Rochdi Talib : "Le salut de la santé passe par le partenariat public-privé"

Le groupe Akdital compte actuellement 5 établissements de soins et projette d’ouvrir deux nouveaux complexes hospitaliers à El Jadida et Tanger entre 2020 et 2021, portant le nombre d’établissements à une dizaine. Son patron Rochdi Talib nourrit l’idée d’un développement plus rapide des acteurs privés de la santé dans les régions, grâce au partenariat public-privé. 

Rochdi Talib : Rochdi Talib, PDG d'Akdital Holding

Le 19 février 2020 à 21:29

Modifié le 20 février 2020 à 14:42

Les réseaux d’établissements de soins structurés ne sont pas légion au Maroc. Ils se comptent sur le bout des doigts. Le groupe Akdital en fait partie.

Ce holding qui compte actuellement cinq établissements a récemment accueilli dans son tour de table, le fonds d’investissement Mediterrania Capital Partners (MCP). Une augmentation de capital qui permettra à MCP de détenir 20% du capital d'Akdital.

« Nous venons d’obtenir le feu vert du Conseil de la concurrence, nous attendons celui de l’Office des changes pour le déblocage des fonds », nous confie Rochdi Talib, PDG d'Akdital. Cette augmentation de capital vient à point nommé pour ce groupe qui compte accélérer son développement.

Il dispose actuellement de cinq établissements qui couvrent la région de Casablanca avec 550 lits dont la plupart sont rentables, à en croire son PDG :

- La clinique Jerada Oasis (2011)

- La clinique Ain Borja (2018),

- Le Centre International d’Oncologie Casablanca (2019),

- La clinique Longchamps (2019)

- L’hôpital privé Casablanca Ain Sbaâ (2019)

« Nous avons essayé de toucher aux spécialités qui manquent de manière flagrante et où l’État présente des insuffisances assez douloureuses, à savoir la cancérologie, le cardiovasculaire et la réanimation », explique notre interlocuteur.

Deux nouveaux complexes hospitaliers en projet

En plus de ces établissements, plusieurs nouveaux projets ou extensions sont dans le pipe, comme nous le précise le PDG du groupe.

Il y a d’abord les projets d’extension. « Nous avons rajouté à la clinique de Ain Sebaa (Casablanca), un centre d’oncologie qui est en cours de finalisation. Il est, en fait, déjà opérationnel pour la partie chimiothérapie et nous comptons ouvrir le bunker de radiothérapie en juin prochain », promet Rochdi Talib. Toujours dans le domaine de l’oncologie, Akdital envisage de doubler la capacité litière de son unité casablancaise et la doter d’un troisième bunker de radiothérapie.

Akdital compte dupliquer le modèle de ces établissements casablancais dans d’autres régions du Maroc. Le prochain projet qui ouvrira ses portes début 2021 est situé à El Jadida. Il s’agit « d’un hôpital complet de 250 lits qui contient une partie multidisciplinaire et un centre d’oncologie ».

La région de Tanger sera également desservie par le groupe Akdital. « Nous construisons un grand complexe hospitalier privé, de 250 lits sur 22.000 m2, doté d’un centre multidisciplinaire, d’un centre d’oncologie et d’un centre de psychiatrie - addictologie. Il est prévu pour début 2022 », nous explique-t-on. Ces projets cumulent un investissement de 400 MDH et la création de plus de 800 emplois, portant vers 2021 le nombre d’emplois total à 2.000.

Rochdi Talib dit que son groupe prospecte dans d’autres villes du Maroc, mais rien n’est encore figé.

Akdital ambitionne d’améliorer la qualité de l’offre sanitaire adressée aux Marocains, mais il reste à savoir à quel prix. Les patients sont très sensibles à la question des tarifs appliqués dans le secteur privé et ce en raison de la faiblesse de la couverture sociale et pour ceux qui disposent d’une couverture, le reste à charge payé par les patients est important.

« La tarification nationale de référence est prise en compte dans l’ensemble de nos établissements sauf pour le cas de la réanimation dont le tarif actuel pose d’énormes problèmes », poursuit notre interlocuteur. « Nous sommes disposés à faire des efforts sur les tarifs mais dans un cadre où l’Etat met aussi du sien. Nous sommes prêts à discuter dans un cadre global où l’Etat nous propose un partenariat gagnant-gagnant comme par exemple la suppression de la TVA sur les équipements ou les constructions…», ajoute Talib.

Le PPP pour combler les besoins

Ce dernier ne cache pas qu’il reste beaucoup à faire dans le domaine de la santé. Les besoins sont énormes et le PDG d'Akdital les énumère sans chercher l’exhaustivité :

- Il y a 48.000 nouveaux cas de cancer par an. « Ce sont des chiffres récents qui émanent du secteur pharmaceutique et qui sont à mon sens en deçà de la réalité car il y a des zones arides sur le plan sanitaire où des gens meurent sans diagnostic ».  

- A Casablanca, une ville que l’on pense bien desservie, il y a 0,9 lit pour 1.000 habitants, alors qu’en Tunisie ce ratio est de 6 lits pour 1.000 habitants.

-  Au Maroc, il existe 300 couveuses pour répondre à près de 70.000 naissances prématurées qui ont besoin d’une prise en charge en réanimation néonatale.

- D'Agadir à Casablanca sur la route côtière il n’y a pas un seul centre d’oncologie, avance Talib.

- 95% des cliniques à l’échelle nationale sont des cliniques avec une capacité inférieure à 25 lits.

- Le Ramed ne donne pas accès au privé.

« C’est vrai que les groupes structurés se développent mais ils avancent à petits pas. On a la possibilité d’aller à grands pas à condition d’être encouragés par des partenariats valables et viables… », avance Rochdi Talib.

« Le privé a tous les moyens nécessaires pour faire face aux besoins et se développer davantage, si l’État ouvre la voie à un bon partenariat avec nous pour pouvoir nous déployer dans d’autres régions », poursuit-il en précisant que cet espoir est porté aujourd’hui par les quatre acteurs structurés du secteur de la santé. Ces derniers discutent même l’opportunité de se rassembler en une association ou une fédération qui unira leurs voix sur ce sujet.

« Le salut de la problématique de la santé au Maroc passe par le partenariat public-privé. Nous sommes tout à fait disposés à offrir un service de qualité aux Marocains », explique notre interlocuteur. Un service qui peut fonctionner à moindre coût que le public, dans certains cas.

« Une appendicite dans le secteur public coûte 7.000 DH, quand elle est à 3.500 DH dans le privé. Vous savez pourquoi ? Un patient dans le public est hospitalisé 8 jours avant l’intervention en attendant son tour, entre-temps cette appendicite se serait transformée en péritonite dont le traitement est plus cher … Alors que dans le privé, le patient rentre le jour de l’intervention et rentre chez lui le lendemain », affirme Rochdi Talib.

Un exemple parmi tant d’autres qui, selon notre interlocuteur, prouve que le privé peut être plus performant que le public et même lui faire économiser des montants non négligeables. L’autre grand sujet sur lequel les acteurs privés du secteur de la santé veulent se positionner, c’est la population ramédiste. « Les patients du Ramed n’ont pas accès au privé, alors que nous sommes bien disposés à leur fournir les soins nécessaires, dans le cadre d’une délégation de service par l’Etat au privé comme c’est le cas pour la dialyse », détaille le PDG d’Akdital.

« Nous sommes prêts à épargner à l’Etat de faire des investissements colossaux en construction d’hôpitaux, équipements, à servir les soins aux patients assurés et ramédistes… mais en contre-partie, il faut que nous disposions d’un cadre global de partenariat », insiste Rochdi Taleb.

Alors que le gouvernement mise justement sur les PPP pour soulager le budget de l’Etat tout en assurant les services publics, l’ambition des groupes de santé privés trouvera-t-elle écho auprès de lui ? L’avenir nous le dira… 

Rochdi Talib, PDG d'Akdital Holding

Rochdi Talib : "Le salut de la santé passe par le partenariat public-privé"

Le 19 février 2020 à21:29

Modifié le 20 février 2020 à 14:42

Le groupe Akdital compte actuellement 5 établissements de soins et projette d’ouvrir deux nouveaux complexes hospitaliers à El Jadida et Tanger entre 2020 et 2021, portant le nombre d’établissements à une dizaine. Son patron Rochdi Talib nourrit l’idée d’un développement plus rapide des acteurs privés de la santé dans les régions, grâce au partenariat public-privé. 

Les réseaux d’établissements de soins structurés ne sont pas légion au Maroc. Ils se comptent sur le bout des doigts. Le groupe Akdital en fait partie.

Ce holding qui compte actuellement cinq établissements a récemment accueilli dans son tour de table, le fonds d’investissement Mediterrania Capital Partners (MCP). Une augmentation de capital qui permettra à MCP de détenir 20% du capital d'Akdital.

« Nous venons d’obtenir le feu vert du Conseil de la concurrence, nous attendons celui de l’Office des changes pour le déblocage des fonds », nous confie Rochdi Talib, PDG d'Akdital. Cette augmentation de capital vient à point nommé pour ce groupe qui compte accélérer son développement.

Il dispose actuellement de cinq établissements qui couvrent la région de Casablanca avec 550 lits dont la plupart sont rentables, à en croire son PDG :

- La clinique Jerada Oasis (2011)

- La clinique Ain Borja (2018),

- Le Centre International d’Oncologie Casablanca (2019),

- La clinique Longchamps (2019)

- L’hôpital privé Casablanca Ain Sbaâ (2019)

« Nous avons essayé de toucher aux spécialités qui manquent de manière flagrante et où l’État présente des insuffisances assez douloureuses, à savoir la cancérologie, le cardiovasculaire et la réanimation », explique notre interlocuteur.

Deux nouveaux complexes hospitaliers en projet

En plus de ces établissements, plusieurs nouveaux projets ou extensions sont dans le pipe, comme nous le précise le PDG du groupe.

Il y a d’abord les projets d’extension. « Nous avons rajouté à la clinique de Ain Sebaa (Casablanca), un centre d’oncologie qui est en cours de finalisation. Il est, en fait, déjà opérationnel pour la partie chimiothérapie et nous comptons ouvrir le bunker de radiothérapie en juin prochain », promet Rochdi Talib. Toujours dans le domaine de l’oncologie, Akdital envisage de doubler la capacité litière de son unité casablancaise et la doter d’un troisième bunker de radiothérapie.

Akdital compte dupliquer le modèle de ces établissements casablancais dans d’autres régions du Maroc. Le prochain projet qui ouvrira ses portes début 2021 est situé à El Jadida. Il s’agit « d’un hôpital complet de 250 lits qui contient une partie multidisciplinaire et un centre d’oncologie ».

La région de Tanger sera également desservie par le groupe Akdital. « Nous construisons un grand complexe hospitalier privé, de 250 lits sur 22.000 m2, doté d’un centre multidisciplinaire, d’un centre d’oncologie et d’un centre de psychiatrie - addictologie. Il est prévu pour début 2022 », nous explique-t-on. Ces projets cumulent un investissement de 400 MDH et la création de plus de 800 emplois, portant vers 2021 le nombre d’emplois total à 2.000.

Rochdi Talib dit que son groupe prospecte dans d’autres villes du Maroc, mais rien n’est encore figé.

Akdital ambitionne d’améliorer la qualité de l’offre sanitaire adressée aux Marocains, mais il reste à savoir à quel prix. Les patients sont très sensibles à la question des tarifs appliqués dans le secteur privé et ce en raison de la faiblesse de la couverture sociale et pour ceux qui disposent d’une couverture, le reste à charge payé par les patients est important.

« La tarification nationale de référence est prise en compte dans l’ensemble de nos établissements sauf pour le cas de la réanimation dont le tarif actuel pose d’énormes problèmes », poursuit notre interlocuteur. « Nous sommes disposés à faire des efforts sur les tarifs mais dans un cadre où l’Etat met aussi du sien. Nous sommes prêts à discuter dans un cadre global où l’Etat nous propose un partenariat gagnant-gagnant comme par exemple la suppression de la TVA sur les équipements ou les constructions…», ajoute Talib.

Le PPP pour combler les besoins

Ce dernier ne cache pas qu’il reste beaucoup à faire dans le domaine de la santé. Les besoins sont énormes et le PDG d'Akdital les énumère sans chercher l’exhaustivité :

- Il y a 48.000 nouveaux cas de cancer par an. « Ce sont des chiffres récents qui émanent du secteur pharmaceutique et qui sont à mon sens en deçà de la réalité car il y a des zones arides sur le plan sanitaire où des gens meurent sans diagnostic ».  

- A Casablanca, une ville que l’on pense bien desservie, il y a 0,9 lit pour 1.000 habitants, alors qu’en Tunisie ce ratio est de 6 lits pour 1.000 habitants.

-  Au Maroc, il existe 300 couveuses pour répondre à près de 70.000 naissances prématurées qui ont besoin d’une prise en charge en réanimation néonatale.

- D'Agadir à Casablanca sur la route côtière il n’y a pas un seul centre d’oncologie, avance Talib.

- 95% des cliniques à l’échelle nationale sont des cliniques avec une capacité inférieure à 25 lits.

- Le Ramed ne donne pas accès au privé.

« C’est vrai que les groupes structurés se développent mais ils avancent à petits pas. On a la possibilité d’aller à grands pas à condition d’être encouragés par des partenariats valables et viables… », avance Rochdi Talib.

« Le privé a tous les moyens nécessaires pour faire face aux besoins et se développer davantage, si l’État ouvre la voie à un bon partenariat avec nous pour pouvoir nous déployer dans d’autres régions », poursuit-il en précisant que cet espoir est porté aujourd’hui par les quatre acteurs structurés du secteur de la santé. Ces derniers discutent même l’opportunité de se rassembler en une association ou une fédération qui unira leurs voix sur ce sujet.

« Le salut de la problématique de la santé au Maroc passe par le partenariat public-privé. Nous sommes tout à fait disposés à offrir un service de qualité aux Marocains », explique notre interlocuteur. Un service qui peut fonctionner à moindre coût que le public, dans certains cas.

« Une appendicite dans le secteur public coûte 7.000 DH, quand elle est à 3.500 DH dans le privé. Vous savez pourquoi ? Un patient dans le public est hospitalisé 8 jours avant l’intervention en attendant son tour, entre-temps cette appendicite se serait transformée en péritonite dont le traitement est plus cher … Alors que dans le privé, le patient rentre le jour de l’intervention et rentre chez lui le lendemain », affirme Rochdi Talib.

Un exemple parmi tant d’autres qui, selon notre interlocuteur, prouve que le privé peut être plus performant que le public et même lui faire économiser des montants non négligeables. L’autre grand sujet sur lequel les acteurs privés du secteur de la santé veulent se positionner, c’est la population ramédiste. « Les patients du Ramed n’ont pas accès au privé, alors que nous sommes bien disposés à leur fournir les soins nécessaires, dans le cadre d’une délégation de service par l’Etat au privé comme c’est le cas pour la dialyse », détaille le PDG d’Akdital.

« Nous sommes prêts à épargner à l’Etat de faire des investissements colossaux en construction d’hôpitaux, équipements, à servir les soins aux patients assurés et ramédistes… mais en contre-partie, il faut que nous disposions d’un cadre global de partenariat », insiste Rochdi Taleb.

Alors que le gouvernement mise justement sur les PPP pour soulager le budget de l’Etat tout en assurant les services publics, l’ambition des groupes de santé privés trouvera-t-elle écho auprès de lui ? L’avenir nous le dira… 

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