Procès Imlil: Les Driouech, jihadistes de père en fils

Procès Imlil. Aux abords de la scène du crime, les assassins des deux jeunes touristes scandinaves avaient abandonné leurs effets personnels, mais aussi une tente qu'ils avaient empruntée à Abdellatif El Driouech. Ce menuisier de 51 ans a été interpellé quelques jours plus tard avec son fils El Bachir. Le dernier article de notre série leur est consacré. 

Procès Imlil: Les Driouech, jihadistes de père en fils

Le 02 mai 2019 à 09:38

Modifié le 02 mai 2019 à 14:27

Abdellatif El Driouech a initié son fils El Bachir à la menuiserie mais aussi à l’idéologie jihadiste. Il l’a surtout impliqué dans la cellule présumée responsable de la tuerie d’Imlil. Père et fils ont été arrêtés et seront jugés à partir de ce jeudi 2 mai à la Chambre criminelle près la cour d’appel de Rabat (Annexe Salé). Ils y rejoindront 22 autres individus.

L’histoire de la famille El Driouech remonte à 2011. La révolution syrienne bat son plein. Abdellatif suit assidûment son déroulé. Trois ans plus tard, l’Etat islamique accapare l’attention de la communauté internationale, mais aussi celle de l’intéressé. Le menuisier enchaîne les publications de propagande, épopées jihadistes et scènes d’exécution. Pour lui, la légitimité de cette organisation prétendument islamique ne fait pas de doute. C’est le début d’un engagement qu’il inculquera à l'un de ses six enfants, El Bachir qui n’a alors que 17 ans.

Lire aussi :

(1) Abdessamd El Joud, le bourreau qui rêvait de Syrie

(2) Kevin Zoller Guervos, alias "Abdallah le Suisse"

(3) Hicham Nazih, le souci du spectacle

En 2017, c’est aussi par son paternel qu’El Bachir fera la connaissance d’Abdessamd El Joud et de Rachid Afati, deux des trois individus bientôt auteurs de la tuerie d’Imlil. Comme ces derniers, El Driouech père et fils sont menuisiers de profession. Comme ces derniers, ils vouent une admiration pour le jihad et l’EI, dont ils suivent assidûment l’actualité, notamment sur le portable d’El Joud.

A ce titre, ils prendront note de l’appel formulé par Abou Mohammed El Adanani, porte-parole de Daech, invitant les sympathisants à perpétrer des attentats dans leurs pays d’origine.

Pour ne rien rater des événements au Cham, Abdellatif demandera à Afati de lui créer un compte sur  Telegram. Cette application de messageries, réputée intraçable -à tort- est très prisée par les membres de l’EI. Abdellatif l’utilisera sous trois identifiants différents : "Mustapha El Maskin", "Abou El Hassan El Kachmiri" et "Nassim Al Massae".

Au fil des réunions, une cellule prend forme. Abdellatif et son fils participent à des discussions qui, pour leur majeure partie, tournent autour du Jihad et des moyens de sa réalisation. D’abord au Maroc (projet d’assassinat de deux agents d’autorité à Marrakech, projet de décapitation filmée d’un cheikh salafiste etc.). Mais aussi au Mali, en discutant la possibilité de rallier un groupement opérant sous la bannière de l’EI.

On est en octobre 2017. A bord de sa Fiat Regata, Abdellatif emmène son fils, El Joud et d’autres membres de la cellule dans une excursion au barrage Lalla Takerkoust, dans la région de Marrakech. C’est là que se dessinera pour la première fois l’idée d’attaquer des touristes dans les régions montagneuses d’Ourika et d’Imlil.

De retour à Marrakech, Abdellatif proposera de cibler un véhicule transportant les salaires journaliers d’ouvriers, l’idée étant d’en tirer les fonds pour financer leurs projets d’attentat. Le véhicule de type Renault 4, a-t-il affirmé, transporte quotidiennement la somme de 600.000 DH.

Simple contrôle d'identité 

Des commissariats, des hôtels étoilés à Marrakech, le festival d’Essaouira, l’église de la même ville etc. La cellule se fixe des objectifs spectaculaires. En attendant, les Driouech et leur groupe s’échauffent en assiégeant de pierres un jeune couple surpris dans "une posture obscène". On veut "promouvoir la vertu et prévenir le vice". Abdellatif et son fils seront sitôt encerclés par les habitants du quartier puis arrêtés par la gendarmerie. Idem pour Abdessamd El Joud et Aberrahman Khayali. Ils seront tous relâchés le lendemain après une simple vérification d’identité.

Le 11 décembre 2018. Nous sommes à 5 jours du drame. Ibrahim reçoit un appel de Rachid Afati, membre actif du groupe. Il lui demande de les accompagner (lui et El Joud, khayali et Younes Ouziad) à Imlil. Ils ne se contenteront pas de prévenir le vice. La cellule veut "liquider des croisés". Ibrahim est tenté. Il "bénit" ses frères, mais décline l'invitation car "trop âgé".

Le 13 décembre, Ibrahim reçoit un deuxième appel. Afati, encore. Il veut cette "tente" que son interlocuteur lui a déjà prêtée par le passé. Cette tente sera retrouvée à environ 150 mètres du lieu où campaient les deux victimes.

Le 18 décembre. Cette fois-ci, Ibrahim ne reçoit pas d’appel, mais une information. Son fils aurait été arrêté pour son implication dans l’assassinat de deux jeunes touristes scandinaves à Imlil. Information fausse à ce stade. D’ailleurs, le lendemain, il contractera El Bachir et lui signifie qu’il est recherché par la police. Il lui recommande de se faire discret. Au préalable, le père avait visionné la vidéo de la décapitation. Par peur d’être repéré, il a cassé son téléphone et sa tablette. Et les a jetés dans l'oued Tensift. Pas de quoi empêcher son arrestation.

Au juge d’instruction, Ibrahim confiera "sa sympathie" pour Daech. Au même juge, El Bachir se dira "membre" de l'organisation terroriste. L’initié a dépassé l’initiateur. 

Procès Imlil: Les Driouech, jihadistes de père en fils

Le 02 mai 2019 à09:38

Modifié le 02 mai 2019 à 14:27

Procès Imlil. Aux abords de la scène du crime, les assassins des deux jeunes touristes scandinaves avaient abandonné leurs effets personnels, mais aussi une tente qu'ils avaient empruntée à Abdellatif El Driouech. Ce menuisier de 51 ans a été interpellé quelques jours plus tard avec son fils El Bachir. Le dernier article de notre série leur est consacré. 

Abdellatif El Driouech a initié son fils El Bachir à la menuiserie mais aussi à l’idéologie jihadiste. Il l’a surtout impliqué dans la cellule présumée responsable de la tuerie d’Imlil. Père et fils ont été arrêtés et seront jugés à partir de ce jeudi 2 mai à la Chambre criminelle près la cour d’appel de Rabat (Annexe Salé). Ils y rejoindront 22 autres individus.

L’histoire de la famille El Driouech remonte à 2011. La révolution syrienne bat son plein. Abdellatif suit assidûment son déroulé. Trois ans plus tard, l’Etat islamique accapare l’attention de la communauté internationale, mais aussi celle de l’intéressé. Le menuisier enchaîne les publications de propagande, épopées jihadistes et scènes d’exécution. Pour lui, la légitimité de cette organisation prétendument islamique ne fait pas de doute. C’est le début d’un engagement qu’il inculquera à l'un de ses six enfants, El Bachir qui n’a alors que 17 ans.

Lire aussi :

(1) Abdessamd El Joud, le bourreau qui rêvait de Syrie

(2) Kevin Zoller Guervos, alias "Abdallah le Suisse"

(3) Hicham Nazih, le souci du spectacle

En 2017, c’est aussi par son paternel qu’El Bachir fera la connaissance d’Abdessamd El Joud et de Rachid Afati, deux des trois individus bientôt auteurs de la tuerie d’Imlil. Comme ces derniers, El Driouech père et fils sont menuisiers de profession. Comme ces derniers, ils vouent une admiration pour le jihad et l’EI, dont ils suivent assidûment l’actualité, notamment sur le portable d’El Joud.

A ce titre, ils prendront note de l’appel formulé par Abou Mohammed El Adanani, porte-parole de Daech, invitant les sympathisants à perpétrer des attentats dans leurs pays d’origine.

Pour ne rien rater des événements au Cham, Abdellatif demandera à Afati de lui créer un compte sur  Telegram. Cette application de messageries, réputée intraçable -à tort- est très prisée par les membres de l’EI. Abdellatif l’utilisera sous trois identifiants différents : "Mustapha El Maskin", "Abou El Hassan El Kachmiri" et "Nassim Al Massae".

Au fil des réunions, une cellule prend forme. Abdellatif et son fils participent à des discussions qui, pour leur majeure partie, tournent autour du Jihad et des moyens de sa réalisation. D’abord au Maroc (projet d’assassinat de deux agents d’autorité à Marrakech, projet de décapitation filmée d’un cheikh salafiste etc.). Mais aussi au Mali, en discutant la possibilité de rallier un groupement opérant sous la bannière de l’EI.

On est en octobre 2017. A bord de sa Fiat Regata, Abdellatif emmène son fils, El Joud et d’autres membres de la cellule dans une excursion au barrage Lalla Takerkoust, dans la région de Marrakech. C’est là que se dessinera pour la première fois l’idée d’attaquer des touristes dans les régions montagneuses d’Ourika et d’Imlil.

De retour à Marrakech, Abdellatif proposera de cibler un véhicule transportant les salaires journaliers d’ouvriers, l’idée étant d’en tirer les fonds pour financer leurs projets d’attentat. Le véhicule de type Renault 4, a-t-il affirmé, transporte quotidiennement la somme de 600.000 DH.

Simple contrôle d'identité 

Des commissariats, des hôtels étoilés à Marrakech, le festival d’Essaouira, l’église de la même ville etc. La cellule se fixe des objectifs spectaculaires. En attendant, les Driouech et leur groupe s’échauffent en assiégeant de pierres un jeune couple surpris dans "une posture obscène". On veut "promouvoir la vertu et prévenir le vice". Abdellatif et son fils seront sitôt encerclés par les habitants du quartier puis arrêtés par la gendarmerie. Idem pour Abdessamd El Joud et Aberrahman Khayali. Ils seront tous relâchés le lendemain après une simple vérification d’identité.

Le 11 décembre 2018. Nous sommes à 5 jours du drame. Ibrahim reçoit un appel de Rachid Afati, membre actif du groupe. Il lui demande de les accompagner (lui et El Joud, khayali et Younes Ouziad) à Imlil. Ils ne se contenteront pas de prévenir le vice. La cellule veut "liquider des croisés". Ibrahim est tenté. Il "bénit" ses frères, mais décline l'invitation car "trop âgé".

Le 13 décembre, Ibrahim reçoit un deuxième appel. Afati, encore. Il veut cette "tente" que son interlocuteur lui a déjà prêtée par le passé. Cette tente sera retrouvée à environ 150 mètres du lieu où campaient les deux victimes.

Le 18 décembre. Cette fois-ci, Ibrahim ne reçoit pas d’appel, mais une information. Son fils aurait été arrêté pour son implication dans l’assassinat de deux jeunes touristes scandinaves à Imlil. Information fausse à ce stade. D’ailleurs, le lendemain, il contractera El Bachir et lui signifie qu’il est recherché par la police. Il lui recommande de se faire discret. Au préalable, le père avait visionné la vidéo de la décapitation. Par peur d’être repéré, il a cassé son téléphone et sa tablette. Et les a jetés dans l'oued Tensift. Pas de quoi empêcher son arrestation.

Au juge d’instruction, Ibrahim confiera "sa sympathie" pour Daech. Au même juge, El Bachir se dira "membre" de l'organisation terroriste. L’initié a dépassé l’initiateur. 

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