Prix des légumes: Au marché de gros de Casablanca, grand décalage avec le terrain

Depuis le début du Ramadan, on ne parle plus que des prix de certains légumes qui ont flambé, comme l’oignon et la tomate. Qui sont à l'origine de cette hausse ? Les grossistes, les spéculateurs, les détaillants ? Nous avons visité le marché de gros de Casablanca pour tenter d'apporter des éléments de réponse.

Le 15 mai 2019 à 14:23

Modifié le 16 mai 2019 à 07:52

Le Ramadan est toujours accompagné d'une flambée des prix des fruits et légumes. Une hausse qui ne s’explique ni par la rareté des produits ni par le renchérissement des prix dans les marchés de gros. L’augmentation des tarifs ne peut d’emblée s’expliquer que par la spéculation, le nombre élevé d’intermédiaires dans la chaîne de distribution et le tissu informel. L'impact de ces facteurs s'est sans doute amplifié par la nette augmentation de la consommation des ménages, au cours de ce mois sacré.

Médias24 a visité lors de la journée du mardi 14 mai le marché de gros de Casablanca pour constater les tarifs de ses commerçants.

"Les prix des fruits et légumes ont connu une nette baisse lors de la 2e semaine de Ramadan. Les pommes de terre se négocient entre 1 et 1,5 dirham le kilo, la tomate se vend entre 2 et 3 dirhams, l’oignon frais est vendu entre 2,5 et 4 dirhams, la carotte se négocie entre 1,8 et 2,7 dirhams, la pastèque se vend entre 1 et 1,5 dirham et le prix de l’orange varie entre 1,2 et 1,8 dirham. Le gap de prix pour le même fruit ou légume s’explique par la différence de qualité", nous confirme le directeur du marché de gros de Casablanca, Jaâfar Essabbane.

Les prix passent du simple au double

Les prix au détail n'ont rien à voir avec ce qui est pratiqué au marché de gros de Casablanca.

Par exemple, au marché Badr du quartier Bourgogne, l’oignon frais (ou d’hiver) se vend au consommateur entre 6 et 8 dirhams, l’oignon sec se négocie pour sa part entre 12 et 15 dirhams et la tomate s’achète aux alentours de 7 dirhams. Pour précision, l’oignon sec ne se vend plus sur le marché de gros de Casablanca puis qu’il est en fin de saison. Ce qui peut expliquer son prix élevé chez les quelques petits détaillants qui le vendent encore.

Mais globalement, quand on compare les prix des grossistes et ceux des détaillants, on passe facilement du simple au double. La différence entre les tarifs pour le cas de la tomate par exemple est entre 4 et 5 dirhams. Le gap de prix pour l’oignon d’hiver est de 3,5 à 5,5 dirhams.

Les explications du ministère

Le ministère de l’Agriculture s’est déjà expliqué sur la hausse du prix de l’oignon lors des premiers jours du Ramadan : la culture d’oignon d’hiver (oignon vert) est pratiquée essentiellement dans les zones pluviales (Bour) qui ont été impactées négativement par les faibles pluies, notamment durant les mois de janvier et février. Ce qui a été à l’origine d’une baisse de près de 33% de la production. Pour l’oignon sec, le mois d’avril marque la fin de la campagne de sa commercialisation et de son stockage ainsi que le démarrage de sa nouvelle récolte.

Ces facteurs peuvent expliquer l'augmentation des prix au marché de gros, mais pas le gros décalage avec les prix au détail.

Un commerçant au marché de gros de Casablanca précise: "C’est vrai qu’au début du Ramadan, l’oignon a connu une hausse des prix, suite à la forte affluence du consommateur sur ce produit. Mais depuis, il y a eu une baisse des prix de l’oignon et ce, depuis quelques jours déjà. Il y a même, aujourd’hui, plus d’offre que de demande. Le marché vit ces 3 derniers jours un véritable tassement. Ici l’oignon (Ndlr: oignon frais) ne se vend pas au-delà de 4 dirhams". Depuis le début du Ramadan, le marché de gros de Casablanca a traité 400 tonnes d’oignons frais par jour.

Les irrégularités naissent en dehors du marché de gros

Pour Chabbi Abderazzak, secrétaire général de l’association de fruits et légumes au marché de gros de Casablanca, la réponse à la problématique de la hausse des prix des légumes vendus au consommateur est à chercher ailleurs: "Les prix pratiqués au sein du marché de gros sont raisonnables et connus par tout le monde. Les quantités de marchandises se situent elles aussi à un niveau normal et ce, même pour cette période du Ramadan. Les irrégularités de prix constatées en dehors des murs du marché de gros n’est évidemment pas la responsabilité des ses commerçants. Il faut mettre en place un cadre pour maîtriser ce qui se passe en dehors du marché de gros". Allusion faite aux nombres d'intermédiaires et aux spéculateurs qui renchérissent les prix au détail.

Si les prix au gros sont généralement raisonnables, le niveau d’approvisionnement des fruits et légumes est, lui aussi, comme indiqué par ce professionnel, normal.

Pour preuve : le marché de gros de Casablanca a traité depuis le début du Ramadan (entre le 6 et le 12 mai) un volume de 36.000 tonnes de fruits et légumes. C’est l’équivalent de plus de 5.000 tonnes de marchandises traitées par jour. En dehors de Ramadan, le marché de gros traite 4.000 tonnes seulement par jour.

Développé sur 30 ha, le marché de gros de Casablanca traite, à ce juste titre, près de 40% des volumes de fruits et légumes au Maroc (secteur formel), soit 1,4 million de tonnes de marchandises par an. Il est classé 20e à l’échelle mondiale en termes des volumes traités.

L'effet de l’informel

Il est à noter que les grossistes reversent une taxe entre 6 et 7% de leurs chiffres d’affaires (7% au cas où le commerçant dispose d’un magasin au sein du marché qui compte 250 locaux de vente), à l’entrée du marché de gros de Casablanca. Près de 800 camions de marchandises font le pointage chaque jour pour s’acquitter de cette taxe.

Le circuit informel de la distribution des fruits et légumes échappe évidemment au paiement de cette taxe et à tout contrôle. Son poids est important mais difficilement quantifiable.

Ce circuit crée une véritable distorsion entre les prix proposés par les grossistes qui opèrent dans le cadre formel et les tarifs pratiqués dans certains marchés. Une problématique sans cesse relevée, même en dehors du mois de Ramadan, mais qui reste à ce jour sans solution.

Le circuit de distribution informel évolue presque sans tracas dans des marchés parallèles disposant des moyens matériels nécessaires à la bonne marche de leur activité. Les commerçants opérant dans le système classique condamnent cet état de fait en faisant avancer l’argument de la concurrence déloyale.

La distribution informelle engendre le phénomène de la spéculation et des marges élevées des intermédiaires. L’existence de stocks illégaux de marchandises permet de spéculer sur les prix lorsque la consommation est à son apogée comme c’est le cas lors du mois de Ramadan.

Prix des légumes: Au marché de gros de Casablanca, grand décalage avec le terrain

Le 15 mai 2019 à14:59

Modifié le 16 mai 2019 à 07:52

Depuis le début du Ramadan, on ne parle plus que des prix de certains légumes qui ont flambé, comme l’oignon et la tomate. Qui sont à l'origine de cette hausse ? Les grossistes, les spéculateurs, les détaillants ? Nous avons visité le marché de gros de Casablanca pour tenter d'apporter des éléments de réponse.

Le Ramadan est toujours accompagné d'une flambée des prix des fruits et légumes. Une hausse qui ne s’explique ni par la rareté des produits ni par le renchérissement des prix dans les marchés de gros. L’augmentation des tarifs ne peut d’emblée s’expliquer que par la spéculation, le nombre élevé d’intermédiaires dans la chaîne de distribution et le tissu informel. L'impact de ces facteurs s'est sans doute amplifié par la nette augmentation de la consommation des ménages, au cours de ce mois sacré.

Médias24 a visité lors de la journée du mardi 14 mai le marché de gros de Casablanca pour constater les tarifs de ses commerçants.

"Les prix des fruits et légumes ont connu une nette baisse lors de la 2e semaine de Ramadan. Les pommes de terre se négocient entre 1 et 1,5 dirham le kilo, la tomate se vend entre 2 et 3 dirhams, l’oignon frais est vendu entre 2,5 et 4 dirhams, la carotte se négocie entre 1,8 et 2,7 dirhams, la pastèque se vend entre 1 et 1,5 dirham et le prix de l’orange varie entre 1,2 et 1,8 dirham. Le gap de prix pour le même fruit ou légume s’explique par la différence de qualité", nous confirme le directeur du marché de gros de Casablanca, Jaâfar Essabbane.

Les prix passent du simple au double

Les prix au détail n'ont rien à voir avec ce qui est pratiqué au marché de gros de Casablanca.

Par exemple, au marché Badr du quartier Bourgogne, l’oignon frais (ou d’hiver) se vend au consommateur entre 6 et 8 dirhams, l’oignon sec se négocie pour sa part entre 12 et 15 dirhams et la tomate s’achète aux alentours de 7 dirhams. Pour précision, l’oignon sec ne se vend plus sur le marché de gros de Casablanca puis qu’il est en fin de saison. Ce qui peut expliquer son prix élevé chez les quelques petits détaillants qui le vendent encore.

Mais globalement, quand on compare les prix des grossistes et ceux des détaillants, on passe facilement du simple au double. La différence entre les tarifs pour le cas de la tomate par exemple est entre 4 et 5 dirhams. Le gap de prix pour l’oignon d’hiver est de 3,5 à 5,5 dirhams.

Les explications du ministère

Le ministère de l’Agriculture s’est déjà expliqué sur la hausse du prix de l’oignon lors des premiers jours du Ramadan : la culture d’oignon d’hiver (oignon vert) est pratiquée essentiellement dans les zones pluviales (Bour) qui ont été impactées négativement par les faibles pluies, notamment durant les mois de janvier et février. Ce qui a été à l’origine d’une baisse de près de 33% de la production. Pour l’oignon sec, le mois d’avril marque la fin de la campagne de sa commercialisation et de son stockage ainsi que le démarrage de sa nouvelle récolte.

Ces facteurs peuvent expliquer l'augmentation des prix au marché de gros, mais pas le gros décalage avec les prix au détail.

Un commerçant au marché de gros de Casablanca précise: "C’est vrai qu’au début du Ramadan, l’oignon a connu une hausse des prix, suite à la forte affluence du consommateur sur ce produit. Mais depuis, il y a eu une baisse des prix de l’oignon et ce, depuis quelques jours déjà. Il y a même, aujourd’hui, plus d’offre que de demande. Le marché vit ces 3 derniers jours un véritable tassement. Ici l’oignon (Ndlr: oignon frais) ne se vend pas au-delà de 4 dirhams". Depuis le début du Ramadan, le marché de gros de Casablanca a traité 400 tonnes d’oignons frais par jour.

Les irrégularités naissent en dehors du marché de gros

Pour Chabbi Abderazzak, secrétaire général de l’association de fruits et légumes au marché de gros de Casablanca, la réponse à la problématique de la hausse des prix des légumes vendus au consommateur est à chercher ailleurs: "Les prix pratiqués au sein du marché de gros sont raisonnables et connus par tout le monde. Les quantités de marchandises se situent elles aussi à un niveau normal et ce, même pour cette période du Ramadan. Les irrégularités de prix constatées en dehors des murs du marché de gros n’est évidemment pas la responsabilité des ses commerçants. Il faut mettre en place un cadre pour maîtriser ce qui se passe en dehors du marché de gros". Allusion faite aux nombres d'intermédiaires et aux spéculateurs qui renchérissent les prix au détail.

Si les prix au gros sont généralement raisonnables, le niveau d’approvisionnement des fruits et légumes est, lui aussi, comme indiqué par ce professionnel, normal.

Pour preuve : le marché de gros de Casablanca a traité depuis le début du Ramadan (entre le 6 et le 12 mai) un volume de 36.000 tonnes de fruits et légumes. C’est l’équivalent de plus de 5.000 tonnes de marchandises traitées par jour. En dehors de Ramadan, le marché de gros traite 4.000 tonnes seulement par jour.

Développé sur 30 ha, le marché de gros de Casablanca traite, à ce juste titre, près de 40% des volumes de fruits et légumes au Maroc (secteur formel), soit 1,4 million de tonnes de marchandises par an. Il est classé 20e à l’échelle mondiale en termes des volumes traités.

L'effet de l’informel

Il est à noter que les grossistes reversent une taxe entre 6 et 7% de leurs chiffres d’affaires (7% au cas où le commerçant dispose d’un magasin au sein du marché qui compte 250 locaux de vente), à l’entrée du marché de gros de Casablanca. Près de 800 camions de marchandises font le pointage chaque jour pour s’acquitter de cette taxe.

Le circuit informel de la distribution des fruits et légumes échappe évidemment au paiement de cette taxe et à tout contrôle. Son poids est important mais difficilement quantifiable.

Ce circuit crée une véritable distorsion entre les prix proposés par les grossistes qui opèrent dans le cadre formel et les tarifs pratiqués dans certains marchés. Une problématique sans cesse relevée, même en dehors du mois de Ramadan, mais qui reste à ce jour sans solution.

Le circuit de distribution informel évolue presque sans tracas dans des marchés parallèles disposant des moyens matériels nécessaires à la bonne marche de leur activité. Les commerçants opérant dans le système classique condamnent cet état de fait en faisant avancer l’argument de la concurrence déloyale.

La distribution informelle engendre le phénomène de la spéculation et des marges élevées des intermédiaires. L’existence de stocks illégaux de marchandises permet de spéculer sur les prix lorsque la consommation est à son apogée comme c’est le cas lors du mois de Ramadan.

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