REPORTAGE. Errachidia: L’hôpital Moulay Ali Cherif, ce grand corps malade...

IMMERSION. Souvent montré du doigt à cause de l’indigence de ses équipements et de la négligence de son personnel, l’hôpital Moulay Ali Cherif à Errachidia traine à juste titre une image désastreuse. Voici notre compte rendu après immersion.

REPORTAGE. Errachidia: L’hôpital Moulay Ali Cherif, ce grand corps malade...

Le 07 décembre 2019 à 13:57

Modifié le 09 décembre 2019 à 10:54

Décriés par les citoyens, les hôpitaux sont le reflet d'un secteur de la santé publique défaillant. Les établissements dans un état désastreux sont nombreux, malgré les promesses répétées des différents gouvernements. Parmi ces établissements, l’hôpital provincial Moulay Ali Cherif à Errachidia.

En 2017 par exemple, il a été au centre de vives polémiques après le décès d’une fillette ainsi que d’une femme qui a perdu la vie suite à son accouchement. Dans les deux affaires, le ministère de la Santé s’était empressé de nier toute responsabilité.

"De nombreux projets visant à améliorer l’accès des citoyens aux soins ont été réalisés dans la région. A titre d’exemple, il a été procédé à la construction d’un hôpital d’une capacité d’accueil de 45 lits dans la ville de Kelaat Mgouna, opérationnel depuis 2016, et à l’élargissement de l’hôpital d’Errachidia pour augmenter sa capacité d’accueil", affirmait, en avril 2017, le département de Lhoussaine Louardi dans un communiqué.

Début 2019, une infirmière du même hôpital a été condamnée en appel à trois mois de prison ferme pour homicide involontaire après le suicide d’une malade au service de psychiatrie. Tout cela serait-il accidentel? ou s'agit-il d'accusations injustifiées?

Le véritable cauchemar d'une touriste

Traumatisée, une touriste chilienne prend contact, en septembre 2017, avec Médias24 pour raconter un cauchemar dont l’hôpital Moulay Ali Cherif a été le théâtre. Alors que la jeune femme s’apprêtait, en compagnie de sa sœur, à se rendre à Merzouga pour profiter des dunes orangées vantées par les brochures touristiques, un incident est venu interrompre le périple : "La jambe de ma sœur s’est mise à enfler avec des douleurs (…) on est alors allées à l’hôpital de Ouarzazate.’’ Le diagnostic ? C’est à cause de la chaleur, dit-on à la touriste à la jambe enflée qui se voit prescrire des calmants.

Six heures plus tard, la douleur n’ayant toujours pas disparu, les deux sœurs se rendent dans un autre hôpital de la région où le médecin croit déceler une piqûre d’insecte. "Mais il n’y avait pas signe de piqûre et sa jambe continuait d’enfler", déplorait notre interlocutrice, dont la sœur était désormais incapable de marcher. Ne serait-ce pas une thrombose ? C’est ce que lui suggérait un médecin (chilien!) joint par téléphone.

Pour en avoir le cœur net, les deux jeunes femmes se rendent à l’hôpital d’Errachidia en compagnie d’un guide touristique. "Comme il n’y avait personne pour faire les examens, ma sœur devait rester à l’hôpital. J’étais nerveuse, je voulais savoir ce qu’il lui arrivait". Le cauchemar commence. "Elle a été internée la nuit. J’ai eu droit, probablement parce que je suis étrangère, à un lit à côté de celui de ma sœur. Dans la même pièce, il y avait quatre autres personnes, accompagnées par des gens qui dormaient à même le sol", témoigne-t-elle.

"Le lendemain matin, le médecin est arrivé, il a dit qu’il fallait faire les examens (…) Pour l’échographie, nous avons attendu trois heures. J’étais nerveuse, répète la touriste (…) il y avait beaucoup de gens. A chaque fois que le médecin ouvrait la porte, ils se bousculaient pour entrer. Et de s’étonner de la prestation du médecin : "L’échographie a duré moins d’une minute. Il nous a dit : "oui, oui, c’est une thrombose".

Au drame de sa sœur s’est ajouté ensuite celui des autres malades délaissés. "De retour à la salle, c’est devenu très difficile pour nous. Une femme, à côté de nous, a commencé à pleurer. Elle avait vraiment mal. Je suis sortie voir l’infirmière mais celle-ci n’a rien fait. La femme est morte à côté de nous", regrettait en pleurs la touriste chilienne. "Ensuite, trois autres personnes sont mortes. Il y avait moins de trente personnes. Quatre morts le même jour (…), c'est très difficile pour moi. On était très stressées".

Ce témoignage poignant, qui assombrit l’image déjà peu reluisante de l’hôpital régional d’Errachidia, vient confirmer d’autres expériences relatées sur les réseaux sociaux et sur des forums. "Soyez très vigilant si vous avez un problème de santé. J'étais en lice pour le 30e Marathon des Sables et j'ai eu malheureusement un problème physique qui s'est transformé en hospitalisation dans cet hôpital (…) Les conditions d’accueil des patients sont exécrables. Insalubrité de partout. Les chambres sont par lits de 4 mais j'ai vu de mes propres yeux, 12 personnes entassés dans des conditions déplorables’’, regrette un touriste déçu dans commentaire sur un célèbre forum.

"C’est pour les pauvres"

Que valent les promesses politiques et les démentis du ministère de la Santé face à ces témoignages accablants ? Rien de mieux qu’une immersion dans cet hôpital en se faisant passer pour un malade. Le 27 novembre 2019, nous nous donc rendons à Moulay Ali Cherif, au service des urgences. Première déconvenue : le service n’a d’urgent que le nom. Une soixantaine de personnes de tous âges attendent leur tour pour s’engouffrer dans la salle de consultation où officie un seul médecin généraliste.

Au milieu de ces patients qui attendent la mort dans l’âme, une femme étendue en plein couloir sur un lit improvisé ou un brancard, semble s’évanouir et tombe par terre. Une de ses proches demande de l’eau mais personne ne réagit. Des femmes gémissent de douleur, dans l’indifférence, dans la salle d’observation où s’entassent quatre lits exposés aux regards de tous. Des vieux qui implorent, en vain, le préposé à l’accueil à la mine austère pour qu'il les laisse passer. Une femme éplorée qui se fait rabrouer par le même préposé à l’accueil qui lui lance sèchement, avant de tourner le dos : "Non, il n'y a pas de visite dans les urgences. On n'arrive même pas à gérer les patients." Des cris de douleur et de colère ponctuent l’interminable attente. Las, impuissants, certains rebroussent chemin.

Autre spectacle désolant : un homme en chaise roulante demande à se rendre aux toilettes, "un trou creusé dans le sol, pas hygiénique", comme nous l’avait à juste titre décrit la touriste chilienne. Une salle dépourvue, dont la porte principale est arrachée, d’où se dégage une odeur fétide.

C’est enfin notre tour. Empruntant une porte dérobée pour éviter la queue, un homme entre au même moment dans la salle en compagnie de sa fille. Ils assisteront à notre consultation, ce qui ne semble pas gêner outre mesure le médecin, au mépris du secret médical.

-"Qu’avez-vous, Monsieur ?", nous interroge-t-il.

-"’De fortes douleurs au niveau de la jambe."

-"Vous êtes tombé ?"

-"Non’".

-"Pas besoin de faire une échographie, vous ne devez rien avoir."

-"Vous êtes sûr que ce n’est pas grave ? Comment vous pouvez le savoir sans échographie ?"

-"Comme vous n’avez pas subi de traumatisme, je vais vous prescrire un calmant."

Fin de la consultation dont la durée n’a pas dépassé 30 secondes. Interloqués, nous en parlons à des patients habitués du service.

"Comme il est seul, il nous expédie. Il y a quelques mois, après une fracture au bras droit dans un accident, je suis venu consulter. Je n’arrivais plus à faire bouger mon bras tant la douleur était forte. Il m’a dit que je n’avais rien de grave tout en me prescrivant des médicaments. Ce n’est qu’en allant ailleurs que j’ai réalisé que j’avais une fracture’’, nous dit un trentenaire qui habite à Errachidia. "C’est ça, l’hôpital des pauvres. Comme vous pouvez le voir, on est traités comme du bétail. Ce qui me met en colère, c’est que les médecins de l’hôpital travaillent le soir pour le privé", poursuit, dépité, notre interlocuteur.

Devant nous, assis à l’ombre, cinq membres d’une famille venus de la ville Er-Rich attendent désespérément de pouvoir rendre visite à un proche hospitalisé. "Ils sont là depuis ce matin, ils ne savent pas à qui s’adresser et personne ne les guide’’, nous dit un homme qui accompagne son ami aux urgences. Les témoignages ont ceci de commun qu’ils pointent tous un système à deux vitesses : "C’est ce à quoi ont droit les pauvres. Les riches, eux, ne mettent jamais les pieds ici.’’

Les promesses du ministère de la Santé

Selon le HCP, les infrastructures sanitaires publiques de la région Drâa-Tafilalet, dont Errachidia est le chef-lieu, se composent de 7 hôpitaux généraux, 2 hôpitaux spécialisés, 26 centres de santé urbains, 192 centres de santé ruraux. Mais c’est vers Moulay Ali Cherif, promu en hôpital régional, qu’affluent essentiellement les habitants de la région (1,6 million d’habitants, soit 4,8% de la population totale du pays). De janvier à septembre 2019, l’hôpital a reçu plus de 42.000 malades, dont 3.000 pour des interventions chirurgicales majeures.

Contactée par Médias24, une source autorisée au ministère de la Santé nous renvoie vers la direction régionale. "Il faut s’adresser au directeur régional. Avec la régionalisation, le ministère de la Santé ne peut pas répondre à tout directement’’, nous dit-on.

Nous avons joint le directeur régional de la santé à Drâa-Tafilalet, Khalid Salmi, qui donne cette explication : "Le bâtiment actuel est un bâtiment censé répondre aux besoins de la province mais il a été promu en centre hospitalier régional. Cette promotion demande l’extension et l’augmentation de sa capacité, ce qui a été fait par le ministère de la santé à travers la création de services qui répondent aux normes internationales, l’édification un bâtiment tout neuf  avec la création d’unités de radiologie, d’unités d’accouchement et six blocs nouveaux qui répondent aux normes internationales avec des unités d’hospitalisation modernes’’, énumère-t-il.

Selon lui, le projet "vient d’être achevé’’. "La semaine dernière, le ministre de la Santé est venu s’enquérir de l’état du nouveau bâtiment.’’ Se gardant d’embellir l’état de l’actuel hôpital, Khalid Salmi précise qu’un marché de 45 millions de dirhams a été lancé pour la réception de nouveaux équipements, "réception qui aura lieu avant mars 2020’’, nous apprend-il.

Qu’en est-il de l’ancien bâtiment ? "Le bâtiment dans son état actuel nécessite des transformations et des aménagements. On va assurer le déménagement vers l’extension. Il y a des équipes qui réaménagent le bâtiment existant pour garantir la fluidité des patients, ce qui explique l’encombrement. Et, en matière de ressources humaines, la province d’Errachidia sera dotée de 66 nouveaux infirmiers. Nouveau bâtiment, de nouvelles ressources, de nouveaux équipements, de la fluidité et de la mobilité… Ça va aller mieux à partir de mars ou avril 2020. Vous allez être étonnés.’’ Encore des promesses…?

REPORTAGE. Errachidia: L’hôpital Moulay Ali Cherif, ce grand corps malade...

Le 07 décembre 2019 à14:02

Modifié le 09 décembre 2019 à 10:54

IMMERSION. Souvent montré du doigt à cause de l’indigence de ses équipements et de la négligence de son personnel, l’hôpital Moulay Ali Cherif à Errachidia traine à juste titre une image désastreuse. Voici notre compte rendu après immersion.

Décriés par les citoyens, les hôpitaux sont le reflet d'un secteur de la santé publique défaillant. Les établissements dans un état désastreux sont nombreux, malgré les promesses répétées des différents gouvernements. Parmi ces établissements, l’hôpital provincial Moulay Ali Cherif à Errachidia.

En 2017 par exemple, il a été au centre de vives polémiques après le décès d’une fillette ainsi que d’une femme qui a perdu la vie suite à son accouchement. Dans les deux affaires, le ministère de la Santé s’était empressé de nier toute responsabilité.

"De nombreux projets visant à améliorer l’accès des citoyens aux soins ont été réalisés dans la région. A titre d’exemple, il a été procédé à la construction d’un hôpital d’une capacité d’accueil de 45 lits dans la ville de Kelaat Mgouna, opérationnel depuis 2016, et à l’élargissement de l’hôpital d’Errachidia pour augmenter sa capacité d’accueil", affirmait, en avril 2017, le département de Lhoussaine Louardi dans un communiqué.

Début 2019, une infirmière du même hôpital a été condamnée en appel à trois mois de prison ferme pour homicide involontaire après le suicide d’une malade au service de psychiatrie. Tout cela serait-il accidentel? ou s'agit-il d'accusations injustifiées?

Le véritable cauchemar d'une touriste

Traumatisée, une touriste chilienne prend contact, en septembre 2017, avec Médias24 pour raconter un cauchemar dont l’hôpital Moulay Ali Cherif a été le théâtre. Alors que la jeune femme s’apprêtait, en compagnie de sa sœur, à se rendre à Merzouga pour profiter des dunes orangées vantées par les brochures touristiques, un incident est venu interrompre le périple : "La jambe de ma sœur s’est mise à enfler avec des douleurs (…) on est alors allées à l’hôpital de Ouarzazate.’’ Le diagnostic ? C’est à cause de la chaleur, dit-on à la touriste à la jambe enflée qui se voit prescrire des calmants.

Six heures plus tard, la douleur n’ayant toujours pas disparu, les deux sœurs se rendent dans un autre hôpital de la région où le médecin croit déceler une piqûre d’insecte. "Mais il n’y avait pas signe de piqûre et sa jambe continuait d’enfler", déplorait notre interlocutrice, dont la sœur était désormais incapable de marcher. Ne serait-ce pas une thrombose ? C’est ce que lui suggérait un médecin (chilien!) joint par téléphone.

Pour en avoir le cœur net, les deux jeunes femmes se rendent à l’hôpital d’Errachidia en compagnie d’un guide touristique. "Comme il n’y avait personne pour faire les examens, ma sœur devait rester à l’hôpital. J’étais nerveuse, je voulais savoir ce qu’il lui arrivait". Le cauchemar commence. "Elle a été internée la nuit. J’ai eu droit, probablement parce que je suis étrangère, à un lit à côté de celui de ma sœur. Dans la même pièce, il y avait quatre autres personnes, accompagnées par des gens qui dormaient à même le sol", témoigne-t-elle.

"Le lendemain matin, le médecin est arrivé, il a dit qu’il fallait faire les examens (…) Pour l’échographie, nous avons attendu trois heures. J’étais nerveuse, répète la touriste (…) il y avait beaucoup de gens. A chaque fois que le médecin ouvrait la porte, ils se bousculaient pour entrer. Et de s’étonner de la prestation du médecin : "L’échographie a duré moins d’une minute. Il nous a dit : "oui, oui, c’est une thrombose".

Au drame de sa sœur s’est ajouté ensuite celui des autres malades délaissés. "De retour à la salle, c’est devenu très difficile pour nous. Une femme, à côté de nous, a commencé à pleurer. Elle avait vraiment mal. Je suis sortie voir l’infirmière mais celle-ci n’a rien fait. La femme est morte à côté de nous", regrettait en pleurs la touriste chilienne. "Ensuite, trois autres personnes sont mortes. Il y avait moins de trente personnes. Quatre morts le même jour (…), c'est très difficile pour moi. On était très stressées".

Ce témoignage poignant, qui assombrit l’image déjà peu reluisante de l’hôpital régional d’Errachidia, vient confirmer d’autres expériences relatées sur les réseaux sociaux et sur des forums. "Soyez très vigilant si vous avez un problème de santé. J'étais en lice pour le 30e Marathon des Sables et j'ai eu malheureusement un problème physique qui s'est transformé en hospitalisation dans cet hôpital (…) Les conditions d’accueil des patients sont exécrables. Insalubrité de partout. Les chambres sont par lits de 4 mais j'ai vu de mes propres yeux, 12 personnes entassés dans des conditions déplorables’’, regrette un touriste déçu dans commentaire sur un célèbre forum.

"C’est pour les pauvres"

Que valent les promesses politiques et les démentis du ministère de la Santé face à ces témoignages accablants ? Rien de mieux qu’une immersion dans cet hôpital en se faisant passer pour un malade. Le 27 novembre 2019, nous nous donc rendons à Moulay Ali Cherif, au service des urgences. Première déconvenue : le service n’a d’urgent que le nom. Une soixantaine de personnes de tous âges attendent leur tour pour s’engouffrer dans la salle de consultation où officie un seul médecin généraliste.

Au milieu de ces patients qui attendent la mort dans l’âme, une femme étendue en plein couloir sur un lit improvisé ou un brancard, semble s’évanouir et tombe par terre. Une de ses proches demande de l’eau mais personne ne réagit. Des femmes gémissent de douleur, dans l’indifférence, dans la salle d’observation où s’entassent quatre lits exposés aux regards de tous. Des vieux qui implorent, en vain, le préposé à l’accueil à la mine austère pour qu'il les laisse passer. Une femme éplorée qui se fait rabrouer par le même préposé à l’accueil qui lui lance sèchement, avant de tourner le dos : "Non, il n'y a pas de visite dans les urgences. On n'arrive même pas à gérer les patients." Des cris de douleur et de colère ponctuent l’interminable attente. Las, impuissants, certains rebroussent chemin.

Autre spectacle désolant : un homme en chaise roulante demande à se rendre aux toilettes, "un trou creusé dans le sol, pas hygiénique", comme nous l’avait à juste titre décrit la touriste chilienne. Une salle dépourvue, dont la porte principale est arrachée, d’où se dégage une odeur fétide.

C’est enfin notre tour. Empruntant une porte dérobée pour éviter la queue, un homme entre au même moment dans la salle en compagnie de sa fille. Ils assisteront à notre consultation, ce qui ne semble pas gêner outre mesure le médecin, au mépris du secret médical.

-"Qu’avez-vous, Monsieur ?", nous interroge-t-il.

-"’De fortes douleurs au niveau de la jambe."

-"Vous êtes tombé ?"

-"Non’".

-"Pas besoin de faire une échographie, vous ne devez rien avoir."

-"Vous êtes sûr que ce n’est pas grave ? Comment vous pouvez le savoir sans échographie ?"

-"Comme vous n’avez pas subi de traumatisme, je vais vous prescrire un calmant."

Fin de la consultation dont la durée n’a pas dépassé 30 secondes. Interloqués, nous en parlons à des patients habitués du service.

"Comme il est seul, il nous expédie. Il y a quelques mois, après une fracture au bras droit dans un accident, je suis venu consulter. Je n’arrivais plus à faire bouger mon bras tant la douleur était forte. Il m’a dit que je n’avais rien de grave tout en me prescrivant des médicaments. Ce n’est qu’en allant ailleurs que j’ai réalisé que j’avais une fracture’’, nous dit un trentenaire qui habite à Errachidia. "C’est ça, l’hôpital des pauvres. Comme vous pouvez le voir, on est traités comme du bétail. Ce qui me met en colère, c’est que les médecins de l’hôpital travaillent le soir pour le privé", poursuit, dépité, notre interlocuteur.

Devant nous, assis à l’ombre, cinq membres d’une famille venus de la ville Er-Rich attendent désespérément de pouvoir rendre visite à un proche hospitalisé. "Ils sont là depuis ce matin, ils ne savent pas à qui s’adresser et personne ne les guide’’, nous dit un homme qui accompagne son ami aux urgences. Les témoignages ont ceci de commun qu’ils pointent tous un système à deux vitesses : "C’est ce à quoi ont droit les pauvres. Les riches, eux, ne mettent jamais les pieds ici.’’

Les promesses du ministère de la Santé

Selon le HCP, les infrastructures sanitaires publiques de la région Drâa-Tafilalet, dont Errachidia est le chef-lieu, se composent de 7 hôpitaux généraux, 2 hôpitaux spécialisés, 26 centres de santé urbains, 192 centres de santé ruraux. Mais c’est vers Moulay Ali Cherif, promu en hôpital régional, qu’affluent essentiellement les habitants de la région (1,6 million d’habitants, soit 4,8% de la population totale du pays). De janvier à septembre 2019, l’hôpital a reçu plus de 42.000 malades, dont 3.000 pour des interventions chirurgicales majeures.

Contactée par Médias24, une source autorisée au ministère de la Santé nous renvoie vers la direction régionale. "Il faut s’adresser au directeur régional. Avec la régionalisation, le ministère de la Santé ne peut pas répondre à tout directement’’, nous dit-on.

Nous avons joint le directeur régional de la santé à Drâa-Tafilalet, Khalid Salmi, qui donne cette explication : "Le bâtiment actuel est un bâtiment censé répondre aux besoins de la province mais il a été promu en centre hospitalier régional. Cette promotion demande l’extension et l’augmentation de sa capacité, ce qui a été fait par le ministère de la santé à travers la création de services qui répondent aux normes internationales, l’édification un bâtiment tout neuf  avec la création d’unités de radiologie, d’unités d’accouchement et six blocs nouveaux qui répondent aux normes internationales avec des unités d’hospitalisation modernes’’, énumère-t-il.

Selon lui, le projet "vient d’être achevé’’. "La semaine dernière, le ministre de la Santé est venu s’enquérir de l’état du nouveau bâtiment.’’ Se gardant d’embellir l’état de l’actuel hôpital, Khalid Salmi précise qu’un marché de 45 millions de dirhams a été lancé pour la réception de nouveaux équipements, "réception qui aura lieu avant mars 2020’’, nous apprend-il.

Qu’en est-il de l’ancien bâtiment ? "Le bâtiment dans son état actuel nécessite des transformations et des aménagements. On va assurer le déménagement vers l’extension. Il y a des équipes qui réaménagent le bâtiment existant pour garantir la fluidité des patients, ce qui explique l’encombrement. Et, en matière de ressources humaines, la province d’Errachidia sera dotée de 66 nouveaux infirmiers. Nouveau bâtiment, de nouvelles ressources, de nouveaux équipements, de la fluidité et de la mobilité… Ça va aller mieux à partir de mars ou avril 2020. Vous allez être étonnés.’’ Encore des promesses…?

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