Région de Ouirgane : du tourisme de niche sans soutien public

REPORTAGE: Ouverte depuis peu, la maison d’hôtes Kasbah Ouirgane essaye d’allier tourisme rural et développement durable de la localité. L’occasion d’interroger son gérant, notre confrère Jaouad Mdidech, et plusieurs membres d’associations qui se disent peu soutenus par les autorités malgré un potentiel touristique fabuleux de leur région.

Région de Ouirgane : du tourisme de niche sans soutien public Vue sur la montagne de la kasbah Ouirgane

Le 21 octobre 2019 à 14:56

Modifié le 22 octobre 2019 à 10:49

Souvent vanté par les brochures du ministère du tourisme, le tourisme rural ou écotourisme a encore beaucoup de mal à se développer au Maroc alors que le pays recèle des potentialités extraordinaires à même de séduire de nombreux étrangers ou nationaux amateurs d’air pur et de randonnées en montagne.

Un potentiel fabuleux peu mis en valeur

Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre dans la localité de Ouirgane, nichée en plein cœur de montagnes majestueuses à moins de deux heures de la locomotive touristique qu’est Marrakech.

Une fois arrivés, hormis un établissement classé destiné à une clientèle aisée (La Roseraie), les touristes ont le choix entre une trentaine de maisons d’hôtes dont on peut citer la Kasbah Ouirgane, tenue par un journaliste toujours en exercice.

Constituée de cinq chambres et d’une suite, cette maison d’hôtes offre à ses occupants une vue spectaculaire sur les cimes des monts environnants qui se couvrent d'ailleurs de neige à partir du mois de décembre.

Si le dépaysement se veut garanti, il n’en demeure pas moins que l’absence quasi-générale de signalétique montre bien une absence de promotion de la région aussi bien par le ministère que par les autorités locales.

Du tourisme altruiste …

C’est peut-être la raison pour laquelle le gérant de cet établissement fait tout son possible pour inviter ses clients à s’intéresser et surtout à améliorer le quotidien peu enviable des 1.200 habitants de Ouirgane.

Dans toutes les activités qu’il propose à ses pensionnaires, Jaouad Mdidech fait en sorte d'impliquer les populations locales dans l'organisation des randonnées et également en leur permettant de vendre leurs produits (miel, huile, artisanat....).

En effet, malgré le fait qu'elle soit encore peu évoquée par les guides touristiques, cette région survit majoritairement grâce aux recettes du tourisme (70%) et à une maigre agriculture vivrière (pommiers, huile d’olives …).

Sollicités par Médias24, les représentants des deux principales associations (Afak et Ridah) affirment que leur région a été équipée de plusieurs infrastructures primordiales (électricité, routes d’accès ...) et même d’un barrage qui ne leur a cependant pas profité faute de raccordement. 

Un barrage sans aucune retombée touristique

En effet, par un étrange paradoxe, les habitants disposent d'eau qui provient des puits et non du barrage mitoyen. De plus, il faut préciser que l'eau qui coule dans leurs robinets est souvent salée et nécessite un traitement onéreux, hors de leurs maigres moyens, pour être filtrée.

Selon nos interlocuteurs, l’édification de ce barrage, d'un coût de 630 MDH, qu’ils ont tous applaudie au départ a produit des effets négatifs sachant que toute activité agricole a été interdite à moins de 30 mètres de ses berges.

Encouragés par les indemnisations publiques pour racheter les terrains mitoyens du barrage, certains habitants ont vendu leurs champs, contenant pour certains des vieux oliviers de 80 ans, et se sont retrouvés sans activité aucune après avoir encaissé le montant des expropriations. 

Ainsi, depuis 2007, année de la construction du barrage, leur pécule a fondu et leurs enfants n’ont plus aucune perspective d'emploi pour l’avenir.

Unanimes, ils ne comprennent pas l'interdiction créer des activités touristiques (pédalo, jet-ski, restauration...) sur les rives du barrage Yacoub El Mansour alors que celui de Lalla Takarkouste propose ces activités prohibées et permet donc de faire vivre de nombreuses familles qui profitent de la manne du tourisme rural.

"Alors que là où il y a un barrage, l’activité touristique explose, ce n’est malheureusement pas le cas chez nous car on ne peut ni pêcher, ni nager, ni exploiter la moindre activité liée à ce barrage".

Population locale et touristes sans assistance médicale

"Pour être honnête, il y a eu beaucoup de progrès en termes de création d'infrastructures mais comme souvent au Maroc, il n’y a pas de suivi", nous déclare un habitant qui cite comme exemple la construction d’un dispensaire médical sans médecin permanent.

"Le médecin censé être au service des populations locales ne vient que deux fois par semaine. Ce qui revient à dire qu’en cas d’extrême urgence, nous sommes livrés à nous-mêmes et devons trouver un moyen de locomotion pour rejoindre le centre urbain de Marrakech".

"N’ayant pas non plus d’ambulance, je vous laisse imaginer la difficulté des habitants malades", dénonce notre interlocuteur qui ajoute que cette lacune sanitaire pourrait aussi toucher des touristes nationaux ou étrangers et in fine faire une très mauvaise publicité à la région et au Maroc.

Hormis l’absence de médecin dans une région montagneuse où tout peut arriver (chutes, scorpions, fièvre …), il dénonce également le manque d’avancement du projet de décharge de déchets pour toute la région (Takerkouste, Tahanouate, Asni et Ouirgane) bloqué depuis cinq ans.

Si contre vents et marées, les habitants continuent de croire au potentiel touristique de leur région, il serait donc peut-être temps que les décideurs, et en particulier le ministère de tutelle, allouent enfin les moyens financiers et humains nécessaires au développement de cette fabuleuse destination sans quoi l’écotourisme se cantonnera toujours à un rôle de slogan plutôt que de réalité …

Vue sur la montagne de la kasbah Ouirgane

Région de Ouirgane : du tourisme de niche sans soutien public

Le 21 octobre 2019 à14:56

Modifié le 22 octobre 2019 à 10:49

REPORTAGE: Ouverte depuis peu, la maison d’hôtes Kasbah Ouirgane essaye d’allier tourisme rural et développement durable de la localité. L’occasion d’interroger son gérant, notre confrère Jaouad Mdidech, et plusieurs membres d’associations qui se disent peu soutenus par les autorités malgré un potentiel touristique fabuleux de leur région.

Souvent vanté par les brochures du ministère du tourisme, le tourisme rural ou écotourisme a encore beaucoup de mal à se développer au Maroc alors que le pays recèle des potentialités extraordinaires à même de séduire de nombreux étrangers ou nationaux amateurs d’air pur et de randonnées en montagne.

Un potentiel fabuleux peu mis en valeur

Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre dans la localité de Ouirgane, nichée en plein cœur de montagnes majestueuses à moins de deux heures de la locomotive touristique qu’est Marrakech.

Une fois arrivés, hormis un établissement classé destiné à une clientèle aisée (La Roseraie), les touristes ont le choix entre une trentaine de maisons d’hôtes dont on peut citer la Kasbah Ouirgane, tenue par un journaliste toujours en exercice.

Constituée de cinq chambres et d’une suite, cette maison d’hôtes offre à ses occupants une vue spectaculaire sur les cimes des monts environnants qui se couvrent d'ailleurs de neige à partir du mois de décembre.

Si le dépaysement se veut garanti, il n’en demeure pas moins que l’absence quasi-générale de signalétique montre bien une absence de promotion de la région aussi bien par le ministère que par les autorités locales.

Du tourisme altruiste …

C’est peut-être la raison pour laquelle le gérant de cet établissement fait tout son possible pour inviter ses clients à s’intéresser et surtout à améliorer le quotidien peu enviable des 1.200 habitants de Ouirgane.

Dans toutes les activités qu’il propose à ses pensionnaires, Jaouad Mdidech fait en sorte d'impliquer les populations locales dans l'organisation des randonnées et également en leur permettant de vendre leurs produits (miel, huile, artisanat....).

En effet, malgré le fait qu'elle soit encore peu évoquée par les guides touristiques, cette région survit majoritairement grâce aux recettes du tourisme (70%) et à une maigre agriculture vivrière (pommiers, huile d’olives …).

Sollicités par Médias24, les représentants des deux principales associations (Afak et Ridah) affirment que leur région a été équipée de plusieurs infrastructures primordiales (électricité, routes d’accès ...) et même d’un barrage qui ne leur a cependant pas profité faute de raccordement. 

Un barrage sans aucune retombée touristique

En effet, par un étrange paradoxe, les habitants disposent d'eau qui provient des puits et non du barrage mitoyen. De plus, il faut préciser que l'eau qui coule dans leurs robinets est souvent salée et nécessite un traitement onéreux, hors de leurs maigres moyens, pour être filtrée.

Selon nos interlocuteurs, l’édification de ce barrage, d'un coût de 630 MDH, qu’ils ont tous applaudie au départ a produit des effets négatifs sachant que toute activité agricole a été interdite à moins de 30 mètres de ses berges.

Encouragés par les indemnisations publiques pour racheter les terrains mitoyens du barrage, certains habitants ont vendu leurs champs, contenant pour certains des vieux oliviers de 80 ans, et se sont retrouvés sans activité aucune après avoir encaissé le montant des expropriations. 

Ainsi, depuis 2007, année de la construction du barrage, leur pécule a fondu et leurs enfants n’ont plus aucune perspective d'emploi pour l’avenir.

Unanimes, ils ne comprennent pas l'interdiction créer des activités touristiques (pédalo, jet-ski, restauration...) sur les rives du barrage Yacoub El Mansour alors que celui de Lalla Takarkouste propose ces activités prohibées et permet donc de faire vivre de nombreuses familles qui profitent de la manne du tourisme rural.

"Alors que là où il y a un barrage, l’activité touristique explose, ce n’est malheureusement pas le cas chez nous car on ne peut ni pêcher, ni nager, ni exploiter la moindre activité liée à ce barrage".

Population locale et touristes sans assistance médicale

"Pour être honnête, il y a eu beaucoup de progrès en termes de création d'infrastructures mais comme souvent au Maroc, il n’y a pas de suivi", nous déclare un habitant qui cite comme exemple la construction d’un dispensaire médical sans médecin permanent.

"Le médecin censé être au service des populations locales ne vient que deux fois par semaine. Ce qui revient à dire qu’en cas d’extrême urgence, nous sommes livrés à nous-mêmes et devons trouver un moyen de locomotion pour rejoindre le centre urbain de Marrakech".

"N’ayant pas non plus d’ambulance, je vous laisse imaginer la difficulté des habitants malades", dénonce notre interlocuteur qui ajoute que cette lacune sanitaire pourrait aussi toucher des touristes nationaux ou étrangers et in fine faire une très mauvaise publicité à la région et au Maroc.

Hormis l’absence de médecin dans une région montagneuse où tout peut arriver (chutes, scorpions, fièvre …), il dénonce également le manque d’avancement du projet de décharge de déchets pour toute la région (Takerkouste, Tahanouate, Asni et Ouirgane) bloqué depuis cinq ans.

Si contre vents et marées, les habitants continuent de croire au potentiel touristique de leur région, il serait donc peut-être temps que les décideurs, et en particulier le ministère de tutelle, allouent enfin les moyens financiers et humains nécessaires au développement de cette fabuleuse destination sans quoi l’écotourisme se cantonnera toujours à un rôle de slogan plutôt que de réalité …

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