Peine capitale : Aucune exécution en 27 ans, 74 condamnés dans le couloir de la mort

Au Maroc, un moratoire de fait contre la peine de mort impose à 74 personnes l'attente d'une exécution qui n'aura peut-être jamais lieu. La société civile appelle à l'abolition de la peine de mort dans les lois. 

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Peine capitale : Aucune exécution en 27 ans, 74 condamnés dans le couloir de la mort

Le 08 septembre 2020 à 15:22

Modifié le 08 septembre 2020 à 18:30

Jointe par Médias24, Nouzha Skalli, porte-parole du réseau des parlementaires contre la peine de mort, appelle à "l'abolition de cette pratique barbare, irréversible et cruelle". 

Alors que le Maroc n'a exécuté aucun condamné à mort depuis 1993, l'abolition de cette peine dans les lois n'a pas encore été concrétisée et "chaque année 2 à 3 condamnations à mort s'ajoutent à la liste".

Nouzha Skalli rappelle que l'existence de la peine de mort ne dissuade pas du crime et ne permet pas non plus le repentir des condamnés, encore moins leur réinsertion.

C'est pourquoi, elle estime que l'abolition de cette peine est nécessaire, d'autant plus que la majorité des partis politiques y sont favorables, sauf... le PJD. 

"Certains condamnés déclarent préférer la mort à la peur constante"

"Au Maroc, on peut parler d'une abolition de fait mais pas de droit, puisqu'on peut craindre un retour à l'exécution à tout moment".

"En moyenne, il y a 2 à 3 condamnations à mort par an. La plus célèbre est celle des auteurs de l'horrible crime dans la vallée d'Imlil. Un crime qui avait suscité une grande émotion auprès de la population. Des voix ont réclamé la peine de mort. Mais il ne faut pas oublier que les politiques publiques doivent être pensées avec la raison et non pas l'émotion", déclare Mme Skalli. 

"Selon les derniers chiffres connus, 74 personnes se trouvent dans les couloirs de la mort. Un chiffre qui baisse régulièrement par le biais des grâces accordées par le Roi Mohammed VI à des personnes condamnées à mort en commuant leurs sentences à une peine à perpétuité. En juillet 2019, 31 condamnés à mort ont été graciés à l'occasion de la fête du trône", rappelle la même source. 

Ces 74 condamnés sont rassemblés dans des couloirs de la mort et la majorité se trouve dans la prison de Kénitra.

"Ils vivent dans des cellules individuelles et font face à la dépression, à l'obsession de l'exécution au point que certains déclarent préférer la mort à cette peur constante", atteste Nouzha Skalli, qui a eu l'occasion de leur rendre visite à plusieurs reprises. 

"Le seul blocage auquel nous faisons face est la position du PJD"

Le projet abolitionniste met en place des actions et appelle les acteurs publics à agir.

Pendant le confinement, le réseau des parlementaires contre la peine de mort en coordination avec la coalition marocaine contre la peine de mort,  les réseaux d'avocats et de journalistes sont entrés en contact avec les partis politiques dans le cadre de ce projet.

"Nous savons que la majorité est pour l’abolition de la peine de mort. Ceux qui se positionnent clairement sont l’USFP, le PPS et le PAM. D’autres ne prennent pas position mais déclarent y être favorable. Le seul blocage auquel nous faisons face émane du PJD. D’ailleurs, la question relative à l'abolition de la peine de mort est l'une des raisons expliquant le blocage du projet de code pénal". 

“Pourtant, à l'occasion du forum mondial des droits de l'Homme, organisé à Marrakech en 2014, le Roi Mohammed VI a salué l'action menée par les abolitionnistes et appelé à approfondir le débat, par le biais d’une lettre lue par Mustapha Ramid, à l’époque ministre de la Justice”.

Moratoire contre la peine de mort de l'ONU: Stop à l'abstention du Maroc 

Selon Nouzha Skalli, l'objectif du mouvement est l'abolition de la peine de mort dans les lois. 

“En attendant, nous appelons le gouvernement marocain à signer en décembre 2020, le moratoire sur l’exécution de la peine de mort que l'ONU présente tous les deux ans".

"Chaque année il est adopté par un grand nombre de pays, y compris l’Algérie et d’autres pays voisins mais cela fait 7 fois que le Maroc s’abstient. Ce qui est incompréhensible étant donné qu’il n’y a pas eu d’exécution depuis 1993”.

Pour Mme Skalli, la peine de mort n’a pas d'effet dissuasif sur les crimes et les erreurs judiciaires existent

"Plusieurs personnes ont été innocentées alors qu’elles se trouvaient dans le couloir de la mort que ce soit au Maroc ou ailleurs. En 10 ans, 170 personnes condamnées à mort ont été innocentées aux Etats-Unis”, précise-t-elle. 

Le droit à la vie est garanti par la Constitution 

“Aujourd’hui il est question de réforme de la justice sur la base de la réhabilitation et de la réinsertion. Ce sont des principes que la peine de mort ne permet pas d'appliquer, tout comme certaines de nos valeurs telles que le repentir pour les coupables et le pardon pour les familles des victimes”. 

Cette pandémie et surtout le confinement a été l'occasion, selon Nouzha Skalli, de nous rappeler à quel point la vie est importante.

"Pour protéger nos vies, nous avons renoncé à notre liberté. De plus, selon l’article 20 de la Constitution “le droit à la vie est le droit premier de tout être humain” et “la loi protège ce droit”.

Peine capitale : Aucune exécution en 27 ans, 74 condamnés dans le couloir de la mort

Le 08 septembre 2020 à15:23

Modifié le 08 septembre 2020 à 18:30

Au Maroc, un moratoire de fait contre la peine de mort impose à 74 personnes l'attente d'une exécution qui n'aura peut-être jamais lieu. La société civile appelle à l'abolition de la peine de mort dans les lois. 

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Jointe par Médias24, Nouzha Skalli, porte-parole du réseau des parlementaires contre la peine de mort, appelle à "l'abolition de cette pratique barbare, irréversible et cruelle". 

Alors que le Maroc n'a exécuté aucun condamné à mort depuis 1993, l'abolition de cette peine dans les lois n'a pas encore été concrétisée et "chaque année 2 à 3 condamnations à mort s'ajoutent à la liste".

Nouzha Skalli rappelle que l'existence de la peine de mort ne dissuade pas du crime et ne permet pas non plus le repentir des condamnés, encore moins leur réinsertion.

C'est pourquoi, elle estime que l'abolition de cette peine est nécessaire, d'autant plus que la majorité des partis politiques y sont favorables, sauf... le PJD. 

"Certains condamnés déclarent préférer la mort à la peur constante"

"Au Maroc, on peut parler d'une abolition de fait mais pas de droit, puisqu'on peut craindre un retour à l'exécution à tout moment".

"En moyenne, il y a 2 à 3 condamnations à mort par an. La plus célèbre est celle des auteurs de l'horrible crime dans la vallée d'Imlil. Un crime qui avait suscité une grande émotion auprès de la population. Des voix ont réclamé la peine de mort. Mais il ne faut pas oublier que les politiques publiques doivent être pensées avec la raison et non pas l'émotion", déclare Mme Skalli. 

"Selon les derniers chiffres connus, 74 personnes se trouvent dans les couloirs de la mort. Un chiffre qui baisse régulièrement par le biais des grâces accordées par le Roi Mohammed VI à des personnes condamnées à mort en commuant leurs sentences à une peine à perpétuité. En juillet 2019, 31 condamnés à mort ont été graciés à l'occasion de la fête du trône", rappelle la même source. 

Ces 74 condamnés sont rassemblés dans des couloirs de la mort et la majorité se trouve dans la prison de Kénitra.

"Ils vivent dans des cellules individuelles et font face à la dépression, à l'obsession de l'exécution au point que certains déclarent préférer la mort à cette peur constante", atteste Nouzha Skalli, qui a eu l'occasion de leur rendre visite à plusieurs reprises. 

"Le seul blocage auquel nous faisons face est la position du PJD"

Le projet abolitionniste met en place des actions et appelle les acteurs publics à agir.

Pendant le confinement, le réseau des parlementaires contre la peine de mort en coordination avec la coalition marocaine contre la peine de mort,  les réseaux d'avocats et de journalistes sont entrés en contact avec les partis politiques dans le cadre de ce projet.

"Nous savons que la majorité est pour l’abolition de la peine de mort. Ceux qui se positionnent clairement sont l’USFP, le PPS et le PAM. D’autres ne prennent pas position mais déclarent y être favorable. Le seul blocage auquel nous faisons face émane du PJD. D’ailleurs, la question relative à l'abolition de la peine de mort est l'une des raisons expliquant le blocage du projet de code pénal". 

“Pourtant, à l'occasion du forum mondial des droits de l'Homme, organisé à Marrakech en 2014, le Roi Mohammed VI a salué l'action menée par les abolitionnistes et appelé à approfondir le débat, par le biais d’une lettre lue par Mustapha Ramid, à l’époque ministre de la Justice”.

Moratoire contre la peine de mort de l'ONU: Stop à l'abstention du Maroc 

Selon Nouzha Skalli, l'objectif du mouvement est l'abolition de la peine de mort dans les lois. 

“En attendant, nous appelons le gouvernement marocain à signer en décembre 2020, le moratoire sur l’exécution de la peine de mort que l'ONU présente tous les deux ans".

"Chaque année il est adopté par un grand nombre de pays, y compris l’Algérie et d’autres pays voisins mais cela fait 7 fois que le Maroc s’abstient. Ce qui est incompréhensible étant donné qu’il n’y a pas eu d’exécution depuis 1993”.

Pour Mme Skalli, la peine de mort n’a pas d'effet dissuasif sur les crimes et les erreurs judiciaires existent

"Plusieurs personnes ont été innocentées alors qu’elles se trouvaient dans le couloir de la mort que ce soit au Maroc ou ailleurs. En 10 ans, 170 personnes condamnées à mort ont été innocentées aux Etats-Unis”, précise-t-elle. 

Le droit à la vie est garanti par la Constitution 

“Aujourd’hui il est question de réforme de la justice sur la base de la réhabilitation et de la réinsertion. Ce sont des principes que la peine de mort ne permet pas d'appliquer, tout comme certaines de nos valeurs telles que le repentir pour les coupables et le pardon pour les familles des victimes”. 

Cette pandémie et surtout le confinement a été l'occasion, selon Nouzha Skalli, de nous rappeler à quel point la vie est importante.

"Pour protéger nos vies, nous avons renoncé à notre liberté. De plus, selon l’article 20 de la Constitution “le droit à la vie est le droit premier de tout être humain” et “la loi protège ce droit”.

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