Rentrée scolaire. Dr Tayeb Hamdi : Je suis rassuré à 99% par le présentiel

80% des parents ont opté pour le présentiel pour leurs enfants à l'école. Est-ce un bon choix ? Les réponses du Dr Tayeb Hamdi, vice-président de la fédération nationale de la Santé, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé.

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Rentrée scolaire. Dr Tayeb Hamdi : Je suis rassuré à 99% par le présentiel

Le 04 septembre 2020 à 10:49

Modifié le 13 septembre 2020 à 09:07

- Médias24. À ce jour, le ministre de l'Education nationale a annoncé que 80% des parents ont opté pour le présentiel. Ont-ils fait le bon choix?  

Dr. Tayeb Hamdi : Il y a des déterminants qui permettent aux autorités de décider si l’enseignement doit être en présentiel ou en distanciel. 

D'abord en tant que médecins, nous avons remarqué que le confinement et l’enseignement à distance ont eu un impact négatif sur les enfants d'un point de vue psychologique. Les psychologues dans le monde entier confirment ce constat. De leur côté, les professionnels de l’enseignement ont préconisé que l’enseignement à distance doit être le dernier recours.

Partant de ces deux constats, nous, professionnels de la santé, cherchons à trouver une solution pour respecter l’avis des experts qui estiment qu'un enseignement présentiel est le meilleur choix.

Donc nous devons voir d’un point de vue purement médical comment peut-on assurer cet enseignement présentiel et jusqu'à quand, car il faut garder en tête que nous pouvons faire d'importants efforts pour assurer un enseignement présentiel aujourd'hui mais à un moment donné, si la situation se complique beaucoup plus avec une autre vague, le présentiel peut être suspendu à tout moment.

Ceci dit, nous avons aujourd'hui un faisceau d’éléments qui indiquent que les enfants sont peu contaminés, et quand ils le sont, ils développent rarement des formes graves, et c’est très rare où ça mène au décès sachant que les enfants décédés par la Covid-19 avaient des pathologies lourdes par ailleurs. 

- Sur quoi se base ce faisceau d'éléments ? 

- Il se base sur de nombreuses études menées un peu partout dans le monde. Il faut rappeler qu'à l’apparition de la Covid-19 en début d’année, les professionnels de la santé dans le monde ont fait l’analogie avec le virus de la grippe auquel les enfants sont très vulnérables. Les enfants sont une population fragile devant la grippe et la transmettent facilement.

Partant de l’analogie entre la grippe et la Covid-19, les responsables se sont dit que laisser les écoles ouvertes risque de causer des dégâts au niveau de la population des enfants et il y a le risque que les écoles deviennent des vecteurs de propagation du virus. Le réflexe a été donc de fermer les écoles, et s'en est suivi le confinement. 

Au cours du mois de mai dernier, la sortie de confinement a eu lieu partout dans le monde avec la réouverture des écoles dans plusieurs pays parce qu'à ce moment, nous disposions de données scientifiques de plus en plus précises sur la Covid-19 notamment chez les enfants. Ces études ont démontré que les enfants sont moins touchés. Les enfants de moins de 18 ans représentent moins de 5% de l’ensemble des contaminés dans le monde. Le nombre de décès ou d’enfants en réanimation est très minime.

Il y a eu un cas d’école, un enfant positif qui est parti en colonie de vacances où il a été en contact avec 200 personnes mais n’en a contaminé aucune.

Une étude réalisée sur les clusters familiaux dans plusieurs pays (USA, Japon, Chine,…) pour détecter l’origine de la contamination a conclu que dans la majorité des cas, l’origine de la contamination est l’adulte.

Une autre étude, coréenne cette fois-ci, a conclu que les enfants de moins de 10 ans transmettent peu la maladie.

Pour être totalement transparent, il y a aussi d'autres études disons moins positives. Par exemple, nous ne savons pas si les enfants asymptomatiques transmettent ou pas la maladie, mais ceux qui développent des symptômes la transmettent comme les grands.

Une étude réalisée à Chicago sur une population d'enfants de moins de 5 ans positifs à la Covid-19 a prouvé que le génome viral chez ces enfants est de 5 à 100 fois plus important que les adultes. Cette étude dit que normalement avec cette charge virale, ces enfants auraient dû être de grands contaminants mais ce n’est pas le cas.

- Sait-on pourquoi ou comment les enfants sont aussi peu exposés au virus ?

- Il n’y a pas d’études scientifiques qui expliquent pourquoi ce virus épargne les enfants. Mais je peux avancer deux hypothèses. La première est que les enfants développent une immunité croisée avec les autres coronavirus qu’il y a dans l’environnement. La seconde, la plus plausible à mon sens, est que les enfants notamment en bas âge ne développent pas les récepteurs auxquels s’accroche le virus de la Covid-19.

- Donc vous préconisez un enseignement présentiel pour les enfants ?

- Pour être clair, je suis rassuré à 99% pour la santé des enfants. D'autant plus que nous ne sortons pas les enfants du confinement pour les mettre directement  à l’école. Les enfants sont déjà dans l’espace public. Ils sont dans la rue, dans les supermarchés, dans les restaurants, dans les hôtels… Si les enfants étaient encore confinés chez eux, on se serait posé mille fois plus de questions avant de préconiser le présentiel.

Deux questions restent néanmoins posées : si l’enfant part à l’école, est-ce qu’il risque de ramener le virus à la maison ? Et la seconde : la présence des enfants dans les écoles risque-t-elle de faire flamber l’épidémie ? La peur n’est pas pour la santé des enfants mais pour le risque épidémiologique. 

Il est vrai que sur le plan épidémiologique, depuis la réouverture des écoles dans d'autres pays, il n'y pas eu de données soulevant qu’une école a été le point de départ d’un cluster de contamination. Mais il faut savoir que ces constats sont basés sur des études restreintes et à petite échelle. On ne peut avoir des données fiables qu’à travers une surveillance à grande échelle et c’est ce qui va se passer durant cette rentrée scolaire. 

Tout cela pour dire que nous avons des éléments qui nous permettent de dire aux pédagogues, que l'enseignement présentiel est possible mais avec des conditions.

- Lesquelles ?

- Il y a deux conditions majeures : la première, assurer les mesures barrières à l’école. La seconde, le système de santé doit avoir la capacité de réagir le plus vite possible s’il y a une évolution négative de la situation.

Il faut avoir les écoles et les enfants sous l’œil épidémiologique.

Mais malheureusement, nous avons une capacité de testing limitée. C'est pour cela qu'au début, j'avais préconisé de reporter la rentrée scolaire au Maroc d'une ou deux semaines (on reporte la rentrée du 7 au 14 ou 21 septembre). L'objectif n'est pas d'attendre une amélioration de la situation épidémiologique qui ne va pas avoir lieu de sitôt même si on l'espère de tous nos vœux, mais l’objectif est de décaler notre rentrée scolaire par rapport à celle des pays développés qui disposent d'une capacité de testing beaucoup plus importante pour nous permettre de tirer les leçons de leur expérience comme au début de l'épidémie.

Nous avions un décalage de trois à quatre semaines avec l’Europe et si nous n’avons pas eu le même sort que l’Europe c’est parce que nous avons tiré les leçons des erreurs commises.

- Pourquoi ne pas carrément attendre une amélioration de la situation épidémiologique ?

- Tout ce que nous avançons est relatif.

Si nous savions que la situation épidémiologique allait être meilleure en novembre, on aurait pu appeler au report de la rentrée et on ne prendrait aucun risque même minime. Or, il n'est pas certain que la situation s'améliore.

Par ailleurs, pendant les mois de septembre et d’octobre le soleil est encore présent, on peut aérer les classes ce qui n’est pas le cas à partir du mois de novembre. A partir de cette date aussi, commence la grippe saisonnière avec le risque de confusion entre les germes classiques et la Covid-19, ce qui poussera peut-être à la fermeture des écoles. Donc, si on arrive à profiter du présentiel durant ces deux mois, ce sera une bonne chose.

Rentrée scolaire. Dr Tayeb Hamdi : Je suis rassuré à 99% par le présentiel

Le 04 septembre 2020 à11:16

Modifié le 13 septembre 2020 à 09:07

80% des parents ont opté pour le présentiel pour leurs enfants à l'école. Est-ce un bon choix ? Les réponses du Dr Tayeb Hamdi, vice-président de la fédération nationale de la Santé, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé.

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- Médias24. À ce jour, le ministre de l'Education nationale a annoncé que 80% des parents ont opté pour le présentiel. Ont-ils fait le bon choix?  

Dr. Tayeb Hamdi : Il y a des déterminants qui permettent aux autorités de décider si l’enseignement doit être en présentiel ou en distanciel. 

D'abord en tant que médecins, nous avons remarqué que le confinement et l’enseignement à distance ont eu un impact négatif sur les enfants d'un point de vue psychologique. Les psychologues dans le monde entier confirment ce constat. De leur côté, les professionnels de l’enseignement ont préconisé que l’enseignement à distance doit être le dernier recours.

Partant de ces deux constats, nous, professionnels de la santé, cherchons à trouver une solution pour respecter l’avis des experts qui estiment qu'un enseignement présentiel est le meilleur choix.

Donc nous devons voir d’un point de vue purement médical comment peut-on assurer cet enseignement présentiel et jusqu'à quand, car il faut garder en tête que nous pouvons faire d'importants efforts pour assurer un enseignement présentiel aujourd'hui mais à un moment donné, si la situation se complique beaucoup plus avec une autre vague, le présentiel peut être suspendu à tout moment.

Ceci dit, nous avons aujourd'hui un faisceau d’éléments qui indiquent que les enfants sont peu contaminés, et quand ils le sont, ils développent rarement des formes graves, et c’est très rare où ça mène au décès sachant que les enfants décédés par la Covid-19 avaient des pathologies lourdes par ailleurs. 

- Sur quoi se base ce faisceau d'éléments ? 

- Il se base sur de nombreuses études menées un peu partout dans le monde. Il faut rappeler qu'à l’apparition de la Covid-19 en début d’année, les professionnels de la santé dans le monde ont fait l’analogie avec le virus de la grippe auquel les enfants sont très vulnérables. Les enfants sont une population fragile devant la grippe et la transmettent facilement.

Partant de l’analogie entre la grippe et la Covid-19, les responsables se sont dit que laisser les écoles ouvertes risque de causer des dégâts au niveau de la population des enfants et il y a le risque que les écoles deviennent des vecteurs de propagation du virus. Le réflexe a été donc de fermer les écoles, et s'en est suivi le confinement. 

Au cours du mois de mai dernier, la sortie de confinement a eu lieu partout dans le monde avec la réouverture des écoles dans plusieurs pays parce qu'à ce moment, nous disposions de données scientifiques de plus en plus précises sur la Covid-19 notamment chez les enfants. Ces études ont démontré que les enfants sont moins touchés. Les enfants de moins de 18 ans représentent moins de 5% de l’ensemble des contaminés dans le monde. Le nombre de décès ou d’enfants en réanimation est très minime.

Il y a eu un cas d’école, un enfant positif qui est parti en colonie de vacances où il a été en contact avec 200 personnes mais n’en a contaminé aucune.

Une étude réalisée sur les clusters familiaux dans plusieurs pays (USA, Japon, Chine,…) pour détecter l’origine de la contamination a conclu que dans la majorité des cas, l’origine de la contamination est l’adulte.

Une autre étude, coréenne cette fois-ci, a conclu que les enfants de moins de 10 ans transmettent peu la maladie.

Pour être totalement transparent, il y a aussi d'autres études disons moins positives. Par exemple, nous ne savons pas si les enfants asymptomatiques transmettent ou pas la maladie, mais ceux qui développent des symptômes la transmettent comme les grands.

Une étude réalisée à Chicago sur une population d'enfants de moins de 5 ans positifs à la Covid-19 a prouvé que le génome viral chez ces enfants est de 5 à 100 fois plus important que les adultes. Cette étude dit que normalement avec cette charge virale, ces enfants auraient dû être de grands contaminants mais ce n’est pas le cas.

- Sait-on pourquoi ou comment les enfants sont aussi peu exposés au virus ?

- Il n’y a pas d’études scientifiques qui expliquent pourquoi ce virus épargne les enfants. Mais je peux avancer deux hypothèses. La première est que les enfants développent une immunité croisée avec les autres coronavirus qu’il y a dans l’environnement. La seconde, la plus plausible à mon sens, est que les enfants notamment en bas âge ne développent pas les récepteurs auxquels s’accroche le virus de la Covid-19.

- Donc vous préconisez un enseignement présentiel pour les enfants ?

- Pour être clair, je suis rassuré à 99% pour la santé des enfants. D'autant plus que nous ne sortons pas les enfants du confinement pour les mettre directement  à l’école. Les enfants sont déjà dans l’espace public. Ils sont dans la rue, dans les supermarchés, dans les restaurants, dans les hôtels… Si les enfants étaient encore confinés chez eux, on se serait posé mille fois plus de questions avant de préconiser le présentiel.

Deux questions restent néanmoins posées : si l’enfant part à l’école, est-ce qu’il risque de ramener le virus à la maison ? Et la seconde : la présence des enfants dans les écoles risque-t-elle de faire flamber l’épidémie ? La peur n’est pas pour la santé des enfants mais pour le risque épidémiologique. 

Il est vrai que sur le plan épidémiologique, depuis la réouverture des écoles dans d'autres pays, il n'y pas eu de données soulevant qu’une école a été le point de départ d’un cluster de contamination. Mais il faut savoir que ces constats sont basés sur des études restreintes et à petite échelle. On ne peut avoir des données fiables qu’à travers une surveillance à grande échelle et c’est ce qui va se passer durant cette rentrée scolaire. 

Tout cela pour dire que nous avons des éléments qui nous permettent de dire aux pédagogues, que l'enseignement présentiel est possible mais avec des conditions.

- Lesquelles ?

- Il y a deux conditions majeures : la première, assurer les mesures barrières à l’école. La seconde, le système de santé doit avoir la capacité de réagir le plus vite possible s’il y a une évolution négative de la situation.

Il faut avoir les écoles et les enfants sous l’œil épidémiologique.

Mais malheureusement, nous avons une capacité de testing limitée. C'est pour cela qu'au début, j'avais préconisé de reporter la rentrée scolaire au Maroc d'une ou deux semaines (on reporte la rentrée du 7 au 14 ou 21 septembre). L'objectif n'est pas d'attendre une amélioration de la situation épidémiologique qui ne va pas avoir lieu de sitôt même si on l'espère de tous nos vœux, mais l’objectif est de décaler notre rentrée scolaire par rapport à celle des pays développés qui disposent d'une capacité de testing beaucoup plus importante pour nous permettre de tirer les leçons de leur expérience comme au début de l'épidémie.

Nous avions un décalage de trois à quatre semaines avec l’Europe et si nous n’avons pas eu le même sort que l’Europe c’est parce que nous avons tiré les leçons des erreurs commises.

- Pourquoi ne pas carrément attendre une amélioration de la situation épidémiologique ?

- Tout ce que nous avançons est relatif.

Si nous savions que la situation épidémiologique allait être meilleure en novembre, on aurait pu appeler au report de la rentrée et on ne prendrait aucun risque même minime. Or, il n'est pas certain que la situation s'améliore.

Par ailleurs, pendant les mois de septembre et d’octobre le soleil est encore présent, on peut aérer les classes ce qui n’est pas le cas à partir du mois de novembre. A partir de cette date aussi, commence la grippe saisonnière avec le risque de confusion entre les germes classiques et la Covid-19, ce qui poussera peut-être à la fermeture des écoles. Donc, si on arrive à profiter du présentiel durant ces deux mois, ce sera une bonne chose.

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