Saeb Erekat

Secrétaire général du comité exécutif de l'OLP et principal négociateur palestinien.

Palestine: l'apartheid n'est pas la paix

Palestine: l'apartheid n'est pas la paix

Le 15 février 2019 à 15:12

Modifié le 07 mars 2019 à 12:51

Les gouvernements américain et israélien peuvent vraiment croire qu'ils réalisent une prophétie divine en privant le peuple palestinien de ses droits, ou ils peuvent simplement apaiser les extrémistes parmi leurs électeurs. Quoi qu'il en soit, ils ne parviennent pas à définir la forme finale de leur solution, peut-être parce qu'ils savent que le monde ne l'acceptera pas.

JERICHO – Depuis le 6 décembre 2017, le président américain Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël, a fermé la mission palestinienne à Washington, DC, a déménagé l'ambassade américaine à Jérusalem et a stoppé le financement de l'aide humanitaire fournie par l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), entre autres mesures.

Et pourtant, nous, Palestiniens, sommes harcelés par des déclarations selon lesquelles les Etats-Unis veulent vraiment poursuivre la paix et que le seul problème a été en quelque sorte celui de notre hésitation.

Personne ne peut soutenir que nous n'avons pas coopéré avec l'administration Trump.

Nous avons eu près de 40 réunions au cours de 2017, nous avons répondu à toutes les questions et nous avons mis en avant notre vision de la paix fondée sur la solution à deux Etats. Mais les envoyés américains ont toujours refusé de nous impliquer dans les questions de fond. En fait, à la veille d'une visite du président palestinien Mahmoud Abbas à Washington, l'administration Trump n'a pas respecté son engagement de ne pas prendre des mesures unilatérales et a annoncé la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël. Quelle qu'en soit la raison - parti pris idéologique, manque d'expérience diplomatique, ou les deux - l'équipe de Trump a fini par détruire les perspectives pour les Etats-Unis de jouer un rôle positif dans le rétablissement de la paix.

Des gens comme le vice-président Mike Pence, l'Ambassadeur David Friedman, l'envoyé spécial Jason Greenblatt et le gendre et conseiller principal de Trump Jared Kushner, sont idéologiquement engagés dans l'entreprise de colonisation d'Israël. A en juger par le discours devant la Knesset israélienne de Pence l'an dernier, on peut supposer qu'Israël a un "mandat divin" de violer les droits des Palestiniens. En prenant de telles positions, l'administration Trump a entraîné essentiellement un résultat au cours des deux dernières années: le renforcement des extrémistes dans notre ‫région.

Afin de protéger la perspective d'une paix juste et durable, les dirigeants palestiniens ont organisé des réunions avec des dirigeants du monde entier. En fait, nous sommes allés au Conseil de sécurité des Nations Unies pour appeler à une initiative de paix fondée sur le droit international, la mise en œuvre des résolutions des Nations unies et la participation de plusieurs pays pour faciliter le processus.

Cependant, pour l'équipe de Trump, le droit international est "irréaliste". La Palestine semble être considérée comme faisant partie d'une entreprise immobilière - une propriété qu'ils peuvent dévaluer en fermant les missions diplomatiques, en stoppant le financement de l'Unrwa, en supprimant l'aide aux hôpitaux palestiniens, ou en retirant les bourses offertes à des étudiants palestiniens. Ils n'ont pas considéré le fait que le peuple palestinien a sa dignité et sa fierté nationale, au même titre que toute autre nation et que nous insisterons pour qu'être traités comme tels.

Soyons clairs: la solution à deux Etats ne signifie pas de s'adapter à la réalité illégale des colonies israéliennes: il s'agit plutôt de mettre fin à cette entreprise coloniale. En refusant de parler de la solution à deux Etats, les déclarations de l'équipe de Trump vont dans une direction différente, plus conforme à la position officielle d'Israël: un Etat et deux systèmes. Mais aucun Palestinien, Arabe, ni dirigeant international responsable ne pourra jamais accepter cette conception, comme cela a été clairement indiqué dans les messages envoyés par les dirigeants du monde entier à l'administration‫ Trump.

Maintenant, des projets sont prêts à "promouvoir un avenir de paix et de sécurité au Moyen-Orient" dans une conférence à Varsovie en Pologne, à laquelle les Palestiniens n'ont pas l'intention de participer. Que ce soit clair: la Palestine n'a mandaté personne pour intervenir en son nom. En dépit des efforts américains pour promouvoir la normalisation des relations diplomatiques entre les États arabes et Israël, aucun changement à l'Initiative de paix arabe ne sera accepté. La pleine normalisation des relations avec Israël n'aura lieu qu'une fois qu'un accord sur le statut final sera atteint et qu'Israël mettra un terme à son contrôle de tous les territoires arabes occupés depuis 1967, notamment le Golan syrien et Jérusalem-Est en Palestine.

Israël a un puissant allié qui partage sa vision idéologique sur de nombreuses questions. Mais le fait d'ignorer les faits, en particulier nos droits, ne fait du bien à personne. L'administration Trump pense peut-être que supprimer les bourses d'études ou définancer les projets d'eau et les hôpitaux palestiniens de Jérusalem va forcer les Palestiniens à se rendre. Nous nous devons de rappeler aux États-Unis ce que l'archevêque héros de l'anti-apartheid Desmond Tutu a déclaré: "Israël ne bénéficiera jamais d'une sécurité et d'une sûreté véritable en opprimant un autre peuple. Une paix véritable ne peut se construire que sur la justice." La justice n'est pas un concept abstrait ou "irréaliste". La justice commence par le respect de la loi. ‫

Indépendamment du fait de savoir si les Etats-Unis et les gouvernements israéliens croient vraiment qu'ils s'acquittent d'une prophétie divine en privant les Palestiniens de leurs droits, ou s'ils apaisent simplement les extrémistes au sein de leur électorat, ils ne parviennent pas à répondre aux préoccupations quant à la forme éventuelle d'une fin de partie. A la lumière de leur opposition à l'approbation d'une solution à deux Etats fondée sur la frontière de 1967, vont-ils soutenir une solution à un Etat, avec des droits égaux pour les Israéliens et les Palestiniens?

Inutile d'être un expert en affaires étrangères pour comprendre que leur but n'est pas de mettre fin à l'occupation ni de garantir l'égalité des droits pour tous les citoyens d'un seul Etat démocratique. Leur option préférée est l'apartheid.

La question urgente à l'heure actuelle est donc simple: est-il sage de laisser l'avenir du Moyen-Orient entre les mains de l'administration Trump? Le soutien en faveur de la solution à deux Etats nécessite des mesures concrètes en poussant Israël à mettre fin à son occupation qui dure depuis des décennies, notamment par l'interdiction des produits des colonies et par la cession des sociétés impliquées dans le maintien d'une politique illégale. Couper les sources de financement de colonies israéliennes, depuis les banques vers les organisations "caritatives", est un must.

Le manque de vision de la part d'Israël et de l'administration Trump souligne le besoin pour le reste de la communauté internationale de se réveiller. Attendre un "Accord Trump" ne fera que renforcer l'apartheid d'Israël et empêchera toute chance d'une solution politique dans un avenir prévisible

© Project Syndicate 1995–2019

Saeb Erekat

Secrétaire général du comité exécutif de l'OLP et principal négociateur palestinien.

Palestine: l'apartheid n'est pas la paix

Le 20 février 2019 à10:57

Modifié le 07 mars 2019 à 12:51

Les gouvernements américain et israélien peuvent vraiment croire qu'ils réalisent une prophétie divine en privant le peuple palestinien de ses droits, ou ils peuvent simplement apaiser les extrémistes parmi leurs électeurs. Quoi qu'il en soit, ils ne parviennent pas à définir la forme finale de leur solution, peut-être parce qu'ils savent que le monde ne l'acceptera pas.

JERICHO – Depuis le 6 décembre 2017, le président américain Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël, a fermé la mission palestinienne à Washington, DC, a déménagé l'ambassade américaine à Jérusalem et a stoppé le financement de l'aide humanitaire fournie par l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), entre autres mesures.

Et pourtant, nous, Palestiniens, sommes harcelés par des déclarations selon lesquelles les Etats-Unis veulent vraiment poursuivre la paix et que le seul problème a été en quelque sorte celui de notre hésitation.

Personne ne peut soutenir que nous n'avons pas coopéré avec l'administration Trump.

Nous avons eu près de 40 réunions au cours de 2017, nous avons répondu à toutes les questions et nous avons mis en avant notre vision de la paix fondée sur la solution à deux Etats. Mais les envoyés américains ont toujours refusé de nous impliquer dans les questions de fond. En fait, à la veille d'une visite du président palestinien Mahmoud Abbas à Washington, l'administration Trump n'a pas respecté son engagement de ne pas prendre des mesures unilatérales et a annoncé la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël. Quelle qu'en soit la raison - parti pris idéologique, manque d'expérience diplomatique, ou les deux - l'équipe de Trump a fini par détruire les perspectives pour les Etats-Unis de jouer un rôle positif dans le rétablissement de la paix.

Des gens comme le vice-président Mike Pence, l'Ambassadeur David Friedman, l'envoyé spécial Jason Greenblatt et le gendre et conseiller principal de Trump Jared Kushner, sont idéologiquement engagés dans l'entreprise de colonisation d'Israël. A en juger par le discours devant la Knesset israélienne de Pence l'an dernier, on peut supposer qu'Israël a un "mandat divin" de violer les droits des Palestiniens. En prenant de telles positions, l'administration Trump a entraîné essentiellement un résultat au cours des deux dernières années: le renforcement des extrémistes dans notre ‫région.

Afin de protéger la perspective d'une paix juste et durable, les dirigeants palestiniens ont organisé des réunions avec des dirigeants du monde entier. En fait, nous sommes allés au Conseil de sécurité des Nations Unies pour appeler à une initiative de paix fondée sur le droit international, la mise en œuvre des résolutions des Nations unies et la participation de plusieurs pays pour faciliter le processus.

Cependant, pour l'équipe de Trump, le droit international est "irréaliste". La Palestine semble être considérée comme faisant partie d'une entreprise immobilière - une propriété qu'ils peuvent dévaluer en fermant les missions diplomatiques, en stoppant le financement de l'Unrwa, en supprimant l'aide aux hôpitaux palestiniens, ou en retirant les bourses offertes à des étudiants palestiniens. Ils n'ont pas considéré le fait que le peuple palestinien a sa dignité et sa fierté nationale, au même titre que toute autre nation et que nous insisterons pour qu'être traités comme tels.

Soyons clairs: la solution à deux Etats ne signifie pas de s'adapter à la réalité illégale des colonies israéliennes: il s'agit plutôt de mettre fin à cette entreprise coloniale. En refusant de parler de la solution à deux Etats, les déclarations de l'équipe de Trump vont dans une direction différente, plus conforme à la position officielle d'Israël: un Etat et deux systèmes. Mais aucun Palestinien, Arabe, ni dirigeant international responsable ne pourra jamais accepter cette conception, comme cela a été clairement indiqué dans les messages envoyés par les dirigeants du monde entier à l'administration‫ Trump.

Maintenant, des projets sont prêts à "promouvoir un avenir de paix et de sécurité au Moyen-Orient" dans une conférence à Varsovie en Pologne, à laquelle les Palestiniens n'ont pas l'intention de participer. Que ce soit clair: la Palestine n'a mandaté personne pour intervenir en son nom. En dépit des efforts américains pour promouvoir la normalisation des relations diplomatiques entre les États arabes et Israël, aucun changement à l'Initiative de paix arabe ne sera accepté. La pleine normalisation des relations avec Israël n'aura lieu qu'une fois qu'un accord sur le statut final sera atteint et qu'Israël mettra un terme à son contrôle de tous les territoires arabes occupés depuis 1967, notamment le Golan syrien et Jérusalem-Est en Palestine.

Israël a un puissant allié qui partage sa vision idéologique sur de nombreuses questions. Mais le fait d'ignorer les faits, en particulier nos droits, ne fait du bien à personne. L'administration Trump pense peut-être que supprimer les bourses d'études ou définancer les projets d'eau et les hôpitaux palestiniens de Jérusalem va forcer les Palestiniens à se rendre. Nous nous devons de rappeler aux États-Unis ce que l'archevêque héros de l'anti-apartheid Desmond Tutu a déclaré: "Israël ne bénéficiera jamais d'une sécurité et d'une sûreté véritable en opprimant un autre peuple. Une paix véritable ne peut se construire que sur la justice." La justice n'est pas un concept abstrait ou "irréaliste". La justice commence par le respect de la loi. ‫

Indépendamment du fait de savoir si les Etats-Unis et les gouvernements israéliens croient vraiment qu'ils s'acquittent d'une prophétie divine en privant les Palestiniens de leurs droits, ou s'ils apaisent simplement les extrémistes au sein de leur électorat, ils ne parviennent pas à répondre aux préoccupations quant à la forme éventuelle d'une fin de partie. A la lumière de leur opposition à l'approbation d'une solution à deux Etats fondée sur la frontière de 1967, vont-ils soutenir une solution à un Etat, avec des droits égaux pour les Israéliens et les Palestiniens?

Inutile d'être un expert en affaires étrangères pour comprendre que leur but n'est pas de mettre fin à l'occupation ni de garantir l'égalité des droits pour tous les citoyens d'un seul Etat démocratique. Leur option préférée est l'apartheid.

La question urgente à l'heure actuelle est donc simple: est-il sage de laisser l'avenir du Moyen-Orient entre les mains de l'administration Trump? Le soutien en faveur de la solution à deux Etats nécessite des mesures concrètes en poussant Israël à mettre fin à son occupation qui dure depuis des décennies, notamment par l'interdiction des produits des colonies et par la cession des sociétés impliquées dans le maintien d'une politique illégale. Couper les sources de financement de colonies israéliennes, depuis les banques vers les organisations "caritatives", est un must.

Le manque de vision de la part d'Israël et de l'administration Trump souligne le besoin pour le reste de la communauté internationale de se réveiller. Attendre un "Accord Trump" ne fera que renforcer l'apartheid d'Israël et empêchera toute chance d'une solution politique dans un avenir prévisible

© Project Syndicate 1995–2019

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