Procès d’Imlil: les réponses glaçantes d'un ex-militaire parmi les accusés

"Si j’avais les mêmes convictions lorsque j’étais à l’armée, j’aurais commis des attentats là-bas". La phrase est de Said Taoufik, jihadiste et ex-militaire accusé dans le cadre de l'assassinat des deux touristes scandinaves à Imlil. Il répondait au juge lors de la deuxième audience dédiée aux interrogatoires.

Procès d’Imlil: les réponses glaçantes d'un ex-militaire parmi les accusés

Le 13 juin 2019 à 19:12

Modifié le 14 juin 2019 à 10:21

La Chambre criminelle près la Cour d’appel de Rabat a bouclé, ce jeudi 13 juin, la deuxième audience dédiée à l’interrogatoire des 24 individus jugés dans le cadre de l’assassinat d’Imlil. Le juge a renvoyé l’affaire au 20 juin.

Cette dernière audience s’inscrit dans la continuité de la précédente, où 5 accusés, considérés comme le noyau de la cellule, avaient répondus aux questions du président Abdelatif Amrani.

Ce jeudi, le magistrat en a interrogé 12 autres. Beaucoup sont identifiés comme faisant partie du réseau gravitant autour des accusés principaux. Said Taoufik fait partie de ce réseau. Il y représente le visage cru de l’extrémisme. Face aux juges, le jihadiste, qamis gris et barbe clairsemée, revendique ses idées et n’affiche aucun remord.

A 22 ans, Taoufik traîne déjà un antécédent pour des faits de terrorisme. Il était encore mineur lorsqu’il  fut condamné, en 2014, à une amende de 200 DH pour avoir marqué des graffitis à caractère jihadiste.

Une condamnation qui ne l’a pourtant pas empêché de rejoindre, l’année suivante, les rangs des forces armées royales, précisément au 2ème centre de recrutement et de formation interarmes. Il a ensuite été affecté à la première brigade de l’infanterie parachutiste à Maâmoura (Salé).

Pour Taoufik, l’aventure militaire n’a duré qu’une année.  Mais elle aurait pu être fatale: "Si j’avais les mêmes convictions lorsque j’étais à l’armée, j’aurais commis des attentats là-bas", explique l’accusé. Quoi de plus simple, puisqu’il était "constamment muni d’un RPG 7", renchérit-il, jetant l’effroi dans la salle 1 du tribunal.

Il fait valoir "une expérience" dans le maniement des "armes légères, lourdes et des explosifs". Mais n’a, à ses dires, jamais tenté d’enseigner ces techniques à l’un des membres de la cellule.

Au lendemain des faits (survenus dans la nuit du 16 au 17 décembre 2018), il reçoit, sur son téléphone, la vidéo de la décapitation des deux jeunes touristes. "Celui qui me l’a envoyé n’est pas présent avec nous. Il devait être arrêté avant nous", lance-t-il au juge. "Cela va venir", répond ce dernier. "Il s’appelle Abou Llayt Titouani", enfonce l’accusé.

  • Etes-vous toujours convaincu par le Jihad?, questionne le président.
  • Naturellement, rétorque l’accusé.

Taoufik avoue même entretenir des liens avec des combattants Afghan (Taliban) et Syrien (Da'ech) rencontrés sur internet.

"Va t’assoir va!"

Mais qu’est-ce que, pour lui, le Jihad ? "Je n’en suis pas au degré de savoir qui me permettrait d’expliquer ce que c’est". Il explique que le Jihad se fait "contre les croisés". "Il est inconcevable qu’un Américain frappe nos frères en Syrie et vienne ensuite se balader au Maroc".

Interrogé sur la décapitation des touristes scandinaves, Taoufik juge que les assassinats n’ont pas été exécutés "correctement". Pour lui, "il fallait tuer des hommes plutôt que des femmes".

L’ex militaire n’a jamais excommunié "la société marocaine". Ce n’est pas le cas "du régime corrompu et taghout (tyran)", qu’il qualifie volontiers de "mécréant".

Quid des forces de l’ordre? Les considère-t-il comme des agents du "taghout"?, lui demande Me Khalid ElFataoui, avocat des parents de la victime danoise. L’accusé répond sans détour : "Oui, il sont rattachés au régime tyran". "Va t’asseoir va !", intervient sèchement le président, consterné par les réponses de l’interrogé.

Procès d’Imlil: les réponses glaçantes d'un ex-militaire parmi les accusés

Le 13 juin 2019 à19:58

Modifié le 14 juin 2019 à 10:21

"Si j’avais les mêmes convictions lorsque j’étais à l’armée, j’aurais commis des attentats là-bas". La phrase est de Said Taoufik, jihadiste et ex-militaire accusé dans le cadre de l'assassinat des deux touristes scandinaves à Imlil. Il répondait au juge lors de la deuxième audience dédiée aux interrogatoires.

La Chambre criminelle près la Cour d’appel de Rabat a bouclé, ce jeudi 13 juin, la deuxième audience dédiée à l’interrogatoire des 24 individus jugés dans le cadre de l’assassinat d’Imlil. Le juge a renvoyé l’affaire au 20 juin.

Cette dernière audience s’inscrit dans la continuité de la précédente, où 5 accusés, considérés comme le noyau de la cellule, avaient répondus aux questions du président Abdelatif Amrani.

Ce jeudi, le magistrat en a interrogé 12 autres. Beaucoup sont identifiés comme faisant partie du réseau gravitant autour des accusés principaux. Said Taoufik fait partie de ce réseau. Il y représente le visage cru de l’extrémisme. Face aux juges, le jihadiste, qamis gris et barbe clairsemée, revendique ses idées et n’affiche aucun remord.

A 22 ans, Taoufik traîne déjà un antécédent pour des faits de terrorisme. Il était encore mineur lorsqu’il  fut condamné, en 2014, à une amende de 200 DH pour avoir marqué des graffitis à caractère jihadiste.

Une condamnation qui ne l’a pourtant pas empêché de rejoindre, l’année suivante, les rangs des forces armées royales, précisément au 2ème centre de recrutement et de formation interarmes. Il a ensuite été affecté à la première brigade de l’infanterie parachutiste à Maâmoura (Salé).

Pour Taoufik, l’aventure militaire n’a duré qu’une année.  Mais elle aurait pu être fatale: "Si j’avais les mêmes convictions lorsque j’étais à l’armée, j’aurais commis des attentats là-bas", explique l’accusé. Quoi de plus simple, puisqu’il était "constamment muni d’un RPG 7", renchérit-il, jetant l’effroi dans la salle 1 du tribunal.

Il fait valoir "une expérience" dans le maniement des "armes légères, lourdes et des explosifs". Mais n’a, à ses dires, jamais tenté d’enseigner ces techniques à l’un des membres de la cellule.

Au lendemain des faits (survenus dans la nuit du 16 au 17 décembre 2018), il reçoit, sur son téléphone, la vidéo de la décapitation des deux jeunes touristes. "Celui qui me l’a envoyé n’est pas présent avec nous. Il devait être arrêté avant nous", lance-t-il au juge. "Cela va venir", répond ce dernier. "Il s’appelle Abou Llayt Titouani", enfonce l’accusé.

  • Etes-vous toujours convaincu par le Jihad?, questionne le président.
  • Naturellement, rétorque l’accusé.

Taoufik avoue même entretenir des liens avec des combattants Afghan (Taliban) et Syrien (Da'ech) rencontrés sur internet.

"Va t’assoir va!"

Mais qu’est-ce que, pour lui, le Jihad ? "Je n’en suis pas au degré de savoir qui me permettrait d’expliquer ce que c’est". Il explique que le Jihad se fait "contre les croisés". "Il est inconcevable qu’un Américain frappe nos frères en Syrie et vienne ensuite se balader au Maroc".

Interrogé sur la décapitation des touristes scandinaves, Taoufik juge que les assassinats n’ont pas été exécutés "correctement". Pour lui, "il fallait tuer des hommes plutôt que des femmes".

L’ex militaire n’a jamais excommunié "la société marocaine". Ce n’est pas le cas "du régime corrompu et taghout (tyran)", qu’il qualifie volontiers de "mécréant".

Quid des forces de l’ordre? Les considère-t-il comme des agents du "taghout"?, lui demande Me Khalid ElFataoui, avocat des parents de la victime danoise. L’accusé répond sans détour : "Oui, il sont rattachés au régime tyran". "Va t’asseoir va !", intervient sèchement le président, consterné par les réponses de l’interrogé.

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