Que se passe-t-il au sein de la CGEM ?

Tout au long de la journée du 15 octobre, plusieurs informations contradictoires, non officielles ont filtré à la presse, mettant à nu la crise profonde et la lutte pour le pouvoir dans lesquelles la démission de Salaheddine Mezouar a plongé le syndicat des patrons. Que se passe-t-il au sein du patronat ?

Que se passe-t-il au sein de la CGEM ?

Le 16 octobre 2019 à 16:43

Modifié le 17 octobre 2019 à 14:22

Depuis son élection à la tête de la CGEM jusqu'à sa démission, le mandat de Sahaleddine Mezouar aura mis à rude épreuve le syndicat des patrons.

Preuve s’il en faut, la crise dans laquelle son départ précipité, le dimanche 13 octobre, a engouffré la CGEM dont les échos se font retentissants au niveau des médias, notamment ce mardi 15 octobre.

Plusieurs informations contradictoires ont filtré dans la presse au sujet du Conseil d’administration tant attendu, essaimant ainsi doute et confusion chez les chefs d’entreprises.

Il y a d’abord les faits. Quelques supports de presse publient dans la matinée du 15 octobre l’annonce de l’annulation du conseil d’administration, convoqué par le président démissionnaire pour le 16 octobre. L’email de l’annulation a été envoyé par le secrétaire général de la CGEM, Youssef Hassouni. Ils rapportent également un mail envoyé par la présidente de la commission juridique aux différents membres du conseil d’administration, les invitant à exprimer leur volonté de convoquer un conseil d’administration, en vertu de l'article 24.1 des statuts de la CGEM. Ce nouveau conseil d’administration serait prévu pour le 24 octobre avec un ordre du jour précis.

Quelques heures plus tard, ces mêmes médias annoncent le maintien du Conseil d’administration du 16 octobre selon les propos de Youssef Mouhyi, président de la CGEM Marrakech-Safi. Ce dernier déclare que le conseil d’administration doit avoir lieu et estime que le secrétaire général n’a pas le droit de l’annuler.   

D’autres informations paraitront pour annoncer l’annulation du conseil d’administration du 16 et la tenue d’une simple réunion.

Velléités de différents bords

Entre annulation ou maintien du conseil du 16 octobre, convocation ou non d’un conseil pour le 24 octobre, les esprits à la CGEM s’échauffent, les débats sont houleux, et chaque partie s’empresse à communiquer auprès des médias, comme pour légitimer sa démarche ou faire pression. 

En conséquence, les informations sont incertaines et le message véhiculé aux 90.000 membres directs et indirects que représente la CGEM est brouillé.

Que s’est-il réellement passé en cette journée du 15 octobre ? Médias24 a tenté de reconstituer les événements ayant mené à ce grand cafouillage.

De prime à bord, nos sources s’accordent à dire qu’en effet, le contexte actuel qui est inédit et non prévu par les statuts est un terrain propice pour l’expression des velléités de différents bords.

"Certains cherchent en effet à se positionner, convoitent des postes, mais sincèrement nous en sommes loin pour le moment", nous confie une source bien informée. 

Dès l’annonce de la démission de Mezouar, le bureau de la CGEM s’est réuni en fin de soirée le dimanche pour discuter de ce qu’il faut faire.

"L’ancien bureau s’est réuni et a demandé conseil à deux commissions de la CGEM. La commission éthique et bonne gouvernance présidée par Jawad Hamri et celle juridique de Safia Fassi Fihri", nous confie notre source. "On parle aujourd’hui d’ancien bureau car il est composé essentiellement de personnes désignées par le président, et donc, leur mandat prend fin avec son départ. Cela dit, eux-même ne le savaient pas au départ. Mais dès qu’ils l’ont compris à la lecture des statuts, ils sont partis", ajoute notre interlocuteur.

En tous les cas, l’analyse des statuts a conclu que la seule instance ayant le pouvoir de décider c’est le conseil d’administration.

Vice de forme dans la convocation du conseil d'administration du 16 octobre

Les deux commissions de la CGEM ont donc, en toute logique, conseillé de réunir le Conseil d’administration dans les plus brefs délais.

Il s’avère qu’un Conseil d’administration est justement convoqué pour le 16 octobre. La convocation a été faite par le président Mezouar avant sa démission.

"Quand la procédure de la convocation du CA du 16 a été examinée de prés, un vice de forme a été détecté. La convocation s’est faite 7 jours avant la date prévue au lieu de 8 jours.  La consigne à ce moment-là a été de dire qu’il faut que tout soit irréprochable pour qu’il n’y ait pas de contestation par la suite", raconte notre source. 

« En général, quand il n’y a pas de problème ou de crise, à un jour près cette convocation n’aurait pas fait des émules car tout le monde est d’accord. Mais le contexte actuel est un contexte de crise, donc on ne peut pas se permettre de donner l’occasion à quelqu’un de bloquer les choses à cause d’un vice de forme », nous explique-t-on. 

C’est de là où est venue l’idée d’annuler le CA du 16 pour fermer la porte à toute contestation et faire parler les statuts pour en convoquer un nouveau.  

Cela a donné lieu à la première communication signée par le secrétaire général de la CGEM où il annonce l’annulation du CA du 16, suivie dans la foulée par l’email de Safia Fassi Fihri pour "informer les administrateurs qu’ils ont la possibilité de convoquer un nouveau CA dans le respect des règles, en réunissant un minimum de 1/5. En prenant en considération les 8 jours réglementaires, la date du 24 octobre a été proposée".

Cette communication interne a automatiquement fait réagir certains administrateurs "qui ont vu en ces propositions de la manipulation".

"Même si techniquement l’annulation est tout à fait correcte, certains administrateurs ne l’ont pas acceptée sur le principe, d’un point de vue de gouvernance. Ils avancent que personne n’a le droit de prendre des décisions à la place du conseil. Leur point de vue a été de dire: maintenez le conseil et laissez-nous décider de l’annuler, ou de le reporter … et ils avaient raison", nous rapporte une source de la CGEM.

S’est posé alors un dilemme cornélien: maintenir un conseil d’administration qui peut être attaquable, comme le demande certains administrateurs dont le porte-parole a été Youssef Mouhyi, président de la CGEM Marrakech, ou alors tenir un autre conseil d’administration.

un semblant de consensus trouvé

"La CGEM n’est pas n’importe quelle association qui peut être contrôlée par une personne ou deux. C’est une institution vieille de plus 70 ans qui a ses instances de gouvernance, ses règles, et une démocratie interne à respecter", déclare à Médias24 Youssef Mouhyi pour qui "tenir le CA ou non, les vices de forme … sont des sujets à traiter au niveau des instances de gouvernance".

"Personne n’a le droit de préempter le droit des élus à décider pour eux-mêmes", ajoute-t-il.

Sur la question statutaire relative aux membres désignés et leur statut après la démission de la CGEM, Mouhyi répond: "les membres désignés sont la lumière de la CGEM, parce que leur présence nous permet de ramener de l’expertise et de l’excellence au sein de la CGEM. Celui qui dira qu’ils ne servent à rien n’est pas sain d’esprit. Ceux qui veulent évoquer ce sujet cherchent juste à semer la zizanie et nous ne voulons pas nous abaisser à ce niveau".

Une réunion a donc été tenue dans le siège de la CGEM entre Youssef Mouhyi, Hamid Souiri, Youssef Hassouni et Jalal Charaf pour échanger les points de vue. 

Il s’en est suivi une consultation de plusieurs autres administrateurs. Enfin un semblant de consensus a été trouvé et un dernier mail a été envoyé par le secrétaire général à l’ensemble des administrateurs vers 00h47.

Cet email disait: "A la suite de l’annulation du Conseil d’administration en date du mercredi 16 octobre 2019 après un avis technique de la Commission juridique de la CGEM sur la validité de cette réunion en vertu des dispositions statutaires en vigueur, plus du cinquième (1/5) des membres du Conseil d’administration ont demandé la convocation d’un nouveau Conseil d’administration dans les délais statutaires, en application de l’article 24-1 des statuts.

Dans le même temps, plusieurs membres de droit ont saisi le secrétariat général de la CGEM aux fins de maintenir le rendez-vous du 16 octobre 2019.

Aussi, nous vous informons que pour permettre de recueillir les propositions et recommandations de tous, une réunion des membres de droit du conseil d’administration, énumérés à l’article 23-2 des statuts, est programmée demain 16 octobre à 15h au siège de la CGEM, afin de débattre des modalités de sortie de la situation actuelle et de gestion des prochaines échéances".

Quel est l’ordre du jour de cette réunion? "Nous n’avons pas d’agenda précis ou d’ordre du jour. Ce n’est pas un conseil mais une réunion qui permettra aux membres de la CGEM de s’exprimer et donner leur avis sur la situation actuelle. Sur quoi cette réunion va découler ? je ne sais pas et je défie quiconque de dire ce qui va être décidé dans la réunion de 15H. Cela peut être le pire comme cela peut être le meilleur, mais au moins ça sera l’expression de la démocratie interne", nous explique Mouhyi.

La réunion a bien démarré vers 15h, et selon les premiers échos, une quarantaine d'administrateurs ont répondu à l'appel.

Affaire à suivre...

Que se passe-t-il au sein de la CGEM ?

Le 16 octobre 2019 à17:00

Modifié le 17 octobre 2019 à 14:22

Tout au long de la journée du 15 octobre, plusieurs informations contradictoires, non officielles ont filtré à la presse, mettant à nu la crise profonde et la lutte pour le pouvoir dans lesquelles la démission de Salaheddine Mezouar a plongé le syndicat des patrons. Que se passe-t-il au sein du patronat ?

Depuis son élection à la tête de la CGEM jusqu'à sa démission, le mandat de Sahaleddine Mezouar aura mis à rude épreuve le syndicat des patrons.

Preuve s’il en faut, la crise dans laquelle son départ précipité, le dimanche 13 octobre, a engouffré la CGEM dont les échos se font retentissants au niveau des médias, notamment ce mardi 15 octobre.

Plusieurs informations contradictoires ont filtré dans la presse au sujet du Conseil d’administration tant attendu, essaimant ainsi doute et confusion chez les chefs d’entreprises.

Il y a d’abord les faits. Quelques supports de presse publient dans la matinée du 15 octobre l’annonce de l’annulation du conseil d’administration, convoqué par le président démissionnaire pour le 16 octobre. L’email de l’annulation a été envoyé par le secrétaire général de la CGEM, Youssef Hassouni. Ils rapportent également un mail envoyé par la présidente de la commission juridique aux différents membres du conseil d’administration, les invitant à exprimer leur volonté de convoquer un conseil d’administration, en vertu de l'article 24.1 des statuts de la CGEM. Ce nouveau conseil d’administration serait prévu pour le 24 octobre avec un ordre du jour précis.

Quelques heures plus tard, ces mêmes médias annoncent le maintien du Conseil d’administration du 16 octobre selon les propos de Youssef Mouhyi, président de la CGEM Marrakech-Safi. Ce dernier déclare que le conseil d’administration doit avoir lieu et estime que le secrétaire général n’a pas le droit de l’annuler.   

D’autres informations paraitront pour annoncer l’annulation du conseil d’administration du 16 et la tenue d’une simple réunion.

Velléités de différents bords

Entre annulation ou maintien du conseil du 16 octobre, convocation ou non d’un conseil pour le 24 octobre, les esprits à la CGEM s’échauffent, les débats sont houleux, et chaque partie s’empresse à communiquer auprès des médias, comme pour légitimer sa démarche ou faire pression. 

En conséquence, les informations sont incertaines et le message véhiculé aux 90.000 membres directs et indirects que représente la CGEM est brouillé.

Que s’est-il réellement passé en cette journée du 15 octobre ? Médias24 a tenté de reconstituer les événements ayant mené à ce grand cafouillage.

De prime à bord, nos sources s’accordent à dire qu’en effet, le contexte actuel qui est inédit et non prévu par les statuts est un terrain propice pour l’expression des velléités de différents bords.

"Certains cherchent en effet à se positionner, convoitent des postes, mais sincèrement nous en sommes loin pour le moment", nous confie une source bien informée. 

Dès l’annonce de la démission de Mezouar, le bureau de la CGEM s’est réuni en fin de soirée le dimanche pour discuter de ce qu’il faut faire.

"L’ancien bureau s’est réuni et a demandé conseil à deux commissions de la CGEM. La commission éthique et bonne gouvernance présidée par Jawad Hamri et celle juridique de Safia Fassi Fihri", nous confie notre source. "On parle aujourd’hui d’ancien bureau car il est composé essentiellement de personnes désignées par le président, et donc, leur mandat prend fin avec son départ. Cela dit, eux-même ne le savaient pas au départ. Mais dès qu’ils l’ont compris à la lecture des statuts, ils sont partis", ajoute notre interlocuteur.

En tous les cas, l’analyse des statuts a conclu que la seule instance ayant le pouvoir de décider c’est le conseil d’administration.

Vice de forme dans la convocation du conseil d'administration du 16 octobre

Les deux commissions de la CGEM ont donc, en toute logique, conseillé de réunir le Conseil d’administration dans les plus brefs délais.

Il s’avère qu’un Conseil d’administration est justement convoqué pour le 16 octobre. La convocation a été faite par le président Mezouar avant sa démission.

"Quand la procédure de la convocation du CA du 16 a été examinée de prés, un vice de forme a été détecté. La convocation s’est faite 7 jours avant la date prévue au lieu de 8 jours.  La consigne à ce moment-là a été de dire qu’il faut que tout soit irréprochable pour qu’il n’y ait pas de contestation par la suite", raconte notre source. 

« En général, quand il n’y a pas de problème ou de crise, à un jour près cette convocation n’aurait pas fait des émules car tout le monde est d’accord. Mais le contexte actuel est un contexte de crise, donc on ne peut pas se permettre de donner l’occasion à quelqu’un de bloquer les choses à cause d’un vice de forme », nous explique-t-on. 

C’est de là où est venue l’idée d’annuler le CA du 16 pour fermer la porte à toute contestation et faire parler les statuts pour en convoquer un nouveau.  

Cela a donné lieu à la première communication signée par le secrétaire général de la CGEM où il annonce l’annulation du CA du 16, suivie dans la foulée par l’email de Safia Fassi Fihri pour "informer les administrateurs qu’ils ont la possibilité de convoquer un nouveau CA dans le respect des règles, en réunissant un minimum de 1/5. En prenant en considération les 8 jours réglementaires, la date du 24 octobre a été proposée".

Cette communication interne a automatiquement fait réagir certains administrateurs "qui ont vu en ces propositions de la manipulation".

"Même si techniquement l’annulation est tout à fait correcte, certains administrateurs ne l’ont pas acceptée sur le principe, d’un point de vue de gouvernance. Ils avancent que personne n’a le droit de prendre des décisions à la place du conseil. Leur point de vue a été de dire: maintenez le conseil et laissez-nous décider de l’annuler, ou de le reporter … et ils avaient raison", nous rapporte une source de la CGEM.

S’est posé alors un dilemme cornélien: maintenir un conseil d’administration qui peut être attaquable, comme le demande certains administrateurs dont le porte-parole a été Youssef Mouhyi, président de la CGEM Marrakech, ou alors tenir un autre conseil d’administration.

un semblant de consensus trouvé

"La CGEM n’est pas n’importe quelle association qui peut être contrôlée par une personne ou deux. C’est une institution vieille de plus 70 ans qui a ses instances de gouvernance, ses règles, et une démocratie interne à respecter", déclare à Médias24 Youssef Mouhyi pour qui "tenir le CA ou non, les vices de forme … sont des sujets à traiter au niveau des instances de gouvernance".

"Personne n’a le droit de préempter le droit des élus à décider pour eux-mêmes", ajoute-t-il.

Sur la question statutaire relative aux membres désignés et leur statut après la démission de la CGEM, Mouhyi répond: "les membres désignés sont la lumière de la CGEM, parce que leur présence nous permet de ramener de l’expertise et de l’excellence au sein de la CGEM. Celui qui dira qu’ils ne servent à rien n’est pas sain d’esprit. Ceux qui veulent évoquer ce sujet cherchent juste à semer la zizanie et nous ne voulons pas nous abaisser à ce niveau".

Une réunion a donc été tenue dans le siège de la CGEM entre Youssef Mouhyi, Hamid Souiri, Youssef Hassouni et Jalal Charaf pour échanger les points de vue. 

Il s’en est suivi une consultation de plusieurs autres administrateurs. Enfin un semblant de consensus a été trouvé et un dernier mail a été envoyé par le secrétaire général à l’ensemble des administrateurs vers 00h47.

Cet email disait: "A la suite de l’annulation du Conseil d’administration en date du mercredi 16 octobre 2019 après un avis technique de la Commission juridique de la CGEM sur la validité de cette réunion en vertu des dispositions statutaires en vigueur, plus du cinquième (1/5) des membres du Conseil d’administration ont demandé la convocation d’un nouveau Conseil d’administration dans les délais statutaires, en application de l’article 24-1 des statuts.

Dans le même temps, plusieurs membres de droit ont saisi le secrétariat général de la CGEM aux fins de maintenir le rendez-vous du 16 octobre 2019.

Aussi, nous vous informons que pour permettre de recueillir les propositions et recommandations de tous, une réunion des membres de droit du conseil d’administration, énumérés à l’article 23-2 des statuts, est programmée demain 16 octobre à 15h au siège de la CGEM, afin de débattre des modalités de sortie de la situation actuelle et de gestion des prochaines échéances".

Quel est l’ordre du jour de cette réunion? "Nous n’avons pas d’agenda précis ou d’ordre du jour. Ce n’est pas un conseil mais une réunion qui permettra aux membres de la CGEM de s’exprimer et donner leur avis sur la situation actuelle. Sur quoi cette réunion va découler ? je ne sais pas et je défie quiconque de dire ce qui va être décidé dans la réunion de 15H. Cela peut être le pire comme cela peut être le meilleur, mais au moins ça sera l’expression de la démocratie interne", nous explique Mouhyi.

La réunion a bien démarré vers 15h, et selon les premiers échos, une quarantaine d'administrateurs ont répondu à l'appel.

Affaire à suivre...

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