Quatre questions à Karim Tazi sur sa surprenante nomination à la CSMD

La composition de la commission spéciale sur le modèle de développement a suscité de nombreux commentaires et réactions. Parmi les noms inattendus, celui de Karim Tazi est cité en premier. Ci-après, il répond aux questions de Médias24.

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Quatre questions à Karim Tazi sur sa surprenante nomination à la CSMD (Photo AIC press)

Le 13 décembre 2019 à 10:43

Modifié le 13 décembre 2019 à 11:48

Médias24: Quand avez-vous appris que vous seriez désigné parmi les membres de la commission?

Karim Tazi: J’ai appris la nouvelle qu’on me sollicitait pour être membre de la CSMD un dimanche 24 novembre lorsque le président récemment nommé, Chakib Benmoussa, m’a appelé pour me proposer de rejoindre l’équipe qu’il était en train de constituer.

Je lui ai immédiatement fait part de mes craintes qui sont celles de la plupart des Marocains devenus tous très sceptiques: est-ce que ce travail allait vraiment servir à quelque chose, ou bien est-ce que nous allions ajouter un rapport de plus à la liste d’excellents rapports, dont ceux du CESE qu’il a présidé, et qui sont pour la plupart restés sans suite?

Il s’en est suivi une longue discussion au terme de laquelle je lui ai signifié mon accord. La très grande crédibilité de M. Benmoussa et les termes du discours royal et notamment ceux où le Chef de l’Etat appelle un diagnostic sans concession aussi pénible et douloureux fut-il, sont les principaux facteurs qui m’ont encouragé à m’embarquer dans cette entreprise intellectuellement fascinante.

-Que répondez-vous à ceux qui sont étonnés de voir votre nom sur la liste?

-Je sais que beaucoup de gens seront étonnés. Je suis traditionnellement classé dans la frange des "nihilistes", ceux que l’Etat et une partie de la société accusent de penser que rien de bon ne s’est fait au Maroc et que tout est de la faute du Makhzen.

Pas plus tard qu’il y a quelques semaines, je manifestais encore dans la rue contre l’arrestation de Hajar Raissouni et livrais aux médias des déclarations très dures quant à la situation des droits de l’homme dans notre pays. Au Maroc, cela vous classe un homme et une fois qu’on vous a collé une étiquette, vous la portez souvent pour toujours.

A tous, je peux dire que le Karim Tazi qui va participer aux travaux de la CSMD est bien le même que celui qui a, pendant les six premiers mois de 2011 abandonné son travail pour soutenir le mouvement du 20 Février, mais c’est aussi le même qui avait accueilli très favorablement le discours du 9 mars.

C’est le même qui s’est solidarisé avec l’AMDH, Al Adl Wal Ihsane, certains militants du PJD, les journalistes incarcérés ou les détenus du Rif quand il lui a semblé qu’ils étaient victimes de l’arbitraire de l’Etat, mais qui n’hésite pas non plus à reconnaître les véritables acquis de ces 20 ans de règne dans de nombreux domaines.

Améliorer la situation du pays sans mettre en danger les acquis, c’est à cela que se résume la démarche réformiste mais au Maroc, il est souvent très difficile d’être un simple mais authentique réformiste tant le débat public est dominé soit par les béni oui-oui zélateurs et obséquieux soit par les "radicaux" qui sont souvent consciemment ou inconsciemment dans une posture révolutionnaire.

Il est d’ailleurs très significatif que depuis l’annonce de cette nomination et à quatre exceptions près, je n’ai pas reçu de message d’encouragement de mes amis politiques et militants. Le silence est glacial.

A l’heure qu’il est, beaucoup doivent penser que j’ai "retourné ma veste" et fini par pactiser avec le pouvoir pour préserver mes intérêts économiques ou que je me rêve à je ne sais quel poste ministériel. J’ai l’habitude d’être attaqué, parfois même lynché, si on se souvient de l’appel à accorder un moratoire de huit semaines à la société Danone visée par le boycott mais dont le président avait fait des propositions que j’estimais constructives et responsables.

Apprendre à ne plus prêter trop d’attention à certaines attaques est nécessaire si on veut rester fidèle à ses convictions et garder sa propre trajectoire militante.

-Comment percevez-vous la composition de la commission?

-Je pense que la composition de la Commission est à la fois éclectique et équilibrée. Je salue la parité femme-homme et l’équilibre jeunes-âges mûrs. Il y a au sein de cette commission des gens que je connais très bien et que je respecte énormément et je me réjouis à la perspective de travailler avec eux. Bien sûr, j’aurais préféré que les associations de défense des droits de l’homme et de lutte contre la corruption soient mieux représentées, mais je ferais de mon mieux pour faire entendre leur voix.

-Quelles sont les idées que vous allez défendre?

-Je parlerai d’abord de la posture qui est la mienne: je suis autant chef d’entreprise que militant associatif, politique ou culturel. ll n’ y a aucune incompatibilité entre ces différentes positions.

Je pense surtout que le rôle des membres de la Commission consistera bien plus à écouter qu’à défendre des positions. S’écouter mutuellement et surtout écouter tous les représentants de la société marocaine qu’ils rencontreront dans le cadre des auditions.

Ceci dit, il est évident que j’ai des convictions et qu’elles m’habiteront tout le long de ma participation aux travaux de la commission et si je dois en citer quelques unes, je dirais que je pense qu’il n’y aura pas de développement possible sans Etat de droit, et sans la construction d’une société de confiance, que le développement ne se réduit pas à la croissance économique ce qui suppose que la culture doit occuper une place centrale dans tout projet de société, que la réduction des inégalités est devenue une condition sine qua none de la stabilité du pays et que le développement du pays ne pourra se réaliser qu’en respectant certaines grandes méta-contraintes qui s’imposent de façon incontournable: la contrainte environnementale avec le changement climatique et la raréfaction de la ressource hydrique, la contrainte des ressources humaines nationales qui sont ce qu’elles sont, et la contrainte financière car un Etat ne peut pas durablement dépenser plus qu’il ne gagne.

>>Lire aussi:

Nouveau modèle de développement: première sortie médiatique de Benmoussa

Le Roi Mohammed VI annonce une nouvelle étape pour le Maroc

(Photo AIC press)

Quatre questions à Karim Tazi sur sa surprenante nomination à la CSMD

Le 13 décembre 2019 à11:24

Modifié le 13 décembre 2019 à 11:48

La composition de la commission spéciale sur le modèle de développement a suscité de nombreux commentaires et réactions. Parmi les noms inattendus, celui de Karim Tazi est cité en premier. Ci-après, il répond aux questions de Médias24.

Médias24: Quand avez-vous appris que vous seriez désigné parmi les membres de la commission?

Karim Tazi: J’ai appris la nouvelle qu’on me sollicitait pour être membre de la CSMD un dimanche 24 novembre lorsque le président récemment nommé, Chakib Benmoussa, m’a appelé pour me proposer de rejoindre l’équipe qu’il était en train de constituer.

Je lui ai immédiatement fait part de mes craintes qui sont celles de la plupart des Marocains devenus tous très sceptiques: est-ce que ce travail allait vraiment servir à quelque chose, ou bien est-ce que nous allions ajouter un rapport de plus à la liste d’excellents rapports, dont ceux du CESE qu’il a présidé, et qui sont pour la plupart restés sans suite?

Il s’en est suivi une longue discussion au terme de laquelle je lui ai signifié mon accord. La très grande crédibilité de M. Benmoussa et les termes du discours royal et notamment ceux où le Chef de l’Etat appelle un diagnostic sans concession aussi pénible et douloureux fut-il, sont les principaux facteurs qui m’ont encouragé à m’embarquer dans cette entreprise intellectuellement fascinante.

-Que répondez-vous à ceux qui sont étonnés de voir votre nom sur la liste?

-Je sais que beaucoup de gens seront étonnés. Je suis traditionnellement classé dans la frange des "nihilistes", ceux que l’Etat et une partie de la société accusent de penser que rien de bon ne s’est fait au Maroc et que tout est de la faute du Makhzen.

Pas plus tard qu’il y a quelques semaines, je manifestais encore dans la rue contre l’arrestation de Hajar Raissouni et livrais aux médias des déclarations très dures quant à la situation des droits de l’homme dans notre pays. Au Maroc, cela vous classe un homme et une fois qu’on vous a collé une étiquette, vous la portez souvent pour toujours.

A tous, je peux dire que le Karim Tazi qui va participer aux travaux de la CSMD est bien le même que celui qui a, pendant les six premiers mois de 2011 abandonné son travail pour soutenir le mouvement du 20 Février, mais c’est aussi le même qui avait accueilli très favorablement le discours du 9 mars.

C’est le même qui s’est solidarisé avec l’AMDH, Al Adl Wal Ihsane, certains militants du PJD, les journalistes incarcérés ou les détenus du Rif quand il lui a semblé qu’ils étaient victimes de l’arbitraire de l’Etat, mais qui n’hésite pas non plus à reconnaître les véritables acquis de ces 20 ans de règne dans de nombreux domaines.

Améliorer la situation du pays sans mettre en danger les acquis, c’est à cela que se résume la démarche réformiste mais au Maroc, il est souvent très difficile d’être un simple mais authentique réformiste tant le débat public est dominé soit par les béni oui-oui zélateurs et obséquieux soit par les "radicaux" qui sont souvent consciemment ou inconsciemment dans une posture révolutionnaire.

Il est d’ailleurs très significatif que depuis l’annonce de cette nomination et à quatre exceptions près, je n’ai pas reçu de message d’encouragement de mes amis politiques et militants. Le silence est glacial.

A l’heure qu’il est, beaucoup doivent penser que j’ai "retourné ma veste" et fini par pactiser avec le pouvoir pour préserver mes intérêts économiques ou que je me rêve à je ne sais quel poste ministériel. J’ai l’habitude d’être attaqué, parfois même lynché, si on se souvient de l’appel à accorder un moratoire de huit semaines à la société Danone visée par le boycott mais dont le président avait fait des propositions que j’estimais constructives et responsables.

Apprendre à ne plus prêter trop d’attention à certaines attaques est nécessaire si on veut rester fidèle à ses convictions et garder sa propre trajectoire militante.

-Comment percevez-vous la composition de la commission?

-Je pense que la composition de la Commission est à la fois éclectique et équilibrée. Je salue la parité femme-homme et l’équilibre jeunes-âges mûrs. Il y a au sein de cette commission des gens que je connais très bien et que je respecte énormément et je me réjouis à la perspective de travailler avec eux. Bien sûr, j’aurais préféré que les associations de défense des droits de l’homme et de lutte contre la corruption soient mieux représentées, mais je ferais de mon mieux pour faire entendre leur voix.

-Quelles sont les idées que vous allez défendre?

-Je parlerai d’abord de la posture qui est la mienne: je suis autant chef d’entreprise que militant associatif, politique ou culturel. ll n’ y a aucune incompatibilité entre ces différentes positions.

Je pense surtout que le rôle des membres de la Commission consistera bien plus à écouter qu’à défendre des positions. S’écouter mutuellement et surtout écouter tous les représentants de la société marocaine qu’ils rencontreront dans le cadre des auditions.

Ceci dit, il est évident que j’ai des convictions et qu’elles m’habiteront tout le long de ma participation aux travaux de la commission et si je dois en citer quelques unes, je dirais que je pense qu’il n’y aura pas de développement possible sans Etat de droit, et sans la construction d’une société de confiance, que le développement ne se réduit pas à la croissance économique ce qui suppose que la culture doit occuper une place centrale dans tout projet de société, que la réduction des inégalités est devenue une condition sine qua none de la stabilité du pays et que le développement du pays ne pourra se réaliser qu’en respectant certaines grandes méta-contraintes qui s’imposent de façon incontournable: la contrainte environnementale avec le changement climatique et la raréfaction de la ressource hydrique, la contrainte des ressources humaines nationales qui sont ce qu’elles sont, et la contrainte financière car un Etat ne peut pas durablement dépenser plus qu’il ne gagne.

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