais, plus je voyais que les opportunités étaient énormes. Aujourd’hui, nous avons pu constater des investissements importants chinois“.

“Je ne partage les critiques adressées aux ALE que pour très peu d’accords“

“Nous avons un nouveau partenaire fort qui est l’Afrique. Nous avons, peut-être, pendant quelques décennies tourné le dos à notre continent, avec une ambition forte d’aller exclusivement vers le Nord. Et bien Sa Majesté a été le premier à regarder de ce côté-là. Et quand nous avons commencé à creuser, les relations du Maroc avec son continent se sont fortement renforcées et nous y retrouvons énormément d’intérêt mutuel.

“L’intérêt ultime est que le développement économique et social du Maroc, seul, dans un continent avec une situation dramatique n’aurait aucun intérêt. Donc, une co-émergence est essentielle qu’elle se développe.

“Afin d’arrimer notre économie à l’économie mondiale, nous avons été poussés à avoir des accords de libre-échange (ALE). Nous avons des accords de libre-échange avec 56 pays. Je sais que certains sont controversés et critiqués. Je partage pour certains, très peu. Et je ne partage pas pour le reste. Nous avons de véritables opportunités économiques dans nos accords de libre-échange.

“Je vous donne un exemple concret : l’Espagne avec qui il y a quelques années, nous avions un déficit chronique terrible. Aujourd’hui, nous nous rapprochons d’un équilibre. Et bien, ces accords de libre-échange ont fait que des investisseurs étrangers se sont installés au Maroc. Ces accords de libre-échange font travailler des Marocains et permettent ces exportations fortes“.

"Nous avons fait des choix qui semblaient démesurés à l’étranger"

 “Il y a eu des choix. Des choix ambitieux, parfois qui paraissaient, particulièrement à l’étranger, comme étant démesurés. Nous avons choisi au Maroc les métiers qui ont été appelés les métiers mondiaux du Maroc. Avec des métiers d’avenir type ingénierie, on n’imaginait pas qu’au Maroc on pouvait avoir un vrai poids dans ce domaine et une vraie existence.

“Alors, il a fallu aussi -de ce que j’ai constaté et ce que j’ai vécu- un changement de mentalités. Beaucoup d’institutions importantes dont les institutions financières au Maroc ont vu un changement de générations rapide. Les banques, les institutions financières, la CDG et quelques assurances ont été modifiées en un temps record, avec des gens extrêmement jeunes.

“Souvenez-vous, l’arrivée de M. Bakkoury, à la CDG. Cela avait choqué plus d’un. Pas uniquement, je peux vous en citer quelques dizaines. Et bien cette transformation a permis au Maroc de faire quelques évolutions“.

“Les stratégies sectorielles ont apporté une vraie transformation au Maroc“

 “Il y a eu une volonté de déployer une infrastructure forte constituant l’épine dorsale du Maroc. Et c’était compliqué de comprendre ce qu’un Tanger Med vient faire.

"C’est trop grand pour nous ! Quel intérêt pour nous ? Il était question pour les uns et les autres de ne pas comprendre. Qu’est-ce qu’une LGV va apporter au Maroc ?

"Eh bien lorsqu’on entend aujourd’hui ce que ce Tanger Med et la LGV apportent au Maroc, c’est une véritable vision. Et où des décisions éparses, ne peuvent pas donner une vision stratégique et une vraie ambition pour le pays, dans lesquelles se sont insérées des stratégies sectorielles. Ces stratégies sectorielles ont apporté une vraie transformation au Maroc. Toute cette transformation et pas uniquement.

“Regardez ce qui s’est passé dans l’énergie renouvelable. Quand Sa Majesté a décidé que le Maroc allait consommer 42% de son électricité en énergie renouvelable, ça semblait anachronique. Ce n’est pas pour un pays de la taille du Maroc ! Et pourtant, ça été relevé récemment à 52%.

“Cette vision et cette stratégie extrêmement ambitieuses nous ont permis de passer d’une étape à une autre“.

Jadis, l’industrie se résumait à Casablanca

En abordant le sujet de la diversification au niveau territorial, Moulay Hafid Elalamy a déclaré : “Je crois qu’on a la mémoire courte, parfois. L’industrie au Maroc se résumait, en très grande majorité, à Casablanca. Et Tanger, avec Tanger Med, a été créée, fabriquée en zones industrielles fortes de stature internationale. Fabriquée, je dis bien. Parce que personne n’y croyait de voir un Renault s’y installer et derrière lui un tissu industriel extrêmement fort. Et ce n’est pas uniquement ça. Vous avez les pales éoliennes et j’en passe et des meilleures.

“Regardez ce qui s’est passé à Tanger. Récemment, j’entends dire ce que j’ai entendu dire il y a 20 ans sur Casablanca. Les autres régions ont dit ça suffit pour Tanger. Je pense que c’est le bon cholestérol ça, quand on dit des choses pareilles, c’est un bon signe.

“Je commence à entendre aussi la même chose pour Kénitra. On dit Kénitra, ça suffit. Agadir a été lancé. Je parle un peu de l’industrie, mais je peux vous parler aussi des pôles agroalimentaires et agricoles que vous connaissez par cœur“.

 Il y a une coordination entre les ministères

“Pour ce qui est de la coordination entre les ministres, nous avons créé avec M. Akhannouch la partie agroalimentaire où le FDA (Fonds de développement agricole) et le FDI (Fonds d’investissement industriel) convergent pour pouvoir accompagner les investissements.

“Nous avons créé entre le ministère du Commerce et de l’Industrie et le ministère de la Défense, une vraie synergie pour tout ce qui est offset et investissements à l’international.

“Je voulais dire que tout cela est une grande ambition d’un peuple avec une vision de Sa Majesté. Et derrière avec des gouvernements qui se succèdent et qui mettent en place les stratégies qui doivent rester dans cette vision et dans cette ambition. C’est peut-être la différence avec d’autres pays, au Maroc nous avons le temps long qui permet de réfléchir à des stratégies qui ne sont pas court-termistes et qui donnent des résultats.“

“Au niveau économique, tout ne va pas bien“

“Nous récoltons les résultats de stratégies importantes. Qui aurait imaginé qu’un Maroc puisse faire des réacteurs d’avion ? Il fallait une vision et avoir la tête hors de l’eau et de dire qu’on va y arriver et mettez-vous au travail. Et que le gouvernement suivant puisse rester sur la même trajectoire, en ne dérogeant pas à cela.

“Eh bien, ce sont des avantages de notre pays. Maintenant, si je vous ai dit ça, vous allez me dire que le Maroc est fantastique au niveau économique et que tout va bien. Non ! Tout ne va pas bien. Parce que Sa Majesté, le premier, a dit que notre modèle de développement économique s’essouffle. Pourquoi ? Je reviens au mot de base : l’ambition. Il a une ambition très forte pour le pays. Et je prendrai une phrase de Talleyrand qui dit quand je me regarde je me désole et quand je me compare je me console“.

“Sa Majesté aurait pu donner une instruction et dire, voici le nouveau modèle de développement, exécutez-le !“

“Quand on regarde le Maroc, aujourd’hui, on dit, ce n’est pas normal, ce n’est pas bien, ce n’est pas bon. Quand on le compare à il y a 20 ans, 10 ans, 5 ans, on se dit, mais c’est merveilleux ce que nous avons parcouru. C’est important de faire de temps en temps des arrêts pas très longs, juste pour se donner de l’énergie pour aller plus loin.

“Ce que j’ai compris – peut-être que je n’ai pas tout compris- c’est que Sa Majesté considère que notre modèle a donné ses fruits. Il s’essouffle désormais. Nous avons besoin de réfléchir tous ensemble. Il aurait pu donner une instruction et dire voici le nouveau modèle économique, exécutez-le. Ce n’est pas l’orientation qui a été donnée. C’est réfléchissez chacun, dans son coin, et participez à ce modèle économique qui est le modèle économique national.

Le prochain PAI devrait s’intégrer totalement dans les plans de développement des régions

“On ne va pas jeter le bébé avec l’eau du bain, faisons attention. Parce qu’on aurait tendance de temps en temps à dénigrer ce que nous avons réalisé. C’est faux. Ce qui a été réalisé nous a permis de faire des choses merveilleuses. Lorsqu’on regarde le port Tanger Med qui est en passe de devenir n°1 au niveau de la Méditerranée, nous n’aurions jamais pu rêver de cela. Est-ce que c’est une erreur ? Non, ce n’est pas une erreur.

“Cependant, nous arrivons, aujourd’hui, à un essoufflement de cette croissance que nous souhaitons. Il faut aller plus loin. Et à ce titre là, il est important que chacun y apporte sa contribution.

“Si on regarde les secteurs qui me concernent un peu, l’industrie, le commerce, l’investissement et l’économie numérique, eh bien nous avons plusieurs choix pour le prochain Plan d’accélération industrielle. Ce que je suggère, c’est qu’il soit fait en étroite collaboration avec les régions et qu’il s’intègre totalement au niveau des PDR (plan de développement régional). Et que chaque région en extirpe la quintessence et son potentiel maximal. Il faut qu’on puisse rentrer plus à l’intérieur dans l’industrie 4.0. On ne va pas jeter notre industrie actuelle et dire qu’on va refaire le monde“.

“Je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas entrer dans le e-commerce“

“Nous avons des usines de textiles auxquelles il faut changer des capteurs et cela changera totalement leur capacité. C’est ça qu’il faut qu’on regarde, aujourd’hui.

“Il faut qu’on travaille davantage sur l’innovation et les technologies. La charte d’investissement qui est en passe d’être présentée (elle est au SGG) contient des choses dans ce sens-là.

“Pour ce qui est de la mobilité du futur, on parle de l’électrique, des objets connectés, eh bien le Maroc est d’ores et déjà dedans. Nous avons une jeunesse extrêmement friande de cela. Faut-il être à l’extérieur de tout cela ?

“Quand j’ai parlé du e-commerce, je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas y entrer. Ce n’est pas moi qui peux le dire. Ce que j’ai dit, c’est que le e-commerce, oui, mais comment ? Il faut y réfléchir. Et ça entre dans notre nouveau modèle économique. Si vous voulez qu’on y aille de façon sauvage, on ira. Je vous le déconseille. J’ai eu des discussions avec le DG de l’OMC, il a une vision qui ressemble à la nôtre.

“Si vous ouvrez le marché à 100% à Alibaba et à Amazon, bonjour les dégâts. Donc, il y a des accords à avoir, aujourd’hui. Et nous sommes capables au Maroc de construire un modèle qui puisse être copié à travers le monde.

“Nous devons nous autoriser, nous Marocains, à avoir la capacité d’apporter des idées qui soient différentes et innovantes. C’est ce que le Maroc attend. Et c’est ce que Sa Majesté souhaite pour que les 20 prochaines années soient encore plus belles que les 20 dernières que nous avons vécues ensemble“.

Le Maroc pas compétitif ? “C’est faux !“

“Ces 20 dernières années, nous avons fait des avancées fulgurantes. Nous le constatons aussi bien, nous Marocains, qu’étrangers. Il faut qu’on se pique de temps en temps pour dire est-ce que c’est suffisant ? Évidemment que non. Donc, nous devons continuer à nous mobiliser. Cette valeur du travail qui est importante et qui fait aujourd’hui que lorsqu’on parle de compétitivité et qu’on dit que le Maroc n’est pas compétitif, c’est faux.

“Les investisseurs qui viennent au Maroc ne le font pas pour perdre de l’argent. Ils viennent parce que quand vous faites sigma des facteurs de compétitivité - il n’y a pas que le salaire, il n’y a pas que le pétrole, il n’y a pas que l’énergie - eh bien aujourd’hui, on nous dit que le Maroc est plus compétitif. Je veux bien sombrer dans le pessimisme, mais je veux la preuve.

“Le Maroc ne sera jamais satisfait de l’avancée qu’il fait et fort heureusement. Et Sa Majesté ne sera jamais satisfait de tout ce que l’on va faire pour faire avancer le pays. Je crois que cette position que nous avons, chez nous au Maroc, qui pourrait être un élément défavorable, si on l’utilise de manière positive, c’est un vecteur de développement“.

MHE : En 20 ans, le Maroc a connu des avancées économiques fulgurantes

Le 26 juillet 2019 à12:53

Modifié le 26 juillet 2019 à 13:43

VERBATIM. Bilan économique des 20 dernières années, diversification des partenaires internationaux, les dessous de la coopération avec la Chine, le prochain PAI, la compétitivité du pays, le nouveau modèle de développement… Moulay Hafid Elalamy s’exprime sur l’essentiel des enjeux économiques du Maroc et livre sa vision des prochaines transformations.

Lors de la conférence organisée, mercredi 17 juillet à Rabat, par le RNI à l’occasion des 20 ans de règne du Roi Mohammed VI, le ministre de l'Industrie, de l'Investissement, du Commerce et de l'Économie numérique est revenu sur les avancées du pays en matière de développement économique au cours des deux dernières décennies en les qualifiant de “fulgurantes“.

Moulay Hafid Elalamy estime, par ailleurs, que le prochain défi que tout le monde doit relever est la mise en place du nouveau modèle de développement.

Médias24 a précédemment publié les interventions, lors de cet événement, de Nadia Bernoussi, professeur de droit constitutionnel et membre de la commission de révision de la Constitution en 2011, Youssef Saâdani, directeur des études économiques à la CDG, Ali Bouabid, délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid, Karim El Aynaoui, directeur du think tank Policy Center for The New South et Mbarek Abbas Bouderka, ex-condamné à mort et membre de l’IER (Instance Équité et Réconciliation).

Ci-après, l’essentiel des propos de Moulay Hafid Elalamy lors de cette conférence.

“Il y a 20 ans, les partenaires économiques du pays se comptaient sur les doigts d’une seule main … ou peut être sur un ou deux doigts“

“Nous avons eu, sur le plan économique, vingt années caractérisées par une véritable ambition de l’ensemble du peuple marocain avec une volonté très forte de Sa Majesté le Roi que Dieu l’Assiste, de faire en sorte que ce pays se transforme fortement.

“Il y a eu une véritable volonté et une ambition d’arrimer l’économie marocaine à l’économie mondiale. Souvenez-vous, il y a 20 ans, quels étaient nos partenaires économiques à l’international. Ils étaient relativement réduits et restreints à quelques pays qui se comptent sur les doigts d’une seule main … ou peut-être sur un seul ou deux doigts.

“Il y a eu une diversification profonde. Quand on constate, aujourd’hui, quels sont nos partenaires ; nous avons les États-Unis, auxquels nous ne pensions pas, nous avons la Chine avec laquelle nous avons des relations particulières. Et je dois dire que quand j’ai été nommé ministre, j’ai eu une instruction de creuser du côté de la Chine et de voir ce qui s’y passait.

“Je n’avais pas bien compris ce que le Maroc avait à voir sur le plan économique avec la Chine. Donc, comme c’était une instruction, il fallait que je comprenne. Et plus je creusais, plus je voyais que les opportunités étaient énormes. Aujourd’hui, nous avons pu constater des investissements importants chinois“.

“Je ne partage les critiques adressées aux ALE que pour très peu d’accords“

“Nous avons un nouveau partenaire fort qui est l’Afrique. Nous avons, peut-être, pendant quelques décennies tourné le dos à notre continent, avec une ambition forte d’aller exclusivement vers le Nord. Et bien Sa Majesté a été le premier à regarder de ce côté-là. Et quand nous avons commencé à creuser, les relations du Maroc avec son continent se sont fortement renforcées et nous y retrouvons énormément d’intérêt mutuel.

“L’intérêt ultime est que le développement économique et social du Maroc, seul, dans un continent avec une situation dramatique n’aurait aucun intérêt. Donc, une co-émergence est essentielle qu’elle se développe.

“Afin d’arrimer notre économie à l’économie mondiale, nous avons été poussés à avoir des accords de libre-échange (ALE). Nous avons des accords de libre-échange avec 56 pays. Je sais que certains sont controversés et critiqués. Je partage pour certains, très peu. Et je ne partage pas pour le reste. Nous avons de véritables opportunités économiques dans nos accords de libre-échange.

“Je vous donne un exemple concret : l’Espagne avec qui il y a quelques années, nous avions un déficit chronique terrible. Aujourd’hui, nous nous rapprochons d’un équilibre. Et bien, ces accords de libre-échange ont fait que des investisseurs étrangers se sont installés au Maroc. Ces accords de libre-échange font travailler des Marocains et permettent ces exportations fortes“.

"Nous avons fait des choix qui semblaient démesurés à l’étranger"

 “Il y a eu des choix. Des choix ambitieux, parfois qui paraissaient, particulièrement à l’étranger, comme étant démesurés. Nous avons choisi au Maroc les métiers qui ont été appelés les métiers mondiaux du Maroc. Avec des métiers d’avenir type ingénierie, on n’imaginait pas qu’au Maroc on pouvait avoir un vrai poids dans ce domaine et une vraie existence.

“Alors, il a fallu aussi -de ce que j’ai constaté et ce que j’ai vécu- un changement de mentalités. Beaucoup d’institutions importantes dont les institutions financières au Maroc ont vu un changement de générations rapide. Les banques, les institutions financières, la CDG et quelques assurances ont été modifiées en un temps record, avec des gens extrêmement jeunes.

“Souvenez-vous, l’arrivée de M. Bakkoury, à la CDG. Cela avait choqué plus d’un. Pas uniquement, je peux vous en citer quelques dizaines. Et bien cette transformation a permis au Maroc de faire quelques évolutions“.

“Les stratégies sectorielles ont apporté une vraie transformation au Maroc“

 “Il y a eu une volonté de déployer une infrastructure forte constituant l’épine dorsale du Maroc. Et c’était compliqué de comprendre ce qu’un Tanger Med vient faire.

"C’est trop grand pour nous ! Quel intérêt pour nous ? Il était question pour les uns et les autres de ne pas comprendre. Qu’est-ce qu’une LGV va apporter au Maroc ?

"Eh bien lorsqu’on entend aujourd’hui ce que ce Tanger Med et la LGV apportent au Maroc, c’est une véritable vision. Et où des décisions éparses, ne peuvent pas donner une vision stratégique et une vraie ambition pour le pays, dans lesquelles se sont insérées des stratégies sectorielles. Ces stratégies sectorielles ont apporté une vraie transformation au Maroc. Toute cette transformation et pas uniquement.

“Regardez ce qui s’est passé dans l’énergie renouvelable. Quand Sa Majesté a décidé que le Maroc allait consommer 42% de son électricité en énergie renouvelable, ça semblait anachronique. Ce n’est pas pour un pays de la taille du Maroc ! Et pourtant, ça été relevé récemment à 52%.

“Cette vision et cette stratégie extrêmement ambitieuses nous ont permis de passer d’une étape à une autre“.

Jadis, l’industrie se résumait à Casablanca

En abordant le sujet de la diversification au niveau territorial, Moulay Hafid Elalamy a déclaré : “Je crois qu’on a la mémoire courte, parfois. L’industrie au Maroc se résumait, en très grande majorité, à Casablanca. Et Tanger, avec Tanger Med, a été créée, fabriquée en zones industrielles fortes de stature internationale. Fabriquée, je dis bien. Parce que personne n’y croyait de voir un Renault s’y installer et derrière lui un tissu industriel extrêmement fort. Et ce n’est pas uniquement ça. Vous avez les pales éoliennes et j’en passe et des meilleures.

“Regardez ce qui s’est passé à Tanger. Récemment, j’entends dire ce que j’ai entendu dire il y a 20 ans sur Casablanca. Les autres régions ont dit ça suffit pour Tanger. Je pense que c’est le bon cholestérol ça, quand on dit des choses pareilles, c’est un bon signe.

“Je commence à entendre aussi la même chose pour Kénitra. On dit Kénitra, ça suffit. Agadir a été lancé. Je parle un peu de l’industrie, mais je peux vous parler aussi des pôles agroalimentaires et agricoles que vous connaissez par cœur“.

 Il y a une coordination entre les ministères

“Pour ce qui est de la coordination entre les ministres, nous avons créé avec M. Akhannouch la partie agroalimentaire où le FDA (Fonds de développement agricole) et le FDI (Fonds d’investissement industriel) convergent pour pouvoir accompagner les investissements.

“Nous avons créé entre le ministère du Commerce et de l’Industrie et le ministère de la Défense, une vraie synergie pour tout ce qui est offset et investissements à l’international.

“Je voulais dire que tout cela est une grande ambition d’un peuple avec une vision de Sa Majesté. Et derrière avec des gouvernements qui se succèdent et qui mettent en place les stratégies qui doivent rester dans cette vision et dans cette ambition. C’est peut-être la différence avec d’autres pays, au Maroc nous avons le temps long qui permet de réfléchir à des stratégies qui ne sont pas court-termistes et qui donnent des résultats.“

“Au niveau économique, tout ne va pas bien“

“Nous récoltons les résultats de stratégies importantes. Qui aurait imaginé qu’un Maroc puisse faire des réacteurs d’avion ? Il fallait une vision et avoir la tête hors de l’eau et de dire qu’on va y arriver et mettez-vous au travail. Et que le gouvernement suivant puisse rester sur la même trajectoire, en ne dérogeant pas à cela.

“Eh bien, ce sont des avantages de notre pays. Maintenant, si je vous ai dit ça, vous allez me dire que le Maroc est fantastique au niveau économique et que tout va bien. Non ! Tout ne va pas bien. Parce que Sa Majesté, le premier, a dit que notre modèle de développement économique s’essouffle. Pourquoi ? Je reviens au mot de base : l’ambition. Il a une ambition très forte pour le pays. Et je prendrai une phrase de Talleyrand qui dit quand je me regarde je me désole et quand je me compare je me console“.

“Sa Majesté aurait pu donner une instruction et dire, voici le nouveau modèle de développement, exécutez-le !“

“Quand on regarde le Maroc, aujourd’hui, on dit, ce n’est pas normal, ce n’est pas bien, ce n’est pas bon. Quand on le compare à il y a 20 ans, 10 ans, 5 ans, on se dit, mais c’est merveilleux ce que nous avons parcouru. C’est important de faire de temps en temps des arrêts pas très longs, juste pour se donner de l’énergie pour aller plus loin.

“Ce que j’ai compris – peut-être que je n’ai pas tout compris- c’est que Sa Majesté considère que notre modèle a donné ses fruits. Il s’essouffle désormais. Nous avons besoin de réfléchir tous ensemble. Il aurait pu donner une instruction et dire voici le nouveau modèle économique, exécutez-le. Ce n’est pas l’orientation qui a été donnée. C’est réfléchissez chacun, dans son coin, et participez à ce modèle économique qui est le modèle économique national.

Le prochain PAI devrait s’intégrer totalement dans les plans de développement des régions

“On ne va pas jeter le bébé avec l’eau du bain, faisons attention. Parce qu’on aurait tendance de temps en temps à dénigrer ce que nous avons réalisé. C’est faux. Ce qui a été réalisé nous a permis de faire des choses merveilleuses. Lorsqu’on regarde le port Tanger Med qui est en passe de devenir n°1 au niveau de la Méditerranée, nous n’aurions jamais pu rêver de cela. Est-ce que c’est une erreur ? Non, ce n’est pas une erreur.

“Cependant, nous arrivons, aujourd’hui, à un essoufflement de cette croissance que nous souhaitons. Il faut aller plus loin. Et à ce titre là, il est important que chacun y apporte sa contribution.

“Si on regarde les secteurs qui me concernent un peu, l’industrie, le commerce, l’investissement et l’économie numérique, eh bien nous avons plusieurs choix pour le prochain Plan d’accélération industrielle. Ce que je suggère, c’est qu’il soit fait en étroite collaboration avec les régions et qu’il s’intègre totalement au niveau des PDR (plan de développement régional). Et que chaque région en extirpe la quintessence et son potentiel maximal. Il faut qu’on puisse rentrer plus à l’intérieur dans l’industrie 4.0. On ne va pas jeter notre industrie actuelle et dire qu’on va refaire le monde“.

“Je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas entrer dans le e-commerce“

“Nous avons des usines de textiles auxquelles il faut changer des capteurs et cela changera totalement leur capacité. C’est ça qu’il faut qu’on regarde, aujourd’hui.

“Il faut qu’on travaille davantage sur l’innovation et les technologies. La charte d’investissement qui est en passe d’être présentée (elle est au SGG) contient des choses dans ce sens-là.

“Pour ce qui est de la mobilité du futur, on parle de l’électrique, des objets connectés, eh bien le Maroc est d’ores et déjà dedans. Nous avons une jeunesse extrêmement friande de cela. Faut-il être à l’extérieur de tout cela ?

“Quand j’ai parlé du e-commerce, je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas y entrer. Ce n’est pas moi qui peux le dire. Ce que j’ai dit, c’est que le e-commerce, oui, mais comment ? Il faut y réfléchir. Et ça entre dans notre nouveau modèle économique. Si vous voulez qu’on y aille de façon sauvage, on ira. Je vous le déconseille. J’ai eu des discussions avec le DG de l’OMC, il a une vision qui ressemble à la nôtre.

“Si vous ouvrez le marché à 100% à Alibaba et à Amazon, bonjour les dégâts. Donc, il y a des accords à avoir, aujourd’hui. Et nous sommes capables au Maroc de construire un modèle qui puisse être copié à travers le monde.

“Nous devons nous autoriser, nous Marocains, à avoir la capacité d’apporter des idées qui soient différentes et innovantes. C’est ce que le Maroc attend. Et c’est ce que Sa Majesté souhaite pour que les 20 prochaines années soient encore plus belles que les 20 dernières que nous avons vécues ensemble“.

Le Maroc pas compétitif ? “C’est faux !“

“Ces 20 dernières années, nous avons fait des avancées fulgurantes. Nous le constatons aussi bien, nous Marocains, qu’étrangers. Il faut qu’on se pique de temps en temps pour dire est-ce que c’est suffisant ? Évidemment que non. Donc, nous devons continuer à nous mobiliser. Cette valeur du travail qui est importante et qui fait aujourd’hui que lorsqu’on parle de compétitivité et qu’on dit que le Maroc n’est pas compétitif, c’est faux.

“Les investisseurs qui viennent au Maroc ne le font pas pour perdre de l’argent. Ils viennent parce que quand vous faites sigma des facteurs de compétitivité - il n’y a pas que le salaire, il n’y a pas que le pétrole, il n’y a pas que l’énergie - eh bien aujourd’hui, on nous dit que le Maroc est plus compétitif. Je veux bien sombrer dans le pessimisme, mais je veux la preuve.

“Le Maroc ne sera jamais satisfait de l’avancée qu’il fait et fort heureusement. Et Sa Majesté ne sera jamais satisfait de tout ce que l’on va faire pour faire avancer le pays. Je crois que cette position que nous avons, chez nous au Maroc, qui pourrait être un élément défavorable, si on l’utilise de manière positive, c’est un vecteur de développement“.

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