RAM : Les pilotes disposés à faire des concessions pour sauver la compagnie

Après la lettre du président de la RAM à son personnel annonçant la nécessité de sacrifices douloureux, une source de l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) nous déclare que l’heure est à la collaboration avec la direction pour éviter la disparition d’une compagnie dans le coma.

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RAM : Les pilotes disposés à faire des concessions pour sauver la compagnie

Le 14 mai 2020 à 21:51

Modifié le 15 mai 2020 à 11:20

Confrontée à la pire crise de toute son existence, la direction de la RAM prévoit la mise en place d'un plan de relance qui ne pourra pas se faire sans des sacrifices importants du personnel, et notamment des pilotes, pour réduire les charges de fonctionnement.

L’AMPL refuse de réagir avant une réunion avec la direction

Sollicité pour réagir à la lettre alarmiste du président Abdelhamid Addou, Hicham Falaki qui préside l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) a préféré temporiser avant de réagir publiquement.

"Comme nous ne connaissons pas encore le contenu ou au moins les pourtours du plan de relance envisagé par la direction, l’AMPL préfère ne pas communiquer pour l’instant.

"Ce n’est que quand la RAM aura pris des décisions claires que nous pourrons réagir puis faire à notre tour des propositions", s’est borné à nous expliquer le président de l’association en révélant cependant la tenue d’une réunion ce jeudi 14 mai du bureau de l'AMPL avec la direction.

Voulant en savoir plus sur la réaction à chaud au sein de l’association, Médias24 s’est donc tourné vers un autre membre de l’AMPL qui a préféré rester anonyme.

"L’heure n’est plus à la confrontation mais à la survie"

Interrogé sur la nature des négociations à venir et sur les concessions acceptables par le corps des pilotes, notre interlocuteur a déclaré que « le temps n’était plus à la négociation entre pilotes et direction mais à la survie ».

« Il n’y a plus rien à négocier car la vie de la compagnie n’est pas négociable. Au-delà de nos revendications corporatistes, la priorité est de réanimer la RAM », résume notre source en laissant entendre que la compagnie est dans un état comateux.

"La baisse des salaires des pilotes est déjà effective"

A la question de savoir si l’AMPL accepterait, à l’instar du syndicat des pilotes de Lufthansa, un plan de départs volontaires pour les pilotes proches de l’âge de la retraite et une baisse de 45% des salaires pendant 3 ans pour les autres, notre interlocuteur avance que les pilotes de la RAM ont déjà vu leur salaire baisser à cause de la chute de leur productivité.

« Une grande compagnie comme Lufthansa fait tourner au bas mot 750 avions contre 59 pour la RAM et un effectif de 8.000 pilotes contre 600 chez nous.

« Sachant que leur système de rémunération est basé avant tout sur l’ancienneté et sur une productivité moindre, il n’y a aucun parallèle possible avec nos pilotes dont le salaire est à la base productiviste.

"Ainsi, si les pilotes de la compagnie allemande ont fait d’eux-mêmes une concession salariale de 45%, chez nous, cette baisse a été mécaniquement semblable avec la chute d’activité.

« A partir de là, on ne doit pas faire de mimétisme car chaque compagnie a ses spécificités mais au-delà des idées formatées et de la pensée unique, cela ne doit pas nous empêcher d’essayer de trouver des solutions avec notre management », affirme le commandant de bord.

La priorité des pilotes est de ranimer la RAM

Sur un éventuel soutien de l’AMPL à un plan de licenciements d’une partie de ses membres, le pilote refuse de se prononcer directement sur son ampleur tout en déclarant que ses collègues ne peuvent pas rester indifférents à la crise actuelle.

« Aujourd’hui, c’est une question de vie ou de mort.

"Nous savons tous qu’il y aura des sacrifices douloureux à consentir pour permettre à la RAM de retrouver son niveau normal d’exploitation.

"Au-delà de toute revendication, c’est plus qu’un devoir, c’est une obligation.

« Jusqu’ici, l’AMPL était dans le registre des négociations d’améliorations sociales et salariales pour ses membres mais l’enjeu actuel est bien plus important car il s’agit de sauvegarder un outil de souveraineté nationale et porte-drapeau du pays.

La RAM a déjà licencié 80 pilotes étrangers

« Si l’association a eu des confrontations avec la direction dans un passé pas si lointain, aujourd’hui, il n’y a plus aucune source de conflit entre nous », avance notre interlocuteur qui se félicite du fait que tous les pilotes étrangers, accusés d’être surpayés par l’AMPL, ont tous été licenciés.

« Avec la chute du trafic aérien, la RAM a pris des mesures qui s’imposaient depuis longtemps en procédant à une diminution de près de 15% de son effectif de pilotes, soit 80 personnes », révèle notre source.

« Si la relation AMPL-Management a toujours été tendue, il n’y a cependant jamais eu de rupture et encore moins aujourd’hui, car encore une fois, il en va de notre survie à tous.

« Pour l’instant, il faut se retrousser les manches et après quoi, nous aurons tout le temps de revenir aux sujets qui fâchent », propose ce pilote de long-courrier.

L’AMPL rappelle la crise de 2011

Interrogé encore une fois sur la réaction de l’AMPL au cas où leur direction déciderait de licencier, par exemple, 1.000 salariés sur les 3.400 employés de la RAM, dont une partie conséquente de pilotes, le commandant de bord n’exclut rien en affirmant que son association a l’habitude de gérer des crises.

« Dans le passé, nous avons pu apporter des réponses adaptées à des situations compliquées, voire critiques.

« Si la situation de la RAM en 2011 était moins grave qu’aujourd’hui, elle a quand même nécessité une aide de l’Etat pour procéder à un plan de restructuration.

« Avant d’aider la compagnie, l’actionnaire principal qu’est l’Etat avait exigé des réductions de la masse salariale et des coûts.

"Ainsi l’AMPL s’était pliée à une réduction de 300 MDH de sa part salariale et tout le monde en était sorti gagnant.

Une reprise du trafic africain et des MRE, espérée en décembre

« Le problème avec la crise actuelle est qu’elle est plus étendue sur le temps et que personne n’a de visibilité.

"Ceci dit, nous sommes confiants sur la reprise du trafic aérien du Maroc qui tourne sur une typologie de passagers différente de ce qui se fait ailleurs.

"A la RAM, nous sommes en effet presque les seuls à travailler sur du trafic nord-sud avec la présence d'un pavillon marocain sur le continent africain.

« De plus, sachant que nous venons de rejoindre l’alliance One World (British Airways, American Airlines …) qui malgré leurs réseaux respectifs cumulés ont un gros trou en Afrique, la RAM a donc une belle opportunité, car c'est la seule compagnie à pouvoir le combler. Sur le trafic nord-sud, il n’y a donc pas à s’inquiéter.

"Idem pour le marché des MRE, même si la compagnie va devoir faire des efforts pour améliorer sa qualité de service pour nos concitoyens car cette clientèle est fondamentale et représente, selon moi, le coussin sur lequel devrait se reposer la RAM.

« En dehors des marchés africains et des MRE, reste à accompagner le retour progressif du tourisme TES (tourisme étranger de séjour), sachant que nous ciblons des pays émetteurs de visiteurs à 2 ou 3 heures de vols du Maroc.

« Il faut espérer que ces 3 composantes du trafic de la RAM redémarreront en novembre ou décembre, sans compter la reprise des opérations ponctuelles OMRA ou Haj qui ne manqueront pas de doper l’activité », conclut notre interlocuteur sans toutefois préciser la part acceptable de licenciements des pilotes par l’AMPL. 

RAM : Les pilotes disposés à faire des concessions pour sauver la compagnie

Le 14 mai 2020 à21:51

Modifié le 15 mai 2020 à 11:20

Après la lettre du président de la RAM à son personnel annonçant la nécessité de sacrifices douloureux, une source de l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) nous déclare que l’heure est à la collaboration avec la direction pour éviter la disparition d’une compagnie dans le coma.

Confrontée à la pire crise de toute son existence, la direction de la RAM prévoit la mise en place d'un plan de relance qui ne pourra pas se faire sans des sacrifices importants du personnel, et notamment des pilotes, pour réduire les charges de fonctionnement.

L’AMPL refuse de réagir avant une réunion avec la direction

Sollicité pour réagir à la lettre alarmiste du président Abdelhamid Addou, Hicham Falaki qui préside l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) a préféré temporiser avant de réagir publiquement.

"Comme nous ne connaissons pas encore le contenu ou au moins les pourtours du plan de relance envisagé par la direction, l’AMPL préfère ne pas communiquer pour l’instant.

"Ce n’est que quand la RAM aura pris des décisions claires que nous pourrons réagir puis faire à notre tour des propositions", s’est borné à nous expliquer le président de l’association en révélant cependant la tenue d’une réunion ce jeudi 14 mai du bureau de l'AMPL avec la direction.

Voulant en savoir plus sur la réaction à chaud au sein de l’association, Médias24 s’est donc tourné vers un autre membre de l’AMPL qui a préféré rester anonyme.

"L’heure n’est plus à la confrontation mais à la survie"

Interrogé sur la nature des négociations à venir et sur les concessions acceptables par le corps des pilotes, notre interlocuteur a déclaré que « le temps n’était plus à la négociation entre pilotes et direction mais à la survie ».

« Il n’y a plus rien à négocier car la vie de la compagnie n’est pas négociable. Au-delà de nos revendications corporatistes, la priorité est de réanimer la RAM », résume notre source en laissant entendre que la compagnie est dans un état comateux.

"La baisse des salaires des pilotes est déjà effective"

A la question de savoir si l’AMPL accepterait, à l’instar du syndicat des pilotes de Lufthansa, un plan de départs volontaires pour les pilotes proches de l’âge de la retraite et une baisse de 45% des salaires pendant 3 ans pour les autres, notre interlocuteur avance que les pilotes de la RAM ont déjà vu leur salaire baisser à cause de la chute de leur productivité.

« Une grande compagnie comme Lufthansa fait tourner au bas mot 750 avions contre 59 pour la RAM et un effectif de 8.000 pilotes contre 600 chez nous.

« Sachant que leur système de rémunération est basé avant tout sur l’ancienneté et sur une productivité moindre, il n’y a aucun parallèle possible avec nos pilotes dont le salaire est à la base productiviste.

"Ainsi, si les pilotes de la compagnie allemande ont fait d’eux-mêmes une concession salariale de 45%, chez nous, cette baisse a été mécaniquement semblable avec la chute d’activité.

« A partir de là, on ne doit pas faire de mimétisme car chaque compagnie a ses spécificités mais au-delà des idées formatées et de la pensée unique, cela ne doit pas nous empêcher d’essayer de trouver des solutions avec notre management », affirme le commandant de bord.

La priorité des pilotes est de ranimer la RAM

Sur un éventuel soutien de l’AMPL à un plan de licenciements d’une partie de ses membres, le pilote refuse de se prononcer directement sur son ampleur tout en déclarant que ses collègues ne peuvent pas rester indifférents à la crise actuelle.

« Aujourd’hui, c’est une question de vie ou de mort.

"Nous savons tous qu’il y aura des sacrifices douloureux à consentir pour permettre à la RAM de retrouver son niveau normal d’exploitation.

"Au-delà de toute revendication, c’est plus qu’un devoir, c’est une obligation.

« Jusqu’ici, l’AMPL était dans le registre des négociations d’améliorations sociales et salariales pour ses membres mais l’enjeu actuel est bien plus important car il s’agit de sauvegarder un outil de souveraineté nationale et porte-drapeau du pays.

La RAM a déjà licencié 80 pilotes étrangers

« Si l’association a eu des confrontations avec la direction dans un passé pas si lointain, aujourd’hui, il n’y a plus aucune source de conflit entre nous », avance notre interlocuteur qui se félicite du fait que tous les pilotes étrangers, accusés d’être surpayés par l’AMPL, ont tous été licenciés.

« Avec la chute du trafic aérien, la RAM a pris des mesures qui s’imposaient depuis longtemps en procédant à une diminution de près de 15% de son effectif de pilotes, soit 80 personnes », révèle notre source.

« Si la relation AMPL-Management a toujours été tendue, il n’y a cependant jamais eu de rupture et encore moins aujourd’hui, car encore une fois, il en va de notre survie à tous.

« Pour l’instant, il faut se retrousser les manches et après quoi, nous aurons tout le temps de revenir aux sujets qui fâchent », propose ce pilote de long-courrier.

L’AMPL rappelle la crise de 2011

Interrogé encore une fois sur la réaction de l’AMPL au cas où leur direction déciderait de licencier, par exemple, 1.000 salariés sur les 3.400 employés de la RAM, dont une partie conséquente de pilotes, le commandant de bord n’exclut rien en affirmant que son association a l’habitude de gérer des crises.

« Dans le passé, nous avons pu apporter des réponses adaptées à des situations compliquées, voire critiques.

« Si la situation de la RAM en 2011 était moins grave qu’aujourd’hui, elle a quand même nécessité une aide de l’Etat pour procéder à un plan de restructuration.

« Avant d’aider la compagnie, l’actionnaire principal qu’est l’Etat avait exigé des réductions de la masse salariale et des coûts.

"Ainsi l’AMPL s’était pliée à une réduction de 300 MDH de sa part salariale et tout le monde en était sorti gagnant.

Une reprise du trafic africain et des MRE, espérée en décembre

« Le problème avec la crise actuelle est qu’elle est plus étendue sur le temps et que personne n’a de visibilité.

"Ceci dit, nous sommes confiants sur la reprise du trafic aérien du Maroc qui tourne sur une typologie de passagers différente de ce qui se fait ailleurs.

"A la RAM, nous sommes en effet presque les seuls à travailler sur du trafic nord-sud avec la présence d'un pavillon marocain sur le continent africain.

« De plus, sachant que nous venons de rejoindre l’alliance One World (British Airways, American Airlines …) qui malgré leurs réseaux respectifs cumulés ont un gros trou en Afrique, la RAM a donc une belle opportunité, car c'est la seule compagnie à pouvoir le combler. Sur le trafic nord-sud, il n’y a donc pas à s’inquiéter.

"Idem pour le marché des MRE, même si la compagnie va devoir faire des efforts pour améliorer sa qualité de service pour nos concitoyens car cette clientèle est fondamentale et représente, selon moi, le coussin sur lequel devrait se reposer la RAM.

« En dehors des marchés africains et des MRE, reste à accompagner le retour progressif du tourisme TES (tourisme étranger de séjour), sachant que nous ciblons des pays émetteurs de visiteurs à 2 ou 3 heures de vols du Maroc.

« Il faut espérer que ces 3 composantes du trafic de la RAM redémarreront en novembre ou décembre, sans compter la reprise des opérations ponctuelles OMRA ou Haj qui ne manqueront pas de doper l’activité », conclut notre interlocuteur sans toutefois préciser la part acceptable de licenciements des pilotes par l’AMPL. 

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