Ramid: "Benkirane n'est pas au dessus du PJD"

Mustapha Ramid était, dimanche 14 avril, l’invité de "Confidences de presse". L’occasion de livrer sa position sur des sujets chauds de l’actualité marocaine.

Le 15 avril 2019 à 19:05

Modifié le 16 avril 2019 à 23:17

Que pense Mustapha Ramid de la condamnation des détenus du Hirak, de la langue d’enseignement des matières scientifiques et de la dernière sortie de Abdelilah Benkirane ? Invité dimanche à l’émission «Confidences de presse» sur 2M, le ministre d’Etat chargé des droits de l’homme a répondu point par point et pendant une heure aux questions des journalistes. Verbatim.

Hirak : empathie envers les détenus, sortie de crise espérée

Le 5 avril, la cour d’appel a confirmé les condamnations de 42 activistes du Hirak, qui avaient été condamnés en premier ressort à des peines allant jusqu’à 20 ans de réclusion. Le ministre d’Etat se dit «très empathique envers  les personnes accusées dans ce genre d’affaires.» Pour M. Ramid, «il ne s’agit pas de personnes auxquelles on impute des infractions de droit commun, mais des infractions d’une nature spéciale, souvent identifiées en tant qu’infractions à caractère politique. »

Que pense-il des condamnations ? Ramid affirme ne pas disposer de suffisamment d’éléments pour «juger les décisions judiciaires» prononcées en première instance et en appel, et qu’une partie de l’opinion publique estime sévères. «Les gens ont le droit, dans le cadre de la loi, de dire s’ils soutiennent ou non» ces décisions, clarifie le ministre.

Désormais, l’essentiel est de «se tourner vers l’avenir» et de «trouver les moyens de régler ce dossier». Ramid veut y croire. «L’histoire du Maroc démontre qu’il y a toujours eu apaisement après des situations marquées par des tensions, des procès, etc. Je ne crois pas que les personnes ayant été condamnées dans ces circonstances ont purgé l’intégralité de leurs peines».

Dans le cas du Hirak, le ministre pense que «la sagesse de l’Etat marocain» et celle des détenus conduiront à cet «apaisement» qu’il espère pour «bientôt», rappelant que le Roi a déjà «gracié 280 personnes» condamnées dans le cadre des événements d’Al Hoceima.  

Langue de l’enseignement: ce n'est pas une question d’identité

De manière générale, le ministre se dit pour l’usage de l’arabe en tant que langue de l’enseignement, mais aussi pour «l’ouverture sur les langes étrangères, tout en tenant compte de la langue Amazighe».

Cela étant, M. Ramid se montre pragmatique. «Il faut une volonté forte faisant de l’arabe une véritable langue officielle. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. A l’université, les matières scientifiques sont enseignées en français. Les centres de traduction sont limités et le milieu des affaires ainsi que certains niveaux de l’administration sont francisés.»

Au Parlement, le projet de loi-cadre sur l’enseignement est bloqué à cause de la disposition qui prévoit l’enseignement des matières scientifiques et techniques en langues étrangères. Cette mesure défendue par le ministère de l’Education est combattue par le PJD. Le parti islamiste voudrait appliquer le principe de l’alternance linguistique (enseignement en arabe avec usage des langues étrangères dans quelques contenus et modules). Qu’en dit le ministre ?

«Pour moi, ni l’un ni l’autre n’ont raison», estime M. Ramid. Lui, propose une solution médiane, et se dit pour l’alternance linguistique au collège et l’enseignement en langue étrangère à partir du lycée.

Pour M. Ramid, le sujet est purement «pédagogique». Il s’agit de rechercher «le meilleur moyen d’enseigner les matières scientifiques pour qu’elles soient le mieux possible assimilées par l’enfant». Que l’affaire devienne «identitaire», c’est «déraisonnable», «inadmissible» et «sans fondement», tance-t-il.

Du reste, le ministre précise que son «avis n’est pas forcément celui du secrétariat général» de son parti, reconnaissant volontiers l’existence de «divergences» au sein même du PJD.

"Si Benkirane" n’est pas au-dessus du PJD

Dans un live diffusé fin mars sur les réseaux sociaux, Abdelilah Benkirane, figure du PJD, avait appelé ses frères au Parlement à ne pas voter pour le texte, mettant même au défi Saâdeddine Elotmani à qui il a fait savoir qu’une démission de son poste de Chef du gouvernement était plus «honorable» que de «franciser» les matières scientifiques.  

La sortie de Benkirane a-t-elle provoqué l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le projet ? M. Ramid en minimise l’impact : «Benkirane a peut-être eu une influence au niveau des bases du parti, mais pas au niveau du secrétariat général ou du Parlement», dit-il.

«Si Abdelilah n’est pas une personne anodine. Son statut dans le parti et dans le pays ne le sont pas non plus. Il a le droit de donner son opinion. Mais le PJD est un parti d'institution et quelle que soit l’importance de la personne, fusse-t-elle de la stature du Si Abdelilah, elle ne peut être au-dessus de l’institution».

"Moi je vois qu’au sein du parti, aucun frère ne cautionne" la démarche de l'ancien leader, même ceux qui "partagent la même position", affirme-t-il. "Personne ne peut faire obstacle" à l’adoption de cette "loi historique" continue-t-il, en ajoutant que le "PJD est déterminé à trouver un compromis".

Remaniement ministériel ?

Si la majorité gouvernementale semble aujourd’hui fragile, M. Ramid tient à réfuter toute velléité de remaniement ministériel. Pour convaincre, il fait valoir sa proximité avec le Chef du gouvernement. «Je suis ministre d’Etat. Mon bureau est près du sien. Il y a près d’une année, il était question de revoir notre approche concernant le sujet des secrétaires d’Etat. Mais aujourd’hui, je peux vous certifier qu’il n’y a absolument aucune discussion à propos d’un remaniement gouvernemental», dit-il.

Pour autant, si ces discussions ont cours « au sein d’autres institutions compétentes, je ne peux ni l’infirmer ni le confirmer ».

Journalistes condamnés, "le problème est dans la loi"

Peut-on sanctionner un journaliste pour avoir informé ? Cette question s’est posée après la condamnation, en mars 2019, de quatre journalistes accusés d’avoir publié des informations relatives aux travaux d’une commission d’enquête parlementaire. A l’origine du jugement, le tribunal de Rabat a fait application de la loi organique régissant ces commissions.

« La justice juge », rappelle l’ex-ministre de la Justice. Pour lui, « le problème est dans la loi » qui réprime ce genre de pratiques et pas dans ceux qui l’appliquent. Aujourd’hui, les réunions des commissions d’enquête revêtent un caractère confidentiel. Pour M. Ramid, l’idéal est de modifier le texte en vigueur de manière à ce que « la publicité » devienne « la règle ».

« Le temps où on pouvait cacher certaines choses est révolu. Chez les citoyens, il existe aujourd’hui une insistance à connaitre la vérité et de manière directe », estime le ministre d’Etat.

Liberté de conscience : changer de religion n’est pas un crime

« Dans le code pénal, aucun texte ne réprime la personne qui change de religion », rappelle le ministre. En revanche, la loi sanctionne le fait « d’ébranler la foi  d’un musulman. Ici, nous avons celui qui a ébranlé la foi et celui dont la foi a été ébranlée ». La loi ne sanctionne que le premier, précise le juriste. 

Et encore, ce qui est réprimé, c’est « d’abuser de la vulnérabilité, de la pauvreté et du besoin » d’un individu pour le convertir, ajoute M. Ramid. En revanche, « la loi n’intervient pas lorsqu’une personne convainc une autre de changer de religion ».

Ramid: "Benkirane n'est pas au dessus du PJD"

Le 15 avril 2019 à20:01

Modifié le 16 avril 2019 à 23:17

Mustapha Ramid était, dimanche 14 avril, l’invité de "Confidences de presse". L’occasion de livrer sa position sur des sujets chauds de l’actualité marocaine.

Que pense Mustapha Ramid de la condamnation des détenus du Hirak, de la langue d’enseignement des matières scientifiques et de la dernière sortie de Abdelilah Benkirane ? Invité dimanche à l’émission «Confidences de presse» sur 2M, le ministre d’Etat chargé des droits de l’homme a répondu point par point et pendant une heure aux questions des journalistes. Verbatim.

Hirak : empathie envers les détenus, sortie de crise espérée

Le 5 avril, la cour d’appel a confirmé les condamnations de 42 activistes du Hirak, qui avaient été condamnés en premier ressort à des peines allant jusqu’à 20 ans de réclusion. Le ministre d’Etat se dit «très empathique envers  les personnes accusées dans ce genre d’affaires.» Pour M. Ramid, «il ne s’agit pas de personnes auxquelles on impute des infractions de droit commun, mais des infractions d’une nature spéciale, souvent identifiées en tant qu’infractions à caractère politique. »

Que pense-il des condamnations ? Ramid affirme ne pas disposer de suffisamment d’éléments pour «juger les décisions judiciaires» prononcées en première instance et en appel, et qu’une partie de l’opinion publique estime sévères. «Les gens ont le droit, dans le cadre de la loi, de dire s’ils soutiennent ou non» ces décisions, clarifie le ministre.

Désormais, l’essentiel est de «se tourner vers l’avenir» et de «trouver les moyens de régler ce dossier». Ramid veut y croire. «L’histoire du Maroc démontre qu’il y a toujours eu apaisement après des situations marquées par des tensions, des procès, etc. Je ne crois pas que les personnes ayant été condamnées dans ces circonstances ont purgé l’intégralité de leurs peines».

Dans le cas du Hirak, le ministre pense que «la sagesse de l’Etat marocain» et celle des détenus conduiront à cet «apaisement» qu’il espère pour «bientôt», rappelant que le Roi a déjà «gracié 280 personnes» condamnées dans le cadre des événements d’Al Hoceima.  

Langue de l’enseignement: ce n'est pas une question d’identité

De manière générale, le ministre se dit pour l’usage de l’arabe en tant que langue de l’enseignement, mais aussi pour «l’ouverture sur les langes étrangères, tout en tenant compte de la langue Amazighe».

Cela étant, M. Ramid se montre pragmatique. «Il faut une volonté forte faisant de l’arabe une véritable langue officielle. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. A l’université, les matières scientifiques sont enseignées en français. Les centres de traduction sont limités et le milieu des affaires ainsi que certains niveaux de l’administration sont francisés.»

Au Parlement, le projet de loi-cadre sur l’enseignement est bloqué à cause de la disposition qui prévoit l’enseignement des matières scientifiques et techniques en langues étrangères. Cette mesure défendue par le ministère de l’Education est combattue par le PJD. Le parti islamiste voudrait appliquer le principe de l’alternance linguistique (enseignement en arabe avec usage des langues étrangères dans quelques contenus et modules). Qu’en dit le ministre ?

«Pour moi, ni l’un ni l’autre n’ont raison», estime M. Ramid. Lui, propose une solution médiane, et se dit pour l’alternance linguistique au collège et l’enseignement en langue étrangère à partir du lycée.

Pour M. Ramid, le sujet est purement «pédagogique». Il s’agit de rechercher «le meilleur moyen d’enseigner les matières scientifiques pour qu’elles soient le mieux possible assimilées par l’enfant». Que l’affaire devienne «identitaire», c’est «déraisonnable», «inadmissible» et «sans fondement», tance-t-il.

Du reste, le ministre précise que son «avis n’est pas forcément celui du secrétariat général» de son parti, reconnaissant volontiers l’existence de «divergences» au sein même du PJD.

"Si Benkirane" n’est pas au-dessus du PJD

Dans un live diffusé fin mars sur les réseaux sociaux, Abdelilah Benkirane, figure du PJD, avait appelé ses frères au Parlement à ne pas voter pour le texte, mettant même au défi Saâdeddine Elotmani à qui il a fait savoir qu’une démission de son poste de Chef du gouvernement était plus «honorable» que de «franciser» les matières scientifiques.  

La sortie de Benkirane a-t-elle provoqué l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le projet ? M. Ramid en minimise l’impact : «Benkirane a peut-être eu une influence au niveau des bases du parti, mais pas au niveau du secrétariat général ou du Parlement», dit-il.

«Si Abdelilah n’est pas une personne anodine. Son statut dans le parti et dans le pays ne le sont pas non plus. Il a le droit de donner son opinion. Mais le PJD est un parti d'institution et quelle que soit l’importance de la personne, fusse-t-elle de la stature du Si Abdelilah, elle ne peut être au-dessus de l’institution».

"Moi je vois qu’au sein du parti, aucun frère ne cautionne" la démarche de l'ancien leader, même ceux qui "partagent la même position", affirme-t-il. "Personne ne peut faire obstacle" à l’adoption de cette "loi historique" continue-t-il, en ajoutant que le "PJD est déterminé à trouver un compromis".

Remaniement ministériel ?

Si la majorité gouvernementale semble aujourd’hui fragile, M. Ramid tient à réfuter toute velléité de remaniement ministériel. Pour convaincre, il fait valoir sa proximité avec le Chef du gouvernement. «Je suis ministre d’Etat. Mon bureau est près du sien. Il y a près d’une année, il était question de revoir notre approche concernant le sujet des secrétaires d’Etat. Mais aujourd’hui, je peux vous certifier qu’il n’y a absolument aucune discussion à propos d’un remaniement gouvernemental», dit-il.

Pour autant, si ces discussions ont cours « au sein d’autres institutions compétentes, je ne peux ni l’infirmer ni le confirmer ».

Journalistes condamnés, "le problème est dans la loi"

Peut-on sanctionner un journaliste pour avoir informé ? Cette question s’est posée après la condamnation, en mars 2019, de quatre journalistes accusés d’avoir publié des informations relatives aux travaux d’une commission d’enquête parlementaire. A l’origine du jugement, le tribunal de Rabat a fait application de la loi organique régissant ces commissions.

« La justice juge », rappelle l’ex-ministre de la Justice. Pour lui, « le problème est dans la loi » qui réprime ce genre de pratiques et pas dans ceux qui l’appliquent. Aujourd’hui, les réunions des commissions d’enquête revêtent un caractère confidentiel. Pour M. Ramid, l’idéal est de modifier le texte en vigueur de manière à ce que « la publicité » devienne « la règle ».

« Le temps où on pouvait cacher certaines choses est révolu. Chez les citoyens, il existe aujourd’hui une insistance à connaitre la vérité et de manière directe », estime le ministre d’Etat.

Liberté de conscience : changer de religion n’est pas un crime

« Dans le code pénal, aucun texte ne réprime la personne qui change de religion », rappelle le ministre. En revanche, la loi sanctionne le fait « d’ébranler la foi  d’un musulman. Ici, nous avons celui qui a ébranlé la foi et celui dont la foi a été ébranlée ». La loi ne sanctionne que le premier, précise le juriste. 

Et encore, ce qui est réprimé, c’est « d’abuser de la vulnérabilité, de la pauvreté et du besoin » d’un individu pour le convertir, ajoute M. Ramid. En revanche, « la loi n’intervient pas lorsqu’une personne convainc une autre de changer de religion ».

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