Nouveau modèle d'exportation: voici ce que recommande le CMC

Pour le Centre marocain de conjoncture, le Maroc pourrait augmenter son offre exportable de 20% à moyen terme s’il enclenche une transformation structurelle de son tissu productif. Pour ce faire, l’accent doit être mis sur l’industrialisation et la diversification de l’offre et des marchés.

Le 27 juin 2019 à 16:25

Modifié le 27 juin 2019 à 19:06

Le CMC a proposé mercredi 26 juin un nouveau modèle d’exportation à l’horizon 2025 qui préconise une transformation structurelle de l’économie marocaine. Une transformation basée sur l’industrialisation et sur la diversification de l’offre et des marchés. 

Cette recommandation du CMC se base sur plusieurs constats, largement partagés par les décideurs politiques, les chercheurs et les acteurs du secteur privé. 

La croissance au Maroc s’essouffle. Et la demande intérieure ne peut plus continuer d’en être le seul levier. La croissance est à chercher donc ailleurs, sur les marchés mondiaux. 

Pour cela, il faut que les exportations marocaines progressent à un rythme plus rapide qu’aujourd’hui. Comment y parvenir ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre le CMC dans son modèle. 

Le modèle s’appuie sur deux approches: une approche centrée sur la demande et une autre plutôt axée offre.

Une approche par l'offre exportable 

La première, qualifiée par plusieurs économistes d’approche par l’inaction, consiste à suivre simplement la demande extérieure, sans opérer de grandes transformations dans le tissu productif. 

"La demande sur le marché mondial évolue à un rythme de 3 à 3,5% par an. Si l’on suit cette approche, nous aboutissons à des structures d’exportation qui ressemblent à celles que nous avons déjà. Le total des exportations pourrait augmenter de 8% sur les dix prochaines années. Il n’y aura pas véritablement de poussée des exportations, la demande mondiale étant ce qu’elle est", explique M’hammed Tahraoui, économiste du CMC. 

Pour lui, cette approche est à exclure si l’on veut aller plus loin. Ce qu’il préconise, c’est l’approche par l’offre, plus dynamique. Cette approche s’intéresse à l’offre exportable, tente de l’améliorer, de la diversifier, de l’adapter à de nouveaux marchés, à de nouvelles exigences. C’est une approche de conquête. 

Selon M’hammed Tahraoui, les possibilités d’élargissement de l’offre sont multiples. Il parle essentiellement de la méthodologie "d’espace produit" qui consiste à exploiter la proximité qui existe entre les produits déjà exportés par le pays. "On produit déjà des biens à l’export. On peut utiliser les mêmes capacités, les mêmes technologies, le même savoir-faire pour fabriquer d’autres produits qui soient proches. Le potentiel est très important selon nos études", estime l’économiste.

En chiffres, les économistes du CMC avancent un potentiel de croissance de 20% de l’offre exportable à moyen terme par la seule utilisation de la "proximité produits"

Le CMC recommande également la diversification des marchés. Le potentiel est encore une fois énorme selon ses projections. 

Près de 70% de nos exportations se concentrent actuellement sur l’Europe. Le reste étant réparti entre Asie, Amériques et Afrique. 

Le marché européen s’essouffle. Il faut aller vers l’Afrique essentiellement, l’Asie et les Amériques. C’est là où réside le potentiel de croissance, estiment les économistes du CMC.

Pour le CMC, ce modèle d’exportation n’est pas simplement une stratégie qui vise à booster les chiffres de l’export. Mais peut être un levier de changement structurel du pays. 

Ce raisonnement a été soutenu par le président du CMC, Habib El Malki, dans le discours d’ouverture de cet événement où d’éminentes personnalités du monde économique ont participé.

Nous reproduisons ici les points saillants du raisonnement de Habib El Malki: 

"Depuis plus d’une dizaine d’années, le taux de croissance au Maroc évolue autour d’une moyenne de 3,5% par an. Avec un tel rythme, le PIB par habitant, qui se situe actuellement 3.250 dollars, ne pourra doubler que sur une bonne trentaine d’années. Difficile de parler dans ces conditions de rattrapage des pays émergents. La moyenne du PIB par habitant dans ces pays est de 16.000 dollars, soit près de 5 fois la moyenne au Maroc.

Au Maroc, le marché intérieur est relativement exigu, étroit, aussi bien par sa taille que par son pouvoir d’achat. Mais on peut rétorquer qu’il y a des pays de 5 millions d’habitants, comme l’Irlande, qui réalisent pourtant des taux de croissance exceptionnels (aux alentours de 7%). 

Adaptation du cadre institutionnel 

Il y a des facteurs importants qui expliquent pourquoi un pays comme l’Irlande réalise de telles performances: c’est d’abord un pays membre de l’UE où il y a des mécanismes de solidarité qui fonctionnement et qui donnent des résultats probants. Deuxièmement, c’est un pays qui a fait de la formation du capital humain une priorité. 

Il nous semble donc que le choix d’un modèle de développement orienté vers l’export s’impose comme l’alternative la plus adaptée au nouveau contexte d’ouverture et de globalisation.

Comment le construire alors ? Comment rattraper le retard par rapport aux pays émergents ?

Le concept de transformation structurelle représente une véritable boite à outils. Ce concept englobe la modernisation de l’économie par la diversification progressive, l’amélioration de l’infrastructure et l’adaptation du cadre institutionnel. 

La voie pour un nouveau modèle implique un engagement de l’économie marocaine dans un effort global d’industrialisation. Sans industrialisation, il ne pourra y avoir de force de frappe exportatrice. Ceci est largement confirmé par le niveau stationnaire de l’industrie dans le PIB qui évolue autour de 14%, un taux relativement faible. 

Les services et activités assimilées (incluant l’informel) représentent plus de la moitié de la valeur ajoutée globale. La productivité chez nous reste très faible. 

Mais au-delà de ce constat, très réaliste, il est à rappeler que le plan d’accélération industrielle (PAI) a donné des résultats probants, encourageants, particulièrement dans des secteurs porteurs de nouvelles dynamiques. Ce PAI montre la voie à suivre pour la restructuration de l’économie et la diversification des produits et des marchés. 

La transformation structurelle est intimement liée à l’industrialisation. Et l’industrialisation, c’est la condition indispensable au développement des débouchés à l’extérieur. Sans cette mise en relation entre transformation et industrialisation, il serait extrêmement difficile de faire de notre économie une économie largement exportatrice. La globalisation nous impose certes l’ouverture, mais aussi et surtout la compétitivité. 

Nos études soulignent le potentiel de diversification productive orientée à l’export reste très important. On compte aujourd’hui plus de 120 produits qui présentent des avantages comparatifs potentiels pouvant donner une impulsion à la dynamique de diversification productive et l’effort d’exportation: machines et équipements, produits chimiques, caoutchouc et plastique, automobile, aéronautique…

La libération d’un tel potentiel tourné export nécessite le renforcement des programmes de développement et leur orientation prioritaire vers ces secteurs générateurs de plus de croissance.

Changer de modèle, c’est changer de culture en définitive. Il faut s’orienter vers la culture du risque. Pour gagner il faut accepter de perdre. Ceci implique certaines ruptures dans notre manière de faire, de travailler, dans notre comportement, nos mentalités… Beaucoup de conditions sont réunis aujourd’hui pour aller vers ça."

Nouveau modèle d'exportation: voici ce que recommande le CMC

Le 27 juin 2019 à16:25

Modifié le 27 juin 2019 à 19:06

Pour le Centre marocain de conjoncture, le Maroc pourrait augmenter son offre exportable de 20% à moyen terme s’il enclenche une transformation structurelle de son tissu productif. Pour ce faire, l’accent doit être mis sur l’industrialisation et la diversification de l’offre et des marchés.

Le CMC a proposé mercredi 26 juin un nouveau modèle d’exportation à l’horizon 2025 qui préconise une transformation structurelle de l’économie marocaine. Une transformation basée sur l’industrialisation et sur la diversification de l’offre et des marchés. 

Cette recommandation du CMC se base sur plusieurs constats, largement partagés par les décideurs politiques, les chercheurs et les acteurs du secteur privé. 

La croissance au Maroc s’essouffle. Et la demande intérieure ne peut plus continuer d’en être le seul levier. La croissance est à chercher donc ailleurs, sur les marchés mondiaux. 

Pour cela, il faut que les exportations marocaines progressent à un rythme plus rapide qu’aujourd’hui. Comment y parvenir ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre le CMC dans son modèle. 

Le modèle s’appuie sur deux approches: une approche centrée sur la demande et une autre plutôt axée offre.

Une approche par l'offre exportable 

La première, qualifiée par plusieurs économistes d’approche par l’inaction, consiste à suivre simplement la demande extérieure, sans opérer de grandes transformations dans le tissu productif. 

"La demande sur le marché mondial évolue à un rythme de 3 à 3,5% par an. Si l’on suit cette approche, nous aboutissons à des structures d’exportation qui ressemblent à celles que nous avons déjà. Le total des exportations pourrait augmenter de 8% sur les dix prochaines années. Il n’y aura pas véritablement de poussée des exportations, la demande mondiale étant ce qu’elle est", explique M’hammed Tahraoui, économiste du CMC. 

Pour lui, cette approche est à exclure si l’on veut aller plus loin. Ce qu’il préconise, c’est l’approche par l’offre, plus dynamique. Cette approche s’intéresse à l’offre exportable, tente de l’améliorer, de la diversifier, de l’adapter à de nouveaux marchés, à de nouvelles exigences. C’est une approche de conquête. 

Selon M’hammed Tahraoui, les possibilités d’élargissement de l’offre sont multiples. Il parle essentiellement de la méthodologie "d’espace produit" qui consiste à exploiter la proximité qui existe entre les produits déjà exportés par le pays. "On produit déjà des biens à l’export. On peut utiliser les mêmes capacités, les mêmes technologies, le même savoir-faire pour fabriquer d’autres produits qui soient proches. Le potentiel est très important selon nos études", estime l’économiste.

En chiffres, les économistes du CMC avancent un potentiel de croissance de 20% de l’offre exportable à moyen terme par la seule utilisation de la "proximité produits"

Le CMC recommande également la diversification des marchés. Le potentiel est encore une fois énorme selon ses projections. 

Près de 70% de nos exportations se concentrent actuellement sur l’Europe. Le reste étant réparti entre Asie, Amériques et Afrique. 

Le marché européen s’essouffle. Il faut aller vers l’Afrique essentiellement, l’Asie et les Amériques. C’est là où réside le potentiel de croissance, estiment les économistes du CMC.

Pour le CMC, ce modèle d’exportation n’est pas simplement une stratégie qui vise à booster les chiffres de l’export. Mais peut être un levier de changement structurel du pays. 

Ce raisonnement a été soutenu par le président du CMC, Habib El Malki, dans le discours d’ouverture de cet événement où d’éminentes personnalités du monde économique ont participé.

Nous reproduisons ici les points saillants du raisonnement de Habib El Malki: 

"Depuis plus d’une dizaine d’années, le taux de croissance au Maroc évolue autour d’une moyenne de 3,5% par an. Avec un tel rythme, le PIB par habitant, qui se situe actuellement 3.250 dollars, ne pourra doubler que sur une bonne trentaine d’années. Difficile de parler dans ces conditions de rattrapage des pays émergents. La moyenne du PIB par habitant dans ces pays est de 16.000 dollars, soit près de 5 fois la moyenne au Maroc.

Au Maroc, le marché intérieur est relativement exigu, étroit, aussi bien par sa taille que par son pouvoir d’achat. Mais on peut rétorquer qu’il y a des pays de 5 millions d’habitants, comme l’Irlande, qui réalisent pourtant des taux de croissance exceptionnels (aux alentours de 7%). 

Adaptation du cadre institutionnel 

Il y a des facteurs importants qui expliquent pourquoi un pays comme l’Irlande réalise de telles performances: c’est d’abord un pays membre de l’UE où il y a des mécanismes de solidarité qui fonctionnement et qui donnent des résultats probants. Deuxièmement, c’est un pays qui a fait de la formation du capital humain une priorité. 

Il nous semble donc que le choix d’un modèle de développement orienté vers l’export s’impose comme l’alternative la plus adaptée au nouveau contexte d’ouverture et de globalisation.

Comment le construire alors ? Comment rattraper le retard par rapport aux pays émergents ?

Le concept de transformation structurelle représente une véritable boite à outils. Ce concept englobe la modernisation de l’économie par la diversification progressive, l’amélioration de l’infrastructure et l’adaptation du cadre institutionnel. 

La voie pour un nouveau modèle implique un engagement de l’économie marocaine dans un effort global d’industrialisation. Sans industrialisation, il ne pourra y avoir de force de frappe exportatrice. Ceci est largement confirmé par le niveau stationnaire de l’industrie dans le PIB qui évolue autour de 14%, un taux relativement faible. 

Les services et activités assimilées (incluant l’informel) représentent plus de la moitié de la valeur ajoutée globale. La productivité chez nous reste très faible. 

Mais au-delà de ce constat, très réaliste, il est à rappeler que le plan d’accélération industrielle (PAI) a donné des résultats probants, encourageants, particulièrement dans des secteurs porteurs de nouvelles dynamiques. Ce PAI montre la voie à suivre pour la restructuration de l’économie et la diversification des produits et des marchés. 

La transformation structurelle est intimement liée à l’industrialisation. Et l’industrialisation, c’est la condition indispensable au développement des débouchés à l’extérieur. Sans cette mise en relation entre transformation et industrialisation, il serait extrêmement difficile de faire de notre économie une économie largement exportatrice. La globalisation nous impose certes l’ouverture, mais aussi et surtout la compétitivité. 

Nos études soulignent le potentiel de diversification productive orientée à l’export reste très important. On compte aujourd’hui plus de 120 produits qui présentent des avantages comparatifs potentiels pouvant donner une impulsion à la dynamique de diversification productive et l’effort d’exportation: machines et équipements, produits chimiques, caoutchouc et plastique, automobile, aéronautique…

La libération d’un tel potentiel tourné export nécessite le renforcement des programmes de développement et leur orientation prioritaire vers ces secteurs générateurs de plus de croissance.

Changer de modèle, c’est changer de culture en définitive. Il faut s’orienter vers la culture du risque. Pour gagner il faut accepter de perdre. Ceci implique certaines ruptures dans notre manière de faire, de travailler, dans notre comportement, nos mentalités… Beaucoup de conditions sont réunis aujourd’hui pour aller vers ça."

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