Platinum Power: Le litige entre associés empêche la recapitalisation

Une recapitalisation de 60 MDH rejetée. Le conflit entre Omar Belmamoun et Michael Toporek compromet l’avenir de la société. Vers un arbitrage à la CCI sur le dossier Soluna.

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Platinum Power: Le litige entre associés empêche la recapitalisation

Le 20 janvier 2020 à 20:55

Modifié le 21 janvier 2020 à 12:23

Pas de recapitalisation pour Platinum Power. Souhaitée par le management, l’augmentation de capital n’a pas eu lieu lors de la dernière assemblée générale extraordinaire, tenue le 15 janvier 2020.

L’opération visait à injecter 60 MDH en numéraire pour renflouer les caisses du premier développeur privé de barrages, aujourd’hui compromis par le conflit entre ses deux grands associés: Omar Belmamoun et Michael Toporek. Le rejet de la capitalisation fait d’ailleurs suite à un vote défavorable du deuxième. Toporek détient plus de 43% du capital dans PP (personnellement et via les entités qu’il représente). La résolution n’a donc pas obtenu le minimum de votes requis (majorité des deux tiers).

« Toporek est le seul parmi les actionnaires à avoir voté contre. Il a bloqué la recapitalisation alors que la société a un besoin urgent d’argent frais », déplore M. Belmamoun, PDG de Platinum Power. L’autre partie explique sa position par l’absence d’informations capitales sur la société, notamment « ses comptes et états financiers au titre des exercices 2018 et 2019, qui n’ont pas encore été approuvés par l’assemblée générale ».  Une information confirmée par le commissaire aux comptes de la société au cours de l'AGE, précisant " que la société n'a pas arrêté les comptes de 2017, 2018 et 2019 et qu'elle devait présenter des comptes de liquidation". 

Qui plus est, l’actionnaire américain dit n’avoir « reçu aucune explication concernant l’utilisation qui sera faite des fonds objet de ladite augmentation de capital. »

« Il a été convoqué trois semaines avant l’AGE. Il avait tout ce temps pour réclamer et consulter les documents souhaités. Les avocats lui ont demandé s’il voulait ajourner l’AGE d’une semaine ou deux en attendant qu’il accède auxdites informations. Il a refusé », rétorque M. Belmamoun.

Le passif  de la société est un autre point d’incertitude. Le clan Toporek parle de « surendettement » et même de « cessation de paiement ». Platinum Power fait l’objet de plusieurs saisies, dont l’une, exécutoire, a été diligentée par PME Croissance sur un montant de 42 MDH.

Dans plusieurs cas, PP est débitrice de ses propres actionnaires (70 MDH à Brookstone Partners Acquisition XVIII). Sans parler des impayés sociaux (salaires, CNSS etc.), fiscaux, fournisseurs... Au total, l’actionnaire américain évalue à 170 MDH l’endettement de la société même s’il n’a pas « une idée précise sur son ampleur ».

« C’est justement pour pallier ces difficultés que nous avons décidé d’augmenter le capital », observe M. Belmamoun, qui accuse son adversaire de « bloquer » toutes démarches visant à sauver l’entreprise. « C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a été évincé du Conseil d’administration », ajoute notre interlocuteur, rappelant une décision prise au cours d’une AGE tenue en février 2019.

La situation comptable est une chose, l’absence totale de visibilité sur l’avenir de PP est une autre. Créée en 2013, la société avait annoncé d’ambitieux projets au Maroc et en dehors. Depuis, « des études ont été commandées et des autorisations obtenues mais sans jamais déboucher sur des réalisations concrètes », affirment-on du côté de M. Toporek.

L’associé réclame « un audit des projets au Maroc, en Côte d’Ivoire et au Cameroun pour évaluer leur viabilité, et voir si cela valait encore le coup de sauver l’entreprise. Mais Belmamoun s’y oppose depuis trois ans », expliquent des sources ayant requis l’anonymat. « Nous disposons d'un audit effectué par le cabinet Mott Macdonald concluant que les projets sont parfaitement viables », rétorque le PDG. 

Ferme éolienne Dakhla, autre facette du conflit

C’est un méga projet prévu au Maroc qui catalyse le plus de tension. Il s’agit de la future ferme éolienne de Dakhla. Cet investissement est piloté par Brookstone Partners, entité américaine dirigée par Michael Toporek. Celle-ci contrôle les deux opérateurs du projet : Soluna et AM Wind. Seulement, Omar Belmamoun estime que le projet appartient à Platinum Power et accuse son associé de l’avoir «détourné».  

Ce dernier avait initié, en avril 2019, une plainte au pénal contre Toporek, l’accusant « d’escroquerie» et de « détournement d’actif». L’affaire a été classée sans suite pour défaut « d’élément infractionnel ». Selon le parquet, la question revêt un « caractère civil » et non pénal, ce qui la soumet « à la clause d’arbitrage », lit-on dans un document judiciaire.

« Les actionnaires se concertent pour mener une action en arbitrage à Paris, contre Toporek pour le projet Soluna et AM Wind », annonce M. Belmamoun.

Le cas Soluna/AM Wind été débattu lors de la dernière AGE, au cours de laquelle le PDG a annoncé l’obtention de « l’autorisation d’autoproduction pour la réalisation d’une installation de production d’électricité à partir de la source d’énergie éolienne». Cette autorisation a été octroyée en septembre 2019 par le ministère de l’Energie. Une convention d’investissement est en attente pour le démarrage officiel du projet.

« Belmamoun a adopté une attitude pour le moins curieuse vis-à-vis de la femme éolienne. Avant l’obtention de l’autorisation, il faisait tout pour saboter l’aboutissement du projet qu’il considérait comme illégal. Il a d’ailleurs multiplié les alertes auprès d’institutions publiques, dont l’AMMC, à qui il a dénoncé un projet illégal de crypto-monnaie. Désormais, et vu les récentes évolutions, il fait tout pour se l’approprier », résume une source proche de Toporek.  

Un litige interminable, complexe et à l’issue incertaine. D’autant qu’il s’étend à d’autres sociétés. C’est le cas de Brookstone Partners Morocco SA, où le contentieux atteint son paroxysme avec une pléthore de procédures de part et d’autre. Cette entité n’a pas de lien avec Platinum Power, mais compte parmi ses actionnaires Omar Belmamoun et Michael Toporek. Entre les deux hommes d’affaires, l’affectio societatis semble définitivement rompu. 

Platinum Power: Le litige entre associés empêche la recapitalisation

Le 20 janvier 2020 à21:09

Modifié le 21 janvier 2020 à 12:23

Une recapitalisation de 60 MDH rejetée. Le conflit entre Omar Belmamoun et Michael Toporek compromet l’avenir de la société. Vers un arbitrage à la CCI sur le dossier Soluna.

Pas de recapitalisation pour Platinum Power. Souhaitée par le management, l’augmentation de capital n’a pas eu lieu lors de la dernière assemblée générale extraordinaire, tenue le 15 janvier 2020.

L’opération visait à injecter 60 MDH en numéraire pour renflouer les caisses du premier développeur privé de barrages, aujourd’hui compromis par le conflit entre ses deux grands associés: Omar Belmamoun et Michael Toporek. Le rejet de la capitalisation fait d’ailleurs suite à un vote défavorable du deuxième. Toporek détient plus de 43% du capital dans PP (personnellement et via les entités qu’il représente). La résolution n’a donc pas obtenu le minimum de votes requis (majorité des deux tiers).

« Toporek est le seul parmi les actionnaires à avoir voté contre. Il a bloqué la recapitalisation alors que la société a un besoin urgent d’argent frais », déplore M. Belmamoun, PDG de Platinum Power. L’autre partie explique sa position par l’absence d’informations capitales sur la société, notamment « ses comptes et états financiers au titre des exercices 2018 et 2019, qui n’ont pas encore été approuvés par l’assemblée générale ».  Une information confirmée par le commissaire aux comptes de la société au cours de l'AGE, précisant " que la société n'a pas arrêté les comptes de 2017, 2018 et 2019 et qu'elle devait présenter des comptes de liquidation". 

Qui plus est, l’actionnaire américain dit n’avoir « reçu aucune explication concernant l’utilisation qui sera faite des fonds objet de ladite augmentation de capital. »

« Il a été convoqué trois semaines avant l’AGE. Il avait tout ce temps pour réclamer et consulter les documents souhaités. Les avocats lui ont demandé s’il voulait ajourner l’AGE d’une semaine ou deux en attendant qu’il accède auxdites informations. Il a refusé », rétorque M. Belmamoun.

Le passif  de la société est un autre point d’incertitude. Le clan Toporek parle de « surendettement » et même de « cessation de paiement ». Platinum Power fait l’objet de plusieurs saisies, dont l’une, exécutoire, a été diligentée par PME Croissance sur un montant de 42 MDH.

Dans plusieurs cas, PP est débitrice de ses propres actionnaires (70 MDH à Brookstone Partners Acquisition XVIII). Sans parler des impayés sociaux (salaires, CNSS etc.), fiscaux, fournisseurs... Au total, l’actionnaire américain évalue à 170 MDH l’endettement de la société même s’il n’a pas « une idée précise sur son ampleur ».

« C’est justement pour pallier ces difficultés que nous avons décidé d’augmenter le capital », observe M. Belmamoun, qui accuse son adversaire de « bloquer » toutes démarches visant à sauver l’entreprise. « C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a été évincé du Conseil d’administration », ajoute notre interlocuteur, rappelant une décision prise au cours d’une AGE tenue en février 2019.

La situation comptable est une chose, l’absence totale de visibilité sur l’avenir de PP est une autre. Créée en 2013, la société avait annoncé d’ambitieux projets au Maroc et en dehors. Depuis, « des études ont été commandées et des autorisations obtenues mais sans jamais déboucher sur des réalisations concrètes », affirment-on du côté de M. Toporek.

L’associé réclame « un audit des projets au Maroc, en Côte d’Ivoire et au Cameroun pour évaluer leur viabilité, et voir si cela valait encore le coup de sauver l’entreprise. Mais Belmamoun s’y oppose depuis trois ans », expliquent des sources ayant requis l’anonymat. « Nous disposons d'un audit effectué par le cabinet Mott Macdonald concluant que les projets sont parfaitement viables », rétorque le PDG. 

Ferme éolienne Dakhla, autre facette du conflit

C’est un méga projet prévu au Maroc qui catalyse le plus de tension. Il s’agit de la future ferme éolienne de Dakhla. Cet investissement est piloté par Brookstone Partners, entité américaine dirigée par Michael Toporek. Celle-ci contrôle les deux opérateurs du projet : Soluna et AM Wind. Seulement, Omar Belmamoun estime que le projet appartient à Platinum Power et accuse son associé de l’avoir «détourné».  

Ce dernier avait initié, en avril 2019, une plainte au pénal contre Toporek, l’accusant « d’escroquerie» et de « détournement d’actif». L’affaire a été classée sans suite pour défaut « d’élément infractionnel ». Selon le parquet, la question revêt un « caractère civil » et non pénal, ce qui la soumet « à la clause d’arbitrage », lit-on dans un document judiciaire.

« Les actionnaires se concertent pour mener une action en arbitrage à Paris, contre Toporek pour le projet Soluna et AM Wind », annonce M. Belmamoun.

Le cas Soluna/AM Wind été débattu lors de la dernière AGE, au cours de laquelle le PDG a annoncé l’obtention de « l’autorisation d’autoproduction pour la réalisation d’une installation de production d’électricité à partir de la source d’énergie éolienne». Cette autorisation a été octroyée en septembre 2019 par le ministère de l’Energie. Une convention d’investissement est en attente pour le démarrage officiel du projet.

« Belmamoun a adopté une attitude pour le moins curieuse vis-à-vis de la femme éolienne. Avant l’obtention de l’autorisation, il faisait tout pour saboter l’aboutissement du projet qu’il considérait comme illégal. Il a d’ailleurs multiplié les alertes auprès d’institutions publiques, dont l’AMMC, à qui il a dénoncé un projet illégal de crypto-monnaie. Désormais, et vu les récentes évolutions, il fait tout pour se l’approprier », résume une source proche de Toporek.  

Un litige interminable, complexe et à l’issue incertaine. D’autant qu’il s’étend à d’autres sociétés. C’est le cas de Brookstone Partners Morocco SA, où le contentieux atteint son paroxysme avec une pléthore de procédures de part et d’autre. Cette entité n’a pas de lien avec Platinum Power, mais compte parmi ses actionnaires Omar Belmamoun et Michael Toporek. Entre les deux hommes d’affaires, l’affectio societatis semble définitivement rompu. 

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