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Productivité agricole : La consommation d'engrais toujours faible

Environ 500.000 tonnes d'engrais sont utilisées par an contre un potentiel de 2,5 millions de tonnes. Pour y remédier, le groupe OCP a lancé le dispositif « Al Moutmir » pour encourager la fertilisation raisonnée des terres agricoles.

Productivité agricole: La consommation d'engrais toujours faible

Le 15 avril 2019 à 10:59

Modifié le 15 avril 2019 à 17:53

La consommation d’engrais au Maroc devrait normalement s'élever à environ 2,5 millions de tonnes par an. Dans la pratique, l’agriculture marocaine ne consomme chaque année qu'environ 500.000 tonnes.  
 
« Dans les cultures en bour (dépendant uniquement de la pluviométrie), l’utilisation des engrais est très faible. Pour les légumineuses, on n’utilise pratiquement pas d’engrais. Cela s’explique par le fait que les légumineuses disposent d’un système de bactéries fixatrices d’azote, en symbiose avec la racine, ce qui fait que les agriculteurs n’ont pas besoin d’engrais azotés.

« Par contre, l’utilisation des engrais pour les céréales varie d’une année à l’autre, selon la pluviométrie. Lorsqu’il y a une bonne pluviométrie, les engrais surtout les engrais de « couverture » sont utilisés un peu plus par les agriculteurs, mais pas par tous. De manière générale, la consommation d’engrais dans le cas des céréales est très faible. Les chiffres publiés par la FAO il y a quelques années le prouvent », affirme Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome.
 
Les aléas climatiques comptent donc parmi les facteurs les plus déterminants de la consommation des engrais.
 
D’après le rapport « Utilisation des engrais par culture au Maroc », publié par le FAO en 2006 , « le faible niveau d’utilisation des engrais se traduit non seulement par une mauvaise productivité, mais également par un appauvrissement continu des sols. La moitié des agriculteurs n’utilisent pas d’engrais. Cette situation est liée notamment à l’augmentation du coût des engrais, non compensée par le niveau des prix des produits agricoles. Les agriculteurs se servent peu des moyens de production mis à leur disposition tels que l’analyse du sol. Environ un tiers des engrais sont utilisés par les cultures sucrières et les cultures à forte valeur ajoutée, qui n’occupent que cinq pour cent de la superficie cultivée ».

Les cultures irriguées se portent mieux

Pour ce qui est des cultures irriguées, « elles obéissent, pour leur part, à des normes beaucoup plus poussées en matière d’utilisation des engrais. Les agriculteurs opérant aussi bien dans les cultures maraîchères que dans l’arboriculture se basent généralement sur des analyses du sol et sur un programme de fertilisation établi en début d’année. Suite à cette analyse, l’agriculteur va apporter les engrais à des périodes bien précises à ses cultures. Dans ces cas-là, les besoins sont, généralement, bien satisfaits et l’utilisation des engrais est assez importante », souligne Abdelmoumen Guennouni.
 
L’état de fertilité des sols marocains est variable en fonction de leurs caractéristiques et de leur histoire culturale. Ils sont souvent caractérisés par une faible teneur en matière organique, facteur limitant une production agricole intensive.

L’usage des engrais reste encore faible par rapport au potentiel de production des cultures, dans le cadre d’une agriculture durable. La moyenne d’unités fertilisantes utilisées à l’échelle nationale ne dépasse pas les 50 kg/ha (tous éléments confondus), soit près du tiers de la consommation moyenne en engrais en Espagne ou en France (140 kg/ha). Cette situation est due à plusieurs facteurs, et notamment à l’insuffisance de l’encadrement des agriculteurs.
 
« Il est à noter que les cultures destinées à l’export sont les mieux traitées en termes de recours aux engrais, puisqu’elles subissent des contrôles de qualité. Aussi, les producteurs doivent garantir un niveau bien défini en matières de qualité, de quantité produite et de rendement des cultures. Cela concerne notamment la production des tomates, des agrumes et des fruits rouges. Dans ces cas-là, l’utilisation des engrais est à son optimum», affirme Abdelmoumen Guennouni.

Optimisation du rendement

L’étude de l’impact de la consommation d’engrais sur l’augmentation des rendements des cultures (IAV Hassan II, 2001) a montré que l’utilisation des engrais a particulièrement influencé les rendements de la betterave à sucre, des cultures maraîchères et des plantations fruitières. Ce sont ces cultures qui consomment de grandes quantités d’engrais.
 
« Plus vous consommez d’engrais, plus vous garantissez un certain niveau de rendement des cultures, ce qui est normal. Mais arrivé à un certain plafond, si les quantités d’engrais sont dépassées, vous risquez d’avoir plutôt l’effet inverse. Il faut, dès lors, augmenter la consommation d’engrais jusqu’à ce que le niveau de rendement de la production ne soit plus rentable », préconise l’ingénieur agronome.
 
Selon le FAO (Organisation pour l'alimentation et l'agriculture), la consommation des engrais dans les pays en voie de développement à économie de marché est responsable d’une augmentation de 55 à 57% des rendements des cultures céréalières.
 
Engagé depuis quelques années pour une fertilisation raisonnée, le groupe OCP donne, depuis septembre 2018, un nouvel appui aux agriculteurs marocains. Le dispositif baptisé « Al Moutmir li khadamat al qorb » est un programme itinérant qui s’inscrit dans la continuité des anciennes caravanes agricoles. Avec Al Moutmir, la nouveauté de l’approche du groupe phosphatier réside dans sa volonté de renforcer davantage sa proximité avec l’agriculteur afin de mieux identifier ses besoins et d’y répondre par une offre de solutions adaptée et intégrée.

Al Moutmir : OCP met les bouchées doubles

Le dispositif Al Moutmir comprend un laboratoire itinérant d’analyse des sols, des plateformes de démonstration agricole ainsi qu’une offre de formation et d’accompagnement. Il est porté par une équipe d’agronomes en charge du développement commercial, ayant pour mission la promotion de l’utilisation des engrais adaptés dans le cadre d’un itinéraire technique de qualité.

Cette équipe (40 ingénieurs sur une équipe de 60 personnes) est installée dans près de 20 provinces du royaume et travaille au quotidien avec les agriculteurs aussi bien pour les formations, démonstrations que pour le suivi et l’accompagnement.

Le groupe vient de clôturer la tournée nationale de ce dispositif de rencontres avec les agriculteurs, décliné en trois phases (céréales et légumineuses, maraîchage et olivier) pour la campagne 2018-2019. « Al Moutmir » a pu cibler pas moins de 160 localités dans près de 28 provinces à travers le royaume. Au total, plus de 10.000 agriculteurs, dont environ 1.000 femmes ont bénéficié de l’accompagnement du programme.
 
Le dispositif a également permis de dresser pas moins de 2.000 plateformes de démonstration dédiées, dont 1.000 pour les céréales et légumineuses, 700 pour l’olivier et 300 pour les cultures maraîchères. Ces plateformes visent à co-construire avec les agriculteurs des cas modèles de l’impact de la démarche scientifique et raisonnée sur l’augmentation de la productivité et la préservation des ressources. L’objectif étant de démontrer l’impact sur le terrain et de démultiplier l’effet sur les différents riverains à travers l’ouverture de ces plateformes aux divers acteurs  de l’écosystème pour la formation et l’accompagnement.

Pour rappel, le Groupe OCP se base sur les recommandations scientifiques de la Carte de fertilité des sols marocains. Pilotée en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, cette carte a été réalisée par le consortium scientifique composé de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II et l’École Nationale d’Agriculture de Meknès.

Ce projet a consisté en l’analyse de pas moins de 33.000 échantillons de sols. Des données permettant aujourd’hui un meilleur ciblage en macronutriments de 7,12 millions d’hectares. Grâce aux recommandations de la carte de fertilité des sols, 11 formules NPK Blend régionales adaptées aux types de cultures et aux besoins des sols ont été développées. Elles concernent les cultures céréalières, légumineuses et de l’olivier et constituent des solutions adaptées pour une fertilisation raisonnée.

Productivité agricole : La consommation d'engrais toujours faible

Le 15 avril 2019 à10:46

Modifié le 15 avril 2019 à 17:53

Environ 500.000 tonnes d'engrais sont utilisées par an contre un potentiel de 2,5 millions de tonnes. Pour y remédier, le groupe OCP a lancé le dispositif « Al Moutmir » pour encourager la fertilisation raisonnée des terres agricoles.

La consommation d’engrais au Maroc devrait normalement s'élever à environ 2,5 millions de tonnes par an. Dans la pratique, l’agriculture marocaine ne consomme chaque année qu'environ 500.000 tonnes.  
 
« Dans les cultures en bour (dépendant uniquement de la pluviométrie), l’utilisation des engrais est très faible. Pour les légumineuses, on n’utilise pratiquement pas d’engrais. Cela s’explique par le fait que les légumineuses disposent d’un système de bactéries fixatrices d’azote, en symbiose avec la racine, ce qui fait que les agriculteurs n’ont pas besoin d’engrais azotés.

« Par contre, l’utilisation des engrais pour les céréales varie d’une année à l’autre, selon la pluviométrie. Lorsqu’il y a une bonne pluviométrie, les engrais surtout les engrais de « couverture » sont utilisés un peu plus par les agriculteurs, mais pas par tous. De manière générale, la consommation d’engrais dans le cas des céréales est très faible. Les chiffres publiés par la FAO il y a quelques années le prouvent », affirme Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome.
 
Les aléas climatiques comptent donc parmi les facteurs les plus déterminants de la consommation des engrais.
 
D’après le rapport « Utilisation des engrais par culture au Maroc », publié par le FAO en 2006 , « le faible niveau d’utilisation des engrais se traduit non seulement par une mauvaise productivité, mais également par un appauvrissement continu des sols. La moitié des agriculteurs n’utilisent pas d’engrais. Cette situation est liée notamment à l’augmentation du coût des engrais, non compensée par le niveau des prix des produits agricoles. Les agriculteurs se servent peu des moyens de production mis à leur disposition tels que l’analyse du sol. Environ un tiers des engrais sont utilisés par les cultures sucrières et les cultures à forte valeur ajoutée, qui n’occupent que cinq pour cent de la superficie cultivée ».

Les cultures irriguées se portent mieux

Pour ce qui est des cultures irriguées, « elles obéissent, pour leur part, à des normes beaucoup plus poussées en matière d’utilisation des engrais. Les agriculteurs opérant aussi bien dans les cultures maraîchères que dans l’arboriculture se basent généralement sur des analyses du sol et sur un programme de fertilisation établi en début d’année. Suite à cette analyse, l’agriculteur va apporter les engrais à des périodes bien précises à ses cultures. Dans ces cas-là, les besoins sont, généralement, bien satisfaits et l’utilisation des engrais est assez importante », souligne Abdelmoumen Guennouni.
 
L’état de fertilité des sols marocains est variable en fonction de leurs caractéristiques et de leur histoire culturale. Ils sont souvent caractérisés par une faible teneur en matière organique, facteur limitant une production agricole intensive.

L’usage des engrais reste encore faible par rapport au potentiel de production des cultures, dans le cadre d’une agriculture durable. La moyenne d’unités fertilisantes utilisées à l’échelle nationale ne dépasse pas les 50 kg/ha (tous éléments confondus), soit près du tiers de la consommation moyenne en engrais en Espagne ou en France (140 kg/ha). Cette situation est due à plusieurs facteurs, et notamment à l’insuffisance de l’encadrement des agriculteurs.
 
« Il est à noter que les cultures destinées à l’export sont les mieux traitées en termes de recours aux engrais, puisqu’elles subissent des contrôles de qualité. Aussi, les producteurs doivent garantir un niveau bien défini en matières de qualité, de quantité produite et de rendement des cultures. Cela concerne notamment la production des tomates, des agrumes et des fruits rouges. Dans ces cas-là, l’utilisation des engrais est à son optimum», affirme Abdelmoumen Guennouni.

Optimisation du rendement

L’étude de l’impact de la consommation d’engrais sur l’augmentation des rendements des cultures (IAV Hassan II, 2001) a montré que l’utilisation des engrais a particulièrement influencé les rendements de la betterave à sucre, des cultures maraîchères et des plantations fruitières. Ce sont ces cultures qui consomment de grandes quantités d’engrais.
 
« Plus vous consommez d’engrais, plus vous garantissez un certain niveau de rendement des cultures, ce qui est normal. Mais arrivé à un certain plafond, si les quantités d’engrais sont dépassées, vous risquez d’avoir plutôt l’effet inverse. Il faut, dès lors, augmenter la consommation d’engrais jusqu’à ce que le niveau de rendement de la production ne soit plus rentable », préconise l’ingénieur agronome.
 
Selon le FAO (Organisation pour l'alimentation et l'agriculture), la consommation des engrais dans les pays en voie de développement à économie de marché est responsable d’une augmentation de 55 à 57% des rendements des cultures céréalières.
 
Engagé depuis quelques années pour une fertilisation raisonnée, le groupe OCP donne, depuis septembre 2018, un nouvel appui aux agriculteurs marocains. Le dispositif baptisé « Al Moutmir li khadamat al qorb » est un programme itinérant qui s’inscrit dans la continuité des anciennes caravanes agricoles. Avec Al Moutmir, la nouveauté de l’approche du groupe phosphatier réside dans sa volonté de renforcer davantage sa proximité avec l’agriculteur afin de mieux identifier ses besoins et d’y répondre par une offre de solutions adaptée et intégrée.

Al Moutmir : OCP met les bouchées doubles

Le dispositif Al Moutmir comprend un laboratoire itinérant d’analyse des sols, des plateformes de démonstration agricole ainsi qu’une offre de formation et d’accompagnement. Il est porté par une équipe d’agronomes en charge du développement commercial, ayant pour mission la promotion de l’utilisation des engrais adaptés dans le cadre d’un itinéraire technique de qualité.

Cette équipe (40 ingénieurs sur une équipe de 60 personnes) est installée dans près de 20 provinces du royaume et travaille au quotidien avec les agriculteurs aussi bien pour les formations, démonstrations que pour le suivi et l’accompagnement.

Le groupe vient de clôturer la tournée nationale de ce dispositif de rencontres avec les agriculteurs, décliné en trois phases (céréales et légumineuses, maraîchage et olivier) pour la campagne 2018-2019. « Al Moutmir » a pu cibler pas moins de 160 localités dans près de 28 provinces à travers le royaume. Au total, plus de 10.000 agriculteurs, dont environ 1.000 femmes ont bénéficié de l’accompagnement du programme.
 
Le dispositif a également permis de dresser pas moins de 2.000 plateformes de démonstration dédiées, dont 1.000 pour les céréales et légumineuses, 700 pour l’olivier et 300 pour les cultures maraîchères. Ces plateformes visent à co-construire avec les agriculteurs des cas modèles de l’impact de la démarche scientifique et raisonnée sur l’augmentation de la productivité et la préservation des ressources. L’objectif étant de démontrer l’impact sur le terrain et de démultiplier l’effet sur les différents riverains à travers l’ouverture de ces plateformes aux divers acteurs  de l’écosystème pour la formation et l’accompagnement.

Pour rappel, le Groupe OCP se base sur les recommandations scientifiques de la Carte de fertilité des sols marocains. Pilotée en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, cette carte a été réalisée par le consortium scientifique composé de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II et l’École Nationale d’Agriculture de Meknès.

Ce projet a consisté en l’analyse de pas moins de 33.000 échantillons de sols. Des données permettant aujourd’hui un meilleur ciblage en macronutriments de 7,12 millions d’hectares. Grâce aux recommandations de la carte de fertilité des sols, 11 formules NPK Blend régionales adaptées aux types de cultures et aux besoins des sols ont été développées. Elles concernent les cultures céréalières, légumineuses et de l’olivier et constituent des solutions adaptées pour une fertilisation raisonnée.

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