Nouveau modèle de développement : le diagnostic quasiment bouclé

C’est ce qu’a révélé Ahmed Réda Chami, membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement, lors d’une rencontre avec la presse tenue mardi 4 février à Rabat. Les séances d’écoute et les visites de terrain se poursuivront parallèlement aux travaux des groupes de travail thématiques. L’appropriation du nouveau modèle par les citoyens, souci majeur de la CSMD.

Nouveau modèle de développement : le diagnostic quasiment bouclé

Le 05 février 2020 à 13:04

Modifié le 06 février 2020 à 11:18

Chakib Benmoussa, Ahmed Réda Chami, Mohamed Tozy, Driss Ksikes et Hakima Himmich ont reçu des membres de la presse nationale pour exposer la méthode de travail de la CSMD et échanger sur diverses thématiques qui la préoccupe.

En 50 jours de travail (démarrage le 16 décembre 2019), la Commission a organisé 40 auditions officielles (partis, syndicats, institutions publiques…) en plus des visites de terrain notamment dans les régions de Taroudant, El Jadida et Ifrane.

En parallèle, ses membres ont travaillé sur les diverses thématiques du modèle de développement :

- Six groupes de travail thématiques se sont réunis 2 à 3 fois par semaine : Capital humain ; Institutions, capital social et égalité Hommes-Femmes ; Economie et création de richesse ; Territoires et Durabilité ; Consultations et contributions ; Vision et conduite du changement.

- Les membres de la Commission se sont réunis chaque lundi pour faire le point sur l’état d’avancement des travaux : 6 réunions au total avec un taux de présence des membres de 90%.

- Les membres se sont réunis chaque fin de mois (2 fois depuis le démarrage) pour travailler sur le contenu du nouveau modèle de développement.

Selon la CSMD, l’objectif est de définir un nouveau modèle à dimension stratégique, global, intégré et anticipatif, sur la base d’un diagnostic, des attentes de la population et des défis actuels et futurs du Maroc.

Un nouveau modèle qui servira de cadre de référence pour conclure un nouveau contrat social sur les 10 à 15 ans à venir. Il fixera les priorités, les inflexions majeures à initier, les éléments positifs à consolider et les ruptures à opérer. « Il ne réglera pas tous les problèmes du Maroc », tient-on à préciser.

La préoccupation majeure de la commission est de mettre le citoyen au cœur du nouveau modèle y compris lors de son élaboration. D’où l’approche participative adoptée.

Outre les auditions officielles et les visites de terrain, cette approche comprend :

- Une plateforme interactive publique (web et réseaux sociaux pour la diffusion d’information, le recueil des insights, le partage de documents et l’agrégation de contenus).

- Des consultations publiques (ouvertures sur le citoyen pour discuter des problématiques régionales, identifier les pistes de solutions…).

- Des rencontres labellisées (impliquer les institutions et associations de la société civile pour explorer diverses thématiques).

- Ateliers et panels ciblés.

Selon Ahmed Réda Chami, la phase de diagnostic est quasiment bouclée. Mais l’approche participative se poursuivra pour que les Marocains s’approprient le nouveau modèle de développement.

« Avec tous les rapports nationaux et internationaux qui existent, les problèmes et les solutions sont presque tous connus. Mais il faut que tout le monde participe à l’élaboration du nouveau modèle », a-t-il affirmé.

« Le processus d’élaboration du nouveau modèle en fait partie. Nous devons avoir de l’humilité et écouter les gens. Nous n’allons pas prescrire un nouveau modèle mais le révéler », a déclaré pour sa part Driss Ksikes.

Profitant de cette rencontre, les membres présents de la CSMD ont restitué, en résumé, les conclusions des visites de terrain effectué jusqu’ici.

Tozy: Il y a des gens qui n’attendent pas l’intervention de l’Etat

Dans la commune rurale Ouneine, dans la région de Taroudant, le politologue Mohamed Tozy a été frappé par un paradoxe : les populations mènent une vie très difficile, avec absence quasi-totale des services publics de base, mais en même temps leurs attentes sont réalistes, et surtout ils ne se lamentent pas sur leur sort.

« Les gens ont des revendications mais n’attendent pas. Ils agissent localement et ne baissent pas les bras », raconte, surpris, Tozy qui donne l’exemple d’un accord conclu avec les populations des douars d’Ouneine avec un médecin libéral pour qu’il se déplace 2 fois par semaine faire des consultations moyennant 1.000 DH par déplacement.

« Ces gens ne sont pas censés payer pour avoir accès à la santé, c’est à l’Etat d’assurer ce service. Mais cela montre que contrairement à des citadins, ils ne sont pas découragés », constate-t-il.

Chami : manque de confiance, nécessité d’une nouvelle impulsion

Sur la dimension économique, le président du Conseil économique, social et environnemental résume, après avoir rencontré plusieurs catégories d’acteurs, les maux qui préoccupent la sphère économique :

- Avant de penser au partage des richesses, il faut les créer. Or tout le monde est dans une situation d’attentisme et de défiance. Une nouvelle impulsion est nécessaire.

- Les acteurs se plaignent des situations de rente, de la concurrence déloyale et de la corruption.

- La relation avec l’Administration préoccupe au plus haut degré le monde économique.

- Le capital humain (formation, fuite des compétences) constitue un défi majeur.

L’accès au foncier et au financement est problématique.

Le patron du CESE s’interroge également sur les secteurs à encourager dans le cadre du nouveau modèle de développement.

Himmich : les jeunes tirent la sonnette d’alarme

Hakima Himmich a été marquée par le franc-parler des étudiants rencontrés à Benguérir, El Jadida et Ifrane. « Ils n’ont pas été intimidés et ont parlé avec franchise de leurs problèmes et de ce qu’ils pensent de la situation. Pour eux, le climat est devenu toxique et il faut agir d’urgence. Si certains sont persévérants, beaucoup d’autres veulent quitter le pays et ne surtout pas avoir d’enfants au Maroc ».

Voici quelques-uns de leurs problèmes et positions

- Les langues : ni l’arabe ni le français ne sont maitrisés.

- L’université ne joue pas son rôle d’ascenseur social et est minée par la corruption.

- Les enseignants se sont désengagés de leurs missions.

La société marocaine est inégalitaire : les riches qui peuvent accéder à un enseignement de qualité et les autres.

- La confiance a été perdue dans la politique et les partis.

- Il n’y a pas de libertés individuelles et sexuelles.

Ksikes : il ne faut pas négliger les perceptions

Driss Ksikes insiste également sur l’urgence d’agir. « Un modèle de développement, c’est bien mais il faut des quick wins car la confiance a été perdue ».

Pour lui, mener des changements profonds nécessite du temps. Par exemple, la corruption, les situations de rente et les conflits d’intérêt sont systémiques, selon Bachir Rachdi reçu par la Commission. Un projet de loi est en cours de préparation pour doter l’instance de lutte contre la corruption de davantage de moyens mais il y a des résistances.

Par ailleurs, il préconise d’agir sur les perceptions des Marocains, « car elles font partie de la réalité », et de créer des espaces pour que les jeunes puissent s’exprimer et participer à la vie sociale.

Pour certains commentateurs, les maux décrits par les membres de la Commission sont connus de tous depuis des années. Ils remettent donc en cause l’utilisé des visites de terrain. Mais les membres insistent : « Nous devons sentir la gravité de la situation pour remonter des informations fiables à notre mandant (NDLR, le Roi) et ne pas élaborer des solutions superficielles. Les visites ne s’inscrivent pas dans une approche populiste. Elles ne sont d’ailleurs pas encadrées par les autorités locales. Nous découvrons la réalité telle qu’elle est », conclut-on.

Nouveau modèle de développement : le diagnostic quasiment bouclé

Le 05 février 2020 à13:08

Modifié le 06 février 2020 à 11:18

C’est ce qu’a révélé Ahmed Réda Chami, membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement, lors d’une rencontre avec la presse tenue mardi 4 février à Rabat. Les séances d’écoute et les visites de terrain se poursuivront parallèlement aux travaux des groupes de travail thématiques. L’appropriation du nouveau modèle par les citoyens, souci majeur de la CSMD.

Chakib Benmoussa, Ahmed Réda Chami, Mohamed Tozy, Driss Ksikes et Hakima Himmich ont reçu des membres de la presse nationale pour exposer la méthode de travail de la CSMD et échanger sur diverses thématiques qui la préoccupe.

En 50 jours de travail (démarrage le 16 décembre 2019), la Commission a organisé 40 auditions officielles (partis, syndicats, institutions publiques…) en plus des visites de terrain notamment dans les régions de Taroudant, El Jadida et Ifrane.

En parallèle, ses membres ont travaillé sur les diverses thématiques du modèle de développement :

- Six groupes de travail thématiques se sont réunis 2 à 3 fois par semaine : Capital humain ; Institutions, capital social et égalité Hommes-Femmes ; Economie et création de richesse ; Territoires et Durabilité ; Consultations et contributions ; Vision et conduite du changement.

- Les membres de la Commission se sont réunis chaque lundi pour faire le point sur l’état d’avancement des travaux : 6 réunions au total avec un taux de présence des membres de 90%.

- Les membres se sont réunis chaque fin de mois (2 fois depuis le démarrage) pour travailler sur le contenu du nouveau modèle de développement.

Selon la CSMD, l’objectif est de définir un nouveau modèle à dimension stratégique, global, intégré et anticipatif, sur la base d’un diagnostic, des attentes de la population et des défis actuels et futurs du Maroc.

Un nouveau modèle qui servira de cadre de référence pour conclure un nouveau contrat social sur les 10 à 15 ans à venir. Il fixera les priorités, les inflexions majeures à initier, les éléments positifs à consolider et les ruptures à opérer. « Il ne réglera pas tous les problèmes du Maroc », tient-on à préciser.

La préoccupation majeure de la commission est de mettre le citoyen au cœur du nouveau modèle y compris lors de son élaboration. D’où l’approche participative adoptée.

Outre les auditions officielles et les visites de terrain, cette approche comprend :

- Une plateforme interactive publique (web et réseaux sociaux pour la diffusion d’information, le recueil des insights, le partage de documents et l’agrégation de contenus).

- Des consultations publiques (ouvertures sur le citoyen pour discuter des problématiques régionales, identifier les pistes de solutions…).

- Des rencontres labellisées (impliquer les institutions et associations de la société civile pour explorer diverses thématiques).

- Ateliers et panels ciblés.

Selon Ahmed Réda Chami, la phase de diagnostic est quasiment bouclée. Mais l’approche participative se poursuivra pour que les Marocains s’approprient le nouveau modèle de développement.

« Avec tous les rapports nationaux et internationaux qui existent, les problèmes et les solutions sont presque tous connus. Mais il faut que tout le monde participe à l’élaboration du nouveau modèle », a-t-il affirmé.

« Le processus d’élaboration du nouveau modèle en fait partie. Nous devons avoir de l’humilité et écouter les gens. Nous n’allons pas prescrire un nouveau modèle mais le révéler », a déclaré pour sa part Driss Ksikes.

Profitant de cette rencontre, les membres présents de la CSMD ont restitué, en résumé, les conclusions des visites de terrain effectué jusqu’ici.

Tozy: Il y a des gens qui n’attendent pas l’intervention de l’Etat

Dans la commune rurale Ouneine, dans la région de Taroudant, le politologue Mohamed Tozy a été frappé par un paradoxe : les populations mènent une vie très difficile, avec absence quasi-totale des services publics de base, mais en même temps leurs attentes sont réalistes, et surtout ils ne se lamentent pas sur leur sort.

« Les gens ont des revendications mais n’attendent pas. Ils agissent localement et ne baissent pas les bras », raconte, surpris, Tozy qui donne l’exemple d’un accord conclu avec les populations des douars d’Ouneine avec un médecin libéral pour qu’il se déplace 2 fois par semaine faire des consultations moyennant 1.000 DH par déplacement.

« Ces gens ne sont pas censés payer pour avoir accès à la santé, c’est à l’Etat d’assurer ce service. Mais cela montre que contrairement à des citadins, ils ne sont pas découragés », constate-t-il.

Chami : manque de confiance, nécessité d’une nouvelle impulsion

Sur la dimension économique, le président du Conseil économique, social et environnemental résume, après avoir rencontré plusieurs catégories d’acteurs, les maux qui préoccupent la sphère économique :

- Avant de penser au partage des richesses, il faut les créer. Or tout le monde est dans une situation d’attentisme et de défiance. Une nouvelle impulsion est nécessaire.

- Les acteurs se plaignent des situations de rente, de la concurrence déloyale et de la corruption.

- La relation avec l’Administration préoccupe au plus haut degré le monde économique.

- Le capital humain (formation, fuite des compétences) constitue un défi majeur.

L’accès au foncier et au financement est problématique.

Le patron du CESE s’interroge également sur les secteurs à encourager dans le cadre du nouveau modèle de développement.

Himmich : les jeunes tirent la sonnette d’alarme

Hakima Himmich a été marquée par le franc-parler des étudiants rencontrés à Benguérir, El Jadida et Ifrane. « Ils n’ont pas été intimidés et ont parlé avec franchise de leurs problèmes et de ce qu’ils pensent de la situation. Pour eux, le climat est devenu toxique et il faut agir d’urgence. Si certains sont persévérants, beaucoup d’autres veulent quitter le pays et ne surtout pas avoir d’enfants au Maroc ».

Voici quelques-uns de leurs problèmes et positions

- Les langues : ni l’arabe ni le français ne sont maitrisés.

- L’université ne joue pas son rôle d’ascenseur social et est minée par la corruption.

- Les enseignants se sont désengagés de leurs missions.

La société marocaine est inégalitaire : les riches qui peuvent accéder à un enseignement de qualité et les autres.

- La confiance a été perdue dans la politique et les partis.

- Il n’y a pas de libertés individuelles et sexuelles.

Ksikes : il ne faut pas négliger les perceptions

Driss Ksikes insiste également sur l’urgence d’agir. « Un modèle de développement, c’est bien mais il faut des quick wins car la confiance a été perdue ».

Pour lui, mener des changements profonds nécessite du temps. Par exemple, la corruption, les situations de rente et les conflits d’intérêt sont systémiques, selon Bachir Rachdi reçu par la Commission. Un projet de loi est en cours de préparation pour doter l’instance de lutte contre la corruption de davantage de moyens mais il y a des résistances.

Par ailleurs, il préconise d’agir sur les perceptions des Marocains, « car elles font partie de la réalité », et de créer des espaces pour que les jeunes puissent s’exprimer et participer à la vie sociale.

Pour certains commentateurs, les maux décrits par les membres de la Commission sont connus de tous depuis des années. Ils remettent donc en cause l’utilisé des visites de terrain. Mais les membres insistent : « Nous devons sentir la gravité de la situation pour remonter des informations fiables à notre mandant (NDLR, le Roi) et ne pas élaborer des solutions superficielles. Les visites ne s’inscrivent pas dans une approche populiste. Elles ne sont d’ailleurs pas encadrées par les autorités locales. Nous découvrons la réalité telle qu’elle est », conclut-on.

A lire aussi


0-3

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.