Après l'automobile et l'aéronautique, un écosystème d’armement au Maroc ?

Trois jours après l’adoption par la Chambre basse d’un projet de loi relatif aux matériels et équipements de défense et sécurité, et enfin aux armes et aux munitions, Medias24 a recueilli l’analyse d’un expert militaire. Selon Abdelhamid Harifi, le nouveau cadre juridique, qui devra être validé par la 2ème chambre, permettra de faire émerger dans 20 à 30 ans un écosystème d'armements à l’image de ceux de l’aéronautique ou de l’automobile.

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Industrie militaire : un projet de loi qui ouvre la voie à un écosystème d’armements

Le 19 juillet 2020 à 16:54

Modifié le 20 juillet 2020 à 11:41

Vingt ans après l'arrivée sur son sol de groupes étrangers automobiles et aéronautiques, le Royaume pourra bientôt accueillir des usines d’armements et de munitions qui permettront d'équiper les Forces armées royales (FAR), de diminuer les importations et même d'exporter.

Une perspective rendue probable par l’adoption, le 14 juillet dernier par la 1ère chambre, du projet de loi 10-20 relatif aux matériels et équipements de défense et sécurité comme les armes et les munitions.

Un cadre législatif qui met enfin fin au vide juridique

Sollicité par Medias24, Abdelhamid Harifi, l'un des administrateurs du forum Far Maroc spécialisé dans les questions militaires, affirme que l’adoption définitive de ce texte offrira au Maroc un cadre juridique qui ne manquera pas d’attirer de nombreux investisseurs du Maroc ou de l'étranger.

>>Lire aussi : Industrie militaire marocaine : Une loi pour formaliser une ambition

« Cela va d’abord combler le vide juridique qui existait jusque-là et ouvrir la voie, voire une autoroute, à des industriels désireux de se lancer dans cette activité; qui plus est, dans un pays idéalement situé sur la carte géographique mais aussi stratégique avec ses excellentes relations avec l’Afrique.

Après l’automobile et l’aéronautique, un écosystème pour l'industrie militaire

« Cette adoption parlementaire vient couronner le long cheminement des différents plans d’émergence entamés par le Royaume depuis le début des années 2000 pour aboutir à la création d’un nouvel écosystème dans l’industrie de la défense.

« En la matière, le Maroc ne fait que s’aligner sur les modèles turc et indien qui sont des exemples réussis de création d’une industrie réservée aussi bien à équiper leurs troupes qu’à l’exportation.

« En effet, ces pays ont également commencé leur aventure industrielle en développant des industries civiles type automobile, aéronautique voire même industrie lourde avant de préparer l’avènement d’une industrie militaire dont l’objectif à terme est l’autonomie puis l'exportation. 

L’armée a préparé le terrain en créant une industrie d’entretien aérien

« Ce processus a commencé dans les années 80 au sein de l'armée qui s’est mise à développer un tissu industriel propre à son secteur pour être en mesure d’assurer la maintenance et l’entretien de ses équipements en particulier aérien (avions, hélicoptères, gros porteurs de troupes ...)..

« Ainsi, depuis cette époque, toute la maintenance des avions se fait entièrement au Maroc aussi bien pour les avions de chasse que pour les appareils de transport de troupes comme les Hercules C-130.

Des F16 et des Mirage modernisés dans des bases militaires marocaines

 «Dans un passé pas si lointain, des pays-amis d’Afrique ou des partenaires comme le Portugal nous envoyaient pour révision complète leurs avions dans des bases militaires comme celle de Benslimane.

 « C’'est en effet là que se trouvent les ateliers spécialisés dans les grandes révisions de certains avions mais c'est à la base militaire de Meknès que s’effectue la mise à niveau des avions de chasse type Mirage F5 par des experts marocains et étrangers qui collaborent main dans la main.

«Si la modernisation du premier -16 marocains s’est faite aux USA, ce sont des ingénieurs marocains qui ont modernisé sur le territoire national, les  anciens équipements des chasseurs suivants livrés.

Un contrat signé avec le Maroc, tremplin vers l’Afrique

« A ce propos, la société belge SABCA (société anonyme belge de constructions aéronautiques) a d’ailleurs signé en 2018 une convention avec la défense nationale pour reprendre d’anciennes installations industrielles qui lui permettront de superviser le programme de modernisation des F-16.

« En réalité, l’objectif est d’utiliser le Maroc comme un hub continental pour entretenir et moderniser les matériels militaires européens et américains en service dans les pays d'Afrique (C-130, F-16 …).

Réouverture de l’usine de munitions de Fès

« Si ce projet de loi va ouvrir la porte à plusieurs sociétés, la première priorité du Maroc sera de créer des unités qui produiront des munitions pour devenir indépendant vis-à-vis des fournisseurs étrangers.

« On parle beaucoup de la réouverture de l'usine d’armement de Fès créée à l'époque de Moulay Hassan 1er et qui a fermé ses portes au début des années 80.

« Lors de sa création, elle fabriquait des pièces d'artillerie avant de se tourner vers la fabrication de munitions (pistolet, mitraillette, mitrailleuse lourde). Si le projet aboutit, l’usine pourra même fabriquer des obus de chars et permettra d’assurer un stock suffisant de munitions qui évitera toute rupture à cause d’aléas soudains comme la crise actuelle.

Une industrie souveraine dirigée par le secteur privé ?

«De plus, ce projet de loi prévoit que la production industrielle d'armes et de munitions ne sera pas étatique mais d’initiative privée avec une collaboration et un contrôle des autorités de la défense.

« L’Etat n’ouvrira pas d’usines d'armement, ce rôle sera dévolu à des acteurs du secteur privé de l’armement reconnus mondialement ou avec un cahier des charges en béton pour les nationaux.

Une majorité marocaine dans le capital social sauf dérogation

Au regard du côté sensible de l’activité de production d’armes et de munitions, 51% des actionnaires seront obligatoirement marocains sauf dérogation attribuée par des commissions spécialisées.

Sachant que cette industrie touchera à la souveraineté nationale, les Marocains devront être majoritaires dans le capital mais il n’est pas exclu que des montages puissent consacrer des groupes internationaux désireux de multiplier leurs profits surtout dans un contient habitué aux conflits.

Si l’installation au Maroc des grands constructeurs étrangers est conditionnée à une obligation de majorité marocaine dans le capital de la future société, il pourra, selon notre interlocuteur, y avoir des dérogations pour celle qui s’engage à un transfert de technologie et à un taux d’intégration important.

Des achats d’armes conditionnés à leur fabrication sur place et à un transfert de technologie

« Récemment, il y a eu des entretiens entre les FAR et des responsables tchèques pour fabriquer ensemble des blindés et des transporteurs de troupes. Concrètement, le deal consistait à acheter à la Tchéquie un lot de blindés à construire dans une usine au Maroc avec un important transfert de technologie.

«Même exigence pour acquérir des patrouilleurs français qui devront être produits au Maroc. Si les matériaux seront importés, il a été demandé au vendeur de former des compétences marocaines et d’autoriser l’acheteur à fabriquer localement la coque dans le cadre d’un transfert de technologie.

« Cette demande s’explique par le fait qu’aucun pays du monde, hormis la Chine, ne dispose d’opérateur capable de maîtriser toute la production avec un taux d’intégration de 100%. Ainsi dans l’avion français Rafale, il y a beaucoup de composants électroniques américains", explique Harifi.

20 à 30 ans pour mettre en place une industrie d’armements

Sachant que le Maroc n’a aucune unité de fabrication, Harifi avance que le processus de concrétisation d’une industrie d’armes et de munitions prendra beaucoup plus de temps que la création et l’installation de groupes automobiles ou aéronautiques comme ceux de Renault ou Bombardier.

« Aujourd’hui, il y a des recherches des FAR sur les drones, des caméras thermiques de vision nocturne et enfin des travaux sur des armes de guerre télécommandées», conclut notre expert qui ajoute qu’il ne faut pas s'attendre à ce que le Maroc produise rapidement des chars, des véhicules de transport de troupes … sachant qu’il faudra 20 à 30 ans pour mettre en place une industrie aussi complexe.

Après l'automobile et l'aéronautique, un écosystème d’armement au Maroc ?

Le 19 juillet 2020 à16:59

Modifié le 20 juillet 2020 à 11:41

Trois jours après l’adoption par la Chambre basse d’un projet de loi relatif aux matériels et équipements de défense et sécurité, et enfin aux armes et aux munitions, Medias24 a recueilli l’analyse d’un expert militaire. Selon Abdelhamid Harifi, le nouveau cadre juridique, qui devra être validé par la 2ème chambre, permettra de faire émerger dans 20 à 30 ans un écosystème d'armements à l’image de ceux de l’aéronautique ou de l’automobile.

Vingt ans après l'arrivée sur son sol de groupes étrangers automobiles et aéronautiques, le Royaume pourra bientôt accueillir des usines d’armements et de munitions qui permettront d'équiper les Forces armées royales (FAR), de diminuer les importations et même d'exporter.

Une perspective rendue probable par l’adoption, le 14 juillet dernier par la 1ère chambre, du projet de loi 10-20 relatif aux matériels et équipements de défense et sécurité comme les armes et les munitions.

Un cadre législatif qui met enfin fin au vide juridique

Sollicité par Medias24, Abdelhamid Harifi, l'un des administrateurs du forum Far Maroc spécialisé dans les questions militaires, affirme que l’adoption définitive de ce texte offrira au Maroc un cadre juridique qui ne manquera pas d’attirer de nombreux investisseurs du Maroc ou de l'étranger.

>>Lire aussi : Industrie militaire marocaine : Une loi pour formaliser une ambition

« Cela va d’abord combler le vide juridique qui existait jusque-là et ouvrir la voie, voire une autoroute, à des industriels désireux de se lancer dans cette activité; qui plus est, dans un pays idéalement situé sur la carte géographique mais aussi stratégique avec ses excellentes relations avec l’Afrique.

Après l’automobile et l’aéronautique, un écosystème pour l'industrie militaire

« Cette adoption parlementaire vient couronner le long cheminement des différents plans d’émergence entamés par le Royaume depuis le début des années 2000 pour aboutir à la création d’un nouvel écosystème dans l’industrie de la défense.

« En la matière, le Maroc ne fait que s’aligner sur les modèles turc et indien qui sont des exemples réussis de création d’une industrie réservée aussi bien à équiper leurs troupes qu’à l’exportation.

« En effet, ces pays ont également commencé leur aventure industrielle en développant des industries civiles type automobile, aéronautique voire même industrie lourde avant de préparer l’avènement d’une industrie militaire dont l’objectif à terme est l’autonomie puis l'exportation. 

L’armée a préparé le terrain en créant une industrie d’entretien aérien

« Ce processus a commencé dans les années 80 au sein de l'armée qui s’est mise à développer un tissu industriel propre à son secteur pour être en mesure d’assurer la maintenance et l’entretien de ses équipements en particulier aérien (avions, hélicoptères, gros porteurs de troupes ...)..

« Ainsi, depuis cette époque, toute la maintenance des avions se fait entièrement au Maroc aussi bien pour les avions de chasse que pour les appareils de transport de troupes comme les Hercules C-130.

Des F16 et des Mirage modernisés dans des bases militaires marocaines

 «Dans un passé pas si lointain, des pays-amis d’Afrique ou des partenaires comme le Portugal nous envoyaient pour révision complète leurs avions dans des bases militaires comme celle de Benslimane.

 « C’'est en effet là que se trouvent les ateliers spécialisés dans les grandes révisions de certains avions mais c'est à la base militaire de Meknès que s’effectue la mise à niveau des avions de chasse type Mirage F5 par des experts marocains et étrangers qui collaborent main dans la main.

«Si la modernisation du premier -16 marocains s’est faite aux USA, ce sont des ingénieurs marocains qui ont modernisé sur le territoire national, les  anciens équipements des chasseurs suivants livrés.

Un contrat signé avec le Maroc, tremplin vers l’Afrique

« A ce propos, la société belge SABCA (société anonyme belge de constructions aéronautiques) a d’ailleurs signé en 2018 une convention avec la défense nationale pour reprendre d’anciennes installations industrielles qui lui permettront de superviser le programme de modernisation des F-16.

« En réalité, l’objectif est d’utiliser le Maroc comme un hub continental pour entretenir et moderniser les matériels militaires européens et américains en service dans les pays d'Afrique (C-130, F-16 …).

Réouverture de l’usine de munitions de Fès

« Si ce projet de loi va ouvrir la porte à plusieurs sociétés, la première priorité du Maroc sera de créer des unités qui produiront des munitions pour devenir indépendant vis-à-vis des fournisseurs étrangers.

« On parle beaucoup de la réouverture de l'usine d’armement de Fès créée à l'époque de Moulay Hassan 1er et qui a fermé ses portes au début des années 80.

« Lors de sa création, elle fabriquait des pièces d'artillerie avant de se tourner vers la fabrication de munitions (pistolet, mitraillette, mitrailleuse lourde). Si le projet aboutit, l’usine pourra même fabriquer des obus de chars et permettra d’assurer un stock suffisant de munitions qui évitera toute rupture à cause d’aléas soudains comme la crise actuelle.

Une industrie souveraine dirigée par le secteur privé ?

«De plus, ce projet de loi prévoit que la production industrielle d'armes et de munitions ne sera pas étatique mais d’initiative privée avec une collaboration et un contrôle des autorités de la défense.

« L’Etat n’ouvrira pas d’usines d'armement, ce rôle sera dévolu à des acteurs du secteur privé de l’armement reconnus mondialement ou avec un cahier des charges en béton pour les nationaux.

Une majorité marocaine dans le capital social sauf dérogation

Au regard du côté sensible de l’activité de production d’armes et de munitions, 51% des actionnaires seront obligatoirement marocains sauf dérogation attribuée par des commissions spécialisées.

Sachant que cette industrie touchera à la souveraineté nationale, les Marocains devront être majoritaires dans le capital mais il n’est pas exclu que des montages puissent consacrer des groupes internationaux désireux de multiplier leurs profits surtout dans un contient habitué aux conflits.

Si l’installation au Maroc des grands constructeurs étrangers est conditionnée à une obligation de majorité marocaine dans le capital de la future société, il pourra, selon notre interlocuteur, y avoir des dérogations pour celle qui s’engage à un transfert de technologie et à un taux d’intégration important.

Des achats d’armes conditionnés à leur fabrication sur place et à un transfert de technologie

« Récemment, il y a eu des entretiens entre les FAR et des responsables tchèques pour fabriquer ensemble des blindés et des transporteurs de troupes. Concrètement, le deal consistait à acheter à la Tchéquie un lot de blindés à construire dans une usine au Maroc avec un important transfert de technologie.

«Même exigence pour acquérir des patrouilleurs français qui devront être produits au Maroc. Si les matériaux seront importés, il a été demandé au vendeur de former des compétences marocaines et d’autoriser l’acheteur à fabriquer localement la coque dans le cadre d’un transfert de technologie.

« Cette demande s’explique par le fait qu’aucun pays du monde, hormis la Chine, ne dispose d’opérateur capable de maîtriser toute la production avec un taux d’intégration de 100%. Ainsi dans l’avion français Rafale, il y a beaucoup de composants électroniques américains", explique Harifi.

20 à 30 ans pour mettre en place une industrie d’armements

Sachant que le Maroc n’a aucune unité de fabrication, Harifi avance que le processus de concrétisation d’une industrie d’armes et de munitions prendra beaucoup plus de temps que la création et l’installation de groupes automobiles ou aéronautiques comme ceux de Renault ou Bombardier.

« Aujourd’hui, il y a des recherches des FAR sur les drones, des caméras thermiques de vision nocturne et enfin des travaux sur des armes de guerre télécommandées», conclut notre expert qui ajoute qu’il ne faut pas s'attendre à ce que le Maroc produise rapidement des chars, des véhicules de transport de troupes … sachant qu’il faudra 20 à 30 ans pour mettre en place une industrie aussi complexe.

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