Proche-Orient : Le plan Kushner semble définitivement compromis

Semaine noire pour le Plan Kushner. La crise politique en Israël, le rejet des Palestiniens, les boycotts russe et chinois, les niets marocain et jordanien sonnent le glas des fondements de ce plan.

Proche-Orient : Le plan Kushner semble définitivement compromis

Le 30 mai 2019 à 17:06

Modifié le 31 mai 2019 à 09:13

Publier le plan Kushner serait un désastre“, écrivait il y a deux semaines un célèbre think tank américain. Après la défiance de Mahmoud Abbas, ainsi que les escales de Jared Kushner à Rabat et Amman, on a compris que les chances du “plan de paix“ étaient désormais très minces. Mercredi, la crise politique israélienne est venue bloquer toute perspective d’avancée au moins jusqu’à octobre prochain. Quant à la conférence économique de Manama, annoncée pour fin juin, elle a le choix entre l’échec et le report.

A Rabat, Jared Kushner est venu rencontrer le Roi du Maroc qui est également président du comité Al Qods et qui a exprimé concrètement, depuis deux ans, son opposition à la politique suivie par Trump au Proche-Orient.

Le 30 mars dernier, le Pape François et le Roi Mohammed VI signaient à Rabat l’Appel d’Al Qods “reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif et ayant à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de ville de la Paix“, appelant à préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout, pour les fidèles des trois religions monothéistes“.

On peut supposer que Kushner a essayé de sensibiliser le Roi à son “plan de paix“. L’idée est de faire passer l’économique avant le politique, par exemple en organisant fin juin à Manama (Bahreïn), un “atelier“ destiné à mobiliser des investissements dans les territoires occupés et à Gaza. En fait, les investissements projetés sont ceux des pays du Golfe. Kushner parle de “dignité“ des Palestiniens. Dignité économique s’entend, et amélioration du niveau de vie. Mais la meilleure dignité n’est-elle pas le respect des droits humains ?

Mahmoud Abbas a annoncé que les Palestiniens, échaudés, allaient boycotter la conférence de Manama. Echaudés, ils le sont, lorsqu’on pense à la poursuite des implantations, à l’arrêt des versements américains à l’UNRWA (agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens), à la fermeture du bureau de l’OLP à Washington, à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël avec transfert d’ambassade et de l’annexion du Golan par Israël.

Les Palestiniens sont convaincus –et personne ne leur donnera tort- de l’alignement américain sur Israël.  Ce jeudi, le journal israélien Haaretz écrivait que l’administration américaine “semble plus intéressée à recevoir les éloges de Netanyahu (qui est très populaire parmi les partisans du christianisme évangélique de Trump) qu'à la promotion de son propre plan de paix“.

En plus des Palestiniens, la Chine et la Russie boycottent également la conférence de Manama. Le Maroc et la Jordanie n’ont pas fait d’annonce publique. Les pays du Golfe, bailleurs en principe de cette opération, viendront probablement, si la conférence se confirme, exprimer des promesses d’investissements. Mais que vaudrait une telle conférence sans les Palestiniens et sans leurs droits politiques ?

Le coup décisif est cependant venu d’Israël avec l’annonce de la dissolution du parlement et de l’organisation de nouvelles élections en septembre. Il n’y aura pas de nouveau gouvernement israélien avant octobre.

Le négociateur palestinien Saeb Erkat, a eu ce mot, repris à large échelle : "Ce n’est plus le deal du siècle, c’est le deal du siècle prochain“. L'ancien ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, cité par Haaretz, a également prédit que le plan pourrait ne jamais voir le jour.

Ce qui est certain, c’est que ce plan ne verra jamais le jour dans la forme espérée par Netanyahu et Trump, c’est-à-dire avec Jérusalem comme capitale d’Israël, pas d’Etat palestinien et une série de mesures unilatérales américaines pro-israéliennes.

Proche-Orient : Le plan Kushner semble définitivement compromis

Le 30 mai 2019 à17:48

Modifié le 31 mai 2019 à 09:13

Semaine noire pour le Plan Kushner. La crise politique en Israël, le rejet des Palestiniens, les boycotts russe et chinois, les niets marocain et jordanien sonnent le glas des fondements de ce plan.

Publier le plan Kushner serait un désastre“, écrivait il y a deux semaines un célèbre think tank américain. Après la défiance de Mahmoud Abbas, ainsi que les escales de Jared Kushner à Rabat et Amman, on a compris que les chances du “plan de paix“ étaient désormais très minces. Mercredi, la crise politique israélienne est venue bloquer toute perspective d’avancée au moins jusqu’à octobre prochain. Quant à la conférence économique de Manama, annoncée pour fin juin, elle a le choix entre l’échec et le report.

A Rabat, Jared Kushner est venu rencontrer le Roi du Maroc qui est également président du comité Al Qods et qui a exprimé concrètement, depuis deux ans, son opposition à la politique suivie par Trump au Proche-Orient.

Le 30 mars dernier, le Pape François et le Roi Mohammed VI signaient à Rabat l’Appel d’Al Qods “reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif et ayant à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de ville de la Paix“, appelant à préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout, pour les fidèles des trois religions monothéistes“.

On peut supposer que Kushner a essayé de sensibiliser le Roi à son “plan de paix“. L’idée est de faire passer l’économique avant le politique, par exemple en organisant fin juin à Manama (Bahreïn), un “atelier“ destiné à mobiliser des investissements dans les territoires occupés et à Gaza. En fait, les investissements projetés sont ceux des pays du Golfe. Kushner parle de “dignité“ des Palestiniens. Dignité économique s’entend, et amélioration du niveau de vie. Mais la meilleure dignité n’est-elle pas le respect des droits humains ?

Mahmoud Abbas a annoncé que les Palestiniens, échaudés, allaient boycotter la conférence de Manama. Echaudés, ils le sont, lorsqu’on pense à la poursuite des implantations, à l’arrêt des versements américains à l’UNRWA (agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens), à la fermeture du bureau de l’OLP à Washington, à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël avec transfert d’ambassade et de l’annexion du Golan par Israël.

Les Palestiniens sont convaincus –et personne ne leur donnera tort- de l’alignement américain sur Israël.  Ce jeudi, le journal israélien Haaretz écrivait que l’administration américaine “semble plus intéressée à recevoir les éloges de Netanyahu (qui est très populaire parmi les partisans du christianisme évangélique de Trump) qu'à la promotion de son propre plan de paix“.

En plus des Palestiniens, la Chine et la Russie boycottent également la conférence de Manama. Le Maroc et la Jordanie n’ont pas fait d’annonce publique. Les pays du Golfe, bailleurs en principe de cette opération, viendront probablement, si la conférence se confirme, exprimer des promesses d’investissements. Mais que vaudrait une telle conférence sans les Palestiniens et sans leurs droits politiques ?

Le coup décisif est cependant venu d’Israël avec l’annonce de la dissolution du parlement et de l’organisation de nouvelles élections en septembre. Il n’y aura pas de nouveau gouvernement israélien avant octobre.

Le négociateur palestinien Saeb Erkat, a eu ce mot, repris à large échelle : "Ce n’est plus le deal du siècle, c’est le deal du siècle prochain“. L'ancien ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, cité par Haaretz, a également prédit que le plan pourrait ne jamais voir le jour.

Ce qui est certain, c’est que ce plan ne verra jamais le jour dans la forme espérée par Netanyahu et Trump, c’est-à-dire avec Jérusalem comme capitale d’Israël, pas d’Etat palestinien et une série de mesures unilatérales américaines pro-israéliennes.

A lire aussi


Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.